Please reload

L'HYPOCRITE

 

 

Le chapitre 22 de Saint Matthieu nous le décrit d'une manière détaillée , et je ne puis mieux le dépeindre qu'en reprenant les paroles mêmes de Jésus-Christ.

 

 

 

 

On peut reconnaître l'hypocrite à ceci :  ses paroles sont en flagrante contradiction avec ses actions. « Ils disent et ne font pas », comme s'exprime le Seigneur.

L'hypocrite peut parler comme un ange ; il peut citer une armée de textes ; il peut discourir sur toutes les matières religieuses , doctrines théologiques , questions métaphysiques , difficultés expérimentales. A son propre jugement, il en sait long, et quand il se lève pour parler vous vous sentirez peut-être humilié de votre propre ignorance et effrayé de son grand savoir. Mais examinez ses œuvres : que trouvez-vous alors ? tout le contraire de ce qu'il a si bien exprimé par ses paroles. Il dit aux autres d'obéir à la loi: s'y conforme-t-il lui-même? Ah! non. Il déclare aux autres qu'ils doivent éprouver telle ou telle chose , puis telle autre , et après cela telle autre encore , et il leur décrit admirablement la marche ascendante de leurs expériences chrétiennes , mieux que ne le .ferait peut-être un chrétien véritable. Mais y touche-t-il du bout du doigt ?

oh ! non, en aucune façon. Il veut bien dire aux autres ce qu'ils doivent faire; mais se souviendra-t-il de ses propres enseignements ? non pas ! Suivez-le dans sa maison; allez avec lui sur la place du marché; voyez-le à sa boutique, et si vous tenez à réfuter sa prédication , vous n'avez qu'à prendre sa propre vie.

 

  • Cher auditeur, est-ce là ton cas ?

  • Tu es membre d'une église, tu es diacre, ancien, pasteur peut-être : est-ce là ton histoire ?

  • Ta vie est-elle le rebours de tes paroles ?

  • Tes mains témoignent-elles contre tes lèvres?

  • Comment marches-tu?

 

Nous sommes tous obligés de confesser, avec la rougeur au front, qu'en quelque degré notre vie est en désaccord avec notre profession chrétienne. Nous en rougissons et nous nous en humilions en gémissant. Mais j'espère qu'il y en a ici quelques-uns qui peuvent dire : « Malgré bien des infirmités, j'ai cependant essayé de tout mon cœur de marcher dans la voie de tes commandements, ô mon Dieu ! et je n'ai jamais prononcé intentionnellement quelque chose avec mes lèvres sans être bien déterminé à le mettre en pratique. »

 Ah ! croyez-moi, chers auditeurs, il est facile de dire, mais difficile de marcher. Tout homme peut parvenir à bien parler; il n'est pas si aisé d'agir. Pour que notre vie soit sainte , il faut que la grâce descende dans nos cœurs, tandis que cette grâce n'est plus nécessaire pour obtenir la piété des paroles.

Le premier caractère de l'hypocrite, c'est donc la contradiction qui existe entre ses discours et ses actes.

  • Quelqu'un s'est-il déjà reconnu à ce trait ?

S'il en est un seul , qu'il se considère comme déjà convaincu d'hypocrisie, qu'il baisse la tête et qu'il confesse son péché !

 

 

 

Un autre caractère de l'hypocrite , c'est que s'il fait bien quelque chose , c'est afin d'être vu des hommes.

L'hypocrite fait sonner la trompette devant ses aumônes et préfère pour son lieu de prière le coin des rues. Pour lui, une vertu qui se déploie dans les ténèbres est presque un vice ; il ne lui trouve quelque attrait que lorsque tout le public peut la contempler ; alors seulement il l'estime quelque peu. Semblable au rossignol, le vrai chrétien ne chante guère que la nuit ; mais l'hypocrite chante au grand jour, à l'heure où tous peuvent l'entendre et le voir. Une conversation louangeuse lui est un véritable élixir, et lorsqu'on le vante, l'adulation lui est plus douce que le vin le plus délicat. Si on blâme quelque action vertueuse qu'il allait approuver, il change aussitôt de manière de voir, car son thermomètre, c'est l'opinion des hommes,  sa loi , c'est la recherche de sa propre gloire.

Il n'est vertueux que parce qu'il en retire de l'honneur et de l'estime, et si demain le vice était mis à prime, il serait aussi vicieux que tous les autres. Que de gens qui ne recherchent que l'approbation ! Ils se soucient peu de toute piété secrète et ne vivent que pour être vus des autres.

  • Est-ce là notre cas ? Soyons sincères vis-à-vis de nous-mêmes.

  • Quand nous donnons aux pauvres, aimons-nous à le faire secrètement, de manière à ce que nulle langue ne puisse le dire ?

  • Aimons-nous à présenter nos prières dans le secret du cabinet, où Dieu, qui entend les cris que l'on pousse à l'écart, prête l'oreille à nos supplications?

  • Oserons-nous dire que nous ne modifierions pas notre conduite, si tous les hommes devenaient à la fois aveugles, sourds et muets ?

  • Oserons-nous prétendre que l'opinion de nos semblables ne soit pas notre guide , et que nous ne servons absolument que notre Dieu et notre conscience, que la flatterie ne peut rien nous faire faire de mal, ou que la peur du blâme n'est jamais le mobile qui nous pousse à une bonne action ?

 

Prenez garde ! car quiconque n'a pas , pour se bien conduire , de motif plus élevé que le désir de l'approbation des hommes , risque extrêmement de n'être qu'un hypocrite ; tandis que celui qui persiste à faire le bien contrairement à l'avis de tout le monde, et par cela seul qu'il le croit bien et qu'il se sent approuvé de Dieu, n'a guère à craindre d'être un hypocrite. Il serait, en tout cas, un hypocrite d'une espèce toute nouvelle.

Les hypocrites font leurs bonnes œuvres pour être approuvés.

  • En est-il ainsi de vous ?

Si tel est le cas, soyez sincères, et au tant vous seriez prompt à convaincre de ce péché votre prochain, autant soyez-le de vous en convaincre vous-même.

 

 

 

Encore un caractère. L'hypocrite aime les titres, les honneurs et les marques de considération.

Rien ne dilatait davantage le cœur du pharisien comme de s'entendre appeler Rabbi; jamais il ne jouissait mieux de sa grandeur que lorsqu'il était huché sur le siège le plus élevé de la synagogue. Comment n'être pas le meilleur des hommes, quand on a une place aussi éminente ? Mais le vrai chrétien ne fait aucun cas des titres. C'est un des caractères de la piété sincère que de considérer les titres de mépris comme les seuls dignes d'être acceptés.  Il fut un temps où le titre de méthodiste était une injure. Que firent les hommes pieux que l'on désignait ainsi ? Ils dirent : « Vous nous appelez méthodistes , comme pour nous insulter, n'est-ce pas ? hé bien ! ce sera là notre titre. »

Le titre de mômier a été de tous le plus injurieux ; c'est celui qu'employaient les buveurs et les jureurs pour désigner un homme pieux. « Hé bien! » a dit l'homme pieux, « appelez-moi mômier; si c'est là un nom injurieux, je l'accepte. »

 Ainsi ont toujours fait partout et en tout temps les chrétiens ; ils ont accepté le nom que leurs ennemis leur donnaient par malice. Telle n'est pas la tactique de l'hypocrite. Il prend les titres les plus honorables; il veut appartenir à la secte la plus respectable et y occuper la charge la plus élevée.

  • Hé bien! pouvez-vous dire , la main sur la conscience , qu'en religion vous ne recherchez pas les honneurs et les titres ?

  • que vous mettez tout cela sous vos pieds , et que vous ne voulez d'autre distinction que celle de pécheur sauvé par grâce, que celle de vous asseoir aux pieds de Jésus et d'apprendre de Lui ?

  • tes-vous résignés à être les spectateurs méprisés du Fils du charpentier, comme l'étaient les pêcheurs du lac de Galilée ?

S'il en est ainsi, vous  n'êtes guère hypocrite, je pense ; mais, si vous ne le suivez que parce que les hommes vous en savent gré, ne songez plus à la sincérité de votre religion. Vous êtes un hypocrite démasqué, et je vous signale comme tel devant cette assemblée.

 

 

 

 

 

L'hypocrite coule le moucheron et il avale le chameau. 

Mais l'un des caractères les plus saillants, c'est celui-ci :  De nos jours , les hypocrites ne nous en veulent pas si nous mangeons sans nous être lavé les mains; mais ils nous attaquent si nous omettons certains détails cérémoniels. La stricte observance du sabbat a fourni à l'hypocrisie un de ses plus utiles refuges. L'accomplissement d'actes de première nécessité est devenu pour la parfaite sainteté pharisienne un objet de profonde horreur, et les œuvres de charité,. ainsi que les sourires de la joie, sont devenus aux yeux des hypocrites des péchés mortels , par le seul fait que les chrétiens s'y livraient le dimanche. Peu satisfaits de voir que notre Père travaille sans cesse, que Jésus travaillait aussi, et quoique les devoirs de la sympathie , de la miséricorde et de l'amour soient des œuvres obligatoires en tout temps, ils ont accusé le chrétien qui s'y appliquait le dimanche, d'infraction coupable contre la loi de Dieu. La moindre déviation des cérémonies religieuses est considérée par l'hypocrite comme un péché de la plus haute gravité. Mais ce pauvre homme qui vous blâmera sévèrement pour une faute de ce genre et qui en cela coulera le moucheron, sera justement celui que vous surprendrez trichant à la vente, fraudant ses marchandises, mentant, exagérant et exploitant les pauvres.

J'ai toujours observé que ceux qui s'en vont minutieusement à la recherche des plus petites choses et qui essaient sans cesse de partager, comme on dit, le cheveu en quatre, sont précisément ceux qui négligent les choses les plus importantes de la loi , et qui, tout en étant très stricts pour la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, font une effroyable contrebande des choses les plus importantes et en remplissent hardiment leurs greniers et leurs coffres-forts.

Méfiez-vous de vous-même toutes les fois que vous vous sentirez plus attachés au soin des petites choses qu'à celui des grandes. Si vous vous apercevez qu'il vous pèse davantage de manquer une occasion de prendre la cène que de tromper une veuve, soyez persuadé que cela va mal. Il est certain sauvage qui ne se fait aucun scrupule de tuer tout ce qu'il rencontre ; mais si une goutte du sang de ses victimes vient à rejaillir sur ses lèvres, il court chez le prêtre de la tribu et lui confesse qu'il a commis un grand péché : le sang a rejailli sur ses lèvres ! Que va-t-il faire pour que ce péché lui soit pardonné ?  Or, il y a bien des gens de cette force parmi nous. S'ils ont fait le moindre ouvrage le vendredi saint ou le jour de Noël , juste ciel ! c'est un crime épouvantable ; mais s'ils ne sont que paresseux pendant les six jours de la semaine , ce n'est pas un péché.

Soyez sûr que l'homme qui coule un moucheron et qui avale un chameau est un trompeur. Comprenez-moi bien ! j'aime qu'on coule le moucheron; ce n'est point cela que je blâme; seulement, n'avalez pas en suite le chameau.

Soyez aussi sévère que vous voudrez pour les petites choses ; si vous croyez que telle bagatelle est un mal, elle est péché pour vous. « Tout  » ce qui n'est pas de la foi est un péché. » Si vous croyez qu'il soit mal de la faire, alors même qu'un autre qui n'y met pas la même importance se la permettrait, ne vous la permettez pas. Coulez le moucheron tant que vous voudrez ; les moucherons gâteraient votre vin, et vous faites fort bien. Mais alors n'ouvrez pas la bouche jusqu'aux oreilles pour avaler aussitôt après un chameau ; car, si vous le faites, vous prouvez que vous n'êtes pas enfant de Dieu, mais un infâme hypocrite.

 

 

 

En examinant ce chapitre de Saint Matthieu, vous y verrez encore que les hypocrites négligent tout ce que la religion a d'intérieur, pour n'observer que la partie purement extérieure.

« Ils nettoient », comme disait Notre Seigneur, « le dehors de la coupe et du plat, mais au dedans ils sont pleins de rapine et d'intempérance. »

Il est bien des livres supérieurement reliés qui ne contiennent rien qui vaille; et il est des gens qui ont un extérieur spirituel magnifique, mais dont le cœur est complètement vide.

  • N'en connaissez-vous point de semblables ? 

  • Qui sait ? si vous vous connaissiez vous-même, vous en connaîtriez un.

  • Ne connaissez-vous personne de strictement ponctuel et méticuleux en religion, qui, pour rien au monde, ne manquerait un seul moyen d'édification, qui parcourt le rituel, la liturgie et toutes les cérémonies, sans en omettre un iota, et qui ne s'écarterait pas de l'épaisseur d'un trait de lettre dans aucune de ses pratiques religieuses ?

Aux yeux du monde, de telles gens passent pour éminemment pieux, parce qu'ils sont exacts et assidus dans tous leurs devoirs extérieurs ; mais, avec tout cela, ils négligent entièrement l'intérieur.

  • Pourvu qu'ils aient reçu le pain et le vin, ils ne s'inquiètent pas de savoir s'ils ont mangé la chair et bu le sang de Christ ;

  • Pourvu qu'ils aient été baptisés d'eau, ils ne s'inquiètent guère de savoir s'ils ont été ensevelis avec Christ dans la mort par le baptême.

  • Pourvu qu'ils se soient présentés en chair et en os dans le temple de Dieu , c'est tout ce qu'il leur faut ; quant à savoir s'ils ont été ou non en communion avec Christ , cela, ne les préoccupe nulle ment.

Non, ils sont contents pourvu qu'ils aient la coquille de la noix et ne tiennent pas à la noix elle même. Que le blé aille où il voudra, pourvu que la paille, le chaume soient là : ils leur suffisent. Il est beaucoup de personnes semblables à ces auberges qui ont pour enseigne un ange, tandis qu'un diable habite dans l'intérieur. Ces gens-là prennent grand soin d'avoir à l'extérieur une très-belle enseigne ; il faut que tout le monde sache bien qu'ils sont très-pieux. Mais, quant au dedans  ce qui est la partie la plus importante,  ils sont remplis de malice et de méchanceté.

 

J'en ai rencontré un grand nombre qui se méprenaient et disaient : « Ah! oui, le pauvre homme ! c'est un ivrogne achevé, vraiment ; mais au fond,  c'est un bien bon cœur. » Or, n'est-ce pas une chose parfaitement étrange , comme disait Rowhfnd Hill, qu'on vienne vous dire d'un homme qu'il est mauvai , mais que cependant il est bon au fond ? Jamais les marchands de fruits qui s'en vont au marché ne feront croire à leurs chalands que s'ils ont des pommes pourries dans le haut de leurs paniers, celles du fond seront excellentes. La conduite extérieure de chacun vaut toujours un peu mieux que son cœur.

Ils ne sont pas nombreux les négociants qui vendent dans l'intérieur du magasin de meilleure marchandise que celle qu'ils exposent à la vue. Ne vous méprenez donc pas sur mon dire : quand je prétends que nous devons faire plus attention à l'intérieur qu'à l'extérieur, ce n'est pas à dire que je veuille vous voir négliger l'extérieur. « Nettoyez l'extérieur de la coupe et du plat », nettoyez-le le mieux que vous pourrez, mais prenez garde que l'intérieur soit aussi approprié ; commencez même par là. Posez-vous des questions telles que celles-ci :

  • Suis-je né de nouveau?

  • Suis-je passé des ténèbres à la lumière ?

  • Ai-je été transporté du royaume de Satan dans le royaume du Fils de Dieu ?  

  • Est-ce que je vis en communion intime avec Jésus et sous son doux regard ?

  • Puis-je dire que  mon âme ait soif du Dieu vivant, comme le cerf altéré brame après les eaux courantes ?

car si je ne puis pas répondre affirmativement , quelle que soit ma vie extérieure, je trompe les autres et je me  trompe moi-même ; la malédiction de l'hypocrite y retombe sur moi. J'ai nettoyé le dehors de la coupe et du plat , mais le dedans est rempli de péché.

  •  Ce langage convient-il à quelqu'un d'entre vous? Trouvez-vous que je fasse ici des personnalités ?

Si  telle est vôtre impression , Dieu en soit loué ! Puisse la vérité donner la mort à toutes vos illusions !

 

 

 

 

 

 

Vous pouvez reconnaître l'hypocrite à cet autre signe : que sa religion est intimement liée à certains lieux et à certaines heures.

Il se lève, je suppose, à sept heures et vous le verrez être religieux pendant un quart d'heure , parce qu'il « fait ses prières » à cette heure matinale. Après cela, vous le verrez redevenir religieux pendant une demi-heure au moment de son culte de famille ; mais, dès que les affaires ont commencé et qu'il donne des ordres à son monde, je ne garantis pas qu'il obtienne votre admiration. Si l'un de ses domestiques a fait quelque maladresse, je crains bien que vous ne lui entendiez proférer des paroles inconvenantes et pleines de colère. Vous vous apercevrez aussi, quand il se présentera une pratique un peu innocente aux affaires, qu'il la « mettra dedans. » Vous verrez que s'il trouve pendant le courant de la journée une bonne occasion, il ne se gênera pas , malgré sa piété, de « jouer quel que mauvais tour »

Le matin , c'était un saint, parce qu'il n'y avait rien à perdre ; mais sa religion est élastique ; les affaires , pour lui , sont les affaires , et il met sa religion de côté , sauf à étirer sa conscience selon les besoins , car rien n'est si souple que l'étoffe dont la sienne est construite. Vers le soir, cependant, sa religion lui reviendra, à moins qu'il ne soit en voyage, dans quelque lieu où ni sa femme, ni sa famille, ni son église ne puissent le voir, au théâtre, par exemple. Il n'y paraîtrait pas pour peu que la chose risquât de parvenir à la connaissance.de son pasteur; car, dans ce cas, il serait excommunié. Mais si personne, parmi ses connaissances, ne peut le savoir, il se sent tout-à-fait libre d'y aller, et il y va. Les beaux habits font les beaux messieurs, et les beaux lieux font les beaux hypocrites.

 

L'homme , au contraire , qui est fidèle à son Dieu et à sa conscience, est religieux toute la journée, toute la nuit et en tous lieux. « Quand vous rempliriez ma maison d'or et d'argent », vous dira-t-il, « je ne ferais pas une action malhonnête ; quand vous me donneriez les étoiles et toutes les richesses de tous les empires, je ne consentirais jamais à faire ce qui déshonore mon Dieu ou discrédite ma profession. »  Placez le chrétien dans une position où il puisse pécher et où, en péchant il puisse obtenir une grande somme d'approbation humaine, il ne pêchera pas. Il ne hait pas le péché par égard pour ceux qui l'entourent, mais il le hait à cause de lui-même. Il dit : « Comment pourrais-je commettre un si grand péché en présence de mon Dieu ? »

Vous trouverez sans doute en lui un homme faillible , mais non pas un homme faux. Vous découvrirez en lui une foule d'infirmités, mais jamais de souillures préméditées ou d'iniquités volontaires.

 

Comme chrétiens, en effet, vous devez suivre Christ à travers le bourbier comme à travers les prairies ; vous devez marcher avec Lui par la pluie comme par le beau soleil ; il vous faut affronter l'orage et le suivre alors aussi bien que par un ciel serein. Celui-là n'est pas chrétien qui ne peut pas demeurer avec Christ , même dans la misère , même sous des haillons, même à travers l'opprobre. Celui-là est hypocrite qui ne peut le suivre qu'en pantoufles brodées d'or et qui le quitte dès qu'il faudrait marcher nu pieds. La piété de l'hypocrite est comme le caméléon ; elle change de couleur suivant la lumière qu'elle reçoit, tandis que celle du chrétien est toujours la même.

  • Ceci est-il vrai de quelqu'un de nous ?

  • Pouvons-nous dire que nous désirions sincèrement être toujours les mêmes ?

  • ou bien changeons-nous suivant la compagnie dans laquelle nous nous trouvons et suivant les temps ?

S'il en est ainsi, nous sommes de fieffés hypocrites ; convenons-en devant Dieu, et que Dieu veuille nous rendre sincères !

 

 

 

 

 

 

Il est encore un signe auquel on peut reconnaître l'hypocrite , et cette fois les étrivières vont frapper mes épaules et celles de la plupart d'entre nous. Les hypocrites , ainsi que d'autres gens aussi , sont en général sévères envers autrui et très-charitables envers eux-mêmes.

Avez-vous jamais entendu un hypocrite se décrire lui-même ? 

Moi je le définis en lui disant :

Vous êtes un homme avare et mesquin.

— « Non pas », répond-il ; « je suis économe et prudent. »

Je lui dis : Vous êtes un tricheur, un voleur.

— « Non pas », répond-il, « je suis adroit et fin, selon la nécessité des » temps. »

Vous êtes orgueilleux et vantard.

— « Oh ! non pas , mais je cherche à conserver ma dignité et ma respectabilité. »

Vous êtes un vil flatteur, un homme bas et rampant.

— « Non pas, » non pas! » rèpond-il toujours; « mais je me fais » tout à tous. »

 

Il trouve toujours moyen de transformer ses vices en vertus; mais, dès qu'il s'agit des autres, il suit la règle contraire.

  • Montrez-lui un chrétien vraiment humble; il vous dira: « J'ai en abomination son air rampant. »

  • Montrez-lui un chrétien courageux , qui ose tout pour la gloire de son Maître : « C'est un impudent », s'écrie-1—il, « et un » orgueilleux ! »

  • Montrez-lui un chrétien généreux , qui fait des sacrifices pour la cause de Christ et qui paie de sa personne : « C'est un imprudent et un vaniteux », dit-il, « un extravagant, un fou ! »

  • Montrez lui , en un mot , une vertu quelconque , et il y verra un vice.

 

Avez-vous observé l'hypocrite lorsqu'il se transforme en docteur et qu'il condescend à morigéner les autres ? Il a une magnifique poutre dans son œil, assez grosse pour priver son âme de toute lumière du ciel ; mais cela ne l'empêche pas d'être habile oculiste. Il se rend vers l'un de ses malheureux frères dont l'œil est légèrement irrité par la présence d'un grain de poussière tellement petit, que, pour le voir, il faut se mettre en plein soleil. Voyez notre homme avec sa poutre ; il s'approche d'un air entendu et dit : "Permets mon ami, que je te délivre de ce grain de sable". O hypocrite ! ôte d'abord la poutre qui est dans ton œil , et après cela tu y verras clair et tu pourras ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère! Il ne manque pas de ces gens qui transforment en vices toutes les vertus d'autrui , et en vertus tous leurs propres vices.

 

Or çà , si tu es chrétien, je vais te montrer quel esprit doit t'animer. Tu seras mu par une impulsion diamétralement opposée; tu trouveras toujours des excuses pour autrui et tu n'en accepteras jamais pour ton propre compte. Quand un vrai chrétien s'aperçoit qu'il pèche, il s'humilie et déplore sa faute; il la prend au grand sérieux et s'en alarme. Il dit à son frère : « Oh ! je me trouve un si grand pécheur! » et son frère lui répond : « En vérité, je ne vois pas en quoi vous l'êtes ; je ne vois guère de péché en vous. Ah ! combien je voudrais être aussi fidèle que vous ! »  « Non », reprend l'autre, « je suis rempli d'infirmités et de faiblesses. »

 

John Bunyan représente Miséricorde et Chrétienne avec les enfants au moment où ils sortent du bain et reçoivent le sceau éternel ; ils sont beaux et pleins de grâce, et l'une commence à dire à l'autre : « Tu es plus belle que moi ! » et l'autre lui répond : « Tu es plus pure que moi ! » Chacune ensuite se met à déplorer ses propres taches et à exalter la beauté des autres. Voilà l'esprit du chrétien ! mais celui de l'hypocrite est tout contraire. Il juge, condamne et punit autrui sans miséricorde, et, pour lui, il est toujours exempt, il est roi, il est au-dessus de toute loi ; sa conscience endormie lui permet de persister en paix dans les mêmes péchés qu'il reprend sans pitié chez ses frères. Ce caractère est l'un des plus saillants et des plus .constants chez les hypocrites, et je pense que nous avons probablement tous quelques reproches à nous faire sur ce point.

 

Charles Spurgeon

 

 

 

 

 

Please reload