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UN FAUX CHRISTIANISME

 

Selon Jérôme Prékel, une des principales raisons du déclin spirituel de l'Église est un phénomène naturel : la recherche du bonheur qui passe par l'approbation du monde, c'est-à-dire être comme les autres, se couler dans le moule, vivre heureux en étant reconnu et apprécié par tous.

 

Déjà, le « sermon sur la montagne » était contraire aux raisonnements religieux de son temps. En effet, le statut de serviteur de Dieu permettait d'accéder à une position sociale avantageuse, alors que Jésus expose ici une vision sans concession. En effet, il révèle de façon rigoureuse la vie spirituelle telle qu'il la conçoit. Jésus est clair sur ce qui attend ses disciples. Il est important que tous ceux qui veulent être ses disciples sachent que la marginalisation, le rejet, la honte, sont indissociables de la vie nouvelle en Christ. Au Temple, Siméon annonça que « cet enfant est destiné à devenir un signe qui provoquera la contradiction » (Lc 2.34). Plus tard, Jésus dira : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la division » (Lc 12.51). Tous ceux qui font un avec Jésus, et qui marchent avec lui dans sa lumière, doivent s'attendre à se trouver entraînés dans un affrontement, un télescopage avec l'esprit du monde, avec le mensonge ambiant, avec l'injustice et la domination de l'antichrist sur les hommes.

 

À contrario, tout christianisme confortable, socialement intégré, politiquement correct, est annoncé comme un malheur, car il éteint l'esprit originel du salut et engendre une religion qui continuera peut-être à parler de Dieu, mais qui ne sera pas fidèle aux fondements de sa parole. Car un christianisme sans opposition à l'esprit du monde, sans affrontement avec le mal, sans confrontation avec l'esprit de l'Antichrist, n'est pas le christianisme du Christ. Hélas, beaucoup de pasteurs et de chrétiens rejettent cette vérité et préfèrent se positionner dans le concept de l'Ancien Testament : Abraham était riche et béni, Job aussi, Salomon, etc. Selon eux, chaque chrétien a le droit d'avoir le monde et tout ce qu'il peut apporter, en plus de la bénédiction et la protection divine, ainsi que l'assurance de la vie éternelle. Voilà un parfait compromis semblable à la proposition de Pharaon que Moïse a rejeté catégoriquement car il voyait celui qui est invisible (Hé 11.27).

 

Vivre heureux est un désir humain que l'on retrouve aussi chez le chrétien. Certains enseignent que la bénédiction de Dieu se mesure à ses bienfaits, parce que nous sommes ses enfants. On devrait donc, selon eux, vivre dans l'abondance et la réussite sociale, avec pour résultat une adhésion au christianisme positiviste. En effet, celui-ci affirme pour tout chrétien le droit à la recherche et à l'obtention de la prospérité mais, en même temps, le rejet inconscient des enseignements de la croix, jugés négatifs et misérables.

La définition du mot « heureux » doit nous conduire à inverser radicalement nos valeurs. En réalité, le mot grec utilisé ici signifie plutôt « en marche ». Or, c'est contraire aux enseignements de Jésus sur le discipolat : « Si quelqu'un vient à moi, sans me préférer à son père, à sa mère, à sa femme, à ses enfants, à ses frères, et à ses soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple » (Lc 14.26-27). Si donc nous voulons garder notre conception naturelle du bonheur (paix, sécurité, confort), nous devenons insensibles à l'invitation du Saint-Esprit : « Souffre avec moi, comme un bon soldat de Jésus-Christ » (2 Tm 2.3). Il est vrai que nul homme naturel ne désire souffrir, car la souffrance inclut la notion de sacrifice qui est contraire à sa course pour atteindre le plaisir, but de sa vie.

 

Hélas, aujourd'hui, cette pensée est partagée dans l'Église car la majorité se compose d'hommes se laissant guider par le vieil homme qui sommeille encore en eux. Il est important de le rappeler : si nous craignons la souffrance qui est attachée à l'amour de la vérité, nos choix spirituels et nos choix de vies nous rendront semblables à Ésaü qui a échangé son droit d'aînesse contre un plat de lentilles. Jésus nous donne la capacité de vaincre : « Ils l'ont vaincu à cause du sang de l'Agneau et à cause de la parole de leur témoignage ; et ils n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort » (Ap 12.11).

Le discours de Jésus stigmatise la recherche de l'approbation du monde. C'est une tentation logique à laquelle est exposé tout disciple et tout responsable d'église, qui doit affronter cette épreuve pour finalement, soit la surmonter, soit y succomber. C'est la recherche de cette approbation qui conduit l'Église à se conformer à certains aspects du siècle présent, tout en prêchant une Bible qui dit le contraire. Jésus condamne la recherche de l'approbation du monde : « Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous » (Lc 6.26). C'est une des clés de l'apostasie. Il n'est pas rare qu'une église gagnée par cette mentalité positiviste cherche l'approbation des hommes et vise à rentrer dans les rangs de la société, afin d'être reconnue. Mais ce n'est pas la pensée de Jésus, ni dans son message, ni dans son exemple.

 

Si l'Église devient ainsi perméable à l'esprit du monde, celui-ci ne pourra plus y être condamné, car il aura introduit ses pratiques avec lui. C'était la pensée de Constantin qui a fusionné le christianisme et le paganisme, et il en est sorti le catholicisme. Le but du disciple n'est pas l'instauration du bien et la condamnation du mal, mais d'incarner la royauté de Jésus. La mission de l'Église est d'amener à Christ toute âme d'homme perdu pour qu'il soit sauvé et devienne à son tour un disciple. C'est Christ que nous sommes appelés à prêcher, ce n'est pas le Bien, ni la Vérité, ni même la Justice. Ces vertus découlent de Christ seul. Le chemin qui consiste à prêcher le Bien, la Vérité et la Justice est meilleur que beaucoup d'autres, mais il ne mène pas obligatoirement à Christ. Il peut mener à un Dieu humain, fait à l'image de l'homme. Beaucoup de religions détournent les hommes de Christ par cette approche toute humaine. Les organisations mondiales et beaucoup d'ONG vont dans le même sens. Les grandes oeuvres chrétiennes du passé, telle la Croix Rouge ou l'Armée du Salut, et même aujourd'hui Vision Mondiale, se sont laissés prendre au piège. Quand nous cherchons l'approbation du monde, nous cherchons plus ou moins consciemment à rendre le message de Jésus plus acceptable, plus conforme aux standards mondains. Ce faisant, nous dénaturons l'Évangile, et nous marchons en ennemis de la croix et donc de Christ.

 

 

Jérôme Prékel, "La recherche du bonheur et l'approbation du monde,"

 

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