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  • CHARLES SPURGEON

TEL MAÎTRE, TEL DISCIPLE


Eux, voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et sachant que c’étaient des hommes sans lettres et du commun peuple, ils étaient dans l’étonnement, et ils reconnaissaient qu’ils avaient été avec Jésus.

Ac 4:13



Admirez, mes frères, la puissance de la grâce divine. Quelle merveilleuse et rapide transformation n’accomplit-elle pas dans l’homme ! Ce même Pierre, qui, hier encore, suivait son Maître de loin et niait avec imprécations de le connaître, nous le voyons aujourd’hui déclarant hardiment, de concert avec le disciple bien-aimé, que le nom de Jésus est le seul nom par lequel les hommes puissent être sauvés, et prêchant la résurrection des morts par le sacrifice de son Seigneur crucifié. Comme on devait s’y attendre, les scribes et les pharisiens ne tardèrent pas à se demander d’où leur venait cette mâle assurance. Évidemment elle ne prenait sa source ni dans le prestige de la science, ni dans celui du génie, car Pierre et Jean étaient des hommes sans lettres. Élevés au rude métier de pécheurs, leur unique étude avait été celle de la mer, et le seul art qu’ils eussent cultivé, était celui de jeter ou de retirer leurs filets ; à cela se bornait tout leur savoir : on ne pouvait donc attribuer au sentiment de leur valeur personnelle la hardiesse dont ils faisaient preuve.

La position qu’ils occupaient dans le monde n’était pas de nature non plus à expliquer celle hardiesse. En général le rang confère à l’homme une sorte de dignité native, et alors même qu’il est dépourvu de tout mérite propre, il lui communique un certain ton d’autorité qui en impose à bien des gens. Mais les disciples de Jésus n’étaient point dans ce cas. C’étaient, au contraire, nous dit notre texte, des hommes du commun peuple ; leur naissance était humble, leur condition obscure ; ils n’étaient revêtus d’aucunes fonctions propres à les mettre en évidence. Or, les scribes et les pharisiens savaient tout cela ; aussi éprouvèrent-ils d’abord un profond étonnement en voyant la conduite des apôtres ; mais bientôt ils furent obligés d’arriver à la seule conclusion qui pût jeter du jour sur ce mystère : ils reconnurent qu’ils avaient été avec Jésus. Tel était, en effet, le secret de la manière d’être des apôtres. Le saint et doux commerce qu’ils avaient entretenu avec le Prince de lumière et de gloire, fécondé, si je puis dire, par l’influence de l’Esprit du Dieu vivant, sans laquelle ce parfait exemple lui-même aurait été vain, les avait remplis d’élan, d’ardeur et de courage pour la cause de leur Maître.

Oh ! Mes frères en Jésus-Christ, plussent à Dieu que ce beau témoignage rendu aux apôtres par la bouche même de leurs ennemis, pût être rendu à chacun de nous ! Ah ! Si nous vivions comme Pierre et Jean ; si notre conduite était comme la leur, une épître vivante, lue et connue de tous les hommes, si, en nous voyant agir, le monde était forcé de reconnaître que nous avons été avec Jésus, quel bonheur pour nous-mêmes et quelle bénédiction pour nos alentours !

C’est sur ce sujet que j’ai à cœur, mes bien-aimés, de vous parler aujourd’hui. Selon la grâce que Dieu me donnera, je chercherai à réveiller, par mes avertissements, les sentiments purs que vous avez, exhortant chacun de vous à imiter Jésus-Christ, le divin Modèle, de telle sorte que tous ceux qui vous voient discernent en vous les vrais disciples du Fils adorable de Dieu.

Avant tout, j’exposerai CE QU’UN CHRÉTIEN DOIT ÊTRE. Ensuite je rechercherai successivement QUAND ET POURQUOI IL DOIT ÊTRE TEL ; en fin je dirai COMMENT IL PEUT DEVENIR TEL. I.



Et d’abord : QU’EST CE QU’UN CHRÉTIEN DOIT ÊTRE ?


À cette question, je réponds : tout chrétien doit être une fidèle reproduction de Jésus-Christ. Vous avez souvent lu, je n’en doute pas, des récits éloquents de la vie de Jésus et vous avez admiré le talent des pieux auteurs qui les ont écrits ; mais la meilleure vue de Jésus c’est sa vivante biographie, écrite dans les paroles et les actions de son peuple. Oui, mes chers amis, si nous étions en réalité ce que nous sommes en apparence ; si l’Esprit du Seigneur remplissait le cœur de tous ses enfants, et si l’Église, au lieu de compter, parmi ses membres, tant de formalistes, ne se composait que d’âmes vraiment animées de la vie de Dieu, tous, tant que nous sommes, nous refléterions la glorieuse image de notre Maître. Nous serions des portraits de Christ, et des portraits tellement conformes à l’original, que pour saisir la ressemblance, le monde n’aurait pas besoin de nous considérer longtemps et attentivement, mais qu’au premier coup d’œil jeté sur nous, il serait contraint de s’écrier : « Cet homme a été avec Jésus ! Il lui ressemble ; c’est un de ses disciples ; dans ses actes de tous les jours, dans sa vie tout entière, on reconnaît les traits divins du saint Homme de Nazareth. »

Mais avant d’aller plus loin, je crois utile de présenter une observation. En exposant ce que l’homme est appelé à devenir, je m’adresse spécialement aux enfants de Dieu. Non pas que je désire leur faire entendre le langage de la légalité. Grâces à Dieu, nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce. Les vrais chrétiens se considèrent comme moralement obligés d’observer les préceptes du Seigneur ; toutefois, ce n’est point parce que la loi les tient courbés sous son joug de fer : c’est parce que l’amour de Christ les presse. Ils estiment qu’ayant été rachetés par un sang divin, ayant été acquis par Jésus-Christ, ils sont tenus de garder ses commandements infiniment plus qu’ils ne le seraient, s’ils étaient encore sous la loi. Ils se considèrent comme redevables à Dieu, dix mille fois autant qu’ils n’auraient jamais pu l’être sous la dispensation mosaïque. Non point par force ou par nécessité, ou par crainte du fouet, ou dans un esprit de servile obéissance, mais par amour et par gratitude envers son Père céleste, le racheté de Jésus s’offre à lui tout entier, heureux de se dépenser à son service et de travailler sans relâche à devenir un véritable Israélite, en qui il n’y a point de fraude. — J’ai tenu à m’expliquer nettement sur ce point, afin que personne ne puisse s’imaginer que je prêche les œuvres, comme moyen de salut. Nous sommes sauvés par grâce, par la foi, ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie (Ep 2:8,9) : voilà ce que je maintiendrai toujours, envers et contre tous. Mais d’un autre côté, il est de mon devoir d’enseigner, avec non moins de force, que la grâce reçue dans le cœur doit nécessairement produire la sainteté dans la vie. Nous sommes tenus, mes bien-aimés, moi, de vous exhorter incessamment aux bonnes œuvres, et vous, de vous y appliquer pour les usages nécessaires (Tit 3:14).


Encore un mot d’explication. Lorsque je dis que l’enfant de Dieu doit être une copie frappante de Jésus, je ne prétends pas assurément qu’il puisse parfaitement reproduire tous les traits de notre Seigneur et Sauveur. Néanmoins, de ce que la perfection est au-dessus de notre portée, s’ensuit-il que nous devions y tendre avec moins d’ardeur ? À Dieu ne plaise ! Sans doute, quand il peint, l’artiste n’ignore pas qu’il ne deviendra jamais un Appelles ; mais cela le décourage-t-il ? Nullement. Il manie le pinceau avec d’autant plus de soins, afin de parvenir à ressembler au grand maître dans quelque humble mesure. Il en est de même du sculpteur. Quoique certain à l’avance qu’il n’éclipsera jamais Praxitèle, abandonnera-t-il pour cela le ciseau ? Non ; il taillera le marbre avec toujours plus d’ardeur, cherchant à se rapprocher autant que possible du sublime modèle qu’il a devant lui. Ainsi doit-il en être du chrétien. Quoiqu’il ne sente que trop bien, hélas, qu’il ne saurait s’élever jusqu’aux hauteurs d’une excellence accomplie, et que sur cette terre il n’offrira jamais qu’une bien faible copie de son Maître, cependant, il doit tenir ses yeux constamment fixés sur cette grande image, et mesurer ses propres imperfections par la distance qui le sépare de Jésus. « Excelsior ! (Plus haut) en avant ! » Telle est la devise qui convient au chrétien ; et oubliant, comme saint Paul, les choses qui sont derrière lui, il doit s’avancer vers le but, jaloux d’être transformé de plus en plus à la glorieuse ressemblance de son Seigneur.


En premier lieu, le chrétien doit s’efforcer de ressembler à Christ, dans sa hardiesse. Il faut le dire, la hardiesse est une vertu fort peu goûtée de nos jours. On la flétrit volontiers du nom d’intolérance, d’opiniâtreté, de fanatisme. Mais quelle que soit le nom qu’on lui donne, cette vertu n’en est pas moins précieuse. Si les scribes avaient dû définir ce qu’étaient Pierre et Jean, nul doute qu’ils ne les eussent qualifiés d’audacieux fanatiques …

Quoi qu’il en soit, Jésus-Christ et ses disciples étaient remarquables par leur courage. Voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, les juifs reconnaissaient qu’ils avaient été avec Jésus, dit mon texte. Jésus ne courtisa jamais le riche ; jamais il ne courba le front devant les grands ou les nobles de la terre. Vrai homme aussi bien que vrai Dieu, il marcha au milieu de ses semblables la tête haute, dans le sentiment de sa dignité d’homme : prophète envoyé de Dieu, il dit librement et hardiment ce qu’il avait à dire. N’avez-vous jamais admiré, mes frères, le beau trait de courage par lequel le Sauveur commença son ministère ? Il se trouvait dans la ville où il avait été élevé. Il entre dans la synagogue ; le livre de la loi est mis entre ses mains ; il sait que nul prophète n’est honoré dans son pays, mais que lui importe ? Il déroule sans crainte le volume sacré, il lit, puis il explique ce qu’il a lu. Et quelle est la doctrine que Jésus expose ainsi en pleine synagogue, devant un auditoire composé en grande partie de scribes et de pharisiens, tout pleins de leur propre justice et tout fiers de pouvoir se dire « les enfants d’Abraham ? » Sûrement, il a choisi un sujet adapté au goût de ses compatriotes, un sujet qui lui fournira l’occasion de se concilier leur bienveillance. Non, tout au contraire. Jésus prêche une doctrine qui de tout temps a été méprisée et haïe : la doctrine de l’élection. Écoutez-le : je vous dis, en vérité, qu’il y avait plusieurs veuves en Israël au temps d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois, tellement qu’il y eut une grande famine par tout le pays, néanmoins Élie ne fut envoyé chez aucune d’elles, mais chez une femme veuve de SAREPTA, dans le pays de Sidon. Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël, au temps d’Élisée le prophète, toutefois aucun d’eux ne fut guéri ; seul Naman qui était syrien le fut (Lu 4:25-27). En d’autres termes, Jésus déclare ouvertement que Dieu fait miséricorde à qui il veut, et sauve qui il lui plaît. Ah ! Comme ses auditeurs grincèrent des dents contre lui ! Avec quelle fureur ils le traînèrent hors de la ville pour le précipiter du sommet de la montagne ! N’admirez-vous pas son héroïsme ?

Il sait que leurs cœurs sont pleins de haine ; il entend leurs menaces ; il voit leurs bouches écumant de rage, mais il ne les craint point ; il se tient au milieu d’eux, calme et ferme, comme l’ange qui ferma la gueule du lion. Il annonce fidèlement ce qu’il sait être la vérité de Dieu, et en dépit de leurs colères, leur fait entendre cette vérité jusqu’au bout. — Tel fut Jésus durant toute sa vie. Voit-il un scribe ou un pharisien dans la foule ? Il ne se laisse point intimider par leur présence, mais les montrant du doigt, il s’écrie : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! » Et lorsqu’un docteur de la loi l’interrompt en disant : « Maître, en disant ces choses, tu nous outrages aussi », il se retourne et ajoute avec une nouvelle énergie : « Malheur aussi à vous, docteurs de la loi ! Parce que vous chargez les hommes de fardeaux qu’ils ne peuvent porter, et vous-mêmes n’y touchez pas d’un de vos doigts » (Lu 11:44-47).

Oui, en toutes occasions, Jésus agit avec droiture et courage. Jamais il ne connut la crainte de l’homme ; jamais il ne trembla devant personne. Insoucieux de gagner l’estime du monde, il traversa la vie comme l’élu de Dieu, comme Celui que le Père avait oint au-dessus de tous ses semblables. Mes chers amis, imitez Christ sous ce rapport. Tel fut le Maître, tels doivent être les disciples. Ne vous contentez pas, je vous en supplie, de cette religion si fort en vogue aujourd’hui, qui se modifie suivant les circonstances, qui a besoin pour s’épanouir d’une atmosphère de serre chaude, qui s’étale complaisamment dans les salons évangéliques, mais dont on ne soupçonne pas même l’existence en dehors d’une certaine société. Non, si vous êtes des serviteurs de Dieu, soyez comme Jésus-Christ : pleins d’une sainte audace pour la cause de votre Maître. Ne rougissez point de confesser votre foi. Jamais le nom de chrétien ne vous déshonorera : prenez garde de ne point déshonorer ce nom. L’amour de Christ n’a jamais nui à personne ; il peut, il est vrai, vous attirer quelques froissements temporaires de la part de vos amis et quelques propos calomnieux de la part de vos ennemis ; mais prenez patience, et vous triompherez de tout. Prenez patience ; car au jour où votre Maître apparaîtra dans la gloire de ses anges, pour être admiré de tous ceux qui l’aiment, vous aussi vous serez glorifiés, et ceux-là même qui vous auront méprisés, haïs, insultés ici-bas, seront contraints de vous rendre hommage. Soyez donc comme Jésus, mes bien-aimés, sans peur et sans reproche, vaillants pour votre Dieu, en sorte que, voyant votre hardiesse, le monde soit forcé de dire : « Ils ont été avec Jésus ».

Mais de même qu’un seul trait ne rend pas la physionomie d’un homme, de même la seule vertu du courage ne vous fera pas ressembler à Christ. Il y a eu des chrétiens qui ont été de nobles cœurs, de grands caractères, mais qui ont porté la hardiesse à l’excès : ils ont été, non le portrait de Christ, mais sa caricature. À notre courage, il faut que nous amalgamions, pour ainsi dire, la douceur de Jésus. Que le courage soit l’airain, que l’amour soit l’or ; et du mélange de ces deux éléments sortira un riche métal, digne de servir à la construction du temple de Dieu. Que la douceur et la hardiesse soient fondues ensemble dans votre cœur. Le chrétien courageux peut assurément accomplir des merveilles. John Knox (célèbre réformateur écossais, ami de Calvin, remarquable surtout par la fermeté de ses principes, par l’austérité de son caractère et par son courage à toute épreuve) fit beaucoup pour la cause de son Maître, mais peut-être aurait-il fait davantage si, à son admirable intrépidité, il avait joint un peu plus d’amour. Luther fut un conquérant — honneur à sa mémoire et paix à ses cendres ! … Toutefois, il semble, à nous qui le contemplons d’une certaine distance, que s’il avait parfois mêlé un peu d’aménité à son indomptable énergie, que si, tout en poursuivant l’erreur jusque dans ses derniers retranchements, il avait parlé avec un peu plus de mesure, il semble, dis-je, que Luther lui-même aurait pu faire plus encore qu’il n’a fait. Appliquons-nous donc, mes bien-aimés, à imiter Jésus, non seulement dans son courage, mais aussi dans son aimable douceur. Voyez-le pendant son séjour sur la terre. Un enfant vient-il à lui ? Il le prend dans ses bras en disant : « Laissez venir à moi les petits enfants et ne les empêchez point ». Une veuve qui a perdu son fils unique se trouve-t-elle sur son passage ? Il la regarde avec une tendre sympathie, lui dit : « Ne pleure point » et d’un mot lui rend son enfant. Rencontre-t-il un aveugle, un lépreux, un paralytique ? Il leur parle avec bonté, les touches et les guérit. Il vécut pour les autres, non pour lui-même. Ses travaux incessants n’avaient qu’un but : le bien de ceux qui l’entouraient. Et pour couronner sa vie de dévouement, vous savez l’étonnant sacrifice qu’il daigna offrir à son Père. Ô prodige de miséricorde ! Il donna sa vie pour l’homme coupable. Sur l’arbre de la croix, au milieu des angoisses d’une lente agonie, en proie à des souffrances indicibles, il consentit à mourir à notre place, ainsi, mes bien-aimés, imitez Christ dans sa bonté, dans son abnégation, dans son amour. Qu’il n’y ait en vous ni aigreur ni rudesse.

Parlez avec bonté, agissez avec bonté, conduisez-vous avec bonté. Alors le monde pourra dire de vous ce que les Juifs disaient autrefois des apôtres : « Ils ont été avec Jésus ! »

Un autre grand trait du caractère de Jésus, c’était sa profonde et sincère humilité. À cet égard aussi, soyons tels que notre Maître. À Dieu ne plaise que nous soyons ou rampants ou serviles ! Loin de là ; nous sommes libres ; la vérité nous a affranchis ; nous sommes donc égaux à tous, inférieurs à personne. Toutefois nous devons être humbles de cœur, comme Jésus. Ô toi, chrétien orgueilleux, — (car, quelque paradoxal que cela puisse paraître, il y a des chrétiens de cette espèce, on n’en saurait douter : je ne suis pas assez peu charitable pour refuser absolument le titre de frère à tout homme qui est entaché d’orgueil) — ô toi, dis-je, chrétien orgueilleux, regarde à ton Maître, je t’en supplie. Vois-le se dépouillant de la majesté divine et daignant converser avec le genre humain ; vois-le parlant à des enfants, habitant au milieu des paysans de la Galilée, et enfin — ô profondeur incomparable de condescendance ! — lavant les pieds de ses disciples et les essuyant avec un linge. Voilà, ô chrétiens, le Maître que vous prétendez servir ! Voilà le Seigneur que vous faites profession d’adorer ! Et cependant, j’en appelle à vos consciences, combien parmi vous qui rougiraient de tendre la main à un de leurs semblables, vêtu autrement qu’eux-mêmes ou moins favorisé en biens de ce monde ? … On l’a dit avec raison : dans la société actuelle, l’or ne fraternise que difficilement avec l’argent, et l’argent à son tour regarde la monnaie de cuivre du haut de sa grandeur ; mais dans l’Église il n’en doit pas être ainsi. En devenant membres de la grande famille de Christ, il faut que nous nous dépouillions de ces préjugés de caste, de rang et de fortune. Rappelle-toi, croyant, quel était ton Maître. Enfant de la pauvreté, il naquit, il vécut au milieu des pauvres, il mangea avec eux. Et tu oserais, toi, vermisseau d’un jour, marcher l’air hautain et le regard superbe, te détournant avec mépris des vermisseaux, tes frères, qui marchent à tes côtés ? …

Qu’es-tu donc toi-même, je te le demande, qu’es-tu, si ce n’est le plus misérable d’entre eux, puisque ton or, ou ton élévation, ou tes vêtements somptueux te rendent vain ? Va, pauvre âme, tu es bien petite aux yeux de Dieu !

Christ était humble ; il n’avait ni fierté ni arrogance ; il savait s’abaisser pour servir les autres ; il n’avait point égard à l’apparence des personnes. Ami des péagers et des gens de mauvaise vie, il ne rougissait point d’être vu avec eux. Chrétien, sois tel que ton Maître. Comme lui sache t’abaisser. Bien plus : sois une de ces âmes qui estimant les autres comme plus excellentes qu’elles-mêmes, ne croient pas s’abaisser en se mettant toujours au dernier rang, qui considèrent comme un honneur de s’asseoir avec les plus chétifs des enfants de Dieu, et qui disent dans la sincérité de leur cœur : « Si mon nom est seulement écrit à la dernière page du livre de vie, c’en est assez pour une créature aussi indigne que moi ». Oui, applique-toi, ô mon frère, à ressembler à Christ par ton humilité.


Je pourrais continuer ainsi, mes chers amis, passant pour ainsi dire en revue les divers traits qui caractérisent la sainte et parfaite figure du Fils de Dieu ; toutefois, je crois inutile de poursuivre cette étude, car chacun de vous peut la faire aussi bien que moi. Pour cela, il lui suffira de contempler l’image du Sauveur telle qu’elle est peinte d’après nature dans son Évangile. D’ailleurs, le temps me manquerait si je voulais vous présenter une esquisse tant soit peu complète du caractère de Jésus. Je n’ajouterai donc qu’un seul mot : imitez Christ dans sa sainteté. Était-il dévoré de zèle pour le service de son Maître ! Soyez-le vous aussi. Allez de lieu en lieu en faisant le bien. Ne gaspillez point votre temps : il est trop précieux pour le perdre. — Jésus était-il animé d’un esprit de renoncement, ne recherchant jamais son propre intérêt, mais ayant égard à celui des autres ? Comme lui, renoncez à vous-mêmes. — Était-il fervent d’esprit ? Comme lui, priez sans cesse. — Avait-il une déférence sans bornes pour la volonté de son Père ? Comme lui, soumettez-vous sans murmure. — Était-il patient ? Comme lui, apprenez à souffrir. — Par-dessus tout, ô croyant, pardonne à tes ennemis comme Christ pardonna aux siens. Que cette sublime, parole de ton Maître : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! » retentisse toujours à tes oreilles. Quand tu es disposé à te venger toi-même, quand tu sens l’indignation bouillonner dans ton cœur, mets de suite un frein au fougueux coursier de la colère et ne permets pas qu’il t’emporte dans son impétueux élan. Souviens-toi que l’emportement n’est autre chose qu’une folie temporaire. Pardonne comme tu espères être pardonné. Amasse des charbons de feu sur la tête de ton ennemi par ta bonté à son égard. Qui rend le bien pour le mal ressemble à Dieu : cherche donc à ressembler à ce Dieu d’amour et en toutes choses efforce-toi, de te conduire de telle manière que tes ennemis eux-mêmes soient contraints de dire : « Cet homme a été avec Jésus ».





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