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LA VRAIE ET LA FAUSSE ADORATION

 

Un court aperçu de l’origine de l’adoration biblique, indispensable pour éclairer son sens :
quel est le premier emploi biblique du verbe « adorer » ? Le contexte de l’apparition de cette adoration est un enseignement; si nous trouvons des traces de sacrifices dans les vies de la plupart des acteurs bibliques (dans Genèse 8:20 en particulier), c’est Abraham qui devient – explicitement – le premier adorateur, et ce ne fut pas à l’occasion d’un chant ou d’un saint recueillement, mais en obéissant à une exigence divine absolue et totale. C’est en effet à l’occasion du sacrifice de son fils Isaac (Genèse 22:5) que le vieil homme est entré dans une adoration authentique «en vérité.»
Les manifestations extérieures de l’adoration peuvent, il est vrai, se traduire par le chant, la louange, des réjouissances, mais la démonstration de notre dépendance à l’Eternel et de notre confiance en Dieu sera prouvée par des actes concrets, souvent coûteux en terme de sacrifice de nous-mêmes. C’est pourquoi David répugne à apporter à l’Eternel un sacrifice qui ne lui aurait rien coûté (2 Samuel 24:24). Et c’est ce qui constitue la partie cachée de l’iceberg de la véritable adoration, et lui assure sa stabilité et son authenticité. Sans cette partie cachée, les plus belles adorations sont «des nuées sans eau, des arbres sans fruit» (Jude 1:12).

 

L’adoration d’Abraham est apparue dans le dépouillement de sa vie, dans le renoncement de sa volonté au profit de celle de Dieu, et ce n’est sans doute pas un hasard si ce lieu (le mont Morija) fut montré à Salomon pour l’édification du temple de l’Eternel.
Nous sommes devenus ce temple (1 Corinthiens 3:16), et nous avons été faits sacrificateurs (Apocalypse 5:8-10), ce qui représente pour nous un appel, une élection à la sainteté et à la séparation.

 

Un des dangers de la musique chrétienne actuelle – et de celle de demain – sera de confondre l’adoration avec une ambiance spirituelle (par manque de connaissance, voir Osée 4/6), et d’assimiler l’approbation divine avec le contact d’une «onction», selon le langage employé aujourd’hui, une stimulation réelle, mais qui ne touche que les sentiments. Car "l’onction" ne change pas les vies, mais c’est l’obéissance qui change les vies, qui est le signe de notre circoncision intérieure» (Pierre Truschel).

 

Pour l’Eglise de Laodicée (Apoc. 3:14 – et notamment parmi elle ceux qui ne seront pas vainqueurs), le fait d’être vomie de la bouche de Dieu signifie qu’elle a effectivement été en Dieu, appelée et élue à être «comme la bouche de Dieu», à prononcer la Parole de Dieu pour le monde, et que c’est une place qu’elle a occupée pour un temps ; mais elle a échoué dans l’exigence de séparer ce qui est bien de ce qui est mal selon le coeur de Dieu*. Elle a connu un temps de succès, a vu un certain résultat («Je connais tes oeuvres»), des délivrances, exprimé des prophéties (Matthieu 7:22), mais ne pourra recevoir sa couronne parce que la tiédeur – image du libéralisme et du relativisme – a eu raison du feu de son premier amour.

 

 

VRAIE ET FAUSSE ADORATION

 

Une adoration qui ne serait donc basée exclusivement que sur son expression, (la louange ou la musique chrétienne), serait vouée à s’éteindre, car l’adoration des vrais adorateurs se fonde sur un sacrifice – celui du Seigneur Jésus-Christ en premier – et celui de l’adorateur lui-même en second. Un des premiers symptômes inquiétants serait une louange riche en chants et musiques, mais de plus en plus pauvre en prières de reconnaissance et d’actions de grâce. C’est un fait constaté : les cultes qui se sont musicalisés à l’excès ne laissent plus de place à l’expression des prières personnelles. Et le peuple de Dieu fait de moins en moins entendre sa louange intime et vraie. Ceux qui considèrent ce phénomène comme un symptôme d’appauvrissement établissent un lien avec ce que la Bible appelle «l’apostasie*».

 

*Description de certaines réunions de «louange» : Faut-il ne rien dire de cette « louange » qui nous crève les tympans, de ces « offrandes » sous haute pression, de ces attitudes théâtrales, de ces paillardises carnavalesques, de ces cris aigus qui rappellent ceux des damnés et qui ponctuent le déroulement de certaines réunions? Faut-il ne rien dire de cette absence flagrante d’une prédication de la Parole (sinon à titre tout à fait symbolique), … De tels phénomènes n’auraient pas été tolérés un seul instant pendant ce réveil historique qu’a connu le Pays de Galles, et où l’on veillait constamment à éviter même la musique instrumentale ou une quelconque intrusion humaine; et voilà qu’on se sert de ces choses à présent, et qu’on les glorifie. Ce réveil gallois ne fut que « sainteté à l’Eternel » tant que ces critères furent sauvegardés. » (Arthur Katz)

 

Dans son échange avec la femme samaritaine au puits de Jacob, Jésus a soulevé pour nous le coin d’un voile, en ce qui concerne cette question délicate de la vraie et la fausse adoration: «Vous adorez, mais vous ne savez pas ce que vous adorez» (Jean 4).
Son discours contient en creux une pensée qu’il ne va pas développer sur le moment, mais qui prendra son sens à un moment où, Il le sait, la question de l’adoration se reposera de nouveau d’une manière brûlante.
Pour tous ceux qui, de près ou de loin, sont impliqués dans le phénomène de la louange, il est inconcevable d’adorer sans savoir ce que nous adorons. Pourtant, ces paroles constituent une confirmation formelle qu’une adoration peut exister sans être éclairée. Comment ? Précisément, les Samaritains n’imaginaient pas une seule seconde se trouver dans ce cas de figure : il y avait chez eux un culte très proche de Jérusalem (le mont Garizim), des sacerdoces (ou rituels) au contenu inspiré du judaïsme traditionnel, des fêtes similaires, des sacrificateurs, des chants, des musiques, des coeurs sincères, et enfin le Dieu d’Abraham, l’Eternel. Comme les Juifs, ils entretenaient une attente messianique. Mais ces cultes, ces adorations « d’assemblées » proches, cousines, étaient doctrinalement incompatibles, à cause des mélanges qui s’y trouvaient.
C’est à la faveur du dialogue avec cette femme que le Seigneur Jésus-Christ a implicitement introduit la notion d’une fausse adoration en ajoutant l’adjectif « vrai » aux adorateurs « en esprit et en vérité » (Jean 4), et cette déclaration mérite toute notre attention.

Un adorateur qui ne connaîtrait pas le Dieu qu’il adore ne pourrait pas être considéré comme un « vrai adorateur en Esprit et en vérité » ; c’est une pensée très forte. Sommes-nous en train de couper les cheveux en quatre ? Dieu ne serait-Il pas plutôt heureux de recevoir et d’agréer toutes les adorations, comme on l’enseigne de plus en plus aujourd’hui?
Il semble que sur cette question précise de l’adoration (et, encore une fois, de son sens biblique, entier et puissant), le principe du rejet d’une « certaine adoration » soit confirmé par l’histoire de Caïn et Abel. Nous voyons pour le premier une adoration matérialisée par un sacrifice méritant (les fruits de la terre, image du produit naturel de cette création), qui ne sera pas agréée. Et pour le second, une adoration basée sur un sacrifice, qui traduit la reconnaissance de la vacuité des moyens humains, et du besoin d’une mort expiatoire, qui sera agréée.
Or, nous savons d’une manière irréfutable que certaines composantes du christianisme, d’hier ou d’aujourd’hui, renient objectivement la toute-suffisance de la mort expiatoire de Christ, et son exclusive médiation (en partageant sa divinité et son autorité avec sa mère, par exemple).

La réalité d’une fausse adoration, qu’elle soit momentanée ou pas, est démontrée par les Écritures. Il est donc possible pour un chrétien d’aujourd’hui de confondre, hélas, l’adoration biblique avec l’adoration musicale, et de s’imaginer (avec plus ou moins de force) être impliqué dans un mouvement de « louange explosive » plus authentique que celle de ses pères, qui est estimée désuette et dépassée.


Il ne s’agit donc pas là d’une question légère, surtout si nous nous souvenons qu’elle est à l’origine du premier meurtre « fraternel ».
Cette notion de la vraie et de la fausse adoration est enfin confirmée par la déclaration prophétique d’Esaïe (ainsi qu’Amos 5:23), par la bouche duquel le Seigneur constate au milieu de son peuple une adoration extérieure, une confession simplement formelle pouvant constituer (au mieux) une forme d’illusion ou (au pire) d’hypocrisie:

«Et le Seigneur dit: Parce ce que peuple s’approche de moi de sa bouche, et qu’ils m’honorent de leurs lèvres, et que leur coeur est éloigné de moi» És. 29:13

C’est ici la lecture divine d’une certaine « adoration », qui dit beaucoup de belles choses et qui véhicule beaucoup d’émotions, mais dont les racines en terme d’obéissance/d’écoute de la Parole de Dieu sont dominées par d’autres impératifs.


Chaque chrétien peut traverser cette expérience à un moment ou à un autre de son existence, et Dieu ne rejette pas les adorateurs en devenir, ce que nous sommes tous, en définitive. Mais l’accent est mis ici sur la généralisation d’un comportement, sur un glissement du sens profond de l’adoration vers un culte superficiel, creux, et une illusion de communion dans laquelle Dieu ne se reconnaît pas.
«Écouter la Parole de Dieu vaut mieux que faire des sacrifices, prêter l’oreille (tenir compte) vaut mieux que la graisse des béliers » (1 Samuel 15:22).

 

 

UNE PREUVE DE LA VACUITÉ DE CERTAINES LOUANGES, POURTANT PROBABLEMENT SINCÈRES

 

«Je hais, je méprise vos fêtes, et je ne puis sentir vos assemblées solennelles; si vous m’offrez des holocaustes et vos offrandes de gâteau, je ne les agréerai pas, et je ne regarderai pas le sacrifice de prospérités de vos bêtes grasses. Ôte de devant moi le bruit de tes cantiques; et la musique de tes luths, je ne l’écouterai pas.» Amos 5:21
La pensée donnée ici par Amos (ainsi que dans l’ensemble de son message) nous confirme cette vision et annonce également certains symptômes du christianisme de la fin des temps, renforcé par exemple par la prophétie de Paul à Timothée (2 Timothée 3:5): «Dans les derniers temps, les hommes auront l’apparence de la piété (nous pouvons intégrer dans ce mot celui d’adoration), tout en ayant renié ce qui en fait la force ». Notez que ces hommes font partie de la maison de la foi – il ne s’agit pas ici de la photographie du monde perdu – et qu’ils n’ont pas égaré, délaissé, oublié les fondements et révélations originels, purs et authentiques de leur culte, mais qu’ils les ont RENIÉS.
Ce n’est pas du tout la même chose. Renier est un acte dont nous porterons la responsabilité. Ces exemples attestent que la fausse adoration chrétienne n’est pas une thèse issue de la théologie négative. Le manque de discernement actuel, la volonté d’unifier et de simplifier les composantes de la foi ne doivent pas nous conduire dans le simplisme. Une certaine adoration, en accord apparent avec l’héritage religieux et tournée vers le vrai Dieu, sincère et brillante, peut toutefois ne pas être conforme aux normes essentielles de la Vérité.

 

Une anecdote : L’ADORATION DU CORPS (le parvis extérieur)
Un déplacement qui va vers l’extérieur, vers le superficiel

 

L’adoration est présentée aujourd’hui d’une manière de plus en plus esthétique ; ses arrangements sont d’une richesse et d’une variété qui vont croissant, d’une même plastique que les autres choses du monde. La louange musicale vendue est « branchée », tout est fait pour atteindre ce but.
Il ne s’agit pas d’être contre la beauté ou la richesse musicale, mais contre le culte de la beauté. C’est Dieu qui a créé la beauté et il n’est pas prêché ici de doctrine misérabiliste, mais ce même Dieu est aussi Celui qui regarde au coeur.
Toucherait-on mieux le coeur de Dieu par de belles oeuvres, des prières savantes ou de riches offrandes ?! Voilà bien la pensée «religieuse» que l’ennemi voudrait voir s’installer en nous. De riches musicalités ? Des arrangements plus branchés, des orchestrations plus complexes ? Nous avons oublié que le psalmiste inspiré a dit aussi : «ô Dieu, la louange t’attend dans le silence, en Sion» (Ps. 65:1).

On entend plaider ici ou là (et même prêcher) pour une adoration « du corps » : retrouver la liberté de l’adoration du corps, par les gestes de la danse. On justifie ce courant en judaïsant par-ci, et on l’innocente en psychologisant par-là. Il y aurait beaucoup à dire à propos de ces enseignements. Mais le spectacle d’une Église qui danse et des chrétiens et chrétiennes qui ondulent fait penser à d’autres spectacles du monde (voir note 4, en fin d’article). Nous préférerions tous que l’Eglise redevienne un lieu où les hommes craignent de se joindre, à cause de la présence de Dieu (Actes 5:13), plutôt que l’espace de liberté que chacun veut remplir avec ses désirs.
Si nous aspirons à nous en tenir aux directives bibliquesnéo-testamentaires (1 Timothée 3:15) la danse sera pour nous à ranger au rayon des distractions, des accessoires. Cela ne mérite ni un message, ni un enseignement, et surtout pas d’être prôné… pour nous faire plaisir ou pour importer une pratique, singer une culture.
Notre génération ignorante se retrouve (inconsciemment) sur le chemin d’une adoration agréable, moderne, apparemment plus vivante, mais moins coûteuse que celle révélée dans la Bible. Nous voulons bien offrir nos corps en sacrifice dans les temps de louange, mais le reste doit continuer de nous appartenir : cela entretient donc une apparence d’adoration, mais sans la force de la mort à soi-même, ce qui constitue un des fondements de l’erreur d’interprétation de la pensée divine.
Offrir à Dieu des sacrifices de louange ne se réduit pas à chanter, à travailler le chant, ou à prendre des cours de musique.
Alors que cette définition s’installe dans le coeur de la génération qui vient, il est de notre devoir de défendre les fondements de la foi concernant ce sujet, et de manifester une adoration authentique en nous consacrant nous-mêmes de nouveau à l’Eternel.
Qu’on ne s’y trompe pas, et que nul ne tombe dans une critique facile :
c’est parce que le corps des responsables sera défaillant dans les consécrations personnelles, dans l’attachement à la Parole de Dieu, que le glissement de la dilution avec le monde (l’apostasie) s’effectuera devant nos enfants, pour finir par s’installer en eux.

 

« Adorer », selon la manière qui s’installe dans certains milieux chrétiens aujourd’hui, peut finir par devenir une activité religieuse ABSOLUMENT VIDE si elle n’est pas précédée, accompagnée, suivie, de l’obéissance à la volonté divine. L’adoration est justement L’EXPRESSION de l’obéissance. André Chouraqui la traduit par le mot «se prosterner», qui se passe de commentaires. On devrait rappeler ces principes à chaque concert, et les groupes en vogue devraient en faire la pointe de leur épée : nous voulons entendre, nous demandons à entendre, pour nos enfants, nos jeunes, pour le monde également, oui, entendre s’élever de ces ministères des appels et des témoignages puissants de la Croix, des appels qui font trembler la chair et qui remettent les musicalités à leur place, c’est-à-dire au service du message, et non l’inverse.
Et «Les pécheurs ne résisteront point dans l’assemblée des justes» (Ps. 1:5).

 

J.PRELEL

 

 

 

 

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