MOURIR POUR VIVRE - CHAP 3


Livré à la mort


Ou : Comment manifester la vie de Jésus.


"Livrés à la mort pour l'amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus puisse être manifestée dans notre chair mortelle. Ainsi donc la mort opère en nous, mais la vie en vous" (2 Corinthiens 4:11,12, version Darby.)


Il appartient au plan de Dieu qu'Il Lui soit permis d'opérer, dans le cœur de Ses messagers, la réalisation des vérités qu'Il leur confie pour les dispenser aux autres.


Ecrit en grands caractères, dans la Parole même de Dieu, ressort le principe de la mort agissant en ceux qu'Il envoie pour apporter Son message, afin que la vie soit manifestée dans les autres. "Livrés à la mort pour l'amour de Jésus"... Nous trouvons cette expérience vécue déjà au temps de l'Ancien Testament dans la vie de David et dans celle des autres prophètes. Et comme il en a été pour eux dans la réalisation des types, ou préfigurations du Calvaire, et dans les déclarations prophétiques annonçant la croix, il en a été de même dans la dispensation qui l'a suivie immédiatement, et dès lors continuellement à travers les siècles, jusqu'à nos jours.


Nous découvrons ce principe incrusté dans la vie de l'apôtre Paul, dans la vie des martyrs et dans celle de tous les serviteurs de Dieu qui aient jamais été employés par Lui avec puissance. C'est un aspect de la croix que beaucoup d'entre nous n'ont pas su découvrir : ce principe de la mort produisant la vie, qui doit être forgé en nous avant que le message du Calvaire, communiqué par nous, puisse devenir vie dans les autres.


Là est l'explication du fait qu'on entend tellement prêcher sur la croix sans que la puissance de la croix soit à l'œuvre. Nous pouvons avoir compris clairement l'aspect substitutif et expiatoire de la mort de Christ pour nous, mais n'avoir pas saisi le fait de notre identification à Lui dans cette mort, de telle sorte que nous connaissions la victoire sur le péché, que donne la certitude d'être mort avec Lui.


Ou bien, si nous avons pris cette position d'identification, nous n'avons peut-être pas saisi ce que signifie la conformité à Sa mort, conformité qui permet à la puissance de la croix et de la résurrection de Christ d'agir en nous quotidiennement dans la vie pratique. Cette expérience introduit dans notre vie non seulement la victoire sur le péché, mais l'esprit du Calvaire. Par contre, l'absence de compréhension à cet égard est la cause de cette anomalie : la croix est prêchée, mais cette prédication ne porte pas l'empreinte de l'esprit du Calvaire. Là réside le danger de l'enseignement de l'identification, sans que celle-ci soit suivie d'une réelle conformité à la mort de Christ qui, seule, produit la vraie puissance. En effet, nous pouvons nous appuyer sur le fait que nous sommes morts avec Christ et prétendre qu'il n'a fallu qu'un instant pour que cette mort ait entièrement accompli son œuvre en nous, mais ne pas réaliser que la conformité à Sa mort doit suivre de près l'expérience de l'identification et qu'elle doit être appliquée à notre vie de plus en plus profondément, jusqu'à ce que la communion de Ses souffrances, sur le chemin de la croix, soit devenue une réalité pénétrant toute notre existence.


Voyez le cas de Jérémie : comme il en a été pour lui, de même tous les véritables messagers de la croix devront suivre le même chemin et passer par les mêmes expériences, s'ils sont décidés à suivre le Seigneur jusqu'au Calvaire. Car Jérémie a connu ce que cela représente de fouler le sentier que Jésus a parcouru en allant à la croix, bien que ce fût de longues années avant que Christ vint sur la terre pour y mourir. De même que Jérémie a connu la croix par anticipation, de même, lorsque nous proclamons la tragédie et la victoire du Calvaire, il faut que nous la connaissions dans une communion intime avec l'Agneau de Golgotha. La mort de Christ peut et doit être agissante en nous d'une manière si réelle que nous l'expérimentions comme une communauté, une association avec le Seigneur dans Ses souffrances. Cela seul donne naissance à une vie qui triomphe de tout.


Ce passage de 2 Corinthiens 4:11-12 est la pierre de touche de tout ce qui concerne cette expérience. "Nous qui vivons, écrit l'apôtre, nous sommes toujours livrés à la mort pour l'amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle. Ainsi donc la mort opère en nous, mais la vie en vous".


Ne voyons-nous pas d'une manière évidente que David a été "livré à la mort" quand, dans une heure de souffrance intense, il s'est écrié : "Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'as-Tu abandonné ?" Le Saint-Esprit a pu alors faire entendre par lui les paroles prophétiques qui devaient annoncer la mort de Christ au Calvaire.


Tandis que nous méditons sur ces choses, une compréhension nouvelle nous est accordée de ce que comporte la vie de Dieu dans l'âme humaine. Nous voyons qu'Il burine dans le tréfonds de Sa créature les messages divins qu'Il cherche à communiquer par elle. Même d'un prophète, Il n'a jamais fait une "machine", mais Il S'exprime par un cœur et par une vie qu'Il a préparés dans la fournaise de la souffrance.


En ces jours solennels qui précèdent la fin de notre dispensation, la question qui se pose à beaucoup de Chrétiens est celle-ci : "Comment l'Eglise de Christ va-t-elle être préparée à rencontrer le Seigneur ?" Nous répondons : "Seulement en consentant que soit créé en elle le vrai esprit de Jésus, en devenant conforme à Lui, l'Agneau de Dieu". Quelques enfants de Dieu ont eu comme une vision de ces choses. Ils en ont goûté la réalisation dans une certaine mesure, et ce message brûle dans leur cœur. Mais comment sera-t-il communiqué aux autres de telle manière qu'il devienne une réalité puissante dans leur vie ? Comment cette vie de Jésus, qui nous a été donnée par la communion avec Lui dans Sa mort, atteindra-t-elle les autres ? La réponse est celle-ci : "Il faut que nous soyons prêts à être livrés à la mort comme les prophètes l'ont été". Notre désir le plus profond est de faire connaître autour de nous le message du Calvaire dans toute sa puissance mais cela ne peut être réalisé que dans la mesure où il est œuvré en nous en premier lieu, comme il l'a été dans les vies de Jérémie, de David et de Paul.


Sommes-nous prêts à vivre ce message dans les larmes s'il le faut comme David, qui a gémi et pleuré en faisant ies expériences décrites dans le Psaume 22, avant que le Saint-Esprit puisse lui inspirer les paroles de ce Psaume qui nous donne le portrait prophétique de Christ ? Oui, il nous faut, tout autant que David, connaître les angoisses, les sanglots du Calvaire, dans la communion de Ses souffrances, si nous voulons que le Saint-Esprit communique la vie aux autres par le message de la croix que nous leur apportons ! Si nous ne leur faisons part que de nos lumières intellectuelles sur la mort de Christ, cela peut, il est vrai, leur apporter la lumière, mais pas la vie. Nous sommes peut-être capables d'expliquer parfaitement tout ce qui concerne l'identification à Christ dans la mort au pêché et la victoire personnelle, si bien que nos auditeurs pourront à leur tour devenir victorieux, mais ce n'est pas la vie passant au travers de nous, car pour cela il ne faut rien de moins que la communion de Ses souffrances, accomplie en nous par le Saint-Esprit.


Le Seigneur Jésus a crié sur la croix de Golgotha : "Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi M'as-Tu abandonné ?", répétant ainsi les paroles prononcées par David au milieu de larmes amères, des années auparavant.


Et ce fut à Golgotha que la vie même de Jésus fut libérée en faveur d'un monde mourant. "Toujours livrés à la mort... Ainsi donc la mort agit en nous et la vie en vous..." écrivait Paul. Ces mots expriment-ils une supplication pour recevoir la puissance ? Non ! Pour obtenir le bonheur ? Non encore ! "Toujours livrés à la mort..." Avez-vous jamais, cher enfant de Dieu, demandé à Dieu de vous associer à Christ dans Sa mort ? Vous avez prié pour obtenir la puissance, mais la réponse divine est : "Toujours livrés à la mort".


Toujours ! Pas seulement de temps en temps ! "Mais, direz-vous, je croyais que lorsque je suis venu à la croix et que j'ai compris mon identification avec Christ dans Sa mort, j'avais été introduit sur le terrain de la résurrection par mon union avec Lui, puis que, par Son ascension, j'avais pénétré avec Lui dans les lieux célestes (Ephésiens 2:6) ; je croyais que la croix était maintenant derrière moi et que je n'avais plus qu'à maintenir ma position..."


Oui, cela est vrai, mais toute la vérité n'est pas contenue dans ce que vous venez de dire. 2 Corinthiens 4:10-12 et Philippiens 3:10 occupent une place vitale dans la vie spirituelle de tous ceux qui veulent s'attacher à connaître le Seigneur. "Regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu" (Romains 6:11), et "Vous étes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu" (Colossiens 3:3), sont des vérités fondamentales, un roc sur lequel nous devons jour après jour maintenir notre position. Mais la puissance de la résurrection ne s'obtient que par la conformité à Sa mort qui produit la vie pour les autres.


"Toujours livrés à la mort pour l'amour de Jésus". "Oh ! direz-vous encore, vous ne placez pas devant nous le côté le plus attrayant de la vie chrétienne !" Ah ! frères en Christ, pourquoi, en suivant votre Sauveur, recherchez-vous toujours ce qui est attrayant à vues humaines ? Le Calvaire, dans toute sa terrible réalité, était-il attrayant ? Christ Lui-même était-Il attrayant sur le chemin de la croix ? Si nous avions pu Le contempler alors, nous n'aurions trouvé en Lui "aucune beauté qui nous Le fasse désirer" (EsaÏe 53:2, version anglaise). Mais "à cause de la joie qui Lui était proposée, Il a enduré la croix et méprisé la honte" (Hébreux 12:2, version anglaise). Si nos yeux étaient ouverts par le Saint. Esprit et qu'il nous soit donné d'avoir la vision divine de notre Seigneur dans Sa souffrance, nous trouverions une beauté ineffable dans l'Esprit de l'Agneau qui était en Lui. Nous verrions le côté céleste de la communion avec Christ sur le chemin de la croix, et nous regarderions comme une joie parfaite de suivre Ses traces. Alors notre désir intense serait de souffrir avec Lui, parce qu'ainsi, et ainsi seulement, nous serons "glorifiés avec Lui" (Romains 8:17). "Cette parole est certaine : Si nous sommes morts avec Lui, nous vivrons aussi avec Lui ; si nous souffrons, nous régnerons aussi avec Lui (2 Timothée 2:11-12).


Mais quelle est la signification de ces mots : "Etre livrés à la mort ?" Le Seigneur a été "livré pour nos offenses". Le Père L'a "livré pour nous tous". "Il fut livré entre les mains des hommes". Le mot grec signifie transmettre, tendre, remettre, abandonner, céder, renoncer à, se retirer de (an anglais : hand over ou give over). C'est le mot qui est employé dans Galates 2:20, quand il est dit : "Il m'a aimé et S'est donné Lui-même pour moi". Il S'est abandonné aux bourreaux, pour moi. Il S'est remis à la mort, pour moi. Le Père L'a abandonné, livré aux mains des bourreaux, à la merci des Gentils et des principaux des Juifs. A plusieurs reprises, nous lisons : "Quand le temps fut venu où Il devait être livré".


Ceci est l'un des aspects de la vie de Jésus qui doit être manifesté dans notre corps mortel. Il nous appelle à consentir à être "abandonnés à la mort pour l'amour de Jésus" comme Il y a été abandonné pour nous. Il nous faut une vision qui aille plus loin que celle de notre confort, de notre joie, de notre bonheur personnel, de nos extases même. Il nous faut recevoir "la puissance" non seulement pour être témoins, mais pour être martyrs (le même mot grec signifie à la fois témoin et martyr), la puissance pour consentir à être livrés entre les mains des hommes, et la puissance pour pouvoir nous abandonner entièrement à la volonté de Dieu, afin que la vie agisse chez les autres, "livrés à la mort pour l'amour de Jésus".


"Toujours livrés à la mo