GENÈSE 32 - Vaincu pour être béni
- ILTAIME

- 13 juin
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Contexte historique
Jacob vient de quitter Laban et reprend la route vers Canaan, la terre promise à ses pères. Mais un obstacle bien plus redoutable que son beau père l'attend désormais : Ésaü, le frère qu'il a jadis trompé pour lui ravir le droit d'aînesse et la bénédiction paternelle. Jacob envoie des messagers en éclaireurs et apprend qu'Ésaü marche à sa rencontre avec quatre cents hommes. Saisi de terreur, il divise son camp, prépare un présent considérable pour apaiser son frère, puis prie Dieu avec une sincérité qu'on ne lui avait pas encore connue. La nuit venue, resté seul après avoir fait traverser les siens au gué de Jabbok, il lutte jusqu'à l'aurore avec un homme mystérieux qui n'est autre que Dieu lui même. De ce combat naît un homme nouveau, portant un nom nouveau : Israël.
Leçons pour aujourd'hui
1. La peur qui pousse à prier vraiment
"Délivre moi, je te prie, de la main de mon frère, de la main d'Ésaü ! car je crains qu'il ne vienne, et qu'il ne me frappe, avec la mère et les enfants." (Genèse 32:11)
C'est la première prière longue et personnelle que Jacob adresse à Dieu dans toute l'Écriture, et elle jaillit de la peur, non d'une piété tranquille. Il commence par reconnaître son indignité, "je suis trop petit pour toutes les grâces" (Genèse 32:10), avant de formuler sa requête et de rappeler à Dieu sa propre promesse. Martyn Lloyd Jones enseignait que la vraie prière naît souvent d'un sentiment aigu de besoin, quand l'homme cesse de compter sur lui même et découvre enfin qu'il n'a que Dieu pour appui.
Beaucoup de croyants ne prient avec cette intensité que lorsque toute échappatoire humaine leur est fermée, et Dieu, dans sa souveraineté, permet parfois ces détresses précisément pour nous y conduire. Que le lecteur retienne que la peur n'est pas condamnable en elle même, ce qui compte est ce qu'elle produit : la fuite loin de Dieu ou la prière devant lui.
2. Une lutte qui n'est pas contre Dieu mais avec lui
"Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore." (Genèse 32:24)
Ce combat nocturne n'oppose pas un homme rebelle à Dieu, il révèle un homme qui s'accroche à Dieu de toutes ses forces et refuse de le laisser partir sans bénédiction. Andrew Murray, qui a consacré une grande partie de son ministère à l'enseignement sur la prière, voyait dans cet épisode le modèle même de la prière persévérante, celle qui ne renonce pas devant le silence apparent du ciel. Jacob ne triomphe pas par sa force physique, l'homme le blesse à la hanche précisément pour lui montrer que sa victoire ne viendra jamais de lui même.
Le chrétien sait que la persévérance dans la prière n'arrache rien à un Dieu réticent, elle exprime plutôt la foi qui s'appuie sur des promesses déjà données. Jacob obtient sa bénédiction non parce qu'il force la main de Dieu, mais parce que Dieu avait toujours eu l'intention de le bénir et voulait l'amener à la recevoir dans la faiblesse plutôt que dans la ruse.
3. La hanche démise, condition de la bénédiction
"Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l'emboîture de la hanche ; et l'emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui." (Genèse 32:25)
Toute la vie de Jacob jusqu'ici a été celle d'un homme habile, un supplanteur qui obtient par la ruse ce que Dieu lui avait déjà promis par grâce. Cette nuit là, Dieu touche précisément l'endroit de sa force naturelle et le rend infirme pour le reste de ses jours. Charles Spurgeon prêchait que Jacob boiteux valait mieux que Jacob agile, car cette faiblesse permanente le préservait de tout orgueil et lui rappelait chaque jour d'où venait réellement sa force.
La théologie réformée reconnaît dans cette scène une image de la sanctification : Dieu brise souvent nos appuis naturels, notre habileté, notre indépendance, notre capacité à toujours nous en sortir seuls, pour que nous marchions désormais appuyés sur lui. La marque laissée par Dieu n'est pas une punition, elle est le signe visible d'une grâce reçue au prix d'un dépouillement.
4. Un nom nouveau pour un cœur transformé
"Il dit encore : ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur." (Genèse 32:28)
Jacob signifie celui qui talonne, qui supplante, un nom qui résume toute une existence marquée par la ruse envers Ésaü et Isaac. Israël signifie celui qui lutte avec Dieu, un nom qui inaugure une identité nouvelle, fondée non plus sur l'habileté humaine mais sur une relation vécue avec le Dieu vivant. Ce changement de nom annonce ce que le Nouveau Testament développera pleinement : quiconque est en Christ devient une nouvelle créature, les choses anciennes sont passées (2 Corinthiens 5:17).
Le vrai chrétien ne se définit jamais par son passé de péché ou de ruse, mais par l'œuvre que Dieu accomplit en lui, une œuvre commencée par grâce et menée jusqu'à son terme par la même grâce.
5. Peniel, la marque visible d'une rencontre invisible
"Jacob appela ce lieu du nom de Peniel : car, dit il, j'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée. Le soleil se levait, lorsqu'il passa Peniel. Jacob boitait de la hanche." (Genèse 32:30 à 31)
Jacob quitte Peniel changé dans son identité et changé dans sa marche, il avance désormais en boitant, mais il avance vers Ésaü sans la peur panique qui l'habitait la veille. La rencontre véritable avec Dieu laisse toujours une trace, elle ne se limite jamais à une émotion passagère, elle transforme durablement la manière de vivre. Le soleil se lève sur cet homme brisé et béni au moment même où il doit affronter ce qu'il redoutait le plus, comme pour montrer que Dieu prépare ses enfants avant de les envoyer à l'épreuve, jamais après.
Le lecteur qui traverse une saison de faiblesse imposée par Dieu peut se souvenir que cette même faiblesse est souvent le lieu précis où Dieu se révèle avec le plus de clarté.
Conclusion
Ce chapitre enseigne que Dieu bénit rarement ceux qui restent forts par eux mêmes, il bénit ceux qu'il a d'abord dépouillés de leur propre force pour les rendre dépendants de la sienne seule. Que le lecteur, dans ses propres nuits de lutte, cesse de chercher à vaincre par ses propres moyens et s'accroche plutôt à Dieu jusqu'à en recevoir la bénédiction, quitte à en garder la marque toute sa vie.
L. Gilman



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