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GENÈSE 31 - Dieu rend justice au fidèle et confond l'idolâtre

genèse 31

Contexte historique

Après vingt années passées au service de Laban à Charan, Jacob a vu sa famille grandir et ses troupeaux prospérer considérablement, au point d'éveiller la jalousie de Laban et de ses fils. C'est alors que Dieu ordonne à Jacob de retourner au pays de ses pères, en Canaan, et lui renouvelle la promesse de sa présence protectrice. Jacob s'enfuit avec ses femmes, ses enfants et ses biens pendant l'absence de Laban, mais Rachel dérobe en secret les théraphims, les idoles domestiques de son père. Laban se lance à la poursuite de Jacob, mais Dieu l'avertit en songe de ne lui faire aucun mal. Après une confrontation houleuse où chacun expose ses griefs, les deux hommes concluent une alliance devant Dieu et se séparent en paix. Ce chapitre clôt le séjour de Jacob à Charan et prépare son retour vers la terre promise.


Leçons pour aujourd'hui


1. La jalousie, gangrène des relations

"Jacob entendit les propos des fils de Laban, qui disaient : Jacob a pris tout ce qui était à notre père, et c'est avec le bien de notre père qu'il s'est acquis toute cette richesse. Jacob remarqua aussi le visage de Laban ; et voici, il n'était plus envers lui comme auparavant." (Genèse 31:1 à 2)

La réussite de Jacob n'est pas seulement matérielle, il est devenu puissant, et c'est précisément cela qui insupporte Laban et ses fils. L'Écriture est claire sur la gravité de ce péché : "La fureur est cruelle et la colère impétueuse, mais qui résistera devant la jalousie ?" (Proverbes 27:4). Matthew Henry notait que l'envie est un péché qui ne se contente jamais de blesser autrui, mais qui ronge d'abord celui qui l'abrite, jusqu'à défigurer son propre visage, comme celui de Laban qui change à l'égard de Jacob.

Chacun peut reconnaître dans son entourage, ou dans son propre cœur, cette amertume qui se cache derrière la réussite d'un frère ou d'une sœur. Le croyant sait que toute bénédiction vient de Dieu seul et n'a donc aucune raison légitime d'envier ce que la providence a donné à un autre.


2. Dieu tient toujours la promesse qu'il a faite

"Retourne au pays de tes pères et dans ton lieu de naissance, et je serai avec toi." (Genèse 31:3)

Dieu ne fait ici que rappeler à Jacob ce qu'il lui avait déjà déclaré vingt ans plus tôt, à Béthel : "Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays ; car je ne t'abandonnerai point, que je n'aie exécuté ce que je te dis." (Genèse 28:15). Entre ces deux versets se sont écoulées deux décennies de service ingrat, Jacob lui même le rappellera à Laban : "Voilà vingt ans que j'ai passés dans ta maison ; je t'ai servi quatorze ans pour tes deux filles, et six ans pour ton troupeau, et tu as changé dix fois mon salaire." (Genèse 31:41). Dieu avait prévu, depuis le premier jour, de ramener Jacob chez lui, et rien, ni l'injustice de Laban ni la longueur de l'attente, n'a pu empêcher l'accomplissement de sa parole.

Le croyant qui traverse une longue saison d'épreuve doit se souvenir que les délais de Dieu ne sont jamais des oublis.


3. Entendre Dieu ne suffit pas à être transformé par lui

"Dieu vint à Laban, l'Araméen, dans un songe de la nuit, et lui dit : Garde toi de parler à Jacob ni en bien ni en mal !" (Genèse 31:24)

Laban écoute l'avertissement divin et s'y conforme extérieurement, mais rien en lui n'est réellement touché par cette rencontre. Job l'enseigne : "Dieu parle cependant, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, et l'on n'y prend pas garde. Il parle par des songes, par des visions nocturnes... afin de détourner l'homme du mal." (Job 33:14 à 16). L'Écriture multiplie les exemples de ce phénomène troublant : Abimélec, l'échanson et le panetier de Pharaon, Pharaon lui même, tous ont reçu un songe de Dieu sans que leur cœur en soit changé. John Owen rappelait que la grâce commune peut retenir la main d'un homme sans jamais régénérer son cœur, et que seule l'œuvre souveraine de l'Esprit produit une véritable conversion.

Aujourd'hui encore, certains sont avertis par Dieu, dans leur conscience ou par sa providence, sans réaliser que c'est lui qui leur parle, ils obéissent en surface mais ne se prosternent jamais devant lui.


4. Les idoles du cœur survivent parfois à la grâce reçue

"Rachel déroba les théraphims qui étaient à son père." (Genèse 31:19)

Pourquoi Rachel emporte t elle ces statuettes ? Peut être par crainte qu'elles ne trahissent la direction prise par la caravane, mais le texte révèle surtout qu'elle reste marquée par l'éducation idolâtre reçue chez son père, au point d'accorder encore un pouvoir réel à ces faux dieux, allant jusqu'à s'asseoir dessus pour les cacher (Genèse 31:34 à 35). Jean Calvin écrivait que l'esprit humain est une fabrique perpétuelle d'idoles, et cette parole trouve dans ce chapitre une illustration saisissante : même au sein d'une famille bénie et conduite par Dieu, l'idolâtrie du cœur peut subsister en secret.

Le croyant d'aujourd'hui n'a plus de théraphims de bois ou de pierre, mais il porte parfois, sans le savoir, des attachements qui occupent la place réservée à Dieu seul, la sécurité matérielle, l'opinion des autres, ou le contrôle de sa propre vie. La sanctification est un combat de toute une existence, et nul ne doit présumer de la pureté totale de son cœur.


5. Dieu voit la droiture et finit toujours par rendre justice

"Dieu a vu ma souffrance et le travail de mes mains, et hier il a prononcé son jugement." (Genèse 31:42)

Après vingt ans de patience face à un beau père malhonnête, qui a changé dix fois son salaire et traité ses propres filles comme des marchandises, Jacob peut enfin rendre témoignage à la fidélité de Dieu. Ce sont précisément ces épreuves prolongées qui lui ont permis d'expérimenter concrètement la protection divine promise à Béthel. La Parole confirme ce principe : "Quand l'Éternel approuve les voies d'un homme, il dispose favorablement à son égard même ses ennemis." (Proverbes 16:7), et c'est bien ce qui se produit lorsque Laban, pourtant hostile, conclut finalement une alliance de paix avec Jacob.

Il en va de même pour chaque croyant aujourd'hui, les épreuves ne sont jamais la preuve d'un abandon divin, mais souvent l'instrument par lequel Dieu façonne et confirme la foi de ceux qu'il aime.


Conclusion

Ce chapitre montre un Dieu souverain qui protège le fidèle, avertit l'impie et dénonce même l'idolâtrie cachée au sein de son propre peuple. Que le lecteur retienne que la patience dans l'épreuve n'est jamais vaine, car Dieu voit, Dieu se souvient, et Dieu rend justice en son temps.


L. Gilman

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