GENÈSE 35 - Un autel, un nom nouveau, un tombeau
- ILTAIME

- 16 juin
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Contexte historique
Après le massacre de Sichem et la fureur meurtrière de ses fils, Jacob se retrouve exposé au danger parmi les Cananéens qui pourraient venger leurs morts. Dieu intervient alors et lui ordonne de monter à Béthel, le lieu même où, vingt ans plus tôt, en pleine fuite devant Ésaü, il avait fait vœu de retour. Jacob purifie sa maison des idoles et des amulettes ramenées de Paddan Aram, les enfouit sous un térébinthe, et Dieu répand une terreur telle sur les villes environnantes que personne n'ose poursuivre la famille en marche. À Béthel, Jacob dresse un autel, nomme le lieu El Béthel, et Dieu lui apparaît de nouveau pour confirmer solennellement son nouveau nom, Israël, et renouveler les promesses faites à Abraham et à Isaac. Le chapitre se referme sur une série d'épreuves personnelles : la mort de Débora, nourrice de Rebecca, puis la mort de Rachel en donnant naissance à Benjamin sur le chemin d'Éphrata, le péché de Ruben avec Bilha, et enfin la mort d'Isaac lui même à cent quatre vingts ans, enterré par Ésaü et Jacob réunis. En une poignée de versets, ce chapitre relie l'obéissance, la consécration, la fidélité de l'alliance et la douleur du deuil, sans jamais séparer l'une de l'autre.
Leçons pour aujourd'hui
1. Se dépouiller avant d'adorer
"Ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous, purifiez vous, et changez de vêtements." (Genèse 35:2)
Jacob ne monte pas à Béthel les mains encore pleines des idoles amassées pendant son séjour à Paddan Aram et à Sichem ; il exige d'abord une rupture nette avec ce qui souille sa maison. L'adoration authentique commence toujours par la repentance, jamais par l'accumulation de rituels extérieurs. Calvin rappelait que le cœur humain est une fabrique perpétuelle d'idoles, et que la consécration réelle exige un dépouillement conscient, non une simple bonne intention passagère.
Le lecteur qui veut monter à sa propre Béthel, retrouver une communion vraie avec Dieu, doit d'abord identifier ce qu'il enfouit encore sous son propre térébinthe.
2. La terreur de Dieu comme protection invisible
"Ils partirent. Et la terreur de Dieu se répandit sur les villes qui les entouraient, de sorte qu'on ne poursuivit point les fils de Jacob." (Genèse 35:5)
Après le carnage de Sichem, Jacob et sa famille auraient dû subir des représailles sanglantes ; au lieu de cela, Dieu place une crainte surnaturelle sur les peuples voisins. Cette protection ne repose sur aucune stratégie humaine, aucune armée rassemblée, mais uniquement sur la souveraineté d'un Dieu qui gouverne les cœurs des nations comme il gouverne les éléments.
Le chrétien inquiet des conséquences de ses propres échecs passés, ou de ceux de sa famille, peut retenir que la garde de Dieu ne dépend jamais du mérite de ceux qu'il protège. La providence reste à l'œuvre précisément là où l'homme ne voit que danger imminent.
3. Un nom confirmé, une alliance renouvelée
"Dieu lui dit : Ton nom est Jacob ; tu ne seras plus appelé Jacob, mais ton nom sera Israël. Et il lui donna le nom d'Israël." (Genèse 35:10)
Ce nom avait déjà été donné à Peniel (Genèse 32:28), mais Dieu le confirme ici solennellement, comme pour sceller ce que la lutte nocturne avait seulement inauguré. Avec ce nom vient la révélation d'El Shaddai, le Dieu Tout Puissant, et le renouvellement de la promesse de multiplication et de possession du pays faite à Abraham puis à Isaac. R.C. Sproul rappelait que les promesses de Dieu ne reposent jamais sur la constance de l'homme mais sur le caractère immuable de celui qui promet. Jacob, malgré son passé de ruse et malgré le sang versé par ses fils, reçoit une alliance qui ne dépend ni de sa dignité ni de sa performance, mais de la seule grâce souveraine de Dieu.
4. La douleur ne suspend pas la promesse
"Rachel accoucha, et l'accouchement fut pénible... Comme elle rendait l'âme, car elle se mourait, elle l'appela du nom de Ben Oni ; mais le père l'appela Benjamin." (Genèse 35:16 à 18)
À peine la promesse de fécondité vient elle d'être renouvelée que la mort frappe au cœur même de son accomplissement : Rachel, tant désirée et tant attendue, meurt en donnant naissance à ce douzième fils qui complète la famille de l'alliance. Rachel nomme son fils fils de ma douleur, mais Jacob, dans un geste de foi silencieux, le renomme fils de la droite, refusant de laisser le dernier mot au chagrin.
Le croyant qui traverse le deuil au beau milieu même d'une bénédiction reçue ne doit pas confondre douleur et absence de la grâce de Dieu ; les deux coexistent souvent dans le même chapitre d'une existence. La tombe de Rachel sur le chemin d'Éphrata demeure un monument silencieux, mais elle ne contredit jamais la fidélité de Dieu qui, quelques versets plus tôt, venait de renouveler son alliance.
5. La mort du patriarche n'arrête pas l'alliance
"Isaac expira et mourut, et il fut recueilli auprès de son peuple, âgé de cent quatre vingts ans. Ésaü et Jacob, ses fils, l'enterrèrent." (Genèse 35:29)
Le chapitre se clôt non sur un triomphe mais sur un tombeau, celui d'Isaac, dernier survivant de la génération qui avait reçu directement les promesses faites à Abraham. Pourtant l'alliance ne meurt pas avec lui : elle avait déjà été transmise et confirmée à Jacob quelques versets plus tôt, et les douze fils, dont la liste est soigneusement consignée (Genèse 35:22 à 26), portent désormais cette promesse vers l'avenir. Dieu ne lie jamais son alliance à la vie d'un seul homme, mais la fait traverser les générations par sa propre fidélité, non par la survie humaine.
Que le lecteur retienne que la mort d'un père, d'une mère, ou d'un fondateur spirituel, aussi douloureuse soit elle, ne met jamais fin à l'œuvre que Dieu a commencée.
Conclusion
Béthel n'est jamais un lieu qu'on atteint une fois pour toutes ; c'est une consécration à renouveler chaque fois que les idoles reprennent racine et que le chemin se referme sur un tombeau. Ce qu'il faut retenir de ce chapitre, c'est que la fidélité de Dieu embrasse aussi bien l'autel dressé en obéissance que la tombe creusée dans la douleur, et qu'elle ne dépend jamais de nos mérites mais de son seul caractère immuable.
L. Gilman



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