GENÈSE 48 - Le choix souverain qui déjoue l'ordre naturel

Contexte historique
Jacob, très âgé et malade à la fin de sa vie en Égypte, reçoit la visite de Joseph accompagné de ses deux fils, Manassé et Éphraïm. Il rappelle l'alliance que Dieu tout puissant a conclue avec lui à Luz, puis il adopte formellement les deux garçons, nés d'une mère égyptienne hors de la terre promise, en leur donnant le même rang d'héritiers que Ruben et Siméon, ses propres fils. Il évoque au passage la mort de Rachel en chemin vers Éphrata. Puis, malgré la protestation de Joseph, il croise volontairement ses mains pour bénir Éphraïm le cadet avant Manassé l'aîné. Il prophétise l'avenir des deux tribus et conclut en donnant à Joseph une portion de terre supplémentaire, prise aux Amoréens par l'épée et par l'arc.
Leçons pour aujourd'hui
1. L'adoption dans la famille de la promesse
"Maintenant, les deux fils qui te sont nés au pays d'Égypte, avant mon arrivée vers toi en Égypte, seront à moi; Éphraïm et Manassé seront à moi, comme Ruben et Siméon." (Genèse 48:5)
Jacob élève, par un acte de sa seule autorité, deux fils nés hors de Canaan au rang d'héritiers à part entière de l'alliance. Rien dans leur naissance ne les qualifiait naturellement à ce statut : c'est la parole du patriarche qui les constitue fils d'Israël. Paul reprendra cette image pour décrire l'adoption des croyants en Christ (Éphésiens 1:5) : nous n'entrons pas dans la famille de Dieu par le mérite, mais par une décision souveraine venue d'en haut. R.C. Sproul rappelait que l'adoption spirituelle n'est pas un ornement secondaire de l'Évangile, mais l'un de ses privilèges les plus intimes.
2. La souveraineté qui déjoue l'ordre naturel
"Israël étendit sa main droite et la posa sur la tête d'Éphraïm qui était le plus jeune, et il posa sa main gauche sur la tête de Manassé: ce fut avec intention qu'il posa ses mains ainsi, car Manassé était le premier-né." (Genèse 48:14)
Jacob croise ses mains volontairement, contre l'usage et contre l'insistance de Joseph. Le texte prend soin de préciser : ce fut avec intention. Dieu, à travers Jacob, choisit de nouveau le plus jeune contre l'aîné, comme il avait choisi Jacob contre Ésaü. Ce schéma traverse toute l'Écriture pour rappeler que l'élection divine ne suit jamais la logique humaine du rang ou du mérite (Romains 9:11-12). Calvin voyait dans ces renversements répétés la preuve que le salut procède de la seule volonté de Dieu, jamais des droits que l'homme croit posséder.
3. Le Dieu qui a conduit et délivré toute une vie
"Il bénit Joseph, et dit: Que le Dieu en présence duquel ont marché mes pères, Abraham et Isaac, que le Dieu qui m'a conduit depuis que j'existe jusqu'à ce jour, que l'ange qui m'a délivré de tout mal, bénisse ces enfants !" (Genèse 48:15-16)
Au terme de sa vie, Jacob relit son parcours tourmenté, tromperies, exil, deuils, famine, et n'y voit plus que la fidélité constante de Dieu. Celui qui l'a conduit et délivré est le même qui bénira désormais ses petits fils.
Cette relecture de la providence, du premier jour jusqu'à la vieillesse, est un exercice de foi que tout croyant devrait pratiquer : reconnaître dans les détours de sa propre histoire la main du Dieu souverain, jamais absente même quand elle paraissait invisible.
4. Une part conquise pour l'héritier fidèle
"Je te donne, de plus qu'à tes frères, une part que j'ai prise de la main des Amoréens avec mon épée et avec mon arc." (Genèse 48:22)
Jacob accorde à Joseph, le fils éprouvé et fidèle, une portion supplémentaire. Ce n'est pas un favoritisme arbitraire : Joseph a souffert, servi, préservé toute la famille de la famine, et cette part anticipe la double portion réservée plus tard au premier né spirituel (1 Chroniques 5:1-2).
L'image annonce aussi, en germe, la récompense que Christ, fils fidèle et souffrant par excellence, reçoit du Père pour son œuvre accomplie (Philippiens 2:9-10).
Conclusion
Genèse 48 rappelle que la bénédiction divine ne suit ni les lois de la primogéniture ni les préférences humaines, mais le bon plaisir souverain de Dieu, qui choisit qui il veut, adopte qui il veut, élève qui il veut. Devant un tel Dieu, la seule réponse qui convient est l'adoration reconnaissante de Jacob relisant sa vie entière comme une histoire de grâce.
Question(s) pour la réflexion
Repérez vous, dans le récit de votre propre vie, des moments où Dieu a agi autrement que vous ne l'attendiez, mais avec une sagesse que vous ne pouvez que reconnaître aujourd'hui ?
Votre confiance en Dieu dépend elle de ce qu'il agisse selon votre logique, ou acceptez vous qu'il demeure souverain même lorsque ses choix déjouent vos attentes ?
L. Gilman




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