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L'ARGENT QUE GALATES 6 NE PROMET PAS

argent

Il y a des versets que l'on croit connaître, tant on les a entendus répétés d'une chaire à l'autre, et qui pourtant, examinés de près, disent tout autre chose que ce qu'on leur fait dire depuis des décennies. Galates 6:6 en fait partie. « Que celui à qui l'on enseigne la parole fasse part de tous ses biens à celui qui l'enseigne. » Ce verset, associé aux versets suivants sur la semence et la moisson, est devenu l'un des textes les plus détournés par l'évangile de prospérité pour justifier des collectes financières présentées comme des investissements spirituels rentables. Il est temps de revenir au texte lui même.


Ce que dit vraiment le mot grec

Le texte grec de Galates 6:6 est le suivant : Κοινωνείτω δὲ ὁ κατηχούμενος τὸν λόγον τῷ κατηχοῦντι ἐν πᾶσιν ἀγαθοῖς. Deux mots méritent une attention particulière.

Le premier verbe, traduit par « fasse part », est koinoneo. C'est le même mot qui donne koinonia, la communion, ce terme central du Nouveau Testament pour désigner le lien vécu entre croyants. Paul ne demande pas une transaction commerciale entre l'élève et l'enseignant. Il demande une communion réelle, un partage mutuel de vie, pas un paiement de service rendu.

Le second mot est agathois, traduit par « biens ». C'est l'adjectif substantivé de agathos, qui signifie simplement bon. Rien dans ce mot ne désigne spécifiquement de l'argent ou des richesses matérielles. La Nouvelle Bible Segond le signale d'ailleurs en note, traduisant littéralement l'expression par « en toutes bonnes choses ». Le mot grec est neutre quant à la nature du bien partagé. Il peut s'agir de biens matériels, mais rien dans le texte ne l'impose ni ne le privilégie.

Ainsi, une traduction plus fidèle à l'esprit du texte serait proche de : « Que celui qui reçoit l'enseignement de la Parole entre en communion, dans tout ce qui est bon, avec celui qui enseigne. » Ce n'est pas une facture à régler. C'est un appel à la solidarité de vie entre celui qui nourrit spirituellement et celui qui reçoit cette nourriture.


La semence dont parle Paul n'est pas de l'argent

L'évangile de prospérité ne s'arrête généralement pas au verset 6. Il l'associe aux versets suivants, où Paul parle de semer et de moissonner, pour construire l'idée qu'un don financier produirait un retour multiplié par Dieu. Regardons ce que le texte dit réellement.

« Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu. Ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption, mais celui qui sème pour l'Esprit moissonnera de l'Esprit la vie éternelle. » (Galates 6:7 à 8)

L'opposition posée par Paul est claire. Elle oppose la chair à l'Esprit, pas l'argent donné à l'argent reçu en retour. La moisson promise est la vie éternelle, pour celui qui sème pour l'Esprit, et la corruption, pour celui qui sème pour la chair. Il n'est à aucun moment question d'un investissement financier destiné à revenir multiplié vers le donateur. C'est une image spirituelle et morale, ancrée dans une longue tradition biblique, on la retrouve déjà en Osée 8:7 et en Job 4:8, qui parle des conséquences des choix de vie, pas d'un mécanisme de rétribution matérielle.

L'évangile de prospérité opère donc un double glissement. Il transforme d'abord le mot "biens" du verset 6 en argent, alors que le grec parle de ce qui est bon sans autre précision. Il fusionne ensuite cette idée avec l'image du semeur des versets 7 et 8, qui parle de chair et d'Esprit, pour faire croire que donner de l'argent à un ministère produirait une récolte financière garantie par Dieu. Le texte ne dit ni l'un ni l'autre.


Ce que le texte demande réellement

Cela ne signifie pas que Paul exclut toute dimension pratique du soutien aux enseignants de la Parole. Ailleurs, en 1 Corinthiens 9:11 à 14 par exemple, l'apôtre affirme sans détour que celui qui prêche l'Évangile doit vivre de l'Évangile. Le soutien matériel des serviteurs de la Parole a un fondement biblique réel, et il n'est pas question de le nier.

Mais ce fondement n'est pas celui que l'évangile de prospérité prétend trouver en Galates 6:6. Il ne s'agit pas d'un contrat où donner garantirait de recevoir davantage. Il s'agit d'une communion, une reconnaissance vécue, un lien de solidarité entre celui qui enseigne et celui qui est enseigné, qui peut certes s'exprimer matériellement, mais qui commence par une disposition du cœur, pas par un calcul.

Ce glissement doctrinal n'est pas un détail. Il transforme un appel à la communion fraternelle en promesse mensongère de prospérité, et il expose des croyants sincères à donner dans l'attente d'un retour que la Parole ne promet pas. Or l'apôtre lui même l'annonce dans la phrase qui précède immédiatement : on ne se moque pas de Dieu. Utiliser son texte pour faire croire l'inverse de ce qu'il dit en est une illustration troublante.


Concrètement

Examinez votre propre rapport à ceux qui vous enseignent la Parole. Peut-être recevez-vous un enseignement fidèle depuis des années sans jamais vous être interrogé sur ce que vous devez en retour, non par calcul, mais par gratitude réelle.

Méfiez vous de tout enseignement qui présente le don comme un investissement garanti par Dieu. Ce n'est pas de la foi, c'est une transaction déguisée en piété, et le texte de Galates 6 ne la soutient pas.

Rappelez vous que la communion demandée par Paul commence dans tout ce qui est bon, pas seulement dans l'argent. Le soutien d'un enseignant fidèle peut prendre bien des formes : l'encouragement, la prière, le service, avant même la question matérielle.

Enfin, quand vous entendez un verset cité pour appuyer une doctrine, prenez l'habitude de vérifier ce que dit réellement le texte original. La rigueur n'est pas un luxe théologique. Elle protège l'Église des détournements qui déforment la Parole pour servir d'autres intérêts que celui de la vérité.


Galates 6:6 ne parle pas d'argent qui reviendrait multiplié. Il parle de communion, de partage véritable, dans tout ce qui est bon. Le texte qui suit, sur la semence et la moisson, parle de chair et d'Esprit, pas de rendement financier. Que la Parole reste notre seule autorité, y compris contre les lectures qui l'ont pliée à des fins qu'elle ne servait pas.

« Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu. » (Galates 6:7)


L. Gilman


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