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LA GLOSSOLALIE DANS LE MOUVEMENT CHARISMATIQUE ET DANS LE MONDE



Dieu ne veut pas que l'unité et le témoignage de l'Eglise (1 Cor 1:10-15; 14:23-25) ou la foi personnelle de ses membres (1 Cor 13:1-3) soient mis en question et perturbés par l'égocentrisme, la satisfaction de la vanité personnelle, l'esprit de compétition et l'indifférence doctrinale. Il s'ensuit que si tels sont effectivement les résultats de l'activité charismatique, celle- ci ne peut guère être considérée comme l'oeuvre du Saint-Esprit.


Qu'en est-il de la nature de la glossolalie actuelle et du but qu'elle poursuit ?

R.G. Gromacki, une autorité en la matière, écrit : "Les conclusions des linguistes indiquent que la glossolalie moderne est faite de sons inconnus ne reproduisant aucun vocabulaire connu et n'obéissant à aucune règle grammaticale, qui imitent des langues étrangères, et dénués de tout ce qui fait qu'une langue est une langue. Ce mouvement nouveau est donc essentiellement en contradiction avec le parler en langues attesté par la Bible" (The Modem Tongues Movement, p.67). Il ne s'agit donc pas de xénoglossie, du recours à des langues étrangères, mais d'un phénomène phonétique fondamentalement différent. C'est un non-langage, dépourvu de toutes les caractéristiques d'une langue véritable, une suite de sons que le glossolale prend parmi tous ceux qu'il connaît et qu'il juxtapose au hasard. Le linguiste W.J. Samarin a établi qu'il s'agit d'un parler élémentaire où la fréquence des voyelles et des consonnes reste analogue à celle de la langue maternelle. Ainsi, la glossolalie des charismatiques anglophones utilise à 56% les consonnes T, K, S, Y et P, ce qui correspond à la fréquence de ces lettres en anglais (Tongues of men and angels). Un spécialiste français parvint à la même conclusion en expertisant la glossolalie d'un médium spirite français qui prétendait parler le "martien" et l'hindou. Il paraît qu'aucun cas de soi-disant xénoglossie constaté en milieu charismatique ne résiste à un tel examen. Des enregistrements faits sur cassette ont permis d'identifier quelques rares groupes de syllabes comme appartenant à une langue connue.

Il reste donc aux charismatiques à prouver ou bien que le parler en langues dont il est question dans la Bible était une série de sons inarticulés et incohérents, ou bien que la glossolalie qu'ils pratiquent aujourd'hui utilise des langues étrangères. Cette preuve n'est pas faite. Ne faut-il pas en conclure que la glossolalie pratiquée par les pentecôtistes et les néo- pentecôtistes est radicalement différente de celle attestée par le Nouveau Testament ?


Que dire aussi de la façon dont la glossolalie est pratiquée ? Par exemple des techniques qu'on recommande à ceux qui recherchent ce charisme pour pouvoir le pratiquer ?

Dans un article pentecôtiste américain, on peut lire : "Certains croyants imaginent que le Saint-Esprit s'emparera d'eux avec une intensité telle qu'ils seront littéralement contraints de parler en langues, sans aucun concours de leur volonté. Mais ceci n'arrivera jamais. Il faut que dans la glossolalie le croyant coopère avec le Saint-Esprit" (Prince, 1972, p. 3). Un pasteur luthérien charismatique donne aux amateurs de la glossolalie les conseils suivants : "Pour parler en langues, il faut que vous cessiez de prier en anglais. Vous vous enfermez tout simplement dans le silence et décidez de ne prononcer aucune syllabe des langues que vous avez apprises... Ne cherchez pas un sens à ce que vous dites; pour vous, il ne s'agit que d'une suite de sons. Les premiers vous paraîtront étranges et insolites, hésitants et inarticulés. Avez-vous jamais remarqué comment un bébé apprend à parler?" (Miles, février 1965, p. 5.6). Mais l'apôtre Paul ne nous demande-t-il pas de cesser de nous comporter en petits enfants, pour devenir des chrétiens adultes (1 Cor 13:1 1), des "hommes faits" (1 Cor 14:20)? Ce qui est plus important encore, c'est que l'Ecriture ne nous demande jamais de parler en langues ni de rechercher ce don. Jésus exhorta les disciples à "attendre" ce que le Père leur avait "promis" (Act 1:4). Ils étaient donc disponibles à recevoir ce don et à l'utiliser, mais ne le recherchaient pas comme une manifestation nécessaire du Saint-Esprit. Et surtout, ils n'ont utilisé aucune technique pour se l'approprier.


L'évangéliste allemand Kurt Koch, qui est bien au courant de ces questions pour avoir fréquenté d'innombrables milieux chrétiens, raconte avoir assisté un jour à un congrès sur la mission au Japon. Un pasteur américain fit irruption dans la salle au moment où la conférence allait commencer, affirmant qu'il était "rempli de l'Esprit" et que le Seigneur lui commandait de parler à l'assemblée. On lui refusa ce droit. Il organisa alors des contre-réunions auxquelles il invita les gens. Une quarantaine de missionnaires se rendirent à son invitation. L'un d'eux lui demanda comment il fallait s'y prendre pour pouvoir parler en langues. Le pasteur américain lui répondit : "Il vous faut penser à une courte prière, peut-être la phrase : "Seigneur, aide-moi!", et répéter cette phrase de cinq cents à huit cents fois. Alors votre langue et votre état conscient s'y habitueront et tout à coup vous parlerez en langues". Kurt Koch commente l'épisode en ces termes : "Nous n'avons pas besoin de preuve ici pour montrer si ce parler en langues est biblique ou non. Le Saint-Esprit n'a pas besoin d'exercices de répétition ni d'entraînement du subconscient. De tels incidents sont à la fois tragiques et honteux" (Le conflit des langues, p. 23.24). Il serait sans doute injuste de laisser entendre que toutes les communautés charismatiques font preuve de la même exaltation et recourent aux mêmes procédés. Mais ils sont nombreux, ceux qui agissent ainsi, et le simple fait qu'une telle manipulation du Saint-Esprit existe suscite méfiance et réticence a priori.


Sans doute l'exemple d'Haïti n'est-il pas représentatif du mouvement charismatique en général. Mais il est là. Lors d'une conférence internationale à Port-au-Prince, K. Koch donna cinq messages sur les dons de l'Esprit et leurs contrefaçons sataniques. Il écrit: "Les auditeurs étaient contents de mon discours, mais j'ai été surpris et déçu par la réunion de prière qui a suivi. Pendant le temps de prière, quelques-uns des pasteurs sautillaient sur l'estrade. Par la suite, j'ai appris qu'ils étaient membres de « 1'Eglise sautante ». Les auditeurs couraient çà et là, battant des mains, criant et pleurant de plus en plus fort. J'étais confus. Vers la fin du temps de prière, beaucoup de dames et de jeunes filles se sont affaissées et ont commencé à parler en langues. Personne n'a interprété. Ce qui m'a surpris le plus, c'était qu'un pasteur américain aussi a parlé en langues. Finalement il a dit : "Seigneur, donne l'interprétation". Aussitôt il s'est interprété lui-même en déclarant: "Je suis le Dieu vivant. Je reviens bientôt. Soyez prêts". Mon organisateur et moi avons senti des frissons dans le dos. La deuxième et la troisième réunion étaient encore pires. Alors mon ami m'a dit : "Je ne puis rester ici. Il y a une atmosphère démoniaque, non la présence du Saint-Esprit". Il a quitté la réunion. J'ai essayé d'endurer la quatrième réunion, puisque j'étais conférencier. Mais moi aussi je suis devenu épuisé. Pendant tout ce temps j'ai dû demander la protection du Seigneur. Pour moi, ce n'était pas la forme biblique du parler en langues, mais une forme démoniaque" (Le conflit des Iangues, p. 3).


Françoise de Mensbrugghe a assisté à de nombreuses séances charismatiques avant d'écrire son livre Le Mouvement Charismatique, dans lequel ne manquent pas les récits de manipulation du Saint-Esprit. En 1958, elle assista à un congrès international dans le centre apostolique de Kolding, au Danemark. Elle fut frappée par le "caractère programmé de certaines manifestations: avant qu'ils n'aient ouvert la bouche, des micros enregistreurs étaient branchés devant les "prophètes". Les prophéties ainsi obtenues servaient souvent de base à la prédication et jouissaient d'un beaucoup plus grand prestige que les Ecritures elles-mêmes" (p. 9). L'auteur est convaincu aussi que la "mise en condition" joue un rôle très important dans ces manifestations. Il a pris lui-même conscience de la part du psychisme dans leur éclosion : « Le passage de "la conscience à la prise de conscience" s'est opéré graduellement, en cours de retraite et dans les mois qui ont suivi. J'ai réalisé dans un premier temps que si l'expérience charismatique est donnée, elle est aussi provoquée : les désirs orientés vers un seul objet, l'expérience du cénacle, les heures d'immobilité prolongée dans le clair-obscur de la chapelle, le jeûne chez plusieurs, le manque de sommeil chez certains trop perturbés pour dormir, sont des techniques aussi efficaces que les plus grosses "ficelles" des évangélistes pentecôtistes. Seulement il n'y a pas eu de phénomènes physiques spectaculaires, à part des pleurs, mais toujours discrets. Par contre, j'ai perçu de l'intérieur les signes d'une altération de la conscience : sensation de resserrement des muscles de la gorge, léger tremblement des genoux, sentiment de joie intense, vision" (p. 20 s.). Nous aurons l'occasion de revenir là-dessus.


Où faut-il chercher la source de la glossolalie moderne ? Dans l'action du Saint-Esprit ?

Les charismatiques en sont convaincus et fondent leur conviction sur le changement profond que leur expérience spirituelle a provoqué dans leur vie. Ils font appel à ce que dit Jésus : "Vous les reconnaîtrez à leurs faits". Mais le Christ songe aux faux prophètes, et les fruits qu'ils portent ne sont pas leurs oeuvres, mais leur doctrine (Matthieu 7:15-20). Cependant, non seulement la fin ne justifie pas les moyens, mais elle ne les révèle même pas nécessairement. Même des résultats recommandables ne prouvent pas qu'on identifie correctement la cause ou qu'on interprète correctement la signification d'une expérience spirituelle. La norme de vérité en matière religieuse est toujours la Parole de Dieu, et jamais les sentiments subjectifs de l'homme, aussi pieux soient-ils. Cela dit, les fruits du renouveau charismatique ne sont pas toujours aussi bons qu'on le prétend. Nous en reparlerons.


Satan serait-il à l'origine de la glossolalie ?

Nous nous abstiendrons de l'affirmer, mais la possibilité est là, ne serait-ce que parce que la glossolalie n'est pas une manifestation particulière au christianisme, mais qu'on la rencontre dans pratiquement toutes les religions du monde. Quiconque connaît la Bible sait qu'il existe des phénomènes miraculeux qui ont pour auteur le diable. Les magiciens égyptiens savaient très bien imiter les miracles de Moïse (Exode 7:10-12). Paul dit de l'Antichrist : "L'apparition de cet impie se fera par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers" (2 Thessaloniciens 2:9). Jésus déclare qu'on fera des miracles en son nom (Matthieu 7:20-23).

Les devins et les sibylles ne manquaient pas dans l'Antiquité. Tout comme aujourd'hui, du reste. Bien des expériences de glossolalie ressemblent étrangement aux scènes de spiritisme. On sait que l'accessibilité à une manipulation psychique, doublée de frustrations et accompagnée d'une préparation adéquate (cris, gestes, contorsions), fait tomber certaines inhibitions et assujettit à des forces qui ne viennent pas de Dieu. Nous ne voulons certes pas assimiler tous ceux qui se revendiquent du mouvement charismatique à des possédés, de faux chrétiens ou des agents de Satan. Loin de nous cette pensée ! Cependant, le fait qu'on soit un chrétien ne met pas à l'abri d'influences malsaines, morbides, voire démoniaques. La chose a été prédite par l'apôtre Paul (1 Timothée 4:1). Un croyant peut fort bien se laisser séduire et égarer dans un domaine particulier de la doctrine ou de la vie chrétienne, sans qu'il soit pour autant perdu. Il est dit que dans les derniers temps, les faux christs et les faux prophètes feront tout pour séduire, s'il était possible, même les élus (Marc 13:22).


La glossolalie serait-elle un phénomène de psychologie collective ?

C'est la réponse vers laquelle nous penchons. Un psychothérapeute américain, le Dr. William Glasser, montre qu'il existe des comportements qui sont le produit d'une accoutumance psychique et qui deviennent contagieux et suscitent une dépendance parce qu'ils satisfont un besoin déterminé. Il explique que tel se contente d'absorber chaque jour un comprimé de vitamines, un geste dont il ressent le bienfait. Tel autre, plus courageux, courra chaque jour une quinzaine de kilomètres. Ce qui est important, écrit-il, c'est 1) d'y croire, 2) de pouvoir accomplir cet acte facilement, 3) de savoir qu'il correspond d'une façon ou d'une autre à un besoin ... Si nous pensons que nous sommes faits pour pratiquer le jogging, même si cela nous coûte du temps et de l'effort, la sensation qu'il nous procure est si forte et si agréable qu'une véritable dépendance peut s'installer ... C'est dû au fait que le cerveau produit une substance chimique naturelle et capable de procurer du plaisir, comme l'encéphaline ou l'endorphine" (Stations of the mind: New directions for Reality Therapy, 1981, p. 248-253). Pourquoi un bébé aime-t-il gazouiller pour lui-même et émettre des sons inarticulés, qui ne convoient aucun message? C'est parce que ce comportement qu'il est en train de découvrir lui procure du plaisir et répond à un besoin. Se pourrait-il que le glossolale revienne à un comportement infantile qui lui procure de la satisfaction ? Tel une drogue, il suscite peut-être une dépendance, un état dont il a besoin et qui pourrait fort bien libérer dans son cerveau une substance chimique.

Cette thèse mérite réflexion, surtout si on tient compte des méthodes qu'on utilise souvent pour susciter des phénomènes de transes; et il semble bien que transes et glossolalie aillent de pair. Dans ce cas, il s'agit d'une auto-suggestion induite, c'est-à-dire provoquée. Qu'on se souvienne des techniques utilisées pour entrer en transes : chants rythmés avec battements de tambour, danses jusqu'à épuisement complet, isolement sensoriel lors de certaines cérémonies d'initiation, ou de celles dont on se sert parfois pour provoquer l'hypnose : répétition monotone d'un même son, fixation d'un objet brillant. Le jeûne facilite le processus de dissociation par l'hypoglycémie qu'il engendre. La transe mystique n'est-elle pas un état hypnotique de caractère religieux ? On sait que la suggestion peut provoquer des altérations de la conscience. Certaines méthodes de psychothérapie dérivées de l'hypnose se basent sur cette constatation. Pour ce qui concerne la glossolalie pratiquée dans les communautés et mouvements charismatiques, il s'agit sans doute d'un phénomène induit par la suggestion d'une présence immédiate du Saint-Esprit dont on attend une manifestation spectaculaire. L'expérience est provoquée, confirmée, entretenue à l'aide de divers procédés qui éloignent de plus en plus du modèle de la Pentecôte. Françoise van der Mensbrugge rappelle que la "transe apparaît sur la toile de fond de l'angoisse, de la culpabilité, des conflits psychologiques ou de la frustration. Elle est un mécanisme de compensation comme la fête et le carnaval en société occidentale" (op. eu. p. 47). Ceci pourrait expliquer que des phénomènes de ce genre aient surgi ici et là en milieu chrétien, en des périodes troublées ou à l'occasion de persécutions (jansénistes, prophètes des Cévennes). Il n'est pas exclu non plus que le comportement engendré par la glossolalie provoque des guérisons. Dans toutes les religions et à toutes les époques, on a assisté à des flambées d'enthousiasme religieux accompagnées de phénomènes de guérison. Surtout s'il s'agissait de maladies psychosomatiques. Beaucoup de ces récits de guérisons qui circulent dans le monde ne sont que supercherie. Il y a pourtant des cas de guérison qui échappent à toute explication et défient la médecine. Si la glossolalie est un mécanisme régressif de compensation pour guérir de ses frustrations ou échapper à l'angoisse ou sortir d'une crise personnelle, une importante composante de ce phénomène sera inévitablement l'autorité du groupe ou d'un leader. L'être fragile qui renonce à la direction consciente de sa parole et permet à son subconscient de prendre ses centres verbo-moteurs en charge, entre dans une relation de dépendance où il subit la pression du groupe ou l'influence d'une figure d'autorité. Des spécialistes ont constaté que l'adulation du leader est la caractéristique d'un groupe qui se livre au parler en langues, ce que prouve aussi le fait que le groupe dans son ensemble adopte le style de glossolalie et imite les gestes et les manières de son chef. Mécanisme de compensation, exutoire à des sentiments particulièrement intenses qu'on n'arrive pas à exprimer autrement, besoin de se prouver à soi- même qu'on est sous la puissance du Saint-Esprit, soif du surnaturel, piété qui ne peut pas se contenter de croire, mais a besoin de voir, moyen de surmonter ses peurs et son sentiment de culpabilité, de briser ses inhibitions et de se valoriser à ses propres yeux et à ceux du groupe ? Le tout dirigé, canalisé par des méthodes appropriées, et tout cela dans un climat de surexcitation et d'exaspération du sentiment religieux ? La thèse mérite une investigation approfondie.


La glossolalie dans le monde


Les charismatiques reprochent souvent à ceux qui nient que le Saint-Esprit est à l'origine du parler en langues ou qui en doutent, de limiter l'action et la puissance de Dieu. Le problème, cependant, n'est pas de savoir si Dieu peut accorder ces dons à l'Eglise d'aujourd'hui, mais s'il le fait effectivement. Celui qui ne doute pas de la toute-puissance de Dieu peut malgré tout avoir de sérieuses réserves quant à l'origine du parler en langues. Nous pensons que ce que nous avons dit ci-dessus autorise ces réserves. Ajoutons à cela que la glossolalie est loin d'être un phénomène propre au christianisme. On la rencontre dans de nombreuses religions païennes d'hier et d'aujourd'hui.


K. Koch raconte que des Bantous et des Zoulous non chrétiens d'Afrique du sud parlent en langues. On lui confirma aussi au cours de ses voyages en Asie qu'il arrivait souvent à des prêtres bouddhistes et shintoïstes de pratiquer la glossolalie (Le Conflit des Langues, p. 31). L'histoire des religions anciennes fait état de cas de glossolalie chez les devins grecs que l'on distinguait des "prophètes" et à qui on attribuait un degré d'inspiration inférieur. Platon en parle dans son Timée (72 b) et Virgile, pour les Latins, dans 1'Énéide (VI, 45, 98 s). Les pythonisses et les sibylles sont décrites comme possédées par une puissance à laquelle elles étaient incapables de résister. Des sons sauvages, inarticulés, "nec mortale sonans" (« qui ne sonnent pas comme les sons des mortels », Virgile) s'échappent de leurs lèvres, tandis qu'elles sont en transes. Le parler en langues existe en dehors du christianisme et est déclenché par des facteurs psychologiques ou chimiques (champignons hallucinogènes). Les psychiatres James, Dupré, Janet et Fretid l'ont observé chez des névropathes. Ce qui est vrai des charismes en général l'est en particulier de la glossolalie : "L'ascèse des mystiques et différentes techniques d'éveil les libèrent, tout comme l'expérience charismatique. Ils ne constituent donc pas la spécificité d'une expérience chrétienne de l'Esprit, mais semblent appartenir à un potentiel humain inexploité. A l'aide de certaines techniques il est relativement facile de libérer les charismes, de provoquer les phénomènes physiques du "baptême dans l'Esprit", sans qu'ils soient l'aboutissement d'un véritable cheminement spirituel" (Fr. van der Mensbrugghe, op. cit. p. 50).


La glossolalie est parfois aussi la manifestation de la possession démoniaque. L'archevêque Theodorowicz cite l'exemple du médium brésilien Mirabelli qui a écrit, devant une commission d'experts, des dizaines de pages en 25 langues différentes qu'il ne connaissait pas. Il prétendait agir sous la dictée d'esprits et donnait tous les signes d'une véritable possession démoniaque (Theodorowicz, Konnersreuth im Lichte der Mystik und Psychologie, 1936, p. 503). L'histoire du pentecôtisme en Allemagne, au début du XX siècle, a permis elle aussi d'identifier plusieurs cas de parler en langues démoniaque. K. Koch raconte l'exemple d'un ancien spirite, M. Mille, qu'il avait rencontré à Londres et qui, avant sa conversion au christianisme, avait connu un grand succès dans une assemblée spirite. Il avait possédé des pouvoirs de guérison qui devenaient actifs quand il entrait en transes, et qui lui avaient permis de venir en aide à bien des malades. "Il avait aussi, écrit K. Koch, maîtrisé l'excursion de l'âme. Il pouvait, semblait-il, laisser son âme ou une partie de son âme sortir de son corps et l'envoyer à de grandes distances. De cette manière, il avait découvert des choses qui, après examen, furent trouvées exactes. En transe totale, il pouvait parler en langues" (Le Conflit des langues, p. 32). Le même auteur affirme avoir observé que les gens qui ont des tendances de médium répondent plus rapidement au parler en langues que d'autres. D'ailleurs on demande aux gens, dans certaines réunions charismatiques, de se donner la main pour constituer une chaîne et de répéter inlassablement certains mouvements. Les spirites ne font-ils pas la même chose ?

Docteur Wilbert Kreiss

Le mouvement charismatique


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