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LA PROPHÉTIE : CE QU'ELLE EST VRAIMENT

prophétie

On entend ce mot partout. Dans les assemblées charismatiques, il tombe à tout moment, souvent accompagné d'un "l'Esprit me dit que...", d'un "j'ai une parole pour toi", d'une annonce tonitruante prononcée avec une assurance déconcertante. Et pourtant, lorsqu'on ouvre les Écritures avec sérieux, on découvre quelque chose de radicalement différent de ce spectacle. La prophétie biblique est réelle, mais elle a été tellement défigurée qu'il est devenu urgent d'y revenir honnêtement, verset par verset, pour comprendre ce qu'elle est, ce qu'elle n'est pas, et comment la reconnaître.


Ce que Paul entend par "prophétie" dans Romains 12


L'apôtre Paul, dans Romains 12:6, écrit ceci : « Si quelqu'un a le don de prophétie, qu'il prophétise selon l'analogie de la foi. »


Ce verset s'inscrit dans une liste de dons donnés à l'Église pour son édification collective. Paul vient de rappeler au verset 3 que chacun ne doit pas avoir de soi-même "une trop haute opinion", et que nul n'est suffisant par lui-même. C'est dans ce cadre de sobriété et d'interdépendance qu'il introduit la prophétie. Déjà, le ton est posé : ce don n'est pas une occasion de se distinguer, mais de servir le corps.


Mais que signifie exactement "prophétiser selon l'analogie de la foi" ? Le grec dit kata tèn analogian tès pisteôs. Le mot analogia désigne une proportion, une mesure, un alignement. Et pistis, ici, ne renvoie pas à la foi subjective du croyant, mais à la foi objectivement transmise, ce dépôt doctrinal que Jude appelle "la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes" (Jude 3). On peut donc paraphraser ainsi : "Que celui qui prophétise le fasse selon les Écritures, en proportion de ce que Dieu a déjà dit."


C'est un verrou. Une prophétie qui contredit, dépasse ou ignore les Écritures n'est pas une prophétie selon Paul. Elle est déjà condamnée par la définition même du don.


Deux catégories qu'il faut distinguer


Une confusion fréquente consiste à mettre dans le même sac tous les usages du mot "prophétie" dans le Nouveau Testament. Or le texte distingue clairement deux réalités différentes.


Les prophètes au sens fort, comme Agabus en Actes 21:10-11, reçoivent une révélation factuelle précise sur des événements futurs concrets. Agabus prend la ceinture de Paul, se lie les pieds et les mains, et déclare : « Voici ce que dit le Saint-Esprit : l'homme à qui appartient cette ceinture, les Juifs le lieront ainsi à Jérusalem. » La formule "voici ce que dit le Saint-Esprit" est une formule prophétique vétérotestamentaire directe. C'est une révélation nouvelle, précise, vérifiable. Cette catégorie de prophètes appartient à la période de fondation de l'Église. Paul les place, avec les apôtres, comme fondement en Éphésiens 2:20. Un fondement ne se pose qu'une fois. Avec la clôture du canon des Écritures, cette fonction cesse, non par décision humaine, mais parce qu'elle devient à la fois inutile (la révélation est complète) et dangereuse (toute prétention à ce niveau d'autorité concurrence directement la Parole écrite).


Le don de prophétie de Romains 12 est différent. Il ne s'agit pas de recevoir une révélation nouvelle. Il s'agit de proclamer la Parole déjà donnée avec une application souveraine, précise, donnée par l'Esprit à un moment précis pour une situation précise. C'est la Parole de Dieu déjà close, mais annoncée avec une force et une pertinence que la seule préparation humaine n'aurait pu produire. Ce don se distingue de l'enseignement (Romains 12:7) en ceci : l'enseignement transmet un contenu doctrinal structuré et reproductible, valable pour toutes les assemblées en tout temps ; la prophétie prend ce même contenu et l'applique avec une précision souveraine à ces personnes, dans cette situation, à ce moment. Martyn Lloyd-Jones appelait cela "l'onction" sur la prédication : ce moment où le prédicateur dit quelque chose qu'il n'avait pas préparé, et où chaque auditeur sent que Dieu lui parle directement.


Exemples de vraies prophéties


Pour comprendre ce qu'est une vraie prophétie dans ce sens, voici des cas concrets qui illustrent la réalité du don sans tomber dans la caricature.


Premier exemple : Agabus à Antioche (Actes 11:27-28). Agabus annonce une grande famine qui va s'étendre sur toute la terre habitée. L'historien Suétone confirme qu'une famine sévère a effectivement frappé l'Empire romain sous Claude. La prophétie est précise, vérifiable, accomplie. C'est le prophète au sens fort. Il ne dit pas "je sens que quelque chose va se passer". Il annonce un fait futur avec l'autorité de l'Esprit.


Deuxième exemple : la prédication de George Whitefield au XVIIIe siècle. Whitefield prêchait en plein air devant des milliers de personnes. Des témoins de l'époque rapportent régulièrement que ses sermons semblaient s'adresser personnellement à chaque auditeur, touchant des situations intimes que le prédicateur ne pouvait humainement pas connaître. Ce n'était pas de la révélation nouvelle. C'était la Parole de Dieu proclamée avec une précision souveraine de l'Esprit. C'est le don de Romains 12 dans sa dimension la plus reconnaissable.


Troisième exemple : dans un cadre personnel. Il arrive qu'un croyant, en partageant la Parole avec quelqu'un, soit conduit à citer un verset ou à formuler une vérité biblique avec une précision qui dépasse sa connaissance de la situation de l'autre. Ce n'est pas une nouvelle révélation. C'est l'Esprit qui souverainement dirige l'application de la Parole déjà écrite. Cela arrive rarement, et toujours en accord parfait avec les Écritures.


Dans les trois cas, la marque commune est la même : la Parole de Dieu est au centre, elle est conforme aux Écritures, et l'Esprit en est souverainement le moteur, non l'homme.


Exemples de fausses prophéties


Le contraste avec ce qui se passe dans de nombreux milieux charismatiques est saisissant.


Premier exemple : les prophéties politiques non accomplies. En 2020, plusieurs figures charismatiques très médiatisées ont "prophétisé" avec certitude la réélection de Donald Trump. Lorsque l'événement ne s'est pas produit, certains ont reconnu leur erreur, d'autres ont reformulé leur prophétie, d'autres encore ont accusé les circonstances. Or Deutéronome 18:22 est sans appel : "Quand ce prophète parlera au nom de l'Éternel, si la chose n'arrive pas et ne s'accomplit pas, c'est une chose que l'Éternel n'a point dite." Une seule fausse prophétie suffit. Ce n'est pas un critère secondaire, c'est une disqualification définitive.


Deuxième exemple : les "mots de connaissance" en réunion. Dans de nombreuses assemblées charismatiques, un prédicateur annonce : "Il y a quelqu'un ici ce soir qui souffre d'un genou droit, Dieu veut vous guérir." Ce genre de déclaration, prononcée devant des centaines de personnes, a statistiquement de bonnes chances de trouver preneur. Ce n'est pas de la prophétie, c'est de la probabilité exploitée émotionnellement. La chair sait très bien imiter l'Esprit. Et comme vous le savez, le diable n'a aucune difficulté à produire des paroles impressionnantes (2 Corinthiens 11:14).


Troisième exemple : les prophéties personnelles répétées et systématiques. Dans certains milieux, on "prophétise" sur chaque personne à chaque réunion. On "reçoit une parole" pour n'importe qui à n'importe quel moment. Cette fréquence elle-même est un signal d'alarme. Un don souverain, par définition, ne se déclenche pas à la demande. Lorsque l'homme décide quand et comment l'Esprit parle, ce n'est plus l'Esprit qui parle. C'est l'homme qui produit, et il appelle cela "prophétie". C'est une contrefaçon, et une contrefaçon grave.


Comment discerner


Jean pose le principe fondamental en 1 Jean 4:1 : « Bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. » Le discernement n'est pas une option, c'est un commandement.


Voici les critères concrets pour éprouver ce qui se présente comme prophétie.


  • La conformité aux Écritures est le premier et le plus important. Toute parole présentée comme prophétique doit être entièrement mesurable, vérifiable et alignée sur les Écritures. Si elle contredit un seul verset, elle est fausse, peu importe les impressions ressenties ou les résultats apparents (Deutéronome 13:1-3).

  • L'accomplissement, pour ce qui relève de la prédiction. Une prophétie factuelle qui ne s'accomplit pas est une fausse prophétie, sans appel.

  • La source du mouvement : qui décide ? Si c'est l'homme qui initie, qui produit, qui convoque l'Esprit à parler, le signe est mauvais. La vraie action de l'Esprit est souveraine, non mécanique.

  • L'humilité du canal. Celui que l'Esprit utilise souverainement pour proclamer la Parole avec puissance ne s'en glorifie pas. Il ne dit pas "j'ai une prophétie pour toi". Il dit la Parole, et c'est l'Esprit qui fait le reste dans le cœur de l'auditeur.


Ce qui demeure


La prophétie au sens des prophètes canoniques est close. Le canon est fermé. Personne aujourd'hui ne reçoit de révélation nouvelle ayant autorité sur l'Église. Quiconque le prétend dépasse ce que les Écritures autorisent.


Mais l'Esprit n'est pas silencieux. Il agit souverainement dans la proclamation de la Parole, donnant à certains messages une précision et une puissance qui dépassent la préparation humaine. Il éclaire, il applique, il perce les cœurs. Cela se produit dans la prédication, dans l'enseignement, parfois dans une conversation ordinaire où un verset tombe exactement là où il fallait. Ce n'est pas de la magie, ce n'est pas du spectacle : c'est l'Esprit de Dieu qui accomplit ce pour quoi la Parole a été donnée.


« Elle est vivante et efficace, la parole de Dieu, plus tranchante qu'une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu'à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. » (Hébreux 4:12)


Voilà la vraie prophétie : la Parole de Dieu, proclamée fidèlement, appliquée souverainement par l'Esprit. Elle n'a besoin d'aucun spectacle pour accomplir ce que Dieu lui a ordonné d'accomplir.


L. Gilman


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