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LE MENSONGE DU BON VIEUX TEMPS

bon vieux temps

Combien de fois avez-vous entendu, ou pensé vous-même : « c'était mieux avant ! » Cette petite musique traverse toutes les générations, y compris l'Église. Or l'Ecclésiaste, dans sa sagesse implacable, vient couper court à cette nostalgie : « Ne dis pas : D'où vient que les jours passés étaient meilleurs que ceux d'aujourd'hui ? Car ce n'est point par sagesse que tu demandes cela. » (Ecclésiaste 7:10). Ce verset ne nie pas que les choses aient changé, il nous met en garde contre une conclusion précise : celle de croire que si c'était plus civil avant, c'est que les hommes d'alors valaient mieux.


Un cœur qui n'a jamais changé

Avant le déluge déjà, l'Éternel constatait que « toutes les pensées du cœur des hommes se portaient uniquement vers le mal en tout temps » (Genèse 6:5). Des siècles plus tard, Jérémie décrit ce même cœur avec une formule qui n'a pas pris une ride : « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : qui peut le connaître ? » (Jérémie 17:9). Entre ces deux textes, des millénaires se sont écoulés. Les civilisations ont changé. Le cœur, lui, n'a pas bougé d'un millimètre.


Une digue qui cède, pas un cœur qui empire

Faut il pour autant nier ce que nous observons concrètement dans le quotidien, cette incivilité, ce manque de repères qui semble toucher particulièrement les jeunes générations ? Non, et il serait malhonnête de le nier. Mais il faut nommer précisément ce qui a cédé, sans se tromper de cible.

Ce n'est pas le cœur de l'enfant qui est devenu pire que celui des enfants d'autrefois. C'est l'encadrement qui a largement disparu. Les Proverbes l'annoncent avec une précision saisissante : « La verge et la correction donnent la sagesse, mais l'enfant livré à lui même fait honte à sa mère » (Proverbes 29:15). Ce verset ne vise pas la mère qui travaille : il vise l'absence de présence et de correction, quelle qu'en soit la cause. Or aujourd'hui, cette présence a été fragilisée par deux réalités convergentes. D'une part, la multiplication des divorces et des foyers monoparentaux, que Dieu lui même déclare détester : « Car je hais la répudiation, dit l'Éternel » (Malachie 2:16), avec toutes les conséquences que cela entraîne sur la stabilité et l'attention données à l'enfant. D'autre part, une organisation économique qui contraint souvent les deux parents à travailler à temps plein, non par choix de carrière, mais par nécessité pure, laissant les enfants livrés à eux mêmes une grande partie de la journée, sans que cela relève d'une faute morale de ces parents, pris dans un système qui ne leur laisse pas d'autre option.

Le mandat biblique, lui, n'a pas changé : « Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras » (Deutéronome 6:7). C'est un mandat de présence constante, presque de chaque instant. Éphésiens 6:4 le confirme du côté des pères : « Élevez les dans la discipline et l'exhortation du Seigneur. » Quand cette présence continue s'effondre, faute de temps, faute de moyens, ou faute de foyer stable, ce n'est pas une invention moderne du mal qui apparaît. C'est simplement le mal ancien du cœur humain qui n'est plus contenu, faute de la digue que Dieu avait prévue : des parents présents, qui corrigent et instruisent.

L'exemple d'Éli l'illustre tragiquement. Il connaissait le mal que faisaient ses fils, et il ne les a pas retenus fermement. L'Écriture est sévère sur ce point précis : « Je lui ai déclaré que je punirai sa maison à perpétuité, à cause du crime dont il avait connaissance, et par lequel ses fils se sont rendus méprisables, sans qu'il les ait réprimés » (1 Samuel 3:13). Ce n'est pas l'absence de conviction religieuse d'Éli qui est en cause, mais l'absence d'action ferme au moment où elle était nécessaire.

Cette réalité devrait d'abord vous garder de deux excès opposés. Le premier serait d'idéaliser un passé qui n'a jamais eu un cœur meilleur, seulement moins de violence visible dans certains domaines. Le second serait de minimiser ce qui a réellement changé dans la structure familiale, sous prétexte que "le cœur a toujours été mauvais de toute façon." Les deux sont vrais en même temps : le cœur n'a pas changé, et la digue qui le contenait chez les jeunes générations s'est réellement affaiblie.

Si vous êtes parent, cette vérité vous appelle à une vigilance concrète, quelle que soit votre situation : chercher, dans les contraintes réelles qui sont les vôtres, tous les moments de présence et d'instruction possibles, plutôt que de vous résigner à l'absence. Si vous faites partie d'une communauté de croyants, elle vous appelle à soutenir activement les familles monoparentales ou débordées autour de vous, à devenir cette présence supplémentaire que Dieu peut utiliser là où un parent seul ne suffit plus.

C'est précisément là que l'Évangile change tout. Ce même cœur, tortueux par-dessus tout depuis Éden, que ni les digues sociales ni les meilleures structures familiales n'ont jamais suffi à changer en profondeur, Dieu a promis de le transformer lui même : « Je vous donnerai un cœur nouveau » (Ézéchiel 36:26). Ce n'est donc ni la nostalgie d'un âge d'or disparu, ni le simple constat d'une décadence irréversible, qui doit être notre dernière parole. C'est l'espérance d'un cœur de pierre changé en cœur de chair, par la seule grâce de Dieu, famille après famille.



L. Gilman


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