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LE NOM DE JÉSUS N'EST PAS UNE FORMULE MAGIQUE

il y a 5 minutes
6 min de lecture
nom de Jésus

Dans beaucoup de prières et de réunions, ces mots se sont installés comme une clé censée ouvrir toutes les portes : je déclare ma guérison au nom de Jésus, je réclame cette bénédiction au nom de Jésus, je prends cette victoire au nom de Jésus. Tout se passe comme si, une fois ces mots prononcés, Dieu se trouvait tenu d'accorder ce que nous désirons. Or le même Dieu a écrit : « Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain » (Exode 20:7). Que veut dire réellement demander et agir au nom de Jésus ? La réponse se trouve dans les promesses de Jean 14 à 16, que l'on isole trop souvent de leur contexte, et dans deux scènes du livre des Actes qui montrent ce que devient ce nom quand on s'en sert comme d'un instrument.


Dans la Bible, le nom désigne la personne


Dans la pensée biblique, un nom ne sert pas seulement à désigner quelqu'un, il exprime ce qu'il est, son caractère, son autorité et sa réputation. Lorsque David s'avance contre Goliath, il déclare qu'il marche contre lui au nom de l'Éternel des armées (1 Samuel 17:45), et il ne prononce pas une incantation, il se présente comme l'envoyé du Dieu vivant, engagé pour la cause de celui qui l'envoie. De la même manière, quand Jésus affirme avoir fait connaître le nom du Père à ses disciples (Jean 17:6), il veut dire qu'il leur a révélé qui est le Père. Agir au nom de quelqu'un signifie donc agir comme son représentant, par son autorité et selon sa volonté, à la manière d'un ambassadeur qui parle au nom de son roi sans rien ajouter à ce que son roi lui a confié. Ce n'est jamais le mot qui agit, c'est la personne dont on porte le nom.


C'est ce que montrent les baptêmes du livre des Actes. Des Juifs à la Pentecôte (Actes 2:38), des païens chez Corneille (Actes 10:48) et des disciples de Jean à Éphèse (Actes 19:5) sont baptisés au nom de Jésus, et dans chaque cas l'expression indique à qui la personne appartient désormais, non une formule qui produirait un effet. Être baptisé au nom de Jésus, c'est passer sous son autorité, comme Paul le suggère quand il demande aux Corinthiens si c'est au nom de Paul qu'ils ont été baptisés (1 Corinthiens 1:13). Le nom de Jésus est donc d'abord un nom auquel on appartient, avant d'être un nom que l'on invoque.


Ce que Jésus promet, et à quelles conditions


« Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils » (Jean 14:13). Beaucoup s'arrêtent à la première moitié de cette phrase, alors que la seconde en donne le but : la gloire du Père, et non la satisfaction de nos désirs. Jésus répète la promesse en Jean 15:16 et en Jean 16:23 et 24, et il la place chaque fois dans une relation : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé » (Jean 15:7). Celui qui demeure en Christ et dont la pensée est façonnée par sa Parole ne demande plus n'importe quoi, car ses demandes s'accordent peu à peu à celles de son Maître. Jean le dit sans détour : « si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute » (1 Jean 5:14), et Jacques ajoute : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le dessein de satisfaire vos passions » (Jacques 4:3). Un nom ne rend donc pas légitime une demande qui ne l'est pas, et l'on peut prononcer le nom de Jésus en demandant ce qui le déshonore.


Les Écritures montrent d'ailleurs que le Seigneur et ses serviteurs les plus fidèles n'ont pas toujours reçu ce qu'ils demandaient. À Gethsemané, Jésus prie : « Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Matthieu 26:39), et il enseigne cette même soumission à ses disciples quand il leur fait dire « que ta volonté soit faite » (Matthieu 6:10). Paul prie trois fois pour que l'écharde lui soit retirée et il reçoit cette réponse : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12:9). Celui qui connaissait mieux que personne le nom de Jésus n'a pas obtenu ce qu'il demandait, et ce refus lui fut donné pour son bien. Il y a là un renversement que beaucoup refusent : ce n'est pas nous qui disposons du nom de Jésus, c'est lui qui dispose de nous.


Quand le nom devient un talisman


Le livre des Actes nous montre deux hommes qui ont voulu se servir de la puissance de Dieu sans se soumettre à Dieu. À Samarie, Simon le magicien voit l'Esprit donné par l'imposition des mains des apôtres et leur offre de l'argent pour recevoir lui aussi ce pouvoir, et Pierre lui répond que son argent périra avec lui, puisqu'il a cru pouvoir acquérir le don de Dieu à prix d'argent (Actes 8:18 à 20). À Éphèse, des exorcistes juifs ambulants, parmi lesquels des fils de Scéva, tentent de chasser un esprit mauvais en disant : « Je vous conjure par Jésus que Paul prêche » (Actes 19:13). L'esprit répond qu'il connaît Jésus et qu'il connaît Paul, mais qu'il ne sait pas qui ils sont, et l'homme possédé se jette sur eux, qui s'enfuient nus et blessés (Actes 19:15 et 16). Le nom de Jésus n'a de pouvoir que dans la bouche de ceux qui lui appartiennent, et même alors, c'est lui qui agit, non le mot.


Le Seigneur avertit lui même que ce nom répété ne prouve rien : « qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » entrera seul dans le royaume, alors que beaucoup diront avoir prophétisé, chassé des démons et fait des miracles par son nom (Matthieu 7:21 et 22), et il leur répondra : « Je ne vous ai jamais connus » (Matthieu 7:23). Il avait aussi prévenu : « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles » (Matthieu 6:7). Quand Pierre explique la guérison de l'infirme, il ne met pas en avant un mot efficace, il met en avant la foi : « C'est par la foi en son nom que son nom a raffermi celui que vous voyez et connaissez » (Actes 3:16). C'est ici que le troisième commandement prend toute sa force, car l'expression hébraïque traduite par « en vain » évoque le vide, la vanité et le mensonge, et elle signifie porter le nom de l'Éternel pour rien. Se servir du nom de Jésus pour obtenir ce que l'on veut, comme on frotterait une lampe, c'est précisément le porter pour rien, et il est plus grave encore de le coller sur des paroles que Dieu n'a pas dites, comme le dénonçait déjà Jérémie : « C'est le mensonge que les prophètes prophétisent en mon nom; je ne les ai point envoyés » (Jérémie 14:14).


Il ne faut pas pour autant conclure que prononcer ce nom serait fautif en soi, puisque les apôtres l'ont fait avec assurance (Actes 3:6) et que Jésus a voulu que nous priions en son nom. Dieu reste libre d'agir quand il veut et comme il veut, y compris de guérir ou de répondre de manière extraordinaire, nous ne lui fixons aucune limite, mais il agit selon sa volonté et non selon notre formule, et aucune promesse ne l'oblige à satisfaire ce que nous réclamons.


Que faire alors, concrètement ? Il convient d'abord d'examiner ce que vous demandez et pourquoi vous le demandez, car si le motif est de satisfaire vos désirs plutôt que de glorifier le Père, ajouter le nom de Jésus à votre prière n'y change rien (Jacques 4:3). Il convient ensuite de nourrir vos prières de l'Écriture, afin que vos demandes se modèlent peu à peu sur la volonté de Dieu (Jean 15:7), et d'accepter que la réponse soit parfois un refus ou une attente, comme elle le fut pour Jésus et pour Paul. Il convient aussi de vous méfier de tout enseignement qui promet santé, succès ou prospérité à celui qui saurait déclarer ou réclamer avec foi, puisque Jésus ne promet nulle part de se mettre au service de nos paroles. Il convient enfin de vivre en son nom plutôt que de le brandir, en faisant de Colossiens 3:17 la règle de votre semaine entière : « faites tout au nom du Seigneur Jésus ».


Le nom de Jésus désigne Jésus lui même, avec son autorité et sa volonté, et le porter signifie lui appartenir et demander ce qui lui ressemble. Ceux qui l'utilisent comme un moyen d'obtenir ce qu'ils désirent le prennent en vain, tandis que ceux qui lui appartiennent véritablement le portent avec crainte et se soumettent à la volonté de celui qu'ils prient. Ce nom n'a pas été donné pour que Dieu plie devant nos désirs, mais pour que nous pliions devant lui : « afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre » (Philippiens 2:10).


L. Gilman


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