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MARIE, ELLE AUSSI, AVAIT BESOIN D'UN SAUVEUR

Marie

Beaucoup de croyants sincères se tournent vers Marie dans la prière, lui demandant d'intercéder, de veiller, de les protéger. Le geste part souvent d'un amour réel et d'une révérence légitime envers celle que l'ange appelle bénie entre les femmes. Mais une question mérite d'être posée honnêtement, à la lumière du texte biblique seul : que dit Marie elle même de sa propre condition devant Dieu, et cette prière qu'on lui adresse trouve t elle un appui dans les Écritures, ou en est elle absente ? Le texte central pour répondre se trouve dans l'évangile de Luc, au moment même où Marie prend la parole pour parler d'elle même.


Le seul médiateur que l'Écriture reconnaît


Avant même d'examiner ce que Marie dit d'elle même, il faut poser ce que Christ dit de Lui même. Jésus déclare : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14.6). Paul précise cette affirmation en une formule qui ne laisse pas de place à l'ambiguïté : « Il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus Christ homme. » (1 Timothée 2.5). L'épître aux Hébreux ajoute que ce médiateur n'est pas une figure lointaine, mais un souverain sacrificateur toujours vivant pour intercéder en notre faveur, ce qui nous donne un accès assuré et direct au trône de la grâce (Hébreux 4.14 à 16 ; 7.25).


Ce n'est donc pas une question de degré d'honneur à répartir entre plusieurs figures célestes. C'est une question de nature. Paul écrit que Christ doit avoir la primauté sur toutes choses (Colossiens 1.18), et une primauté, par définition, ne se partage pas. Elle ne connaît ni seconde place ni première place accordée à quelqu'un d'autre, aussi aimée et vénérée cette personne soit elle.


Il faut d'ailleurs comprendre pourquoi cette primauté ne peut appartenir qu'à Christ, et la réponse touche à la nature même de l'acte de prier. Adresser une prière à quelqu'un suppose que cette personne puisse l'entendre, ce qui exige, lorsque des multitudes de croyants prient au même instant dans toutes les langues du monde, une capacité à connaître le cœur de chacun. L'Écriture ne réserve cette capacité qu'à Dieu seul. Salomon le confesse en dédiant le Temple : « toi qui connais le cœur de chacun, car seul tu connais le cœur de tous les enfants des hommes » (1 Rois 8.39). Les apôtres, en priant pour désigner le successeur de Judas, s'adressent eux mêmes à « toi qui connais les cœurs de tous » (Actes 1.24), attribuant explicitement cette connaissance à Dieu et à Lui seul, alors même qu'ils auraient pu, à ce moment précis, invoquer un juste déjà disparu s'ils avaient cru la chose possible ou légitime. Attribuer cette capacité à une créature, fût elle Marie, revient donc à lui prêter, dans les faits, un attribut que Dieu réserve jalousement pour Lui même : « Je ne donnerai pas ma gloire à un autre » (Ésaïe 42.8). Paul appelle précisément idolâtrie le fait d'avoir « changé la vérité de Dieu en mensonge, et adoré et servi la créature au lieu du Créateur » (Romains 1.25). La question n'est donc pas de savoir si l'on prononce intérieurement le mot dieu en s'adressant à Marie ou à un saint, mais si l'acte concret exige d'eux une capacité que seul Dieu possède. Si c'est le cas, la substance du geste reste idolâtre, quel que soit le nom qu'on lui donne.


C'est précisément ce que l'Église catholique a dû justifier théologiquement. Elle nie officiellement qu'il s'agisse d'idolâtrie, en distinguant le culte rendu à Dieu seul, appelé latrie, de la simple vénération rendue aux saints, appelée dulie, une distinction fixée au second concile de Nicée en 787. Mais cette distinction porte sur le vocabulaire et l'intention déclarée, non sur le mécanisme lui même. Pour rester cohérente, la théologie catholique a dû ajouter que les saints, étant dans la vision béatifique, verraient nos prières non par une connaissance qui leur serait propre, mais à travers la connaissance de Dieu Lui même. C'est une réponse habile, mais il faut noter honnêtement qu'elle ne vient d'aucun texte biblique. C'est une construction élaborée après coup pour résoudre le problème que la pratique elle même a créé, et non une vérité que l'Écriture enseigne sur l'état des morts.


Ce que Marie confesse elle même


C'est ici que le texte devient le plus instructif, car Marie ne se présente jamais, dans l'Écriture, comme une source de salut. Elle se présente comme une bénéficiaire de la grâce, exactement comme chacun de nous. Dans le cantique qu'elle prononce chez Élisabeth, elle dit : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur. » (Luc 1.46 et 47).


Une femme qui proclame elle même avoir besoin d'un Sauveur ne peut, par ses propres mots, être élevée au rang de secours ultime pour d'autres. La recevoir comme le texte la présente, dans son humilité de servante du Seigneur (Luc 1.38), c'est l'honorer selon la vérité. La recevoir autrement, c'est lui prêter une place qu'elle a elle même refusée dans son propre chant.


Une dévotion absente des Écritures, une question à ne pas esquiver


Aucun apôtre n'enseigne ni ne pratique, dans le Nouveau Testament, une prière adressée à Marie. Ce silence n'est pas un oubli : l'historique lui même le confirme. Il faut même remarquer qu'aucune prière n'est jamais adressée à Pierre, à Paul ou à Jean, ni de leur vivant ni après leur mort, alors que leur autorité et leur proximité avec Christ auraient pu, plus que pour n'importe qui d'autre, justifier une telle pratique si elle avait eu la moindre légitimité biblique. La plus ancienne prière connue adressée à Marie, le Sub tuum praesidium, est datée par les spécialistes entre le milieu du troisième siècle et le quatrième siècle, ce qui la situe déjà plusieurs générations après les apôtres. Le titre théologique qui a nourri cette dévotion, celui de Mère de Dieu, n'a été formellement établi qu'au concile d'Éphèse en 431, et les dogmes qui l'ont accompagnée par la suite, comme l'Immaculée Conception en 1854 ou l'Assomption en 1950, sont des déclarations bien plus tardives encore. Une pratique peut donc être ancienne dans l'histoire de l'Église sans être pour autant apostolique, et c'est cette distinction qui compte devant Dieu, Lui qui a pris soin d'interdire d'ajouter à Sa parole (Deutéronome 4.2 ; Apocalypse 22.18 et 19).


Ce simple constat d'absence suffirait déjà à inviter à la prudence. Mais l'Écriture va plus loin, et il serait malhonnête de le taire par confort. Elle ne se contente pas de garder le silence sur la prière aux défunts, elle la nomme et la qualifie. « Qu'on ne trouve chez toi personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits, ou qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à l'Éternel. » (Deutéronome 18.10 à 12). Ésaïe pose la question dans les mêmes termes : un peuple ne consultera-t-il pas plutôt son Dieu, et s'adressera-t-il aux morts en faveur des vivants (Ésaïe 8.19) ? Le roi Saül lui même mourut, précise l'Écriture, parce qu'il interrogea et consulta ceux qui évoquent les morts, au lieu de consulter l'Éternel (1 Chroniques 10.13 et 14).


L'intention derrière la prière à Marie n'est presque jamais ressentie comme un appel à un esprit ; elle est vécue comme une demande d'intercession affectueuse, portée par un cœur sincère. Mais quelle que soit l'intention, le fait concret demeure : s'adresser en prière à une personne décédée, aussi sainte fût elle de son vivant, relève de la catégorie que la Parole nomme précisément et interdit sans détour.


Voilà ta mère : ce que ce texte dit, et ce qu'il ne dit pas


Un argument revient souvent pour justifier une place unique de Marie : Jésus Lui même, sur la croix, aurait confié Marie à tous les croyants en la personne de Jean. Le texte mérite d'être lu de très près, car il dit précisément ceci : « Jésus, voyant sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui. » (Jean 19.26 et 27).


Cette phrase est en réalité une paire symétrique, adressée en un seul souffle à deux personnes différentes : à Marie, en désignant Jean, et à Jean, en désignant Marie. Personne, y compris dans la tradition catholique, ne tire de la première moitié l'idée que Jean serait devenu le fils spirituel de toute l'Église. On y voit, à juste titre, un fils mourant qui confie sa mère veuve à un disciple de confiance. Mais si l'on refuse cette lecture universelle pour la première moitié de la phrase, il n'y a aucune raison logique de l'accorder à la seconde moitié, construite exactement de la même manière. Ce que confirme la phrase suivante, qui décrit une action domestique et concrète, et non une déclaration doctrinale : « dès ce moment, le disciple la prit chez lui ».


L'idée que Marie devient, par ce verset, mère spirituelle de tous les croyants est une lecture ajoutée bien plus tard dans l'histoire, et il est utile de savoir à quel point elle est tardive. Le titre de Mère de l'Église n'a même pas été retenu par le texte voté du concile Vatican II : les évêques ont choisi de ne pas l'y inscrire. C'est le pape Paul VI seul qui l'a proclamé de sa propre autorité, en dehors du vote conciliaire, le 21 novembre 1964, en précisant lui même qu'il ne s'agissait pas d'une définition dogmatique. Même dans l'histoire catholique la plus officielle, cette lecture de Jean 19 n'allait donc pas de soi, et elle apparaît près de dix-neuf siècles après le texte lui même.


Il y a plus fort encore, et cela vient de Jésus Lui même. À deux reprises au moins, on Lui offre l'occasion d'exalter Marie, et à chaque fois Il s'y refuse. Une femme s'écrie dans la foule : « Heureux le sein qui t'a porté, heureuses les mamelles qui t'ont allaité ! », et Jésus répond : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Luc 11.27 et 28). Quand on Lui annonce que sa mère et ses frères L'attendent dehors, Il répond : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique » (Luc 8.19 à 21). Dans les deux cas, Jésus avait l'occasion parfaite d'honorer Sa mère d'une manière unique, et Il choisit au contraire d'ouvrir la bénédiction à quiconque obéit à la Parole. C'est très exactement l'inverse du mouvement que suivra la tradition mariale plus tard.



Ce que ce texte demande n'est pas de choisir un camp, mais d'examiner. Voici quatre pas concrets pour le faire honnêtement.


Premièrement, vérifiez par vous même plutôt que de recevoir une pratique sans l'éprouver. Les Béréens sont donnés en exemple parce qu'ils « examinaient chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu'on leur disait était exact » (Actes 17.11). Deuxièmement, approchez vous directement de Dieu dans la prière, avec assurance, en vous appuyant sur Christ seul comme médiateur (Hébreux 4.16). Troisièmement, honorez Marie selon ce que le texte dit réellement d'elle, comme un modèle de soumission et de foi (Luc 1.38 et 45), sans lui accorder une place que Dieu Lui même ne lui donne pas.

Enfin, si cette prière vous est chère, prenez le temps de discerner ce qu'elle comble en vous : un besoin de présence, de tendresse maternelle, de proximité sensible, que Dieu seul peut en réalité satisfaire pleinement.


Conclusion


Christ seul est médiateur, Christ seul intercède, et Christ seul mérite la première place. Marie elle même, dans ses propres mots, confesse avoir eu besoin d'un Sauveur, et c'est précisément cette humilité qui devrait inspirer notre lecture d'elle plutôt que notre dévotion envers elle. Il n'y a de salut en aucun autre, car il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés (Actes 4.12).


Daniel Gilman

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