NOMBRES 11 - Quand le coeur regrette l'Egypte et méprise la manne

Contexte historique
Israël a quitté le Sinaï depuis peu et s'avance dans le désert de Paran, la nuée de l'Éternel marchant devant lui. Au lieu de la reconnaissance, c'est le murmure qui éclate. Le peuple se plaint d'abord, puis une foule mêlée, venue d'Égypte avec Israël, s'enflamme de convoitise et réclame de la viande. Moïse, écrasé par le fardeau, supplie Dieu de lui ôter la vie. L'Éternel répond en plaçant son Esprit sur soixante-dix anciens pour partager la charge, puis en envoyant des cailles en abondance. Mais la chair est à peine entre leurs dents qu'une grande plaie frappe le peuple. Le lieu est nommé Kibroth-Hattaava, les tombeaux de la convoitise. Ce chapitre montre ce que devient un peuple racheté lorsqu'il méprise les dons de son Rédempteur.
Leçons pour aujourd'hui
1. Le murmure est une accusation contre Dieu
"Le peuple murmura et cela déplut aux oreilles l'Éternel. Lorsque l'Éternel l'entendit, sa colère s'enflamma; le feu de l'Éternel s'alluma parmi eux, et dévora l'extrémité du camp." (Nombres 11.1)
Nous traitons souvent la plainte comme un simple soulagement, presque anodin. L'Écriture nous détrompe : l'Éternel entend, et ce qu'il entend lui déplaît. Murmurer, c'est dire que Dieu s'est mal conduit envers nous, qu'il ne pourvoit pas assez bien ou assez vite. Le feu tombe à l'extrémité du camp, comme un avertissement miséricordieux avant un jugement plus grand.
Examinons ce qui sort de nos bouches dans l'épreuve, car la plainte révèle ce que nous pensons réellement du Seigneur.
2. La convoitise rend la grâce fade
"Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Égypte, et qui ne nous coûtaient rien, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons et des aulx. Maintenant, notre âme est desséchée: plus rien ! Nos yeux ne voient que de la manne." (Nombres 11.5-6)
Le mensonge est subtil : l'Égypte « ne coûtait rien », disent-ils, eux qui gémissaient sous l'esclavage. La mémoire du péché est toujours sélective, elle garde le menu et oublie les chaînes. Pendant ce temps, la manne, pain du ciel donné chaque matin, est devenue « rien ». Voilà notre cœur naturel : il méprise le don gratuit et rêve de ce qui l'asservissait.
Lorsque la Parole de Dieu nous paraît insipide et que le monde nous semble savoureux, ce n'est pas la manne qui a changé, c'est notre appétit qui est malade, et il a besoin d'être guéri par la grâce.
3. Dieu soutient ceux qu'il charge, et sa main n'est jamais trop courte
"L'Éternel répondit à Moïse: La main de l'Éternel serait-elle trop courte ? Tu verras maintenant si ce que je t'ai dit arrivera ou non." (Nombres 11.23)
Moïse, le plus fidèle des serviteurs, vacille. Il regarde les six cent mille hommes et conclut que la promesse est impossible. Dieu ne le rejette pas : il partage la charge en répandant son Esprit sur les anciens, et il rappelle que sa puissance ne dépend pas des calculs humains.
Les pasteurs fatigués, les parents épuisés, les croyants accablés doivent entendre cette question de l'Éternel. Ce que Dieu commande, il le rend possible, et il ne laisse pas les siens porter seuls ce qu'il leur confie, car l'Église est un corps où chacun reçoit de l'Esprit pour le bien de tous.
4. Le désir de la gloire de Dieu libère de la jalousie
"Moïse lui répondit: Es-tu jaloux pour moi ? Puisse tout le peuple de l'Éternel être composé de prophètes; et veuille l'Éternel mettre son esprit sur eux !" (Nombres 11.29)
Quand Josué, par zèle sincère mais mal placé, veut faire taire Eldad et Médad, Moïse refuse de défendre sa position. Il souhaite que l'Esprit repose sur tout le peuple de Dieu. Quelle noblesse, et quelle anticipation de la Pentecôte et de la nouvelle alliance (Joël 3.1) !
Celui qui sert Christ n'est pas le gardien de son propre prestige, mais le héraut d'un Seigneur dont l'Esprit se donne à qui il veut. Réjouissons-nous des dons que Dieu accorde à nos frères et sœurs, même lorsqu'ils s'exercent loin de nous.
5. Être exaucé dans sa convoitise peut être le jugement le plus terrible
"Comme la chair était encore entre leurs dents sans être mâchée, la colère de l'Éternel s'enflamma contre le peuple, et l'Éternel frappa le peuple d'une très grande plaie." (Nombres 11.33)
Dieu avait annoncé qu'ils mangeraient de la viande jusqu'à en avoir du dégoût, « parce que vous avez rejeté l'Éternel qui est au milieu de vous » (Nombres 11.20). Le vrai péché n'était pas l'appétit, mais le mépris de la présence de Dieu. Le psalmiste le résume : il leur accorda ce qu'ils demandaient, mais il envoya le dépérissement dans leur âme (Psaume 106.15).
Certaines prières exaucées sont des jugements. Demandons moins ce que notre chair réclame que ce que notre Père sait nous être bon, et apprenons à dire avec Christ : que ta volonté soit faite.
Conclusion
Israël a eu la manne, la nuée, la présence de Dieu, et il a pourtant préféré l'Égypte. Ce miroir nous est tendu pour que nous reconnaissions la même ingratitude en nous. Mais en Jésus-Christ, véritable pain descendu du ciel, nous avons mieux que la manne, car celui qui vient à lui n'aura plus jamais faim. À Dieu seul soit la gloire pour une grâce qui nous nourrit même lorsque nous la méprisons.
Question(s) pour la réflexion
Quelle « Égypte » votre cœur regrette-t-il en ce moment, et que révèle ce regret de votre manière de recevoir ce que Dieu vous donne déjà ?
Dans quel domaine de votre vie portez-vous seul un fardeau que Dieu voudrait partager avec le corps de Christ ?




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