QUAND L'ÉGLISE TOLÈRE CE QUE DIEU CONDAMNE
- L. GILMAN
- il y a 2 jours
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Il y avait, dans l'Église de Corinthe, un péché public que tout le monde connaissait, qu'on n'osait pas mais qu'on tolérait, et que personne n'avait le courage de nommer du haut de la chaire. Et il y avait Paul, un homme absent physiquement mais qui, par lettre, posait sur cette assemblée le regard que Dieu lui même posait sur elle. C'est précisément ce regard qui semble avoir disparu de beaucoup de nos églises aujourd'hui. Le péché est resté, parfois en pire, mais la voix qui le nomme s'est tue. Nous vivons, dans bien des assemblées, dans l'Église des Corinthiens, sans Paul.
Ce que Paul refusait d'ignorer
À Corinthe, un homme vivait avec la femme de son père, et l'Église, au lieu de s'en affliger, en était fière (1 Corinthiens 5:1-2). Paul ne traite jamais ce cas comme un détail périphérique. Il consacre tout un chapitre à exiger que ce péché soit nommé, que l'homme soit retranché de l'assemblée, et que la sainte cène ne lui soit plus accessible (1 Corinthiens 5:11, 13). Ce qui choque Paul n'est pas seulement le péché lui-même : c'est l'orgueil de l'Église devant ce péché, son silence complice, son confort dans une situation que Dieu juge avec gravité (1 Corinthiens 5:2). L'impudicité publique et tolérée n'est jamais, pour Paul, une affaire privée entre deux adultes consentants. C'est une plaie ouverte dans le corps tout entier, car un peu de levain fait lever toute la pâte (1 Corinthiens 5:6).
Le mot que nous avons appris à éviter
Le terme grec traduit par impudicité, porneia, désigne toute relation sexuelle vécue hors du cadre que Dieu a institué dès la création, un homme et une femme unis dans le mariage, devenant une seule chair (Genèse 2:24 ; Matthieu 19:5). Il ne désigne pas seulement l'adultère flagrant ou le concubinage déclaré. Il couvre tout autant les relations avant le mariage que l'on présente comme une étape normale de la vie de couple, la consommation habituelle de contenus pornographiques cachée derrière la pudeur ou la honte, les remariages contractés après un divorce sans fondement biblique, ou simplement la tolérance silencieuse d'une vie de couple non régularisée chez des membres que l'on continue d'appeler frère ou sœur. Paul ne laisse aucune place à l'ambiguïté sur la gravité de ce péché : « Ne savez vous pas que les injustes n'hériteront point le royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n'hériteront le royaume de Dieu. » (1 Corinthiens 6:9-10). L'impudique n'est pas placé dans une catégorie à part, plus tolérable que l'idolâtre ou le voleur : il figure dans la même liste, avec la même sanction, sans aucune gradation qui permettrait de le traiter comme un péché secondaire. C'est précisément cette gravité, affirmée sans détour par l'Écriture elle même, qui rend d'autant plus inexplicable le silence de nos assemblées sur ce sujet.
Pourquoi le laisser aller s'est installé
Le silence actuel n'est presque jamais doctrinal. Personne, dans nos assemblées, n'enseigne ouvertement que l'impudicité est désormais permise. Le glissement est pratique, pas théorique. On craint de perdre des membres si l'on aborde le sujet de face. On redoute d'être qualifié de légaliste, de juge, de pharisien, alors que discerner et nommer le péché selon l'Écriture n'a jamais été du légalisme (Jean 7:24). On préfère l'unité apparente du groupe à la fidélité au texte, exactement la même idolâtrie de la paix sociale qui a permis, dans certaines assemblées, de continuer à distribuer la sainte cène à des personnes vivant ouvertement dans l'impudicité, et même d'en baptiser d'autres sans rupture réelle avec ce péché. Le résultat est une Église qui ressemble de plus en plus à celle de Corinthe avant la lettre de Paul : satisfaite d'elle même, alors qu'elle devrait être dans le deuil (1 Corinthiens 5:2).
L'absence de Paul n'efface pas l'exigence de Dieu
Il est facile de se dire que Paul, lui, avait l'autorité apostolique pour parler ainsi, et que nous n'avons plus cette autorité aujourd'hui. C'est un faux raisonnement. Paul n'invente pas cette exigence ; il applique la sainteté de Dieu à la vie concrète de l'Église, et cette sainteté n'a pas changé (1 Pierre 1:15-16). La discipline qu'il demande n'est pas un excès de zèle apostolique réservé au premier siècle : elle découle directement de ce que Christ lui même enseigne sur la correction fraternelle et l'exclusion en cas de refus persistant de se repentir (Matthieu 18:15-17). Ce qui a disparu n'est pas l'autorité de la Parole, c'est le courage de l'appliquer. Chaque assemblée locale, chaque responsable, chaque membre qui voit le péché et se tait, porte une part de cette responsabilité collective.
Ce que cela coûte de se taire
Le silence n'est jamais sans conséquence. L'homme qui vivait dans l'impudicité à Corinthe, lorsqu'il fut enfin retranché et que l'Église en porta le poids, finit par se repentir, au point que Paul demande ensuite qu'on lui pardonne et qu'on le réintègre avec amour (2 Corinthiens 2:6-8). La discipline biblique n'a jamais pour but de détruire, mais de sauver, en retirant à la personne la fausse sécurité d'une communion qu'elle n'a pas le droit de vivre tant qu'elle reste dans son péché. Quand une assemblée se tait, elle ne protège personne. Elle laisse le pécheur s'endurcir dans une sécurité illusoire, et elle expose toute l'Église à l'avertissement de Paul : un peu de levain fait lever toute la pâte (1 Corinthiens 5:6). Le silence n'est pas de la bienveillance. C'est un abandon.
Que faire, concrètement
La réponse biblique tient en trois mouvements, et elle commence toujours par l'humilité de celui qui s'adresse à son frère, pas par la condamnation publique immédiate. D'abord, la reprise individuelle, en privé, avec amour et clarté, comme Christ l'enseigne (Matthieu 18:15). Ensuite, si le péché persiste sans repentance, l'implication de l'Église, des anciens, de ceux qui ont la charge de veiller sur les âmes (Hébreux 13:17). Enfin, si l'endurcissement continue, l'exclusion formelle de la communion, y compris de la sainte cène, jusqu'à ce qu'il y ait un fruit réel et visible de repentance (1 Corinthiens 5:11-13). Ce processus n'est pas une option pastorale parmi d'autres. C'est l'obéissance normale que Dieu attend de son Église, à chaque génération, y compris la nôtre.
Retrouver une voix qui dérange
Corinthe a eu Paul parce que Dieu, dans sa grâce, ne laisse jamais son peuple sans avertissement. La question pour nous n'est pas de regretter l'absence d'un apôtre, mais de redevenir, individuellement, des voix fidèles à la Parole là où nous sommes placés : dans nos familles, nos assemblées, nos cercles de responsabilité. Refuser de nommer l'impudicité par peur du conflit n'est pas de l'amour, c'est une désertion. La grâce qui sauve réellement n'a jamais besoin du mensonge de la tolérance pour subsister : elle a besoin de la vérité dite avec fermeté et portée avec patience, jusqu'à ce que le pécheur, comme à Corinthe, trouve dans la repentance bien plus que ce que son péché lui promettait.
L. Gilman



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