top of page

VOUS VIVEZ ENCORE SELON LA CHAIR ?

la chair

Il y a deux façons de lire ce titre, et elles révèlent deux états d'âme très différents. Certains le liront avec un frisson d'angoisse : "Oui, et j'en suis accablé." D'autres le liront avec une désinvolture tranquille : "Oui, et alors ?" L'une et l'autre réaction méritent une réponse biblique franche, car Romains 8 les contient toutes les deux, et c'est précisément là que Paul nous installe : "Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez." (Romains 8:13)


Ce que Paul ne dit pas

Commençons par dénouer un malentendu qui peut faire des ravages dans la conscience d'un croyant sincère. "Vivre selon la chair" ne signifie pas ressentir encore la résistance de la chair en soi. Si c'était le cas, aucun enfant de Dieu ne serait en sécurité. Paul lui-même écrit au chapitre 7 une confession qui peut surprendre par son honnêteté : "Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas." (Romains 7:19) Voilà l'apôtre, formé à l'école de Gamaliel, converti sur le chemin de Damas, auteur de la moitié du Nouveau Testament, qui témoigne encore de la présence et de la résistance de la chair en lui.

Subir encore les assauts de la chair, en ressentir le poids, en voir les manifestations en soi : cela fait partie de la condition du croyant en ce monde. Ce n'est pas un signe d'hypocrisie, ce n'est pas la preuve que vous n'êtes pas sauvé. C'est la réalité d'une nature ancienne qui n'a pas encore été complètement engloutie par la gloire. La glorification viendra, mais elle n'est pas encore là.

"Vivre selon la chair" au sens de Romains 8:13, c'est avoir la chair comme principe gouvernant de toute son existence : ne jamais être arrêté par la Parole, ne jamais être attristé par le péché, marcher en parfaite paix avec ses convoitises, n'avoir aucun combat intérieur. C'est le portrait du non-régénéré, non du croyant qui lutte.


Pourquoi votre chagrin est une preuve de vie

Si, en lisant ces lignes, vous pensez à vos propres manquements avec une douleur sincère, sachez que ce chagrin-là n'est pas ennemi de votre assurance : il en est une confirmation. L'homme qui n'a pas l'Esprit ne pleure pas son péché de cette façon. Il le justifie, il l'arrange, il s'y accommode. La capacité à voir la chair en soi avec tristesse, à la détester, à désirer en être délivré, ce n'est pas le fruit de la chair : c'est le fruit de l'Esprit.

Spurgeon l'a dit avec une précision chirurgicale :

"Il n'y a pas de plus grande preuve de grâce que la haine du péché." 

Ce n'est pas la perfection qui atteste le salut. C'est la direction du cœur, le sens du combat, l'orientation de la vie. Voulez-vous plaire à Dieu, même quand vous échouez ? Êtes-vous attristé par vos chutes, même quand personne ne vous observe ? Revenez-vous à Christ après chaque défaillance ? Alors Romains 8:1 vous appartient : "Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ."

La sanctification est progressive. Ce mot progressive signifie qu'elle n'est pas achevée. Il signifie également qu'elle avance. Et souvent, l'avance se mesure moins au fait de pécher moins qu'au fait de voir davantage. Plus la lumière de l'Esprit grandit en vous, plus vous percevez ce qui vous résiste encore. Ce n'est pas une régression : c'est la sensibilité spirituelle qui s'aiguise.


À ceux qui ne s'en préoccupent pas

Il faut maintenant s'adresser à l'autre type de lecteur, celui qui n'est pas accablé mais indifférent. Celui pour qui la chair n'est pas un sujet de combat parce qu'elle est devenue un sujet de confort. On accommode le péché, on trouve des raisons de le garder, on s'irrite quand la Parole le désigne, on préfère une grâce qui console sans jamais reprendre.

C'est à celui-là que Romains 8:13 parle avec le plus de gravité. "Si vous vivez selon la chair, vous mourrez." Non pas : vous serez mal à l'aise, vous perdrez quelques bénédictions, mais "Vous mourrez". C'est un avertissement solennel, non un conseil facultatif. Et l'absence de douleur face au péché n'est pas un signe de maturité spirituelle : c'est un signe d'endurcissement.

John Owen a formulé cet appel avec une sobriété redoutable :

"Mets à mort le péché, ou il te mettra à mort." 

La mortification n'est pas réservée aux âmes scrupuleuses ou aux tempéraments mélancoliques. Elle est le devoir de tout croyant, inscrit dans la structure même de la vie selon l'Esprit. "Si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps" : c'est une condition active, un verbe d'action, un effort soutenu, accompli dans la dépendance de l'Esprit.


Applications concrètes

Examinez régulièrement votre vie à la lumière de la Parole, non pour vous condamner, mais pour ne rien laisser s'installer dans l'ombre. Ce que vous ne regardez pas, vous ne le combattez pas.

Ne confondez pas la culpabilité paralysante avec la repentance vivifiante. L'une vous tourne vers vous-même, l'autre vous tourne vers Christ. Quand la chair se manifeste, la réponse biblique n'est pas l'accablement : c'est la confession, le retour, la dépendance renouvelée.

Résistez à la tentation de minimiser ce que l'Esprit pointe en vous. Si quelque chose vous est régulièrement désigné dans la Parole ou dans la prière, ne l'éteignez pas. L'Esprit ne reprend pas pour humilier : il reprend pour libérer.

Enfin, croyez que la sanctification est l'œuvre de Dieu en vous, et non votre propre performance spirituelle. "C'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir." (Philippiens 2:13) Vous n'êtes pas seul dans ce combat.


Conclusion

Romains 8 est à la fois le chapitre de l'assurance absolue et celui de l'appel au combat. Ces deux réalités ne se contredisent pas : elles se tiennent. Vous ne pouvez pas vous reposer sur votre assurance pour ne pas combattre. Vous ne pouvez pas non plus combattre au point d'oublier votre assurance. Le croyant tient les deux ensemble, par grâce.

Si vous êtes attristé par ce que vous voyez encore en vous, relevez-vous. Ce chagrin dit quelque chose de juste sur vous. Si vous n'êtes pas attristé du tout, arrêtez-vous et demandez à Dieu de vous donner des yeux pour voir. Dans les deux cas, la réponse est la même : "Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés." (Matthieu 11:28)


L. Gilman



Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page