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  • CHARLES SPURGEON

LE CIEL ET L'ENFER - PARTIE 2


Chapitre 2 La seconde partie de mon texte est navrante. Autant il m'a été doux de parler sur la première, autant mon coeur se serre devant la pénible tâche qui se présente maintenant à moi.


Mais, comme je vous l'ai dit en commençant, les vérités de la Bible doivent être annoncées, qu'elles soient sombres ou lumineuses. Dieu me garde d'imiter jamais ce lâche ministre de la Parole, qui disait un jour à son auditoire : Ceux qui n'aiment pas le Seigneur Jésus-Christ iront dans ce lieu que la politesse me défend de nommer. Que, penseriez-vous de moi, mes amis, si, voyant une maison en flammes, je disais avec affectation : "J'estime que l'opération de la combustion s'accomplit ici ?" Ne devrais-je pas bien plutôt crier de toutes mes forces : "Au feu ! au feu !" de manière à être compris par tout le monde ? De même, lorsque la Bible parle des ténèbres du dehors, de la perdition éternelle, moi, prédicateur de l'Evangile, dois-je jeter un voile sur cette effrayante vérité, dois-je chercher à l'adoucir par des formes de langage ? A Dieu ne plaise ! Serviteur de Christ, je dois vous exposer clairement tout le conseil de mon Maître. Encore une fois, je le reconnais, la déclaration qui va nous occuper est terrible au plus haut point : Les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors; il y aura là des pleurs et des grincements de dents. Et d'abord, qui sont ces enfants du royaume, je vais vous le dire. Autrefois, c'étaient les Juifs; aujourd'hui, ce sont ces gens qui possèdent toutes les apparences de la piété, mais qui n'ont rien de ce qui constitue sa force; ces gens, que vous pouvez voir tous les dimanches, leurs Bibles et leurs Psaumes à la main, se rendant à leur lieu de culte, posément, gravement, dévotement; ces gens enfin qui se persuadent que leur salut est une chose hors de doute, ne considérant pas que leur piété n'est qu'un pur formalisme, où le coeur n'entre pour rien, voilà quels sont les enfants du royaume. Ils ne possèdent ni grâce ni vie. Christ n'habite point en eux; aussi, seront-ils jetés dans ténèbres de dehors. En second lieu, ces mots : enfants du royaume, peuvent s'appliquer à ceux qui ont joui de grands privilèges spirituels, et plus particulièrement aux enfants de parents chrétiens. Vous êtes des enfants du royaume, vous, mes chers auditeurs, à qui Dieu accorda l'inestimable bienfait d'avoir une pieuse mère. Ne vous souvient-il pas du temps où, vous prenant sur ses genoux, elle vous enseignait à bégayer le saint nom de Dieu, où elle vous conjurait de marcher dans les voies de la piété ? Et cependant, vous êtes encore, pour la plupart, sans grâce dans le coeur, sans espérance pour l'éternité ! Vous descendez, tête baissée, vers l'enfer ! Peut-être même tel d'entre vous a-t-il brisé le coeur de celle qui lui donna le jour. Oh ! qui pourrait dire ce qu'elle a souffert, cette tendre mère, pendant les nuits de débauche du fils de ses prières !... Comprenez-vous, enfants du royaume, combien votre culpabilité sera aggravée, si vous périssez malgré les larmes et les supplications d'une mère chrétienne ? Pour ma part, je crois que s'il y a un damné parmi les damnés, ce sera le fils rebelle qui descendra dans l'abîme, poursuivi par le souvenir des prières de son père et le front encore humide des larmes de sa mère. Jeunes gens et jeunes filles qui m'écoutez, il en est très probablement parmi vous (ô désolante pensée !) dont le sort sera tel; il en est qui, des ténèbres du dehors où ils seront précipités, apercevront leurs parents dans la gloire, et rencontreront leur regard de reproche qui semblera leur dire : "Après tout ce que nous avons fait pour vous, comment êtes-vous tombés si bas ?" Enfants du royaume ! vous que Dieu a véritablement traités comme des fils privilégiés, puisqu'il vous a entourés dès votre berceau de moyens de grâce et de salut, ne vous flattez pas d'être sauvés par cela seul que vous avez reçu une éducation chrétienne, contracté certaines habitudes religieuses, respiré dans votre famille une atmosphère de piété. Ne vous flattez pas que la ferveur d'une mère, que la sainteté d'un père vous soient imputées. Ne vous flattez pas même que les requêtes, qu'ils ont adressées à Dieu en votre faveur, vous servent de laissez-passer à la porte du paradis. Non, le salut ne s'obtient que par des efforts personnels. Il ne vous sera pas demandé au dernier jour : "A-t-on prié pour toi ?", mais bien : As-tu prié pour toi-même ? Les supplications amoncelées de vos parents, jusqu'à la troisième et quatrième génération, atteindraient-elles les nues, qu'il ne vous serait pas possible d'en faire usage comme d'un marchepied pour escalader le ciel. Si vous ne possédez pas une piété vivante et expérimentale, vous serez perdus, tous vos amis fussent-ils mille fois sauvés. Bien solennel est le songe, qu'eut une fois une pieuse mère, et qu'elle raconta à ses enfants. Elle rêva que le jour du jugement était venu. Les grands livres sont ouverts. Toute l'humanité est devant Dieu. Elle-même, entourée de ses enfants, se tient debout au milieu de la grande assemblée. Tout à coup, la voix du Seigneur Jésus se fait entendre : "Séparez la balle du froment, s'écrie-t-il. Placez les brebis à ma droite et les boucs à ma gauche." Aussitôt, un ange s'avance en disant : "La mère est une brebis : elle doit aller à droite; les enfants sont des boucs : leur place est à gauche." - Alors ,il semble à cette mère que ses enfants cherchent à la retenir. "Mère, mère, ne nous quitte pas !" s'écrient-ils avec angoisse. Et elle, les enlaçant de ses bras, leur répond avec larmes : "Mes enfants, que ne puis-je vous prendre avec moi ?..." Mais à cet instant, l'ange la touche; et soudain ses larmes se sèchent. Une force surnaturelle lui est donnée; les liens du sang perdent leur empire, et n'ayant plus d'autre volonté que celle de Dieu : "Mes enfants, dit-elle, je vous ai élevés chrétiennement; je vous ai pressés de marcher dans les sentiers du Seigneur; vous ne l'avez pas voulu : maintenant que puis-je faire, si ce n'est de dire AMEN à votre condamnation ?..." Jeune homme, jeune fille, qui vivez loin de Dieu, qu'éprouverez-vous, je vous le demande, si ce songe devient jamais pour vous une affreuse réalité ? Qu'éprouverez-vous si, au dernier jour, vous entendez des voix bien connues, la voix de votre père, la voix de votre mère, prononcer un solennel "Amen !" à cette terrible sentence portée contre vous : Allez, maudit, au feu éternel préparé au diable et à ses anges? En vérité, en vérité, je vous le dis, enfant du royaume, les mangeurs et les buveurs, les péagers et les gens de mauvaise vie vous devancent au royaume de Dieu ! De grands criminel, qui auront pleuré sur leurs péchés au pied de la croix de Jésus, seront sauvés; des impies, des blasphémateurs, des pécheurs scandaleux convertis par la grâce de Dieu, seront sauvés, tandis que plusieurs d'entre vous seront jetés dehors, simplement parce qu'ils n'auront pas voulu donner leur coeur au Seigneur Jésus-Christ, ni accepter franchement son Evangile. Et ne sera-ce pas pour vous la douleur des douleurs, le supplice des supplices, l'enfer de l'enfer, que de voir le premier des pécheur couché dans le sein d'Abraham, tandis que vous, enfants du royaume, fils aînés de la maison que Dieu avait fait naître, pour ainsi dire, au seuil même du ciel, serez au nombre des réprouvés ?... Mais prêtez-moi quelques instants encore votre attention, car je dois entreprendre la lamentable tâche de vous décrire le sort affreux réservé à ceux qui vivent et meurent loin de Dieu. Jésus-Christ nous dit qu'ils seront jetés dans les ténèbres du dehors; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Remarquez, en premier lieu, qu'il n'est pas dit : Ils iront, mais : Ils seront jetés. Je me représente un enfant du royaume, un hypocrite, un formaliste, arrivant à la porte du ciel. La souveraine justice, le reconnaissant à l'instant, ordonne à un ange de le saisir et de l'envoyer en son lieu. Aussitôt, l'ange obéit, il le lie pieds et mains, et le tient suspendu au-dessus de l'abîme. Le malheureux frémit, son coeur défaille, ses os se fondent comme de la cire. Il cherche à mesurer du regard le gouffre béant, le gouffre sans fond qui va l'engloutir. Il entend des soupirs, des gémissements, des cris de désespoir qui s'échappent de ce gouffre... Où est maintenant ta force tant vantée, ô pécheur ? Où est ton audace, ton orgueilleuse assurance ? Tu trembles, tu pleures, tu demandes grâce, mais il est trop tard ! L'ange ouvre sa main, et tu tombes, tu tombes, tu tomberas éternellement, de profondeur en profondeur, d'abîme en abîme, sans jamais trouver un lieu où tu puisses asseoir la plante de ton pied ! Tu seras jeté dans les ténèbres du dehors... Et que signifie cette expression : les ténèbres du dehors ? Dans le langage scripturaire, le mot lumière doit se prendre, en général, dans le sens d'espérance; d'où il s'ensuit naturellement que, par ténèbres du dehors, nous devons entendre un lieu d'où l'espoir est à jamais banni. - Y a-t-il un homme vivant qui ait cessé d'espérer ? Je ne le pense pas. Peut-être l'un de vous a-t-il contracté des dettes; ses créanciers le menacent de saisir tous ses biens, mais n'importe ! il dit : "Je suis dans un mauvais pas, c'est vrai ; cependant je puis en sortir, tout n'est pas perdu; j'espère." - Un autre est à la veille de voir son commerce ruiné. "J'en suis profondément affligé, dit-il; mais après tout, j'ai de bons bras, je travaillerai, la fortune peut encore me sourire; j'espère." - Un troisième dit à son tour : "De pénibles soucis m'assiègent en ce moment, mais j'espère que Dieu me viendra en aide." - "Quant à moi, reprend un quatrième, j'ai un ami gravement malade; à vues humaines, son état est désespéré; toutefois, j'espère qu'une crise favorable se déclarera enfin." C'est ainsi que, dans ce monde, chacun espère. Mais en enfer, on n'espère plus. Les damnés n'ont pas même l'espérance de mourir, l'espérance d'être anéantis. Ils sont irrévocablement, éternellement perdus. Sur chaque chaîne de l'enfer sont gravés ces mots : POUR TOUJOURS ! Le feu de l'enfer inscrit de toutes parts en caractères flamboyants ces mêmes mots : POUR TOUJOURS ! Les yeux des damnés sont comme brûlés par la vue de ce fatal arrêt qui renouvelle incessamment leur désespoir : POUR TOUJOURS ! Oh ! si je pouvais vous annoncer aujourd'hui que l'enfer serait un jour détruit, que ceux qui y sont détenus seraient finalement sauvés, il me semble que les régions infernales tout entières tressailliraient d'allégresse ! Mais non ! je ne le puis pas.. Je dois vous dire, au contraire, que les enfants du royaume seront jetés pour toujours dans les ténèbres du dehors. Mais j'ai hâte d'en finir, car quel est l'homme qui aurait le courage d'entretenir longtemps ses semblables sur de tels sujets ?... Cependant, il faut que je poursuive ma tâche jusqu'au bout. Que fait-on en enfer ? Mon texte nous l'apprend : Il y a des pleurs et des grincements de dents. On ne grince les dents, vous le savez, que lorsqu'on est en proie à une vive souffrance, ou sous l'impression d'une grande colère. Eh bien ! en enfer, il y a des grincements de dents perpétuels. Savez-vous pourquoi ? Un damné grince des dents contre un autre damné, et murmure: "C'est toi, misérable, qui m'as conduit ici ! C'est toi qui m'as entraîné dans la voie du vice !" Et l'autre lui répond, en grinçant des dents à son tour : "Qu'as-tu à me reprocher ? N'est-ce pas ton exemple qui par la suite m'incita à m'enfoncer toujours plus dans l'iniquité ?" Une fille grince des dents contre sa mère, en lui disant : "Tu m'as perdue corps et âme !" et la mère, grinçant des dents contre sa fille; répond : "Je n'ai point de pitié pour toi, car tu m'as surpassée en débauche." Des pères grincent des dents contre leurs fils, et des fils contre leurs pères. Et s'il y a des damnés qui grincent des dents avec plus d'amertume que tous les autres, il me semble que ce doit être les lâches séducteurs qui entendent la voix de celles qu'ils détournèrent jadis du sentier de la vertu, leur criant sans cesse avec une horrible ironie : "Ah combien nous sommes heureuses de vous voir souffrir autant que nous !... Mais en voilà assez. Détournons nos yeux de cet épouvantable spectacle. Qui voudrait le contempler plus longtemps ?... Je vous ai avertis solennellement, mes chers auditeurs. Je vous ai parlé de la colère à venir. Les ombres du soir s'avancent, la nuit approche, le matin de l'éternité va paraître. Il va paraître pour vous, vieillards, que j'aperçois au milieu de cette assemblée : dans quel état vous trouvera-t-il ? Vos cheveux blancs sont-ils pour vous une couronne d'honneur, ou bien avez-vous attiré sur eux le mépris et la risée de tous ? Etes-vous au seuil du ciel, ou bien votre pied chancelant tremble-t-il déjà au bord de l'abîme ? Pauvres vieillards, au front ridé, à la démarche vacillante, voulez-vous donc franchir le dernier pas qui vous sépare de la perdition ? Celui qui vous parle n'est, il est vrai, pour les années, que comme un enfant auprès de vous; toutefois, souffrez qu'en cet instant il vous arrête et vous supplie de réfléchir. Déjà, le bâton qui vous soutient ne rencontre plus de point d'appui; la terre cède sous vos pieds..... Oh ! avant qu'il ne soit trop tard, rentrez en vous-mêmes et considérez vos voies ! Que soixante-dix années passées dans le péché se dressent devant vous. Que les fantômes de vos transgressions sans nombre se rangent en bataille sous vos yeux. Que comptez-vous faire, je vous le demande, lorsque ces soixante-dix années perdues sans retour, ces soixante-dix années de rébellion contre Dieu, comparaîtront avec vous devant le tribunal suprême ? Oh ! vieillards, vieillards, que Dieu vous donne de vous repentir aujourd'hui même, et de placer votre confiance en Jésus ! Et vous, hommes de l'âge mûr, vous n'êtes pas en sûreté non plus. Pour vous aussi, les ombres du soir approchent à grands pas. D'un instant à l'autre, la mort peut vous frapper. Il y a quelques jours à peine, je fus mandé de grand matin auprès du lit d'un mourant : c'était un homme dans la force de l'âge, naguère encore plein de vigueur et de santé. Je me rendis en toute hâte à sa demeure; mais, lorsque j'entrai, je ne trouvai plus qu'un cadavre. Ce qui est arrivé à cet homme peut arriver à chacun de vous, mes amis. Vous n'avez aucune garantie, aucune donnée certaine touchant la durée de votre existence. Demain, vous pouvez mourir. Permettez-moi donc de vous parler au nom des compassions de Dieu. Permettez-moi de m'adresser à vous, comme un frère s'adresserait à ses frères. Je vous aime, vous le savez; c'est pourquoi je voudrais que mes paroles pénétrent dans votre coeur. Oh ! quelle bénédiction, quelle joie ineffable que d'être du nombre de ces plusieurs qui, pour l'amour de Christ, seront admis au royaume des cieux ! Eh bien ! cette joie, cette bénédiction, vous pouvez les obtenir; car Dieu a déclaré que quiconque l'invoquera sera sauvé. Il ne mettra dehors aucune âme qui s'approchera de lui par Christ. Un mot à vous aussi, jeunes gens et jeunes filles. Vous pensez, peut-être, que la piété ne vous concerne point. "Jouissons de la vie, dites-vous; soyons gais, soyons joyeux." Et jusques à quand, jeune homme, jusques à quand comptes-tu marcher comme ton coeur te mène ? "Jusqu'à vingt et un an", dira l'un -, "jusqu'à trente.", dira l'autre. Mais que sais-tu, mon frère, si tu atteindras jamais cet âge ? D'ailleurs, en admettant que tu y arrives, souviens-toi que, si aujourd'hui tu ne veux pas ouvrir ton coeur à la grâce de Dieu, tu le voudras bien moins alors. Le coeur humain, laissé à lui-même, ne se bonifie pas, tout au contraire. Il est semblable à un jardin; si vous souffrez qu'il reste inculte, et que vous permettiez aux mauvaises herbes de s'y multiplier, son état ira tous les jours en empirant. A entendre les hommes, on dirait, en vérité, qu'ils peuvent se repentir quand il leur plait. Ah ! la véritable repentance n'est pas une oeuvre si facile; c'est Dieu qui doit la produire en nous, et malheur à celui qui laisse passer le jour de sa visitation ! Au lieu donc de répéter avec une présomptueuse confiance : "Je me convertirai à telle ou telle époque", que le langage de votre coeur soit celui-ci : "Je veux aller à Dieu aujourd'hui même, et lui demander de faire son oeuvre en moi, de peur que je ne meure dans mon impénitence." Que vous dirai-je encore, mes chers auditeurs ? Je vous ai parlé du ciel et de l'enfer; désirez-vous sérieusement échapper à l'un et parvenir à l'autre ? Dans ce cas, écoutez cette simple parole, qui vous indique ce que vous avez à faire pour atteindre ce double but : Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. Mais il me semble entendre quelques-uns de vous m'interpeller en ces termes : "Prédicateur de l'Evangile, tu en reviens toujours aux mêmes doctrines. N'as-tu donc rien de nouveau à nous annoncer ? La foi, toujours la foi, c'est le refrain de tous tes discours." - Non, mes amis, non, je n'ai absolument rien à vous annoncer que le vieil Evangile, l'Evangile toujours le même, parce qu'il est toujours vrai, l'Evangile qui se résume tout entier dans cette seule déclaration : Celui qui croira sera sauvé. Or, qu'est-ce que croire ? C'est se confier entièrement en Jésus. Pierre croyait, Pierre se confiait en son divin Maître lorsqu'il lui fut donné d'aller à sa rencontre en marchant sur les flots; et si un moment il commença à enfoncer, c'est parce qu'à ce même moment sa foi commença à défaillir. Et de même que Jésus avait dit à Pierre : "Viens, marche sur la mer, n'aie point de peur", de même, il te dit, pauvre pécheur : "Viens à moi, marche sur tes péchés, ne crains rien." Aie donc foi à la parole de Christ, et tu seras rendu capable de fouler tes péchés aux pieds, tu les subjugueras, tu triompheras sur eux. Il me souvient du temps où, moi qui vous parle, je me rencontrai, pour la première fois, face à face avec mes iniquités. Je me crus le plus grand des pécheurs, le plus maudit des hommes. Je n'avais pas commis, il est vrai, ce que le monde appelle des fautes criantes; mais je me souvenais qu'ayant plus reçu que les autres, il me serait aussi plus redemandé. Mon salut me semblait presque une impossibilité; toutefois, je priais, je demandais grâce; mais mois après mois s'écoulait, sans que je reçoive de réponse à mes prières. Parfois, j'étais si las de ce monde que je souhaitais la mort; mais ensuite, je songeais au monde à venir, et je frémissais d'effroi. Tantôt mon méchant coeur me suggérait la pensée que Dieu devait être un tyran sans entrailles, puisqu'il ne répondait pas à mes cris, et tantôt, humilié dans le sentiment de mes démérites, je reconnaissais que, s'il m'envoyait en enfer, il ne serait que juste. J'étais dans cet état, lorsqu'un jour j'entrai dans un lieu de culte. Le prédicateur - (que je n'ai jamais revu depuis lors et que je ne reverrai probablement que dans le ciel) - ouvrit la Bible et lut ces paroles d'Esaïe : Vous tous des bouts de la terre, regardez vers moi et soyez sauvés. Puis, se tournant de mon côté, comme s'il m'eût distingué au milieu de la foule, il répéta par trois fois, d'une voix impressive, ce mot : Regardez, regardez, regardez ! Et moi, qui jusqu'alors m'étais persuadé que pour me sauver j'avais tant à faire, je découvris enfin qu'il ne s'agissait que de regarder ! Moi, qui avais cru que je devais me tisser laborieusement un vêtement pour cacher les souillures de mon âme, je compris que Christ, en échange d'un seul regard, me couvrirait d'un manteau royal ! Oui, regarder à Jésus, voilà, pécheur, ce qu'est le salut. Tu n'as, pour être sauvé, qu'à regarder à la croix, tout comme les Israélites dans le désert n'avaient qu'à élever leurs yeux vers le serpent d'airain pour être guéris de leurs blessures. Regarde donc à Jésus, mon frère. Jésus seul peut faire du bien aux pécheurs. Regarde à lui avec la simplicité d'un petit enfant. Ne crains point; il ne trompera pas ton attente. Tu ne saurais jamais te confier avec trop d'abandon en mon charitable Maître. Et maintenant, mes chers auditeurs, laissez-moi vous supplier en finissant, comme je l'ai déjà fait en commençant, de peser attentivement mes paroles. Demandez-vous quel est votre état spirituel, et puisse le Saint-Esprit vous révéler que vous êtes par nature morts, perdus, condamnés ! Puisse-t-il vous faire sentir combien c'est une chose terrible que de tomber en enfer, et vous donner la sainte ambition de parvenir à la gloire du ciel ! Et comme autrefois l'ange qui pressait Lot de s'enfuir de Sodome, puisse ce même Esprit vous presser, vous prendre par la main et vous dire de sa voix puissante : Hâte-toi ! sauve ta vie ! ne regarde pas en arrière, de peur que tu ne périsses ! Oui, hâtez-vous, hâtons-nous. Et Dieu veuille qu'au grand jour de l'éternité nous nous retrouvions tous dans la félicité des cieux !



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