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  • CHARLES SPURGEON

SOLENNEL AVERTISSEMENT À CEUX QUI FONT PROFESSION DE PIETÉ - PARTIE 1


Philippiens 3 : 18-19 Car il en est plusieurs qui marchent en ennemis de la croix de Christ, je vous en ai souvent parlé, et j'en parle maintenant encore en pleurant. Leur fin sera la perdition; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu'aux choses de la terre.

Mes chers auditeurs, Paul nous offre le modèle accompli d'un ministre chrétien. Pasteur vigilant, il se préoccupait sans cesse du troupeau confié à ses soins. Il ne se bornait pas à prêcher l'Evangile, et ne croyait pas avoir rempli tout son devoir en annonçant le salut; mais ses yeux étaient toujours ouverts sur les Eglises qu'il avait fondées, suivant avec un intérêt jaloux ou leurs progrès ou leur déclin dans la foi. Lorsqu'il dut aller proclamer ailleurs l'Evangile éternel, il ne cessa point de veiller au bien-être spirituel de ces brillantes colonies chrétiennes de la Grèce et de l'Asie-Mineure, qu'il avait semées au milieu des ténèbres du paganisme, et tandis qu'il allumait de nouvelles lampes au flambeau de la vérité, il n'avait garde de négliger celles qui brûlaient déjà. C'est ainsi que dans notre texte il donne à la petite Eglise de Philippes une preuve de sa sollicitude, en lui adressant des conseils et des avertissements. Et l'Apôtre n'était pas moins fidèle que vigilant. Lorsqu'il voyait du péché dans les Eglises, il n'hésitait pas à le leur signaler. Il ne ressemblait point au plus grand nombre de nos modernes prédicateurs, qui se vantent de n'avoir jamais été personnels ou blessants, et qui mettent ainsi leur gloire dans ce qui est leur confusion; car eussent-ils été fidèles, eussent-ils exposé sans ménagements tout le conseil de Dieu, ils auraient infailliblement, une fois ou l'autre, blessé la conscience de leurs auditeurs. Paul agissait tout différemment : il ne craignait pas d'attaquer de front les pécheurs, et non seulement il avait le courage de déclarer la vérité, mais il savait au besoin insister sur cette vérité : "Je vous l'ai dit souvent, et je vous le dis maintenant encore, que plusieurs parmi vous sont ennemis de la croix de Christ." Mais, si, d'une part, l'Apôtre était fidèle, de l'autre, il était plein de tendresse. Il aimait véritablement, comme tout ministre de Christ devrait le faire, il aimait véritablement les âmes dont il avait la charge. S'il ne pouvait souffrir qu'aucun membre des Eglises placées sous sa direction s'écartât de la vérité, il ne pouvait non plus les reprendre sans verser des larmes. Il ne savait pas brandir la foudre d'un oeil sec, ni dénoncer les jugements de Dieu d'un ton froid et indifférent. Des pleurs jaillissaient de ses yeux, tandis que sa bouche prononçait les plus terribles menaces, et, quand il censurait, son coeur battait si fort de compassion et d'amour, que ceux-là même auxquels il s'adressait ne pouvaient douter de l'affection qui lui dictait ses censures : "Je vous l'ai dit souvent, et je vous le dis maintenant encore en pleurant." Mes bien-aimés, l'avertissement solennel que Paul adressait autrefois aux Philippiens dans des paroles de mon texte, je viens vous le faire entendre aujourd'hui à vous-mêmes. Et cet avertissement, je le crains, est non moins nécessaire de nos jours que du temps de l'Apôtre, car de nos jours comme alors, il y en a plusieurs dans les Eglises dont la conduite témoigne hautement qu'ils sont ennemis de la croix de Christ. Que dis-je ? Le mal, bien loin de diminuer, me semble gagner chaque jour du terrain. Il y a, dans notre siècle, un plus grand nombre de personnes qui font profession de piété que dans celui de Paul, mais il y a aussi plus d'hypocrites. Nos Eglises, je le dis à leur honte, tolèrent dans leur sein des membres qui n'ont aucun droit à ce titre, des membres qui seraient fort bien placés dans une salle de festin ou dans tout autre lieu de dissipation et de folie, mais qui jamais ne devraient tremper leurs lèvres dans la coupe sacramentelle ou manger le pain mystique, emblème des souffrances de notre Seigneur. Oui, en vain chercherait-on à se le dissimuler, il en est plusieurs parmi nous - (et si tu revenais, à la vie, ô Paul ! combien ne te sentirais-tu pas pressé de nous le dire, et quelles larmes amères ne verserais-tu pas en nous le disant !...) - il en est plusieurs parmi nous qui sont ennemis de la croix de Christ, et cela parce qu'ils ont leur ventre pour Dieu, qu'ils attachent leurs affections aux choses de la terre, et que leur conduite est en complet désaccord avec la sainte loi de Dieu. Je me propose, mes frères, de rechercher avec vous la cause de la douleur extraordinaire de l'Apôtre. Je dis : douleur extraordinaire, car l'homme, que mon texte nous représente comme versant des larmes, n'était pas, vous le savez, un de ces esprits faibles, d'une sensibilité maladive et toujours prêts à s'émouvoir. Je ne lis nulle part dans l'Ecriture que l'Apôtre pleura sous le coup de la persécution. Lorsque, selon l'expression du Psalmiste, l'on traçait des sillons sur son dos, lorsque les soldats romains le lacéraient de leurs verges, je ne sache pas qu'une seule larme se soit échappée de ses yeux. Etait-il jeté en prison ? Il chantait et ne gémissait pas. Mais, si jamais Paul ne pleura par suite des souffrances auxquelles il s'exposait pour l'amour de Christ, il pleura, nous le voyons, en écrivant aux Philippiens. La cause de ses larmes était triple : il pleurait, d'abord, à cause DU PÉCHÉ de certains membres de l'Eglise ; en second lieu, à Cause DES FACHEUX EFFETS DE LEUR CONDUITE, et enfin, à cause du SORT qui les attendait. Chapitre 1 D'abord, avons-nous dit, Paul pleurait à cause du PÉCHÉ de ces formalistes qui, bien que faisant extérieurement partie d'une Eglise chrétienne, ne marchaient pas de droit pied devant Dieu, et devant les hommes. Et remarquez l'accusation qu'il porte contre eux : Ils ont leur ventre pour Dieu, écrit-il. Leur sensualité : tel est donc le premier péché que leur reproche l'Apôtre. Il y avait, en effet, dans l'Eglise primitive, des gens qui, après s'être assis à la table du Seigneur, allaient participer aux banquets des païens, et là se livraient sans contrainte aux excès du manger et du boire. D'autres, s'abandonnant aux abominables convoitises de la chair, se plongeaient dans ces plaisirs (faussement ainsi nommés), qui non seulement perdent l'âme, mais infligent au corps lui-même son juste châtiment. D'autres encore, sans tomber dans d'aussi honteux débordements, se préoccupaient beaucoup plus de la parure du dehors que de celle du dedans, de la nourriture de l'homme extérieur que de la vie de l'homme intérieur, en sorte que tout autant que les précédents, quoique d'une autre manière, ils se faisaient un Dieu de leur ventre. - Eh bien mes chers auditeurs, je vous le demande, ce grave reproche de l'Apôtre nous est-il moins applicable qu'à l'Eglise de Philippes ? Nous serait-il impossible de trouver, parmi les membres de nos troupeaux, des personnes qui déifient en quelque sorte leur propre chair, qui se rendent à elles-mêmes un culte idolâtre, qui s'inclinent devant la partie la plus grossière, la plus matérielle de leur être ? N'est-il pas notoire, n'est-il pas incontestable, au contraire, qu'il est des hommes faisant profession de piété, qui caressent leur chair, qui flattent leurs appétits sensuels tout autant que des mondains déclarés pourraient le faire ? N'y en a-t-il pas qui sont amateurs des plaisirs de la table, qui se délectent dans le bien-être, dans le luxe, dans les voluptés de la vie présente ? N'y en a-t-il pas qui dépensent sans scrupule toute une fortune pour l'ornement de leur corps périssable, sans songer qu'en se parant ainsi eux-mêmes ils déparent la cause du Sauveur qu'ils prétendent servir ? N'y en a-t-il pas dont l'affaire de tous les instants consiste à rechercher leurs aises, et dont la chair et le sang n'ont jamais eu lieu de se plaindre, car non seulement ils en sont les esclaves, mais encore ils en font leur Dieu ?... Ah ! mes frères, il y a de grandes taches dans l'Eglise, il y a de grands scandales. Des brebis tarées se sont introduites dans le troupeau. De faux frères se glissent parmi nous, comme des serpents sous l'herbe, et le plus souvent on ne les découvre que lorsqu'ils ont infligé une douloureuse blessure à la religion, et occasionné un sérieux dommage à la glorieuse cause de notre Maître. Je le répète avec une profonde tristesse, mais avec une pleine conviction, il y en a plusieurs dans nos Eglises - (et je parle également des Eglises dissidentes et de l'Eglise établie) ( M. Spurgeon lui-même appartient à une Eglise dissidente.) - auxquels ne s'appliquent que trop bien ces sévères paroles de l'Apôtre : Ils ont leur ventre pour Dieu.


Chapitre 2

Un second reproche que Paul adressait aux prétendus chrétiens de Philippes était qu'ils attachaient leurs affections aux choses de la terre. Mes bien-aimés, il se peut que l'accusation précédente n'ait pas atteint vos consciences; mais, en présence de celle-ci, il me semble bien difficile que vous puissiez trouver une échappatoire. Il y a plus : j'affirme que le mal signalé ici par l'Apôtre a envahi de nos jours la majeure partie de l'Église de Christ. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir les yeux à l'évidence. Ainsi, par exemple, c'est une anomalie, mais c'est un fait qu'il existe aujourd'hui des chrétiens ambitieux. Le Sauveur a déclaré, il est vrai, que celui qui veut être élevé doit s'abaisser lui-même; aussi, pensait-on autrefois que le chrétien était un homme simple, modeste, s'accommodant aux choses basses; mais dans notre siècle il n'en est plus ainsi. Parmi les prétendus disciples de l'humble Galiléen, il est, au contraire, des gens qui aspirent à parvenir au premier échelon des grandeurs humaines, et dont l'unique pensée est, non de glorifier Christ, mais de se glorifier eux-mêmes à tout prix. - C'est ainsi encore..... (honte à vous, ô Eglises !) que nous comptons dans nos rangs des personnes qui, tout en ayant certaines apparences de piété, ne sont pas moins mondaines que les plus mondains, et qui ne savent pas plus ce qu'est l'Esprit de Christ que les plus charnels des gens du dehors. - C'est ainsi également qu'il y a des chrétiens avares. Sans doute, c'est encore un paradoxe : autant vaudrait-il parler, à ce qu'il semble, de la souillure des séraphins ou de l'imperfection de la perfection que de l'avarice d'un disciple de Jésus ; et pourtant (j'en appelle à chacun de ceux qui m'entendent), ne rencontre-t-on pas tous les jours des soi-disant chrétiens dont les cordons de la bourse ne se délient que difficilement au cri du pauvre, qui décorent leur amour de l'argent du nom de prudence, et qui, au lieu de faire servir leurs biens à l'avancement du règne de Christ, ne pensent qu'à thésauriser ! Je vais plus loin, et je dis que si l'on veut trouver des hommes inflexibles en affaires, avides de s'enrichir, durs envers leurs créanciers, des hommes rapaces, sordides, déloyaux, qui, à l'exemple des Pharisiens d'autrefois, ne se font pas scrupule de dévorer les maisons des veuves, je dis que si l'on veut trouver de tels hommes, c'est souvent au sein de nos Eglises qu'il faut aller les chercher. Mes frères, cet aveu, je rougis de le faire, mais je le dois, car c'est la vérité. Oui, parmi les membres les plus considérés de nos troupeaux, parmi ceux-là même qui occupent des charges ecclésiastiques au milieu de nous, vous en trouverez qui attachent leurs affections aux choses de la terre, et qui ne possèdent absolument rien de cette vie cachée avec Christ en Dieu, sans laquelle il n'existe point de vraie piété. Ai-je besoin de l'ajouter ? Ces grands maux ne sont pas les fruits d'une saine religion, mais bien ceux d'un vain formalisme. Dieu en soit béni, le résidu des élus est préservé de ces funestes tendances, mais la masse des chrétiens de nom, qui envahit nos Eglises, en est atteinte d'une manière déplorable. Un dernier trait par 'lequel l'Apôtre caractérise les faux frères de Philippes est celui-ci : Ils mettent leur gloire dans ce qui est leur confusion. C'est bien là, en effet, une disposition naturelle au formaliste. Il tire vanité de ses péchés mêmes ; bien plus : il les appelle des vertus. Son hypocrisie est de la droiture; son faux zèle, de la ferveur. Les subtils poisons de Satan, il les revêt de l'étiquette des salutaires remèdes de Christ. Ce qu'il nommerait vice chez les autres, il le nomme qualité chez lui-même. S'il voyait son prochain commettre la même action qu'il vient d'accomplir tout à l'heure, si la vie de celui-ci offrait l'image parfaite de la sienne propre, oh ! comme il tonnerait contre lui ! Son empressement à s'acquitter des devoirs extérieurs de la religion est exemplaire ; il est le plus strict des sabbatistes, le plus scrupuleux des Pharisiens, le plus austère des dévots. S'agit-il de relever la moindre faiblesse dans la conduite d'autrui, nul ne le dépasse en habileté; et tandis qu'il caresse tout à son aise son péché favori, il ne regarde les fautes de ses frères qu'à travers un verre grossissant. Quant à sa conduite à lui, elle n'est du ressort de personne. Il peut pécher avec impunité; et si son pasteur se hasardait à lui adresser quelques observations, il s'indignerait et crierait à la calomnie. Les remontrances pas plus que les avertissements ne l'atteignent. N'est-il pas un membre de l'Eglise ? N'en accomplit-il pas exactement les rites et les ordonnances ? Qui oserait mettre en doute sa piété ? - Oh ! mes frères, mes frères, ne vous faites point illusion ! Beaucoup de prétendus membres de l'Eglise seront un jour membres de l'enfer. Beaucoup d'hommes admis dans l'une ou l'autre de nos communions chrétiennes, qui ont reçu les eaux du baptême, qui s'approchent de nos tables sacrées, qui peut-être même ont la réputation d'être vivants, n'en sont pas moins, sous le rapport spirituel, aussi morts que des cadavres dans leurs sépulcres. Il est si facile aujourd'hui de se faire passer pour un enfant de Dieu ! En fait de renoncement, d'amour pour Christ, de mortification de la chair, on est peu exigeant. Apprenez seulement quelques cantiques, débitez quelques banalités pieuses, quelques phrases de convention, et vous en imposerez aux élus mêmes. Attachez-vous à une Eglise quelconque; conduisez-vous extérieurement de telle sorte qu'on puisse vous dire respectable, et si vous ne parvenez pas à tromper les plus clairvoyants, du moins vous aurez une réputation de piété assez bien établie pour vous permettre de marcher, le coeur léger et la conscience à l'aise, dans le chemin de la perdition... Je le sais, mes bien-aimés, je dis des choses dures, mais ce sont des choses vraies, c'est pourquoi je ne puis les taire. Mon sang bouillonne quelquefois dans mes veines, lorsque je rencontre des hommes dont la conduite me fait honte, à côté desquels j'oserais à peine m'asseoir, et qui pourtant me traitent avec assurance de « Frère ». Quoi ? ils vivent dans le péché, et ils nomment un chrétien leur frère ! Je prie Dieu de leur pardonner leur égarement; mais je le déclare, je ne puis en aucune façon fraterniser avec eux; je ne le veux même pas, jusqu'à ce qu'ils se conduisent d'une manière digne de leur vocation. Assurément, tout homme qui se fait un Dieu de son ventre, et qui met sa gloire dans ce qui est sa confusion, est bien coupable; mais, lorsque cet homme se drape du manteau de la religion, lorsqu'il connaît la vérité, qu'il l'enseigne même au besoin, qu'il fait ouvertement profession d'être un serviteur de Christ, combien n'est-il pas plus coupable encore ! Concevez-vous, mes frères, un crime plus épouvantable que celui de l'audacieux hypocrite qui, mentant à Dieu et à sa conscience, déclare solennellement qu'il appartient au Seigneur et que le Seigneur lui appartient, puis qui s'en va vivre comme vit le monde, marche suivant le train du présent siècle, commet les mêmes injustices, poursuit les mêmes buts, use des mêmes moyens que ceux qui ne se sont jamais réclamés du nom de Christ ?..... Ah! s'il y avait dans cette assemblée quelqu'un qui dut s'avouer que ce péché est le sien, qu'il pleure, oui, qu'il pleure des larmes de sang, car l'énormité de son forfait est plus grande qu'on ne saurait dire ! Chapitre 3 Mais il est temps que nous passions à la troisième cause de la profonde douleur que Paul éprouvait en écrivant notre texte. Cette cause, nous vous l'avons déjà dit, était LE SORT réservé aux faux frères de Philippes; c'est ce que nous apprennent ces mots : Leur fin est la perdition. Entendez-vous, mes frères ! La fin des formalistes sera la perdition, - et j'ose ajouter, la pire des perditions. Oui, s'il y a en enfer des chaînes plus lourdes que les autres, s'il y a des prisons plus sombres, des flammes plus brûlantes, des angoisses plus cruelles, des tourments plus intolérables, assurément ils seront le partage de ceux dont la profession de piété n'a été qu'un indigne mensonge ! En vérité, pour ma part, je préférerais mourir pécheur scandaleux que chrétien hypocrite. Oh ! quel réveil que celui d'une âme qui, après avoir eu le bruit de vivre dans ce monde, est jetée avec les menteurs dans l'autre; qui, après s'être élevée jusqu'aux cieux d'ici-bas, se voit abaissée jusqu'en enfer dans l'éternité !... Et plus le formaliste a réussi à se séduire lui-même, plus terrible sera son désillusionnement. Il avait pensé porter à ses lèvres la coupe pleine de délices du paradis, et au lieu de cela, il se voit condamné à boire jusqu'à la lie l'amer breuvage de l'enfer ! Il comptait entrer sans difficulté par les portes de la nouvelle Jérusalem, et voilà qu'il les trouve fermées ! Il s'imaginait que, pour être admis dans la salle des noces, il lui suffirait de crier : Seigneur, Seigneur, et voilà qu'il entend prononcer contre lui, non pas simplement la malédiction générale adressée à la masse des pécheurs, mais cette sentence, mille fois plus terrible et plus amère, parce qu'elle est plus directe et plus personnelle . « Retirez-vous de moi, je ne vous ai jamais connu ! Quoique vous ayez mangé et bu en ma présence, quoique vous soyez entré dans mon sanctuaire, vous êtes un étranger pour moi et je le suis pour vous ! » Mes frères, un tel sort, plus lugubre que le sépulcre, plus horrible que l'enfer, plus désespérant que le désespoir, un tel sort deviendra inévitablement le partage de ces prétendus chrétiens qui ont leur ventre pour Dieu, qui mettent leur gloire dans ce qui est leur confusion, et qui placent leurs affections dans les choses de la terre. Et maintenant, permettez-moi, avant de finir, de répondre à diverses pensées que peut vous avoir suggérées ce que vous venez d'entendre. Si je ne me trompe, quelques-uns d'entre vous se disent en ce moment même : « Voilà, certes, un prédicateur qui n'épargne pas les Églises, et il a raison. Il leur a fait entendre de dures vérités. Quant à moi, je partage complètement son avis : ces gens qui font profession de piété, qui se donnent des airs de saints, sont tous des hypocrites et des imposteurs. Je l'ai toujours cru, il n'y en a pas un de sincère. » Arrêtez, mon ami. A Dieu ne plaise que j'aie dit rien de semblable à ce que vous avancez là ! je serais bien coupable si je l'avais fait. Il y a plus : je soutiens que le fait seul qu'il existe des hypocrites est une preuve irrécusable qu'il existe aussi des chrétiens sincères. « Comment cela ? » me répondez-vous. Eh ! c'est bien simple, mon cher auditeur. Croyez-vous qu'il y aurait de faux billets de banque dans le monde, s'il n'y en avait pas de bons ? Croyez-vous qu'on chercherait à mettre de la fausse monnaie en circulation, s'il n'y en avait de bon aloi ? Evidemment non. La contrefaçon présuppose nécessairement l'existence de la chose contrefaite. Si donc il n'existait pas de vraie piété, il n'y en aurait pas non plus de fausse. Et, de même que c'est la valeur du billet de banque qui engage le faussaire à le reproduire, de même c'est l'excellence du caractère chrétien qui donne l'idée à certaines gens de l'imiter. N'ayant pas la réalité, ils veulent du moins avoir l'apparence; n'étant pas de l'or pur, ils se plaquent de façon à en avoir l'air. Je le répète, et le plus simple bon sens suffit à nous le faire comprendre : puisqu'il y a de faux chrétiens, il doit nécessairement y en avoir de véritables. « Bien dit ! » pense peut-être un autre de mes auditeurs; « oui, grâces à Dieu, il existe de sincères, de véritables chrétiens, et j'ai le bonheur d'être du nombre. Jamais je n'ai eu ni doute ni crainte à cet égard; je sais que je suis un élu de Dieu, et quoique, il est vrai, je ne me conduise pas toujours comme je pourrais le désirer, j'ose dire que si je ne vais pas au ciel, peu de personnes iront. Ainsi, prédicateur de l'Evangile, à d'autres tes avertissements ! Depuis plus de vingt ans je suis membre de l'Église; depuis plus de dix j'ai l'honneur de siéger au conseil des anciens; je jouis de la considération de mes frères : rien ne saurait ébranler ma confiance. Quant à mon voisin que voilà, c'est autre chose. Je crois qu'il fera bien de s'assurer de la réalité de sa conversion; mais, encore une fois, pour ce qui me concerne, tout est bien, je suis parfaitement tranquille. » Ah ! mon cher auditeur, me pardonnerez-vous si je vous dis que votre excès d'assurance m'inspire les plus graves inquiétudes ? Si vous n'avez jamais eu de craintes sur la valeur de votre piété, je commence à en avoir; si vous ne doutez pas quelquefois de vous-même, je ne puis que trembler; car vous le dirai-je ? j'ai observé que tous les enfants de Dieu sont d'une extrême méfiance à leur propre égard, et qu'ils craignent plus que qui que ce soit de se faire illusion. Jamais encore je n'ai rencontré un vrai croyant qui fût content de son état spirituel. Puisque vous vous déclarez si particulièrement satisfait du vôtre, excusez-moi, mais je ne puis en vérité apposer ma signature au certificat de piété que vous vous délivrez à vous-même. Il se peut que vous soyez très bon; toutefois, souffrez que je vous conseille de vous examiner pour voir si vous êtes dans la foi, de peur qu'étant enflé dans votre sens charnel, vous ne tombiez dans les pièges du malin. JAMAIS TROP sûr est une devise qui convient parfaitement au chrétien. Etudiez-vous, tant qu'il vous plaira, à affermir votre vocation et votre élection; mais, de grâce, n'ayez jamais une trop haute opinion de vous-même, gardez-vous de la présomption. Combien d'hommes excellents à leurs propres yeux, qui sont des démons aux yeux de Dieu ! Combien d'âmes très pieuses dans l'opinion de l'Église, qui ne sont que souillure devant le Saint des saints! Que chacun de nous s'éprouve donc soi-même, et disons avec le Psalmiste :

Psaumes 134 : 34

Mes bien-aimés, si les avertissements que vous venez d'entendre avaient pour résultat de faire naître en vous de telles pensées, de vous inspirer une semblable prière, je bénirais Dieu du fond de mon âme de m'avoir permis de vous les adresser. Enfin, il y a sûrement ici quelques-uns de ces esprits légers et insouciants auxquels il importe peu, disent-ils, d'appartenir ou non à Christ. Ils comptent vivre comme par le passé dans l'oubli de Dieu, méprisant ses menaces et se moquant de son nom. Insensés et aveugles ! Un jour viendra, sachez-le, où votre rire sera changé en pleurs, où vous sentirez le besoin de cette religion que vous dédaignez aujourd'hui ! A bord du vaisseau de la vie, naviguant sur une mer paisible, vous vous moquez à présent de la chaloupe de sauvetage; mais attendez que la tempête gronde, et vous voudrez vous y précipiter à tout prix. Maintenant vous ne faites aucun cas du Sauveur, parce qu'il vous semble que vous n'avez nul besoin de lui; mais, lorsque la mort se saisira de vous, lorsque viendra l'orage de la colère divine, - (retenez bien ceci, ô pécheurs !) - vous qui maintenant ne voulez pas prier Christ, vous hurlerez après lui ! vous qui maintenant refusez de l'appeler, vous le poursuivrez alors par vos cris de désespoir ! votre coeur, qui maintenant n'éprouve aucun désir de le posséder, se pâmera après lui dans une inexprimable angoisse! Retournez, retournez ! convertissez-vous; et pourquoi mourriez-vous, ô maison d'Israël. O veuille le Seigneur vous amener à lui, et faire de vous ses sincères, ses véritables enfants, en sorte que votre fin ne soit pas la perdition, mais que vous soyez sauvés dès à présent, et sauvés pour l'éternité !


Charles Spurgeon



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