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CE QUE L'ON DOIT HAÏR



Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal

Ps 97:10




La religion chrétienne est une chaîne d’or qui enlace le cœur de l’homme et le rend inaccessible à la haine. L’esprit de Christ est un esprit d’amour. Partout où Christ règne, là règne aussi l’amour. Il n’est permis au chrétien de ne haïr personne. « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous persécutent. » Tel est le langage du Maître. À moins qu’il ne soit pris dans un sens unique, dans le sens que lui donnent les paroles de mon texte, le mot haïr doit être rayé du vocabulaire chrétien. Tu n’as pas le droit, ô disciple de Christ, de tolérer dans ton sein aucun sentiment d’inimitié, de rancune, de malice, d’aigreur ou de malveillance envers aucune créature que la main de Dieu a formée. Tout en haïssant les péchés d’un homme, souviens-toi que tu ne dois point le haïr lui-même ; mais que comme Christ a aimé les pécheurs, ainsi tu dois les aimer. Tout en détestant les fausses doctrines, souviens-toi que tu dois aimer celui qui les professe ; bien plus, tu es tenu de haïr l’hérésie par amour pour l’âme de l’hérétique, et avec l’ardent désir qu’il revienne de son égarement. Non, tu n’as le droit de haïr personne, pas même les êtres les plus dégradés et les plus avilis, pas même ceux qui irritent ton humeur, nuisent à ta fortune ou portent atteinte à ta réputation.


Et pourtant la haine, on ne saurait le nier, est une puissance de l’âme humaine ; or, pour ma part, je crois fermement que toutes les puissances de nos âmes nous ont été données par le Créateur, afin que nous les exercions, et qu’il n’en est aucune dont nous ne puissions faire un légitime usage. Il est possible de se mettre en colère, et cependant de ne point pécher (#Ep 4:26) ; il est possible également d’éprouver de la haine, non seulement sans offenser Dieu, mais en accomplissant un devoir positif. Oui, tu peux haïr, ô chrétien, à condition que ta haine se concentre sur un seul objet ; alors, bien loin d’être répréhensible, elle sera, au contraire, digne de louange : vous qui aimez l’Éternel, haïssez LE MAL. Autant le vindicatif hait son ennemi, autant tu peux haïr la corruption de ton cœur. Autant de cruels despotes en guerre l’un contre l’autre se haïssent mutuellement, autant tu peux abhorrer tes ennemis spirituels. Autant l’enfer hait le ciel, et le ciel, l’enfer, autant il t’est permis de détester le mal. Cette passion de la haine, qui, dans son état de nature, ressemble à un lion furieux altéré de sang, tu dois la dompter et t’en rendre maître, jusqu’à ce qu’elle devienne à l’égard de tes semblables, comme un noble lion qui a perdu ses instincts féroces ; mais tu peux et tu dois la laisser assouvir toute sa fureur sur le grand ennemi de l’Éternel ton Dieu, c’est-à-dire, sur le péché. Montrez-moi un homme qui ne se mette jamais en colère : cet homme, je vous l’affirme, n’est point animé d’un zèle véritable pour le Seigneur. Il est bon que nous soyons parfois en colère contre le péché. Quand nous nous trouvons en présence du vice, nous devons être irrités contre lui, quoique pleins de charité envers ceux qui le commettent. L’iniquité, sous toutes ses formes, doit toujours nous être odieuse. David ne s’écrie-t-il point, après avoir énuméré les crimes qu’il voyait autour de lui : « Je les ai haïs d’une parfaite haine ; je les tiens pour mes ennemis » (Ps 139:22) ? Nous devons aimer nos propres ennemis, mais haïr les ennemis de Dieu ; aimer l’âme pécheresse, mais haïr son péché. Autant qu’il est en la puissance de l’homme de haïr, ainsi devons-nous haïr le mal, quel qu’il soit et sous quelque aspect qu’il se présente à nous.


Ceci nous amène à observer le caractère absolu de mon texte. Il s’adresse à tous les enfants de Dieu, et il embrasse, non tels ou tels péchés particuliers, mais le mal dans son ensemble. On a dit, vous le savez, de certains prétendus dévots « qu’ils rachetaient leurs propres faiblesses en condamnant sans miséricorde celles du prochain ». Cela est vrai pour beaucoup de gens. Plus d’un de mes auditeurs, je n’en doute pas, considère les autres comme très coupables, parce qu’ils commettent des péchés que lui-même ne se soucie pas de commettre, tandis qu’il se montre plein d’indulgence à l’endroit de ses propres défauts.


Ô chrétien, souviens-toi que nul mauvais penchant, nulle habitude coupable ne doit trouver grâce devant tes yeux. Ne tends jamais au mal une main bienveillante ; ne le touche qu’avec un gantelet d’acier. Ne parle jamais de lui avec ménagement, mais hais-le partout et toujours. S’il vient à toi comme un petit renard, tiens-toi sur tes gardes, autrement il gâtera tes raisins. S’il fond sur toi comme un lion rugissant, cherchant à te dévorer, ou s’il avance traîtreusement comme l’ours, feignant de vouloir t’embrasser, frappe-le, car son attouchement est la mort, et son étreinte la destruction. Tu dois combattre indistinctement tout péché de langue, de main ou de cœur. Qu’il soit doré par l’intérêt et le gain, ou voilé sous un semblant de moralité ; qu’il soit adulé par les grands ou encensé par la foule, le mal doit toujours être de ta part l’objet d’une haine implacable, d’une haine de tous les instants et de tous les lieux. Oui, guerre à outrance, guerre à mort contre le péché ! À toutes tes légions, ô enfer ! À tous tes rejetons, ô Satan ! Nous devons jurer une inimitié éternelle ! Pas une seule convoitise ne doit être épargnée, mais contre le mal tout entier, nous devons poursuivre une guerre sans relâche, une guerre d’extermination. Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal !


En essayant de traiter ce sujet, mes chers auditeurs, je me propose de diviser mes exhortations en deux parties. Premièrement, je vous dirai : HAÏSSEZ LE MAL EN VOUS-MÊMES ; et en second lieu : HAÏSSEZ LE MAL CHEZ AUTRUI.



Et d’abord, occupons-nous de ce qui nous touche de plus près. Chrétien, ai-je dit, TU DOIS HAÏR LE MAL EN TOI-MÊME.


Et en vérité, tu as de bonnes raisons pour le haïr, — des raisons bien autrement puissantes que celles dont jamais opprimé n’a pu se servir pour excuser sa haine contre son oppresseur. Considère quel immense préjudice le péché t’a déjà causé. Oh ! Quel monde de misères n’a-t-il pas créé dans ton cœur ! C’est le péché qui avait plâtré tes yeux, en sorte que tu ne pouvais voir la beauté de ton Sauveur ; c’est lui qui avait bouché tes oreilles, en sorte que tu ne pouvais entendre les douces invitations de Jésus.


C’est le péché qui a guidé tes pas dans le sentier du mal et qui a rempli tes mains de souillures ; c’est lui qui a empoisonné la source même de ta vie, qui a vicié ton cœur, et l’a rendu rusé et désespérément malin par-dessus toutes choses. Ô croyant, songe à ce que tu étais, alors que le péché régnait sur toi et que la grâce de Dieu ne t’avait pas encore renouvelé. Tu étais un enfant de colère comme les autres ; tu courais avec la multitude pour mal faire ; ta bouche était un sépulcre ouvert, tu flattais de ta langue, et tout ce qu’on peut dire aujourd’hui de tes semblables qui vivent loin de Dieu, s’appliquait autrefois à toi. Chrétiens, mes frères en la foi, j’en appelle à votre expérience : n’est-il pas vrai que vous ne différiez en rien du reste des hommes ? Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés, au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu (1Co 6:11). Oh ! Que de sujets n’avez-vous pas de haïr le mal, pour peu, que vous regardiez au rocher duquel vous avez été taillés et au creux de la carrière dont vous avez été tirés ! (Esa 51:1). Si grands étaient les ravages que le péché avait faits dans vos âmes, que ces âmes eussent été éternellement perdues si un tout-puissant amour n’était intervenu pour les racheter. Enfants de Dieu, haïssez donc le mal. Il a été votre meurtrier ; il a plongé le poignard dans votre cœur ; il a mis du poison dans votre bouche ; il a tout fait pour vous précipiter en enfer ; il vous a causé un tel dommage, qu’une ruine éternelle en eût été l’inévitable conséquence sans la grâce du Seigneur Jésus. Voilà une première raison qui doit vous porter à haïr le mal.


Vous devez encore le haïr, ô disciples de Christ, vu le rang élevé que vous occupez dans le monde. Dans les veines d’un chrétien coule le sang royal de l’univers. Que les fils de mendiants errent çà et là, déguenillés et les cheveux en désordre, à la bonne heure ; mais convient-il à des princes du sang de courir les rues comme de jeunes vagabonds ? Ne serait-ce pas, je le demande, un spectacle de la plus haute inconvenance que de voir les enfants d’un monarque vêtus de haillons et se vautrant dans la boue ? Et toi, chrétien, tu fais partie de l’aristocratie du ciel ; tu es un prince de sang royal, ami des anges que dis-je ? Ami de Dieu lui-même ! Par respect pour ta haute position, aie donc le mal en horreur. Souviens-toi que noblesse oblige, tu es un nazaréen consacré à Dieu, mis à part pour son service. Or, tu sais que la loi de Moïse défendait au nazaréen, sous peine d’être tenu pour souillé, non seulement de boire aucune liqueur faite avec du raisin, mais même de goûter à rien de tout ce que la vigne rapporte, depuis les pépins jusqu’à l’écorce (voir #No 6). Ainsi dois-tu agir à l’égard du péché.


Tu es le nazaréen du Seigneur : c’est pourquoi, balaie soigneusement le chemin de tes pieds. Évite jusqu’à l’apparence du mal. Détourne-toi de tout sentier oblique : ce serait déroger à ta propre dignité que de marcher comme le commun des hommes. Tu n’es pas tel que les autres ; tu es de plus noble race. Ta généalogie remonte en ligne directe au Fils de Dieu, car celui-là même qui est le Prince de paix est ton Père de toute éternité. Je t’en conjure, ne déshonore donc pas le nom illustre que tu portes, et conduis-toi d’une manière digne de ta royale filiation. Tu fais partie de la race élue, du peuple acquis, de la nation sainte : comment pourrais-tu donc souiller tes vêtements dans la fange de ce monde ? Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal !


Un autre motif qui doit porter le croyant à haïr le péché, c’est que le péché l’affaiblit. En voulez-vous des preuves ? Allez, quand vous avez commis quelque acte de désobéissance envers Dieu, allez dans votre cabinet, et mettez-vous à genoux. Avant d’avoir péché, votre prière s’élevait, joyeuse et facile, vers le Seigneur, et les bénédictions que vous lui demandiez descendaient sur vous, rapides comme l’éclair. Mais maintenant vos genoux sont relâchés et vos mains sont languissantes ; votre cœur est impuissant à désirer et votre langue se refuse à exprimer les faibles désirs que vous essayez de former. Vous cherchez la face de Dieu, mais en vain ; vous gémissez, mais le ciel semble fermé à votre cri ; vous pleurez, mais vous sentez que vos larmes ne tombent point sur le sein de Dieu. Vous portez vos besoins devant le Trône de Grâce, mais, hélas, vous les remportez avec vous. Au lieu d’être pour vous le plus excellent, le plus doux des privilèges, la prière devient un pénible devoir. Tel est le résultat du péché. De deux choses l’une : ou le péché vous fera abandonner la prière, ou la prière vous fera abandonner le péché. Jamais, non jamais, ô croyant, tu ne pourras être à la fois vaillant dans la prière et vaillant dans le péché. Aussi longtemps que tu caresseras un mauvais penchant, un interdit, une convoitise quelconque, la puissance de la prière te sera ôtée, et quand tu chercheras à t’approcher de Dieu, tes lèvres seront fermées. — Il en est de même pour l’activité extérieure. Après que tu as volontairement offensé ton Père céleste, va au milieu du monde et essaie de faire du bien. Tu n’en feras aucun, absolument aucun, te dis-je ! Tu as perdu tout pouvoir d’aider les autres à se purifier, étant toi-même impur.


Eh quoi ? Je pourrais, avec des doigts souillés, laver le visage de mon prochain ? J’irais labourer le champ d’autrui, tandis que le mien est en jachères, et que les chardons et les ronces le couvrent ? Non, c’est impossible ! La première condition pour faire du bien aux autres, c’est de ne pas souffrir de mal en soi. Un pasteur peu diligent à travailler à sa propre sanctification, sera toujours un pasteur peu béni dans son ministère, et un chrétien infidèle sera toujours un chrétien stérile. C’est pourquoi, mon cher auditeur, à moins que tu ne souhaites que tes nerfs ne se relâchent et que la moelle de tes os ne se dessèche au dedans de toi ; à moins que tu ne désires que la sève de ta vie spirituelle ne tarisse dans sa source, je t’en supplie, hais le péché,car le péché peut tellement te détruireet t’affaiblir, que ton âme deviendra un vrai squelette spirituel, et qu’elle traînera une misérable existence, au lieu de fleurir, joyeuse et prospère,dans les sentiers du Seigneur. Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal.


Haïssez-le encore, par la raison que si vous vous y complaisez, vous aurez à en porter la peine. Jamais Dieu ne mettra à mort ses enfants ; il a déposé pour toujours, en ce qui les concerne, l’épée de sa justice, depuis l’heure mémorable où cette épée vengeresse s’enfonça tout entière dans le sein de Jésus. Mais Dieu a une verge, et il frappe de cette verge ses enfants rebelles, tellement que parfois les oreilles leur en tintent. Le Seigneur ne sera jamais courroucé contre ses élus au point de les rejeter, mais il peut l’être assez pour qu’ils aient lieu de s’écrier, tout éperdus : « Guéris-moi, ô Éternel ! Et que les os que tu as brisés se réjouissent ». Ah ! Vous connaissez sûrement la verge du Seigneur, chrétiens déchus, chrétiens si infidèles qui m’écoutez ; car lorsque les brebis de Christ s’enfuient loin du berger, le berger ne les laisse point périr, mais il permet à l’épreuve et à la douleur de fondre sur elles, afin que, meurtries et haletantes, elles retournent se réfugier dans son sein. Un véritable croyant, je le répète, ne sera jamais détruit, mais il peut tomber si bas qu’il se croira lui-même aux portes de l’enfer. La vie divine ne s’éteindra jamais complètement dans son âme, mais il peut se sentir tellement brisé et défail