ON NE SE JOUE POINT DE CHRIST




Mais eux, n’en tenant compte, s’en allèrent, l’un à sa métairie et l’autre à son trafic

(#Mt 22:5) ; lisez toute la parabole des noces : #Mt 22:1-14).


L’homme n’a point changé depuis les jours d’Adam. Dans sa conformation physique, il est absolument le même, comme le prouvent les squelettes humains qu’on retrouve après des siècles et qui offrent une identité parfaite avec ceux de notre époque. Son être moral n’a subi non plus que de très légères modifications, en sorte que ce qui est écrit de l’homme dans les annales du passé pourrait s’écrire de l’homme d’aujourd’hui. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. À part quelques différences extérieures et superficielles, on retrouve les mêmes types, les mêmes caractères que ceux qui existaient dans les âges les plus reculés. C’est ainsi qu’il a encore des hommes exactement semblables à ceux dont le Sauveur nous a tracé le portrait dans les paroles de mon texte : ils s’en vont, l’un à sa métairie et l’autre à son trafic, ne tenant aucun compte des glorieuses réalités de l’Évangile. C’est de ce grave sujet, mes bien-aimés, que j’ai à cœur de vous entretenir aujourd’hui. À mon avis, l’indifférence pour les choses spirituelles, le mépris de Christ et de son œuvre, constitue le péché le plus énorme dont l’âme humaine puisse se rendre coupable. C’est pourquoi, dussé-je être accusé par ceux qui veulent être plus sages que la Parole écrite, d’exalter outre mesure la liberté de l’homme et de me placer sur le terrain de la légalité, je désire vous mettre en garde contre ce péché et vous avertir, avec toute l’énergie dont je suis capable, que nul ne saurait impunément se jouer de Christ et de sa grâce.


J’ai devant moi en cet instant, je n’en saurais, douter, beaucoup d’âmes auxquelles s’appliquent les paroles de mon texte : puissé-je m’adresser, à elles d’une manière incisive et pénétrante ! Et vous tous, mes frères en Jésus, qui connaissez l’art céleste de la prière, joignez-vous à moi, je vous en supplie, pour demander au Seigneur de donner efficacité à mes paroles, en sorte qu’elles puissent porter des fruits de justice, pour le salut de beaucoup d’âmes.


Relisons notre texte : Mais eux, n’en tenant compte, s’en allèrent, l’un à sa métairie, et l’autre à son trafic.


I.


Et d’abord, demandons-nous : DE QUOI LE PÉCHEUR NE TIENT PAS COMPTE ?


Les sujets du roi ne tinrent compte ni de la gracieuse invitation de leur souverain, ni du festin qu’il avait préparé en l’honneur des noces de son fils, ni des mets délicats qui leur étaient offerts, et dont ils se privaient volontairement. Le sens spirituel de cette parabole est aisé à découvrir. Les âmes qui ne répondent pas aux appels de Christ, qui ne profitent pas du salut accompli par lui, méprisent ouvertement le glorieux banquet de la grâce auquel le Père céleste les convie. Nous touchons, je le sais, à des questions brûlantes : puisse le Saint-Esprit être lui-même notre Guide !


Prenant la parabole pour base de nos remarques, observons en premier lieu que les pécheurs ne tiennent pas compte du messager qui vient leur dire de la part de son Maître : « Venez, car tout est prêt ». Ceux qui avaient été conviés aux noces méprisèrent les serviteurs du Roi, puisque au lieu de les suivre avec empressement, ils s’en allèrent l’un à sa métairie, et l’autre à son trafic. De même, tout homme qui néglige le grand salut apporté au monde par Jésus-Christ, méprise le ministre de l’Évangile chargé de lui annoncer ce salut : or, mes chers auditeurs, ce n’est pas là, sachez-le, une légère offense aux yeux de Dieu. Notre grande nation se considérerait à bon droit comme insulté si, l’on manquait de déférence envers l’un de ses ambassadeurs ; et de même, soyez-en sûrs, le Roi du ciel se tient pour insulté chaque fois que vous traitez avec dédain les ambassadeurs qu’il vous envoie. Mais, après tout, ceci est comparativement de peu d’importance. Les ambassadeurs sont des hommes comme vous, et si vos dédains et vos injures n’atteignaient que leurs personnes, ils vous pardonneraient de grand cœur, et le mal ne serait pas grand.


Mais les invités de notre parabole méprisèrent aussi le festin. Quelques-uns s’imaginèrent apparemment que les bêtes grasses et les autres mets de la table royale ne seraient pas meilleurs que les provisions qu’ils avaient chez eux. « Bien insensés serions-nous, se dirent-ils sans doute, si, pour un souper, nous suspendions les affaires de notre négoce ou les travaux de nos champs ! » Et toi, pécheur, quand tu négliges le grand salut de Dieu, sais-tu bien ce que tu fais ? Tu outrages l’Évangile du salut, tu tiens pour une chose vaine la foi qui justifie, tu foules aux pieds le sang de Jésus, tu repousses le Saint-Esprit, tu te détournes du chemin du ciel. Promesses de l’alliance éternelle, douceurs de la communion de Christ, bien ineffables que Dieu a préparés pour ceux qui l’aiment, rassasiements de joie réservés à ceux qui, seront venus au banquet des noces de l’Agneau, rien de tout cela ne vaut dans ton estime un seul désir, un seul effort, un seul renoncement ! Ah ! C’est une chose grave, c’est une chose sérieuse que de se jouer ainsi de l’Évangile ; car dans cette bonne Nouvelle, dans ce Testament de Dieu est concentré tout ce dont la nature humaine a besoin, tout ce que les âmes glorifiées elles-mêmes sont susceptibles de recevoir. Eh quoi ? Mépriser le saint Évangile de notre grand Dieu : quelle aberration ! Quel acte de démence ! Méprise les étoiles que la main de l’Éternel a semées dans l’espace, et je plaindrai ta folie. Méprise cette terre, que Dieu a créée, ses belles montagnes, ses limpides ruisseaux, ses prairies verdoyantes, et je t’appellerai un pauvre insensé. Mais si tu méprises l’Évangile de Christ, si tu ne tiens aucun compte des invitations de la grâce, en vérité, je te le dis, tu es mille fois plus insensé que celui qui ne saurait voir aucun éclat dans le soleil, aucun charme dans l’astre des nuits, aucune splendeur dans le firmament étoilé. Oui, foule aux pieds, si tu le veux, les magnificences de la création ; mais souviens-toi, je t’en conjure, qu’en méprisant le salut de l’Évangile tu méprises le chef-d’œuvre du Créateur : ce qui a coûté plus de travail à son âme que de créer des myriades de mondes, ce qu’il n’a pu accomplir qu’au prix du sang de son Fils !


Mais il y a plus. Les invités de la parabole ne tinrent pas compte du Fils du Roi. C’étaient ses noces qu’on célébrait, et leur refus de participer au souper était une injure adressée à celui en l’honneur duquel le souper était préparé. Ils n’eurent ni égard ni respect pour le Fils bien aimé du Père. Et toi, pécheur, en repoussant l’Évangile, tu te joues également du Fils du Roi. Tu te joues de Christ, de ce Christ devant qui les chérubins se prosternent avec adoration, — de ce Christ aux pieds duquel l’archange lui-même considère comme un honneur de jeter sa couronne, — de ce Christ dont les louanges font retentir continuellement les voûtes des cieux, de ce Christ que son Père honore au-dessus de toute créature puisque Il l’appelle Dieu sur toutes choses, béni éternellement. Ah ! Si c’est une chose sérieuse que de se jouer de l’Évangile, c’est une chose terrible que de se jouer de Christ ! Outrage le fils d’un monarque de la terre, et tu sentiras les effets de la colère du roi ; outrage le Fils du Monarque du ciel, et le Père saura bien venger sur un vermisseau tel que toi l’insulte faite à son Fils. Pour ma part, mes chers auditeurs, il me semble que c’est un péché, non pas irrémissible sans doute, mais plus monstrueux qu’on ne saurait dire, de traiter le Seigneur Jésus-Christ avec une dédaigneuse indifférence. Jésus ! Cher Sauveur de mon âme, lorsque je te vois luttant en Gethsémané, suant des grumeaux de sang, je me prosterne et je m’écrie : « Ô divin Rédempteur, navré pour nos forfaits, se peut-il bien qu’il y ait au monde un pécheur assez vil pour ne pas tenir compte de toi ? » Quand je te contemple, meurtri et sanglant, sous les fouets maudits des soldats de Pilate, je me demande : « Est-il une âme assez endurcie pour mépriser un tel Sauveur ? » Et lorsque tu m’apparais sur le Calvaire, cloué au bois, mourant dans les tortures et poussant ce cri lugubre : « Eloi, Eloi, lamma sabachtani ! », je me dis encore : « Est-il possible, ô sainte victime, de se jouer de ta croix !… » Hélas ! Oui, cela est possible ; mais malheur à ceux qui méprisent ainsi le Prince de Paix, le Fils du Roi de gloire ! Oui, malheur à eux : car n’eussent-ils commis d’autre crime que celui-là, il suffirait, à lui seul, pour attirer sur leurs têtes la condamnation éternelle. Ô toi qui méprise Jésus, considère tes voies, je t’en supplie, songe que tu insultes le seul Être qui puisse te sauver, le seul qui puisse te soutenir au milieu des flots du Jourdain, le seul qui puisse ouvrir devant toi les portes du paradis et t’accueillir dans son ciel.


Que nul prédicateur complaisant, que nul diseur de choses agréables ne te persuade qu’on peut sans crime se jouer de Christ. Tremble, pécheur, tremble, te dis-je ! Car, si tu ne te repens, tu seras enveloppé dans la terrible destruction réservée aux ennemis du Fils unique de Dieu.


Mais il y a plus encore. Les invités de la parabole ne tinrent pas compte du Roi qui les conviait au souper. Et toi, pécheur, quand tu refuses les invitations de la grâce, sache que tu fais injure à Dieu lui-même. Il y a dans le monde beaucoup de gens qui disent : « Nous ne croyons pas en Christ, mais nous vénérons le Dieu créateur et conservateur de l’humanité. Nous faisons peu de cas de l’Évangile. Nous ne tenons pas, il est vrai, à être lavés dans le sang de Jésus, ni sauvés à la façon des disciples de la grâce ; mais nous sommes loin de mépriser Dieu. Nous sommes déistes : notre religion est la religion naturelle. » Ma réponse à ces hommes est celle-ci : en tant que vous niez le Fils, vous insultez le Père. Qui méprise l’enfant, méprise celui dont il est issu : qui méprise le Fils unique de Dieu, méprise l’Éternel lui-même. Hors de Christ, il n’y a point de religion digne de ce nom. Votre prétendue religion naturelle est une illusion et un mensonge. C’est le refuge de l’homme qui n’est pas assez loyal pour avouer qu’il hait Dieu ; mais c’est un refuge de néant, car celui qui ne reconnaît pas en Christ le Fils de Dieu et le Sauveur des hommes, insulte le Très-Haut et se ferme la porte du ciel. On ne peut aimer le Père que par le Fils, et on ne peut rendre au Père un culte qui lui soit agréable, si ce n’est par Jésus-Christ, le grand Médiateur de la nouvelle Alliance. Vous donc qui avez méprisé l’Évangile, vous avez méprisé du même coup le Dieu de l’Évangile. Vous qui vous êtes raillés des doctrines de la Révélation, vous avez raillé l’Auteur de cette Révélation. Vous qui avez dénigré le message du salut, vous vous êtes insurgés, contre le Roi du ciel. Vos blasphèmes et vos sarcasmes ne sont pas tombés seulement sur l’Église de Christ : ils sont tombés sur Dieu lui-même. Oh ! Souvenez vous, pauvres insensés, souvenez-vous que Dieu est un Dieu puissant, que Dieu est un Dieu jaloux ! Il peut punir, il veut punir ses adversaires. Ne pas tenir compte de lui, c’est être le meurtrier de sa propre âme, c’est signer son arrêt de mort, c’est se précipiter tête baissée vers la perdition … Ô déplorable aveuglement des âmes qui vivent et meurent sans tenir compte de Dieu, et qui préfèrent leur métairie et leur trafic aux trésors de l’Évangile !


Songe aussi, je te prie, mon malheureux auditeur, qu’en ne tenant compte ni de Dieu, ni de Christ, ni de l’Évangile, tu prouves, par cela même, que les solennelles réalités du monde à venir sont pour toi comme si elles n’existaient pas. Celui qui se joue de Christ se joue de l’enfer : il croit que ses flammes ne sont qu’un mot, et ses tourments qu’une métaphore. Il se rit des larmes brûlantes qui sillonnent à jamais le visage des réprouvés ; il se moque des cris et des malédictions, des pleurs et des grincements de dents : lugubre et dissonante harmonie, seule musique des âmes perdues … Ne pas tenir compte de l’enfer ? Oh ! N’est-ce pas le comble de la folie en même temps que le comble de l’endurcissement ?


De plus, considère, pauvre pécheur, qu’en fermant l’oreille aux appels divins tu méprises le ciel : le ciel, objet des aspirations des enfants de Dieu, le ciel où règnent une gloire que n’obscurcit aucun nuage et un bonheur que ne trouble aucun soupir ! Tu repousses avec dédain la couronne de vie ; tu foules d’un pied profane les palmes du triomphe ; tu tiens peu à être sauvé, peu à être glorifié. Ah ! Quand tu seras en enfer, et que les verrous d’une inflexible destinée auront été tirés sur toi, alors tu trouveras qu’il n’est pas si facile de rire des peines éternelles. Et quand tu auras perdu le ciel et sa félicité, quand les chants des bienheureux, comme un écho affaibli et lointain, parviendront à ton oreille, augmentant s’il est possible ton désespoir, alors tu reconnaîtras, mais trop tard, que le ciel vaut la peine qu’on y pense … Voilà ce dont il ne tient pas compte, l’homme qui méprise la religion de l’Évangile ; il méconnaît la valeur de son âme et l’importance de sa destinée éternelle.


« Mais, diront peut-être quelques-uns, prédicateur, tu nous fais injure ! Nous ne sommes point hostiles à la religion de Christ ; nous ne blasphémons point contre Dieu ; nous respectons ses ministres ; nous observons ses sabbats. » C’est possible, mes amis ; je veux croire qu’il en est ainsi ; mais, au nom de mon Maître, je ne vous en accuse pas moins d’avoir commis le grand péché que nous venons d’étudier ensemble, c’est-à-dire de n’avoir tenu compte ni de Christ ni de son Évangile. Écoutez !


* * *


II.


COMMENT TÉMOIGNE-T-ON QU’ON NE TIENT PAS COMPTE DE CHRIST ?


On peut le faire de bien des manières.