REGARDEZ À JESUS



L’a-t-on regardé ? On en est illuminé, et leurs faces ne sont point confuses

(#Ps 34:6).


D’après la liaison qui existe entre mon texte et le verset précédent, il est clair que ces mots : L’a-t-on regardé ? se rapportent au Seigneur. « A-t-on regardé l’Éternel ? On en est illuminé » ; telle est donc la déclaration du psalmiste. Et cependant nul homme, j’ose l’affirmer, n’a jamais regardé Jéhovah tel qu’il est en lui-même sans en être troublé. En dehors de Jésus-Christ, la notion d’un Dieu absolu ne saurait procurer aux cœurs angoissés la moindre consolation. Nous pouvons, il est vrai, regarder au Tout-Puissant, mais nous serons aveuglés, car la lumière inaccessible où il habite est trop éblouissante pour que nous puissions la supporter ; et de même que nul œil mortel ne peut fixer impunément l’astre du jour, de même nulle intelligence humaine ne saurait regarder au Créateur sans que l’éclat de la divine essence ne frappe l’œil de son esprit d’une cécité éternelle. La seule manière dont nous puissions contempler le Très-Haut, c’est comme au travers du médiateur Jésus-Christ. Oui, jusqu’à ce que je considère Dieu manifesté en chair, la divinité se voilant sous l’humanité, mon cœur, je le répète, ne peut trouver la paix ; mais dès que j’accepte par la foi le mystère de l’incarnation, oh ! Alors, je puis avec assurance élever mes regards vers Dieu, car il s’est abaissé jusqu’à moi, et ma pauvre intelligence bornée peut le comprendre et le saisir. Je vais donc appliquer les paroles de mon texte à notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Et je crois que cette interprétation est parfaitement légitime ; car, du moment qu’une âme regarde à Dieu tel qu’il s’est montré à nous en Jésus, du moment qu’elle envisage la divinité rendue visible dans la personne de l’Homme, né de la vierge Marie et crucifié sous Ponce Pilate, on peut dire en toute vérité que cette âme est illuminée : son entendement reçoit des flots de lumière, et son cœur des rayons de consolation.


Je me propose, mes chers auditeurs, de vous inviter en premier lieu à regarder à Jésus DANS SA VIE SUR LA TERRE, et j’espère que quelques âmes recevront du bien de cette première contemplation. Je vous exhorterai ensuite successivement à regarder à lui DANS SA MORT, DANS SA RÉSURRECTION, DANS SON ASCENSION, DANS SON OFFICE D’INTERCESSEUR, et enfin DANS SON SECOND AVÈNEMENT. Et veuille le Seigneur que, regardant à lui d’un œil fidèle, mon texte se réalise en chacun de nous, en sorte que nous reconnaissions par une douce expérience la vérité de ces paroles : L’a-t-on regardé ? On en est illuminé.


I.


D’abord, avons-nous dit, nous allons contempler le Seigneur Jésus DANS SA VIE. Et ici, le croyant sous l’épreuve trouvera surtout de précieuses lumières pour éclairer son âme. Dans l’exemple de Jésus, dans sa patience, dans ses douleurs, il y a comme des étoiles resplendissantes, capables de dissiper les épaisses ténèbres de la sombre nuit de l’adversité. Approchez donc, ô vous, enfants de Dieu ; et si seulement le Saint-Esprit daigne dessiller les yeux de votre entendement, quelles que puissent être vos épreuves, soit temporelles soit spirituelles, vous trouverez dans la vie de votre Sauveur et dans ses souffrances d’abondantes sources de consolations et de joie. Peut-être, sans doute même, devrais-je dire, il y a en cet instant devant moi plus d’un infortuné qui se débat dans les abîmes de la misère. Enfant du travail et de la peine, il ne mange son pain qu’au prix de bien des sueurs ; le joug pesant de l’oppression blesse son cou ; le dénuement sous toutes ses formes lui fait sentir son aiguillon. Peut-être, tandis, que je parle, endure-t-il secrètement les tortures de la faim, et, quoique dans la maison de Dieu, il ne peut imposer silence aux besoins impérieux de son corps qui défaille et qui souffre … Ô mon pauvre frère en Jésus, regarde à lui, regarde à lui, et tu seras illuminé ! Comment te plaindrais-tu de ta pauvreté, de ton abandon, de ta grande détresse ? Ton Maître ne t’a-t-il pas prédit que tu aurais des tribulations dans le monde, et ne sais-tu pas que c’est par beaucoup d’afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu ? (#Ac 14:22). Regarde à Jésus, te dis-je. Vois-le jeûnant pendant quarante jours. Vois-le suivant péniblement un chemin aride, puis accablé de fatigue et de soif, s’asseyant sur le bord du puits de Sichar ; et entends-le, lui le Seigneur de gloire, lui qui tient les nuées dans le creux de sa main, entends-le disant à une femme samaritaine : « Donne-moi à boire ». Et le disciple serait-il donc plus que son maître, ou le serviteur plus que son seigneur ? Si Jésus a souffert la faim, la soif, les privations de toutes sortes, ô déshérité de la terre, porte ton fardeau sans murmures. Dans toutes ces choses, tu es en communion avec ton Sauveur ; ne te laisse donc plus abattre en perdant courage, mais regarde à lui et tu seras illuminé.


Mais peut-être, mon bien-aimé ton épreuve est-elle d’une autre nature. Peut-être es-tu venu ici ce matin, le cœur saignant encore des blessures que t’a infligées la langue venimeuse de cette vipère immonde qu’on nomme la calomnie. Quoique pure et sans tache devant Dieu, ta réputation semble perdue devant les hommes ; tes détracteurs ont cherché à flétrir ce qui t’était plus cher que la vie : ton honneur, ta bonne renommée ; tu as été accusé de crimes dont ton âme a horreur ; c’est pourquoi tu es aujourd’hui rassasié d’amertume et enivré d’absinthe. J’en conviens, ton épreuve est bien lourde, ô enfant de douleurs ; car si la pauvreté est comme le fouet de Salomon, la médisance, on peut le dire, est comme les pointes de Roboam, et si le joug de la misère est pesant, celui de la calomnie est plus pesant encore (allusion à #1R 12:8-14). Cependant, quelque amère que soit ta peine, en Christ tu peux trouver des consolations. Viens, mon frère, regarde à lui et tu seras illuminé. Le Roi des rois fut appelé un Samaritain ; on l’accusa d’avoir un démon, et lui en qui résidait la suprême sagesse fut taxé de folie. Sa vie ne fut-elle pas toujours pure et sainte ? Et pourtant on le traita de mangeur et de buveur, d’ami des péagers et des gens de mauvaise vie. N’était-il pas le Fils bien-aimé du Père ? Ne possédait-il pas toute puissance sur la terre et dans le ciel ? Et pourtant on disait de lui qu’il chassait les démons par Béelzébul, le prince des démons. Courage donc, pauvre victime de la calomnie, essuie cette larme qui mouille ta paupière. S’ils ont appelé le père de famille Béelzébul, combien plus appelleront-ils ainsi ses domestiques ! (#Mt 10:25). Sans doute, si on avait honoré ton Maître, tu aurais pu t’attendre à ce qu’on t’honorât à ton tour ; mais puisqu’on l’a couvert d’injures, puisqu’on a cherché à ternir sa gloire, ne t’étonne point d’être en butte à la malice du monde, et ne rougis point d’être l’objet de ses outrages. Jésus marche à tes côtés dans le dur sentier de l’ignominie ; il porte sa croix devant toi, et cette croix était autrement lourde que la tienne ! Encore une fois, regarde à lui, et tu seras illuminé.


Mais j’entends un autre de mes auditeurs qui s’écrie : « Ah ! Mon affliction est plus grande encore. Je ne suis ni poursuivi par la calomnie, ni oppressé par le besoin, mais la main de Dieu s’est appesantie sur mon âme. Le Seigneur m’a remis en mémoire mes transgressions passées ; il m’a caché la clarté de sa face. Il fut un temps où j’étais assuré de mon salut ; je pouvais en quelque sorte lire mon nom inscrit dans le livre de vie ; mais aujourd’hui, hélas ! Je suis tombé bien bas. Le Seigneur m’a élevé, et puis, il m’a jeté par terre ; comme un lutteur, il m’a élevé, afin de me lancer loin de lui avec d’autant plus de force ; mes os sont épouvantés, et mon esprit s’est fondu d’ennui ". Eh bien ! Mon frère angoissé, à toi aussi je dis : regarde à Jésus, et tu seras illuminé ! Ne gémis plus sur tes doutes, sur tes misères, mais viens avec moi et regarde à ton Sauveur. Vois-tu le jardin des Oliviers ? La nuit est froide, le sol crie sous tes pas, car la gelée l’a durci ; et là, au milieu des ténèbres et du silence, ton Sauveur est à genoux. Écoute-le. Comprends-tu le sens de ses gémissements, le langage de ses soupirs ? Sûrement tes angoisses ne sont rien auprès de celles qui devaient peser sur son âme quand des grumeaux de sang découlant de tout son corps, teignaient le sol autour de lui. Et tes combats, oserais-tu les comparer aux siens ? Vois-le en Gethsémané, luttant corps à corps contre les puissances des ténèbres. Écoute, oh ! Écoute surtout le cri déchirant qui sort de ses lèvres au dernier et solennel moment de son agonie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Et lorsque tu l’auras entendu, ce cri d’une indicible angoisse, ne trouve point étrange, ô mon bien-aimé, si tu es appelé toi aussi à te mesurer parfois avec Satan, et ne murmure point, comme s’il t’arrivait quelque chose d’extraordinaire, alors même que tu devrais te joindre au lama sabachthani de ton Maître, ou suer avec lui quelques gouttes de sa sueur sanglante. L’a-t-on regardé ? On en est illuminé.


Il se peut aussi que j’aie en cet instant devant moi quelque fidèle persécuté pour la justice. « Hélas, s’écrie-t-il, je ne puis pratiquer en paix les commandements de mon Dieu. Mes proches, mes amis sont ligués contre moi ; ils me suscitent mille entraves. Je suis en butte aux sarcasmes, aux moqueries, aux humiliations de toute sorte pour le nom de Christ. » Et que t’importe, enfant de Dieu ? Ne crains rien, mais regarde à ton tour à Jésus, et tu seras illuminé. Souviens-toi des persécutions sans nombre auxquelles ton Sauveur se soumit pour l’amour de ton âme. Pense, oh ! Pense, aux soufflets et aux crachats, aux insultes des soldats et aux huées de la foule. Pense à cette marche terrible à travers les rues de Jérusalem, lorsque tous le bafouaient à l’envie, et que ceux-là même qui allaient être crucifiés avec lui l’accablaient de leurs injures. Dis, mon frère, n’as-tu .jamais été plus maltraité que lui ? N’as-tu jamais subi de plus grands outrages ? … Oh ! Il me semble qu’un seul regard jeté sur l’Homme de douleurs, devrait suffire pour ranimer le chrétien le plus timide, et pour lui faire ceindre son armure avec un nouveau courage ! Eh quoi ! Rougirions-nous d’être aussi déshonorés que notre auguste Chef ? C’est en regardant à Jésus persécuté, que les nobles martyrs des temps passés furent rendus capables de braver pour son nom les bûchers et les tortures. Ils savaient, ces vaillants soldats de la croix, qu’au sortir de la terrible mêlée où ils allaient laisser leur vie, une glorieuse couronne les attendait, la sanglante couronne du martyre ! C’est pourquoi ils demeuraient fermes, comme voyant Celui qui est invisible ; et cette vue les fortifiait, au sein même des plus cruelles douleurs. Ils considéraient Celui qui a souffert une si grande contradiction des pécheurs, afin qu’ils ne s’abattissent pas en perdant courage ; ils résistaient jusqu’au sang, combattant contre le péché (#Hé 11:27; 12:3,4) ; et sachant que leur Maître avait fait de même, son exemple soutenait leur constance. Ah ! Mes frères et mes sœurs bien-aimés, si nous regardions plus à Christ, croyez que nos épreuves ne nous paraîtraient plus si sombres. Même par la nuit la plus noire, un regard vers Christ suffit pour éclairer le ciel de ses enfants. Oui, fussions-nous entourés d’une obscurité tellement épaisse, que pareille à celle du pays d’Égypte, on pût la toucher de la main (#Ex 10:21) ; fussions-nous, pour ainsi dire, emprisonnés dans des murailles de ténèbres massives, un simple regard sur Jésus serait encore pour nous comme le brillant éclair qui sillonne la nue, — aussi brillant, mais non aussi fugitif. Que sont en effet les fatigues de la route, pour l’âme qui contemple Christ ? Réjouie par sa voix, fortifiée par sa force, elle est prête à tout faire, à tout souffrir, et pourvu qu’il la soutienne jusqu’à la fin, à obéir, comme lui, jusqu’à la mort.


Ô vous donc, chrétiens travaillés et chargés, quelles que soient vos épreuves, souvenez-vous de regarder à Jésus dans sa vie, et vous serez illuminés.


* * *


II.


Et maintenant, mes frères, je vous convie à contempler un spectacle plus lugubre encore ; mais, chose étrange ! À mesure que l’horizon s’assombrit autour de Jésus, pour nous, son éclat augmente. Plus le Sauveur s’enfonce dans les abîmes de la douleur, plus brillantes sont les perles qu’il nous procure : plus amères sont ses angoisses, plus vives sont nos joies, et, plus profondes ses humiliations, plus éclatantes nos gloires. Venez donc, mes chers auditeurs, — et cette fois je m’adresse aux pauvres pécheurs craintifs et tremblants, aussi bien qu’aux âmes croyantes, — venez regarder à Jésus DANS SA MORT. Montons ensemble au Calvaire. Là, sur le sommet de la colline, en dehors des portes de Jérusalem, au lieu où l’on avait coutume d’exécuter les malfaiteurs vulgaires, là, dis-je, sont dressées trois croix. Celle du milieu est réservée pour un homme considéré comme le plus grand des criminels. Voyez ! On l’a cloué à la croix. Et cet homme, c’est le Prince de la vie, c’est le Seigneur de gloire, aux pieds duquel les armées célestes se plaisent à verser nuit et jour des coupes pleines de parfums et de louanges ! Ô mystère des mystères ! … On l’a cloué à la croix ; il est suspendu entre le ciel et la terre, meurtri, sanglant, agonisant. Il a soif et il pousse un cri de détresse. On apporte du vinaigre et on le présente brutalement à ses lèvres. Il souffre, il se meurt, il aurait besoin de sympathie, mais on l’insulte, et on s’écrie avec une cruelle ironie : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ! On dénature ses paroles ; on le défie maintenant de détruire le temple et de le rebâtir en trois jours, de sorte qu’au moment même où cette prédiction se réalise, on se moque de son impuissance à l’accomplir. Oh ! Voyez-le, avant que le voile s’abaisse sur une agonie trop poignante pour que l’œil puisse en supporter la vue ! Regardez-le … Y eut-il jamais un visage navré comme son visage ? Y eût-il jamais un cœur aussi gros de souffrances que son cœur ? Et quels yeux ne reflétèrent jamais comme les siens le feu dévorant d’une brûlante angoisse ? Oh ! Venez, approchez, considérez-le ; venez et regardez maintenant à Jésus. Le soleil s’est éclipsé, refusant d’éclairer ce déchirant spectacle. La terre tremble, les morts se lèvent, les horreurs de ses souffrances font tressaillir la nature entière.


Il meurt, il meurt ! Lui, le Saint et le Juste, Lui, l’Ami du pécheur ! …


Mon cher auditeur, qui que tu sois, je t’invite en cet instant à regarder à la croix de Jésus afin que tu sois illuminé. Quels sont les doutes qui assiègent ton âme ? De quelque nature qu’ils puissent être, ils trouveront, sois en certain, une douce et consolante solution au pied de la croix de Christ. Tu es venu peut-être dans ce lieu de culte doutant de la miséricorde de Dieu ; regarde au Sauveur mourant sur le Calvaire, et tu ne pourras en douter encore. Si Dieu n’était pas riche en compassion et abondant en gratuités, aurait-il, je te le demande, envoyé son Fils, son unique, pour souffrir et pour mourir ? Peux-tu supposer qu’un Père qui a arraché son Bien-Aimé de son sein, qui l’a cloué à l’arbre de la croix afin qu’il endurât une mort ignominieuse pour nous sauver, peux-tu, dis-je, supposer que ce Père soit dur, inflexible, sans entrailles et sans pitié ? Arrière de nous cette pensée impie ! Non, il n’y aurait jamais eu de croix sur le Calvaire s’il n’y avait des trésors de compassion dans le cœur de Dieu.


Ou bien doutes-tu que le Seigneur puisse te sauver ? Te dis-tu en ce moment : « Comment le Saint et le Juste pourrait-il bien faire grâce à un être aussi coupable que moi ? » Oh ! Regarde, pécheur, regarde à la grande expiation qui a été faite, à l’inappréciable rançon qui a été payée pour ton âme. Crois-tu que ce sang qui découle du corps meurtri de Jésus n’ait pas la puissance de laver ton âme et de la justifier parfaitement ? Sans la croix, il est vrai, ce problème fût demeuré éternellement insoluble : « Comment Dieu peut-il être juste, tout en justifiant le pécheur ? » Mais vois sur Golgotha le sanglant substitut de l’homme coupable ! Et sache que le Seigneur a accepté ses souffrances comme un équivalent à la peine due à tous