SOUVERAINETÉ ET SALUT ?



« Vous tous les bouts de la terre, regardez à moi, et soyez sauvés ; car je suis le Dieu fort et il n’y en a point d’autre » (Esa 45:22).


Il y a six ans qu’en ce même jour et presque à cette même heure, en proie à la plus grande amertume et captif encore dans les liens de l’iniquité, je commençais déjà à sentir, par l’effet de la grâce divine, toute la misère et toute l’horreur de ma position, et à pousser des cris de détresse pour maudire ce douloureux et intolérable esclavage. Cherchant du repos, mais ne pouvant en trouver, j’entrai dans la maison de Dieu, et là je m’assis sur un banc, n’osant pas même lever les yeux, de crainte d’être aussitôt consumé par le juste et redoutable courroux du Tout-Puissant. Le pasteur monta en chaire et lut cette parole : « Vous tous les bouts de la terre, regardez à moi, et soyez sauvés ; car je suis le Dieu fort et il n’y en a point d’autre ». Aussitôt je levai les yeux ; la foi me fut donnée en ce moment même, et aujourd’hui je crois pouvoir dire avec vérité :


« Par la foi j’ai vu depuis lors

Le fleuve de vie découlant de ses blessures ;

Depuis lors j’ai chanté l’amour de mon Rédempteur

Et veux le chanter jusqu’à mon dernier soupir. »



Jamais, non jamais, aussi longtemps que j’aurai la faculté de me souvenir, ce jour ne s’effacera de ma mémoire. Chaque fois que cette heure bénie se représente à ma pensée, je ne puis m’empêcher de redire les paroles de ce texte qui m’a fait connaître pour la première fois mon Seigneur. Quelle étrange bonté ! Quelle grâce merveilleusement surprenante et miséricordieuse que celle par laquelle Il a voulu que le même homme, frappé à salut par ces paroles il y a si peu d’années, se trouve aujourd’hui dans cette chaire et vous les annonce avec l’humble mais ferme espérance que quelque pauvre pécheur recueillera dans son cœur la glorieuse nouvelle du salut et échangera en ce même jour les ténèbres de sa vie passée contre la lumière de la foi, le royaume de Satan contre le royaume de Dieu !


S’il était au pouvoir de la pensée humaine de concevoir un temps antérieur au temps lui-même, un temps où Dieu existait seul, avant la naissance d’aucune créature, nous posséderions alors la plus grandiose et la plus sublime conception de la Divinité. Il a été en effet un temps où le soleil n’avait pas encore commencé sa course et où ses rayons n’avaient point encore traversé les espaces, ni réchauffé et réjoui la terre ; il a été un temps où les astres ne scintillaient point dans le firmament et où l’océan d’azur dans lequel ils flottent n’existait pas non plus. Il a été un temps, dis-je, où tout ce que nous voyons de l’immense univers était encore à naître et gisait à l’état de simple pensée dans les mystérieuses et insondables profondeurs de la Pensée éternelle. Néanmoins, Dieu existait déjà et Il était déjà le Dieu béni sur toutes choses éternellement. Quoique les légions séraphiques n’aient pas encore fait les cieux de leurs hymnes ; quoique les chérubins n’aient pas encore déployé leurs brillantes ailes pour voler et accomplir ses suprêmes volontés ; quoique ce Monarque éternel n’ait point encore de cour, néanmoins Il était, déjà alors, assis sur son trône — ce Dieu tout-puissant et éternellement digne de toute adoration, — ce trois fois Saint, Roi des rois ! Enveloppé en silence dans sa gloire ineffable, au sein de l’immensité, faisant des placides nuées sa tente, Il remplissait déjà l’infini de la splendeur de sa face et de l’intarissable éclat de sa majesté divine.


Dieu a été, Dieu est ; Il est Dieu d’éternité en éternité, et Il existait déjà avant l’origine des mondes. S’il est venu enfin un moment où ce Dieu a condescendu à appeler ses créatures à la vie, ne sentez-vous pas combien ces créatures doivent être infiniment au-dessous de leur Auteur ? Si vous êtes potier et si d’un morceau d’argile vous formez sur votre roue un vase quelconque, ce vase pourra-t-il s’enorgueillir au point de contester avec vous comme avec son égal ? À quelle distance au-dessous de vous ne sera-t-il pas au contraire, puisque vous êtes en quelque manière son créateur ! Et quand l’Éternel, le Tout-Puissant a formé ses créatures, n’était-ce pas de leur part le comble de l’impudence que de se comparer à Lui, même de loin ? C’est là pourtant ce qu’a tenté de faire ce roi des traîtres, ce grand chef des rebelles, Satan ! Il a essayé de poser son pied sacrilège sur les marches du trône du Souverain, et aussitôt, précipité de ces hauteurs trop sublimes pour lui, il s’est trouvé plongé dans les enfers, sans pouvoir même, dans ces lugubres profondeurs, échapper à la vengeance d’un Dieu justement courroucé. Il sait bien, lui, que l’Éternel est Dieu et que Lui seul est Dieu !


Peu après la création de ce monde, l’homme a voulu imiter Satan. La créature d’un jour, cet insecte de l’univers, a voulu s’égaler au Seigneur ! Aussi, le but souverain de Jéhovah a-t-il été, depuis lors, d’enseigner à l’homme que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. Depuis lors, en effet, telle a été la grande leçon enseignée aux créatures terrestres par le Créateur, et c’est pour cela qu’il n’a cessé de combler les vallées, d’aplanir les coteaux, d’humilier toute pensée présomptueuse et de confondre tout regard orgueilleux.


Notre devoir est donc de montrer ici comment Dieu a enseigné aux hommes cette importante vérité, à savoir : qu’« Il est le Dieu fort et qu’il n’y en a point d’autre » ; et, en second lieu, la manière particulière par laquelle Il l’enseigne en ce qui concerne le salut : « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés, car je suis le Dieu fort et il n’y en a point d’autre ».


I.


Et d’abord, comment Dieu a-t-Il enseigné cette leçon aux hommes ?


En la leur enseignant, avant tout, à l’égard des faux dieux et de leurs adorateurs. — L’homme, en effet, dans sa dépravation et son péché, s’est fait des dieux de bois et de pierre, puis s’est prosterné pour les adorer. Il a choisi le tronc d’arbre et il l’a façonné à l’image de l’homme mortel, ou à celle d’un poisson de la mer ou d’un reptile de la terre ; puis il a courbé son front et prostitué son âme devant ce travail de ses propres mains, lui donnant le titre de dieu, quoiqu’il n’eût ni des yeux pour voir, ni des mains pour saisir, ni des oreilles pour entendre.


Considérez maintenant dans quel mépris l’Éternel a enseveli toutes les divinités de l’ancien paganisme ! Où sont-elles aujourd’hui ? Leurs noms même ne sont-ils pas presque tous oubliés ? Où sont-elles ces idoles sans nombre devant lesquelles s’inclinaient les innombrables multitudes qui habitaient Ninive ? Allez le demander à la vermoulure et à la pourriture qui les ont dévorées, ou bien allez les chercher sous ces gigantesques amas de ruines où elles sont ensevelies, ou bien encore venez en voir les restes mutilés dans nos musées, où on les livre aux regards des curieux et des savants et où vous sourirez de pitié en pensant que jadis des hommes ont pu adorer de si hideuses figures. — Et les dieux de la Perse, où sont-ils ? Voici : le feu de leurs autels est à jamais éteint et les adorateurs du feu ont disparu de la face de la terre. — Et les dieux de la Grèce, où sont-ils ? Où sont ces belles et gracieuses divinités toutes pleines de la plus charmante poésie et qui inspirèrent les plus célèbres épopées ? Où sont-elles ? … Elles ont passé ! On n’en parle plus que comme d’un souvenir des temps anciens. Jupiter ? Qui songe aujourd’hui à se prosterner devant lui, ou qui songe à adorer Saturne ? Ils ont fait leur temps et on les a oubliés. — Et les dieux de l’antique Rome, où sont-ils ? Le temple de Janus s’ouvre-t-il et se ferme-t-il encore ? Les vestales entretiennent-elles pieusement quelque part leur feu sacré ? Connaissez-vous quelqu’un qui veuille encore adorer ces déesses ? Non ! Elles ont été culbutées du haut de leur trône.


Savez-vous aussi ce que sont devenus les dieux vénérés autrefois dans les îles de la mer du Sud — véritables démons — devant lesquels de misérables créatures humaines se prosternaient il n’y a pas longtemps ? Ils sont presque entièrement oubliés. — Demandez aux habitants de la Chine et de la Polynésie de vous indiquer ce que sont devenus les dieux devant lesquels ils s’inclinaient. Demandez ! Demandez ! … Et seuls les échos lointains répondront : Demandez ! Demandez ! … Ils ont été arrachés de leurs temples et mis en pièces. Le piédestal de leur statue a été renversé ; leur chariot a été brisé ; leur sceptre est tombé, de leur main, et leur gloire n’est plus. L’Éternel a remporté la victoire sur les fausses divinités et a démontré à leurs adorateurs que Lui seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre.


Reste-t-il sur la terre des faux dieux ou des idoles devant lesquelles les nations se prosternent de nos jours ? … Attendez quelque temps, et vous les verrez tomber à leur tour. La cruelle idole de Jaggernaut, dont le char écrase encore les Indous qui se couchent sous ses roues, sera bientôt l’objet de l’universel mépris. Bientôt les plus célèbres divinités de l’Orient moderne, Budha, Brahma et Vischnou, tomberont à terre, seront foulées aux pieds et traînées dans la fange des rues ; car l’Éternel veut enseigner aux hommes cette solennelle vérité que Lui seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre.


Observez maintenant comment l’Éternel a su enseigner cette même vérité aux nations. De puissants empires se sont formés sur la terre et ont été comme les dieux de leur époque. Leurs rois et leurs princes se sont arrogé des titres divins, et les multitudes se sont prosternées devant eux. Mais demandez aux empires s’il est d’autres dieux que l’Éternel. Il me semble entendre ici les orgueilleuses paroles de Babylone : « Je suis reine ; je ne suis pas veuve. Je n’aurai point de détresse. Je suis dieu et il n’en est point d’autre que moi. » — Allez, promenez-vous parmi les ruines de la grande cité, et, au milieu de ses innombrables débris, vous verrez se dresser l’esprit prophétique de l’Écriture Sainte — vieux prophète aux cheveux blancs — répétant d’une voix solennelle ces paroles : « L’Éternel seul est Dieu et il n’y en a point d’autre ». — Allez auprès de Babylone, gravissez les monticules de sable qui recouvrent ses cendres ; allez auprès de Ninive, et du haut de ses monceaux de ruines vous entendrez la même voix disant : « Il n’y a qu’un Dieu, et devant Lui les empires se prosternent ; il n’y a qu’un seul Potentat suprême, et devant Lui les rois et les princes de la terre, avec toutes leurs dynasties et leurs trônes, s’inclinent et rentrent dans la poudre au seul bruit de ses pas ». — Allez-vous asseoir dans les temples de l’ancienne Grèce. Vous souvenez-vous des orgueilleuses paroles qu’Alexandre prononçait autrefois ? Où est-il aujourd’hui et où est son empire ? Asseyez-vous sur les arches rompues de l’ancien pont de Carthage, ou bien promenez vos pas dans les théâtres déserts de la vieille Rome, et la brise, en se jouant autour de ces murailles désolées et couvertes de lierre, vous apportera le son de ces paroles : « Je suis Dieu et il n’y en a point d’autre que moi ». — Ô puissante cité ! Tu te disais éternelle ; voici, je t’ai fait fondre comme on fond la cire ; tu as passé comme la rosée au matin. Tu avais dit : « Je suis assise sur sept collines et je vivrai à jamais. » ; voici, je t’ai broyée et réduite en poussière, et tu n’es plus que l’ombre de ce que tu étais. Au commencement, tu étais bâtie en pierre ; plus tard tu t’étais rebâtie en marbre ; voici, je t’ai réduite en poudre et t’ai humiliée jusqu’à terre. Oh ! Avec quelle terrible éloquence l’Éternel a enseigné aux monarchies et aux empires qui essayaient d’usurper sa puissance et sa gloire que Lui seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre !


Disons aussi comment Dieu a enseigné cette leçon aux monarques. Plus leur fol orgueil était grand, plus la leçon a été dure. Prenez, par exemple, Nebuchadnetzar. Le voici, la tête ceinte de son diadème et recouvert de sa royale pourpre ; il se promène au milieu des palais de Babylone et s’écrie : « N’est-ce pas ici cette grande Babylone que j’ai bâtie ? » Voyez maintenant, dans ces champs, cette bête qui broute : c’est un homme que vous voyez là ! — Un homme, dites-vous ? … Mais ses cheveux sont devenus comme le poil d’un ours et ses ongles sont semblables aux serres d’un vautour ; il marche à quatre pattes et se repaît de l’herbe des champs, comme un bœuf ! Les hommes en ont peur et le pourchassent… — Hé bien ! Oui, c’est là ce monarque qui disait : « N’est-ce pas ici cette grande Babylone que j’ai bâtie ? » Mais bientôt il va être rendu à lui-même et il rentrera dans son palais de Babylone, afin d’y louer, « d’y exalter, d’y glorifier le Roi des cieux, qui peut abaisser ceux qui marchent avec orgueil ».


Prenez un autre monarque, Hérode. Il est assis dans toute sa gloire au milieu de son peuple, et il parle. Entendez-vous le cri impie que mille voix répètent : « Voix d’un dieu, et non d’un homme ! » Le monarque insensé ne donne pas gloire à Dieu. Il affecte l’