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BETHEL CHURCH ET L'ESPRIT DE RACISME



Dans  une vidéo prise lors d’un séminaire « Transformation » à Bethel Church de Redding, Californie, on voit des responsables de l’église prendre position spirituellement contre le fléau du racisme au travers d’une incantation empruntée au Seigneur des Anneaux, de JRR Tolkien : le magicien Gandalf s’oppose à un démon terrible de l’ancien monde en lui criant « vous ne passerez pas ! », faisant un rempart de sa personne pour protéger ses compagnons. Une belle image du film.

Comme on pouvait s’y attendre, un certain nombre de réactions se sont manifestées parmi les chrétiens à la vue de cette vidéo : Gandalf est un magicien, que vient faire la magie dans une église ? Le Seigneur des Anneaux est une fiction, n’y a-t-il pas assez de faits spirituels dans la Bible sur lesquels s’appuyer ?

Emprunts symboliques malheureux 

Ce n’est pas la première fois que Bethel Church prend des libertés avec les habituels interdits de la foi, évoluant souvent à la lisière du mysticisme, et pour certains : de l’occultisme. À la vue de cette scène improbable de responsables chrétiens « jouant » la scène du Seigneur des Anneaux face à ce qu’ils considèrent comme « l’esprit du racisme », on peut imaginer que les magiciens et les sorciers, dont le nombre est en constante augmentation, vont applaudir en voyant une église chrétienne emblématique emprunter à leur folklore. Un peu comme si les rôles étaient inversés devant Pharaon, avec un Moïse imitant les magiciens, et non le contraire. Où sont les frontières franches d’hier ?

Mises en scènes

Les mises en scènes prophétiques sont une pratique courante dans les milieux évangéliques prophétiques. Il y a quelques années, je participais à une rencontre nationale qui traitait de l’autorité spirituelle. Le dernier message avait pour sujet le sacerdoce royal et la figure traitée était celle d’Aaron, premier Grand Sacrificateur, préfiguration de Christ. Au terme de la dernière soirée, les organisateurs ont fait circuler, sur fond musical, un bâton d’Aaron, (qui ressemblait d’ailleurs à s’y méprendre au bâton de Gandalf, en y repensant) et que chaque participant devait pouvoir tenir dans ses mains quelques instants, pour figurer que cette autorité lui était transmise par Christ. Je me souviens que les visages étaient graves, et que beaucoup s’attendaient vraiment à recevoir quelque chose par ce moyen. Pour certains, cela équivalait à avoir part à l’onction d’Aaron, alors qu’en réalité, ce n’était qu’une mise en scène. Une sorte de truc de moniteur de colo chrétienne, qui ne devrait pas (plus) avoir sa place dans le monde des adultes. 

Je crois aux dons de l’Esprit, mais si nous en venions à tolérer ce genre de pratiques dans l’Église, cela reviendrait tôt ou tard à les légitimer. Et il ne faudrait pas longtemps à mon avis avant qu’on se retrouve à applaudir devant un buisson d’épines qui s’allume sur une scène, avec la voix d’un ange qui parle dans une chambre d’écho. Ce qui nous entraînerait à des années-lumière des réalités spirituelles, tandis que toutes les apparences diraient le contraire aux âmes simples. 

Changer l’expression et la compréhension du christianisme

Tout cela contribue évidemment à la transformation de la perception et de la compréhension du christianisme, dans une culture nord américaine très préparée à ce genre de choses : en Floride, vous pouvez déjà faire une expérience immersive dans le Holy Land Experience, parc de loisirs religieux.

Le chemin de croix de Jésus au parc d’attraction Holy Land d’Orlando, Floride« Attendez-vous à être inspiré », dit le slogan du Holy Land à Orlando, un parc d’attractions ayant pour thème l’Ancien et le Nouveau Testament. Un retour 2000 ans en arrière dans une Jérusalem en miniature, avec des manuscrits précieux et des attractions dans un décor de temples et des cavernes plus vrais que nature. Entre promenade spirituelle engagée et expérience biblique originale, Holy Land souhaite « illuminer le véritable sens de votre vie ». 

Un traitement émotionnel de vérités spirituelles

On ne peut reprocher à personne de chercher une solution contre le racisme, et toutes les démarches de sensibilisation, pour une meilleure prise de conscience et pour le recul de mauvaises pratiques, sont positives. Mais la gestion émotionnelle et charnelle de réalités spirituelles ne produira pas les effets recherchés.

Au-delà de ces choses qui seront probablement considérées comme mineures par certains, il y a ici l’occasion de pointer un autre travers du christianisme émotionnel, qui, étant en recherche constante de légitimité du monde, cherchant sa reconnaissance, va logiquement fonctionner au tempo de son actualité.

Soudainement, il faut apporter une réponse au racisme, donner accès à des revendications féministes, prendre des positions compatibles avec les préférences sexuelles qui fleurissent un peu partout : en accrochant son wagon à la locomotive de l’actualité du Monde, l’Église devient la queue et non la tête, pour employer une image pourtant chère à Bethel Church, très attachée au mandat dominioniste. Et le grand piège que ce christianisme ne voit pas venir, consiste à placer l’Église au service de la morale non-croyante du monde, qui ne fonctionne que par pulsions émotionnelles.

Le vrai message

C’est donc l’Église, le corps de Christ, qui doit normalement détenir l’initiative spirituelle, la vision et les réponses et non la moraline d’un monde en pleine apostasie, qui cherche des coupables à son malheur pour exprimer sa victimisation, expression de son narcissisme, lui-même symptôme de son nihilisme inconscient. La vague de victimisation (perte du sens des responsabilités) bat son plein, et l’Église sera tôt ou tard dans le colimateur des accusateurs-lapideurs, ainsi que Dieu, au point que nombre de chrétiens se désolidariseront de la foi, à cause de la pression morale du monde incroyant, ce qui est un comble.

Le racisme n’est pas un démon

Bethel Church s’adresse dans cette vidéo à un esprit, celui du racisme, est-ce juste ? La définition la plus simple du racisme c’est qu’il est une des expressions les plus hideuses des sentiments humains. Jésus dit en effet que « c’est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies » (Marc ajoutant « … cupidité, méchanceté, fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l’orgueil, la folie » 7/22) dans une liste qui est proche de celle des fruits de la chair déclinée par Paul dans sa lettre aux Galates : « l’impudicité, l’impureté, la dissolution, l’idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes, l’envie, l’ivrognerie, les excès de table, et les choses semblables » (5/19).

Ceux qui sont conduits par l’Esprit de Christ savent donc que la solution passe par une prise de conscience personnelle, puis une réforme, mais certainement pas par une incantation ou un exorcisme, qui serait donc un faux enseignement, puisque la solution est ailleurs : « Mais maintenant, renoncez à toutes ces choses, à la colère, à l’animosité, à la méchanceté, à la calomnie, aux paroles déshonnêtes qui pourraient sortir de votre bouche ». Comme toujours, c’est à la croix que se règlent les choses.

Les enjeux de la vérité Si nous laissons penser que le racisme est un démon, ou que ce sont les démons qui sont responsables du racisme, nous faisons des hommes de simples victimes manipulée par de méchantes pensées extérieures. Ce n’est biblique pour aucun des péchés dont la nature humaine peut se rendre coupable. Cela ne signifie pas que les possessions démoniaques n’existent pas, puisque la Bible est très claire sur ce point. Mais que la solution du problème est ailleurs. Et Bethel a pris ici le risque d’entraîner les croyants dans une mauvaise direction.

Jerome Prekel

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