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CES LIVRES QUE ROME A AJOUTÉS À LA BIBLE : Les Apocryphes

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Ces livres que Rome a ajoutés à la Bible

Une question revient parfois, posée avec sincérité : "Pourquoi la Bible catholique contient-elle des livres de plus que la Bible protestante ?" La réponse n'est pas anodine. Elle touche à une question fondamentale : qui a autorité pour définir la Parole de Dieu ? L'Église, ou la Parole elle-même ?


Des livres absents du canon hébreu

Les livres en question sont appelés "deutérocanoniques" par Rome, et "apocryphes" par les protestants et le judaïsme. Il s'agit notamment de Tobit, Judith, les deux livres des Maccabées, la Sagesse de Salomon, le Siracide et Baruch, auxquels s'ajoutent des additions grecques aux livres de Daniel et d'Esther.

Le premier fait à établir est simple : le judaïsme n'a jamais intégré ces livres dans ses Écritures. Or c'est à Israël que les oracles de Dieu ont été confiés (Romains 3:2). Ces écrits ont été composés entre le 3e et le 1er siècle avant Jésus-Christ, soit après la clôture du canon hébreu, et le judaïsme ne leur a jamais reconnu l'autorité des Écritures inspirées.

Plus significatif encore : le Seigneur Jésus cite l'Ancien Testament des centaines de fois. Les apôtres font de même. Ni l'un ni les autres ne citent jamais les apocryphes comme Écriture, avec la formule consacrée "il est écrit". Ce silence est parlant. Il existe dans le Nouveau Testament des allusions à des écrits non canoniques (Jude cite le livre d'Hénoch), mais une allusion n'est pas une citation normative. Jésus lui-même valide le canon hébreu dans sa totalité en parlant "du sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie" (Luc 11:51) : dans la Bible hébraïque, la Genèse est le premier livre et les Chroniques le dernier ; cette formule couvre donc l'ensemble du canon hébreu de la première à la dernière page, et les apocryphes n'en font pas partie.


Jérôme, Trente, et la question de l'intérêt

Jérôme, le grand traducteur de la Vulgate au 4e siècle, connaissait l'hébreu mieux que quiconque en Occident. Il a explicitement rejeté ces livres comme non canoniques dans ses prologues, leur préférant le Hebraica veritas, la vérité du texte hébreu. Il les a néanmoins traduits sous pression, sans jamais leur reconnaître le même statut que les Écritures. Ce détail mérite d'être retenu : le principal traducteur de référence de l'Église catholique était lui-même opposé à leur canonicité.

Il faut être honnête sur un point : certains conciles locaux anciens, comme ceux d'Hippone (393) et de Carthage (397), les incluaient dans leurs listes. Augustin les acceptait. Leur statut n'était donc pas uniformément rejeté dans les premiers siècles. Mais précisément : il n'était pas non plus universellement établi. La question restait ouverte pendant plus d'un millénaire.

Ce qui est historiquement certain, c'est que c'est le Concile de Trente, en 1546, qui les a définis comme canoniques de manière dogmatique et contraignante pour la première fois. Or Trente s'est tenu en réponse directe à la Réforme protestante. Luther, Calvin et leurs successeurs attaquaient avec l'Écriture seule des pratiques que Rome défendait depuis longtemps : le purgatoire, les indulgences, les prières pour les morts. Et ce sont précisément ces pratiques que les apocryphes semblent autoriser, notamment en 2 Maccabées 12:43-46, qui évoque des prières et des offrandes pour les morts en vue de leur délivrance.

La convergence est révélatrice. On ne peut pas prouver que Rome a consciemment canonisé ces livres pour justifier ses doctrines. Mais la séquence historique parle d'elle-même : des pratiques établies depuis des siècles, une attaque réformée qui en exige la justification scripturaire, et une définition dogmatique intervenant au moment précis où la pression est maximale. La chronologie interroge.


Peut-on les lire ? À quelles conditions ?

Refuser l'autorité canonique des apocryphes ne signifie pas les ignorer totalement. Calvin et Luther les connaissaient ; les Maccabées notamment ont une valeur historique réelle pour comprendre la période qui précède le Nouveau Testament. On peut donc les lire comme on lirait Flavius Josèphe ou tout autre écrit juif de la période : comme témoignages historiques, jamais comme autorité doctrinale.

Mais cette lecture exige une vigilance sérieuse. Ces livres contiennent des enseignements qui contredisent directement l'Écriture canonique. Le Siracide et Tobit présentent l'aumône comme capable d'expier les péchés, ce qui contredit radicalement la vérité de la justification par la foi seule (Romains 3:28 ; Éphésiens 2:8-9). La Sagesse de Salomon suggère une préexistence de l'âme avant le corps (Sagesse 8:19-20), doctrine étrangère à toute la révélation biblique. Tobit recourt à la magie pour chasser un démon, pratique explicitement condamnée par l'Écriture (Deutéronome 18:10-12). Et 2 Maccabées fonde la prière pour les morts, alors que l'Écriture ne connaît pas d'intercession efficace en faveur des défunts (Hébreux 9:27).

Ces contradictions ne sont pas mineures. Elles touchent à la justification, à la nature de l'âme, aux pratiques spirituelles et à l'état des morts. Les lire sans discernement, c'est s'exposer à des déformations doctrinales graves. Une étude approfondie de ces erreurs confrontées verset par verset à l'Écriture fera l'objet d'un article séparé.


La racine du problème : qui soumet qui ?

Ce débat sur les apocryphes n'est pas accessoire. Il révèle une divergence structurelle sur l'autorité. Rome pose que l'Église définit le canon, et donc que l'Église, en un sens, se place au-dessus de la Parole. La position réformée est inverse : l'Église reconnaît le canon, elle ne le constitue pas. Les Écritures portent en elles-mêmes leur autorité, et l'Église en est la servante, non la souveraine.

Calvin l'a formulé avec clarté : ce n'est pas parce que l'Église a dit que ces livres sont Parole de Dieu qu'ils le sont. C'est la Parole de Dieu qui s'impose à la conscience par la puissance interne du Saint-Esprit. "Nos consciences ne trouvent pas de repos solide, sinon lorsque Dieu en est l'auteur reconnu." (Institution chrétienne, I, 7)

Lorsque l'institution humaine prend la place de juge sur la Parole, la Parole perd inévitablement sa fonction régulatrice. Les pratiques façonnent alors le texte, au lieu que le texte règle les pratiques. C'est exactement ce que l'histoire du canon catholique illustre.

La Bible que vous avez entre les mains n'est pas le fruit d'une décision conciliaire tardive. Elle est le témoignage que l'Esprit de Dieu a lui-même distingué, reconnu et confirmé au cœur de l'Église fidèle, depuis les origines jusqu'à la Réforme qui en a rappelé le principe fondateur : Sola Scriptura.


L. Gilman

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