DIVORCE ET REMARIAGE SELON LA BIBLE
- L. GILMAN
- il y a 4 heures
- 6 min de lecture

Peu de sujets créent autant de confusion dans les églises aujourd'hui que le divorce et le remariage. On y trouve des couples qui se séparent sans aucun motif biblique et se remarient avec la bénédiction de leur assemblée, et l'on y trouve aussi des personnes converties après un divorce ancien, traitées avec suspicion comme si leur passé portait encore une dette qu'elles devraient payer toute leur vie. Ces deux erreurs viennent du même manque : on ne distingue pas ce que l'Écriture dit réellement, et à qui elle le dit. Le texte central de cette question, 1 Corinthiens 7:10 à 24, répond avec précision aux deux situations. Il faut le lire sans rien y ajouter, et sans rien lui retrancher.
Ce que Dieu interdit au croyant
Paul écrit, sous l'autorité du Seigneur lui même : « Que la femme ne se sépare point de son mari ; et si elle est séparée, qu'elle demeure sans se marier ou qu'elle se réconcilie avec son mari, et que le mari ne répudie point sa femme » (1 Corinthiens 7:10 à 11). Ce commandement vise les personnes mariées dans la foi, c'est à dire des croyants déjà engagés dans l'alliance du mariage. Pour eux, la loi est claire et ne laisse que deux issues en cas de séparation : le célibat ou la réconciliation. Il n'existe pas de troisième chemin dans ce verset.
Quand Dieu permet-il le remariage ?
Le Nouveau Testament reconnaît cependant trois situations qui ouvrent la porte au remariage, et il faut les distinguer selon le degré de clarté avec lequel le texte les affirme.
La plus nette des trois est le veuvage. Paul l'énonce sans la moindre ambiguïté : « Une femme est liée aussi longtemps que son mari est vivant; mais si le mari meurt, elle est libre de se marier à qui elle veut, pourvu que ce soit dans le Seigneur » (1 Corinthiens 7:39). Romains 7:2 confirme ce même principe. La mort dissout le mariage de la façon la plus radicale qui soit, et aucun courant théologique sérieux ne conteste ce droit au remariage.
Vient ensuite l'adultère du conjoint, selon la parole de Jésus : « Quiconque répudie sa femme, sauf pour cause d'infidélité, et en épouse une autre, commet un adultère » (Matthieu 19:9). Le texte autorise explicitement la répudiation pour ce motif, et le droit au remariage qui en découle, bien qu'il ne soit pas répété en autant de mots comme au verset 39, fait l'objet d'un consensus quasi unanime dans l'histoire de l'exégèse, par inférence directe du texte.
Le troisième cas est l'abandon par un conjoint incroyant qui refuse de continuer la vie commune : « Si le non croyant se sépare, qu'il se sépare ; le mari ou la femme n'est pas lié dans ce cas » (1 Corinthiens 7:15). Le verbe employé ici, n'être pas lié, concerne le lien d'obligation conjugale, et la théologie réformée, Calvin en tête, en a très largement déduit un droit au remariage. C'est une inférence solide, mais un peu moins frontale dans le texte lui même que les deux cas précédents.
En dehors de ces trois situations explicitement nommées ou clairement déduites de l'Écriture, aucun autre motif ne donne droit au remariage selon le texte.
Le cas de la violence conjugale mérite un développement à part, car il exige de séparer ce qui est certain de ce qui reste disputé. Ce qui est certain, c'est que la séparation physique d'un conjoint violent n'est pas une simple tolérance accordée à contrecœur, c'est un devoir de l'Église. Le mariage repose sur l'amour sacrificiel du mari pour sa femme, à l'image du Christ pour l'Église, qui doit la nourrir et la choyer comme son propre corps (Éphésiens 5:25 à 29). Celui qui frappe son conjoint agit à l'exact opposé de ce que le texte exige de lui. Paul écrit aussi que celui qui ne prend pas soin des siens a renié la foi (1 Timothée 5:8), et la violence n'est pas une négligence, c'est l'inverse actif du soin dû. Aucune église fidèle au texte ne devrait jamais demander à une victime de rester sous le même toit que son agresseur par souci du témoignage ou par fausse soumission.
Ce qui reste disputé, en revanche, c'est le droit au remariage après cette séparation, et il faut le dire avec honnêteté plutôt que de trancher comme s'il existait un consensus qui n'existe pas. Deux positions sérieuses coexistent dans la théologie réformée. La première rattache la violence à l'abandon du verset 15 par extension : un conjoint qui agresse l'autre rompt le pacte dans sa substance même s'il reste physiquement présent, ce qui ouvrirait le même droit au remariage que l'abandon caractérisé. La seconde maintient que la séparation est requise pour la protection, mais que le remariage reste suspendu à l'un des trois motifs textuellement établis, mort, adultère ou abandon caractérisé, ce qui peut signifier, pour une victime, une séparation sans remariage tant que l'agresseur ne commet pas par ailleurs l'un de ces actes. Les deux positions prennent la protection de la victime au sérieux, elles divergent seulement sur la portée du texte concernant le remariage.
Ce qu'il faut comprendre ici, c'est que le mariage repose sur une union réelle, une seule chair selon Genèse 2:24, et que cette union peut être brisée. L'Écriture ne prétend pas qu'elle demeure intacte malgré la rupture, sinon le remariage après la mort, l'adultère ou l'abandon serait lui même impossible à justifier. Mais elle ne donne ce droit qu'à la mort, à l'adultère et à l'abandon par l'incroyant. Toute séparation survenue du vivant des deux conjoints, sans adultère ni abandon caractérisé, reste une désobéissance si elle s'accompagne d'un remariage, et toute église qui bénit un tel remariage approuve ce que le texte interdit. Ce n'est pas une affaire de jugement sévère, c'est une affaire de fidélité au texte.
Ce que Dieu efface pour celui qui était hors de la foi
La situation change radicalement lorsque le divorce a eu lieu avant la conversion. Beaucoup de chrétiens vivent dans une confusion douloureuse sur ce point, certains pensant que leur passé pèse encore sur leur nouvelle vie, comme une faute jamais entièrement levée.
Paul pose le principe qui répond à cette confusion : « Que chacun demeure dans l'état où il était lorsqu'il a été appelé » (1 Corinthiens 7:20). Il applique ce principe à la circoncision et à la condition d'esclave dans ce même passage, mais le fondement est plus large : la conversion ne demande pas de déconstruire rétroactivement une vie entière, sauf si quelque chose dans cette vie est en cours et doit cesser parce qu'il est intrinsèquement contraire à la sainteté. Un divorce ancien n'est pas une situation en cours. C'est un fait du passé, clos, sur lequel la personne convertie n'a plus aucune prise.
L'exemple de la femme samaritaine illustre cette vérité avec force. Jésus connaît son histoire, cinq maris, et il la nomme sans détour : « Tu as bien dit : je n'ai point de mari » (Jean 4:17). Il ne lui demande pourtant aucune réparation, aucune pénitence pour ses mariages passés avant de lui révéler qu'il est le Messie. Il l'accueille là où elle est.
Il faut cependant être rigoureux sur un point précis, car c'est ici que l'erreur s'installe le plus souvent : ce n'est pas la conversion qui efface l'union d'une seule chair. C'est le divorce lui même, intervenu avant la conversion, qui avait déjà rompu cette union, croyant ou non, converti ou non. La conversion n'est pas l'agent qui dissout un mariage, elle intervient après, sur une situation déjà terminée. Ce que la conversion accomplit, c'est autre chose, et c'est immense : elle efface la culpabilité du péché commis, selon la promesse « Les choses anciennes sont passées » (2 Corinthiens 5:17). Cette parole concerne le statut de la personne devant Dieu, pas une réécriture de son état civil ou relationnel. Confondre les deux conduirait à une absurdité : si la conversion effaçait l'union d'une seule chair en tant que telle, alors un couple marié qui se convertit ensemble verrait son union effacée par sa propre conversion, ce qui est manifestement faux. Leur mariage n'est pas effacé, il est confirmé et sanctifié par la foi commune.
Pour la personne divorcée avant sa conversion, donc, le divorce a rompu l'union passée, et la conversion a effacé la dette morale qui s'y rattachait. Lorsque cette personne rencontre ensuite un croyant et se marie à l'église, il ne s'agit ni d'une tolérance, ni d'une exception accordée par compassion. C'est un mariage pleinement légitime, sans fardeau résiduel, parce que rien dans le texte n'exige qu'elle porte indéfiniment le poids d'une histoire que Dieu lui même a déclarée passée.
Discerner avant de juger ou d'excuser
Ces deux vérités doivent rester ensemble, car une église qui n'en retient qu'une seule tombera dans une erreur grave. Si elle oublie la première, elle finira par bénir n'importe quelle séparation sans discernement, traitant 1 Corinthiens 7:10 à 11 comme une parole dépassée. Si elle oublie la seconde, elle imposera à des croyants pardonnés un soupçon permanent que l'Évangile lui même a levé, faisant peser sur eux une loi que Dieu n'exige pas.
Avant de se prononcer sur une situation de divorce ou de remariage, l'Église devrait toujours poser la même question simple : ce divorce a t il eu lieu avant la conversion de la personne, comme pour la Samaritaine, ou pendant sa vie de croyant, sans motif biblique ? La réponse à cette question, et non la sympathie ou la sévérité du moment, doit gouverner la réponse pastorale.
Dieu ne demande pas à ses enfants de revivre indéfiniment ce qu'il a déjà pardonné. Mais il ne demande pas non plus à son Église d'approuver ce que sa Parole interdit clairement à ceux qui le suivent. Tenir ces deux vérités ensemble, sans en sacrifier aucune, c'est simplement être fidèle au texte.
L. Gilman


Commentaires