INFORME ET VIDE : CE QUE DEVIENT LE COEUR DE L'HOMME SANS LA LUMIÈRE DE DIEU

Il suffit d'observer l'état du monde pour constater que l'homme, malgré ses progrès, ses connaissances et son assurance, porte en lui un vide qu'il ne sait ni nommer ni combler. Il cherche du sens partout, sauf auprès de celui qui le lui a donné. Le prophète Jérémie a vécu au milieu d'une génération semblable, et au chapitre 4 il pousse un cri qui mérite de nous arrêter : « Je regarde la terre, et voici, elle est informe et vide » (Jérémie 4:23). Ce verset, mis en regard du premier chapitre de la Genèse, nous éclaire sur ce qu'est devenu le cœur de l'homme sans Dieu, et sur la seule issue possible.
Une création défaite par le péché
Jérémie décrit d'abord le pays de Juda, que le jugement de Dieu va ravager par l'invasion babylonienne. Mais les deux mots hébreux qu'il emploie pour dire « informe » et « vide » sont exactement ceux de Genèse 1:2, où nous lisons : « La terre était informe et vide… ». Ce rapprochement n'est pas un hasard : le prophète montre un pays dont l'ordre est défait, comme si la création retournait à son état d'avant la parole de Dieu.
Il faut cependant être précis, car le texte ne parle pas directement du cœur de chaque homme. Il parle de la terre de Juda. Pourtant, Jérémie ne laisse pas son lecteur dans l'incertitude sur la cause de ce désastre, puisqu'il l'énonce au verset précédent : « Mon peuple est insensé, il ne me connaît pas ; ce sont des enfants stupides, dépourvus d'intelligence ; ils sont habiles pour faire le mal, mais ils ne savent pas faire le bien » (Jérémie 4:22). Le vide du paysage découle donc du vide des cœurs, et c'est ce diagnostic qui nous permet d'en tirer une application pour tout homme : là où l'on refuse de connaître Dieu, tout finit par se défaire.
Un vide que l'homme a choisi
Regardons maintenant le monde qui nous entoure. Le cœur de l'homme est vide de bon sens, vide de recherche de Dieu, et la Bible ne présente jamais cet état comme un accident. L'apôtre Paul écrit que les hommes, « ayant connu Dieu, ne l'ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres » (Romains 1:21). Le texte dit bien qu'ils ont connu Dieu et qu'ils ne l'ont pas glorifié, ce qui désigne un refus et non une ignorance innocente.
Jésus lui-même l'affirme sans détour : « Et ce jugement c'est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3:19). L'homme n'est donc pas simplement dans l'obscurité, il la préfère, parce que la lumière met à nu ce qu'il voudrait cacher.
Le plus tragique est que cet homme se croit quelqu'un. Paul le dit avec une grande sobriété : « Si quelqu'un pense être quelque chose, quoiqu'il ne soit rien, il s'abuse… » (Galates 6:3). Il se déclare sage, autonome, maître de sa vie, alors qu'il n'est qu'informe et vide sans Dieu. Cette illusion explique que la rébellion soit si tenace, car nul ne cherche un remède à un mal qu'il ne reconnaît pas.
Une précision s'impose pour que l'image reste juste. Au commencement, la terre n'était pas rebelle : son état informe était le point de départ de l'œuvre de Dieu, alors que le cœur de l'homme, lui, est vide par sa propre désobéissance. La comparaison tient donc comme une image et non comme un parallèle exact d'événements, et c'est précisément ce contraste qui met en relief la grâce de Dieu.
Seul Dieu peut dire : que la lumière soit
Si le cœur de l'homme est vide par sa faute, qu'est-ce qui pourrait le remplir ? Ni ses efforts, ni sa religion, ni sa sagesse, car l'Écriture nous dit que l'intelligence des incrédules est aveuglée : « le dieu de ce siècle a aveuglé l'intelligence, afin qu'ils ne vissent pas briller la splendeur de l'Évangile de la gloire de Christ » (2 Corinthiens 4:4). Un aveugle ne se donne pas la vue, et un mort ne se donne pas la vie (Éphésiens 2:1).
Mais nous retrouvons ici la Genèse. Lorsque la terre était informe et vide, que fit Dieu ? « Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut » (Genèse 1:3). Il n'a pas attendu que les ténèbres s'éclaircissent d'elles mêmes, ni demandé au chaos de collaborer. Il a parlé, et sa parole a suffi. Paul rapproche explicitement cet acte créateur de la nouvelle naissance : « Car Dieu, qui a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres, a fait briller la lumière dans nos cœurs, pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christ » (2 Corinthiens 4:6).
Voilà ce que seul Dieu peut accomplir dans un cœur, et c'est pourquoi le salut est une grâce, un don entièrement gratuit, et non le fruit de nos œuvres (Éphésiens 2:8-9). À la fin du récit de la création, Dieu contemple ce que sa parole a produit et déclare que cela est très bon (Genèse 1:31). Ce n'est pas l'homme qui se rend beau pour plaire à Dieu : c'est Dieu qui fait de l'informe quelque chose de beau, afin de pouvoir dire : cela est bon.
Cette vérité ne nous laisse pas passifs, elle nous place à notre vraie place. Examinez d'abord ce que vous avez tenté de mettre dans le vide de votre propre cœur avant de connaître le Seigneur, ou ce que vous tentez peut-être d'y mettre encore, car tout ce qui n'est pas Dieu laisse le vide intact. Reconnaissez ensuite que si vous voyez aujourd'hui la lumière de l'Évangile, vous n'y êtes pour rien : c'est Dieu qui l'a fait briller en vous, et cette conviction étouffe tout orgueil et nourrit une reconnaissance profonde. Quand vous parlez de Christ à ceux qui vous entourent, ne comptez ni sur votre éloquence ni sur la force de vos arguments, mais semez la Parole fidèlement et priez pour que Dieu seul éclaire les cœurs, car lui seul peut dire : que la lumière soit. Enfin, ne vous découragez pas devant l'obscurité du monde, puisque celui qui a fait surgir la lumière au commencement n'a rien perdu de sa puissance.
Le cœur de l'homme sans Dieu est informe et vide, non par fatalité mais par une rébellion volontaire, et il se croit pourtant quelqu'un alors qu'il n'est rien sans son Créateur. Il ne peut changer que si Dieu intervient souverainement pour éclairer ses ténèbres, comme il l'a fait au commencement. À celui qui reçoit cette lumière, la Parole adresse cette assurance : « Car autrefois vous étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (Éphésiens 5:8).
L. Gilman


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