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L'APPEL À UNE MARCHE DIGNE



Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée. Éphésiens 4.1


Avant de lancer son appel, Paul se désigne encore une fois comme le prisonnier dans le Seigneur. En mentionnant le fait qu’il soit prisonnier, il rappelle gentiment à ses lecteurs qu’il sait que marcher d’une manière digne peut coûter cher et qu’il a lui-même payé un prix considérable pour son obéissance au Seigneur. Il ne leur demanderait pas de passer par où lui-même n’est pas passé, ou de payer un prix qu’il n’aurait pas voulu payer lui-même. Du point de vue humain, il est dans une situation qui est loin d’être reluisante, mais il veut que ses lecteurs comprennent qu’elle ne change aucunement son engagement envers le Seigneur ou sa confiance en lui.


L’apôtre n’essaie pas d’attirer la sympathie ou d’utiliser son emprisonnement à Rome comme un moyen de pousser les Éphésiens à obéir à son exhortation par honte. Il leur rappelle encore une fois sa propre soumission à Christ, le fait qu’il est le prisonnier dans le Seigneur qu’il soit en prison ou non. Il est devenu le prisonnier dans le Seigneur sur la route de Damas, et n’a jamais cherché à échapper à cette captivité divine.


Paul a la capacité de voir toutes choses à la lumière de la façon dont elles affectent Christ. Il voit tout sur le plan vertical avant de le voir sur le plan horizontal. Ses motifs, ses normes, ses objectifs, sa vision, et toute son orientation sont ceux de Christ. Tout ce qu’il pense, prépare, dit ou fait est en relation avec son Seigneur. Il est captif du Seigneur Jésus-Christ dans le sens le plus fort du terme.


Beaucoup parmi nous admettront qu’ils ont tendance à être centrés sur eux-mêmes, et à voir toute chose premièrement — et parfois uniquement — en fonction de son effet sur eux-mêmes. Mais celui en qui la Parole de Christ demeure dans toute sa richesse, celui qui sature son esprit de la sagesse et de la vérité divines, demande : « Comment est-ce que cela affecte Dieu ? Que pensera-t-on de lui ? Que veut-il que je fasse de cette difficulté ou de cette bénédiction ? Comment puis-je lui plaire et l’honorer le plus dans cette situation ? » Il essaie de voir toute chose selon l’optique divine. Une telle attitude est le fondement de même que la particularité de la maturité spirituelle. Le chrétien qui a atteint la maturité peut dire avec David : « J’ai constamment l’Éternel sous mes yeux ; quand il est à ma droite, je ne chancelle pas » (Ps 16.8).


Cela ne gêne nullement Paul de supplier les gens de faire ce qu’il sait être bien. Il dit : Je vous exhorte. Le terme grec parakaleô (exhorte) signifie « être appelé à côté de quelqu’un pour l’aider ou pour être aidé ». Il évoque des sentiments intenses, de puissants désirs. Dans ce contexte, ce n’est pas simplement une requête, mais une supplication, une prière. Paul ne fait pas de suggestions, il présente les normes divines, des normes que les croyants doivent suivre pour vivre d’une façon qui soit vraiment digne de leur position d’enfants de Dieu. Paul n’exhorte jamais qui que ce soit en lui laissant le choix d’accepter ou de rejeter son exhortation. Il ne se sent pas en paix tant que ceux qui sont sous ses soins spirituels ne [marchent pas] d’une manière digne de la vocation qui [leur] a été adressée.


Paul supplie le roi Agrippa d’écouter son témoignage (Ac 26.3), il exhorte les Corinthiens à faire montre de miséricorde envers un frère repentant (2 Co 2.8), et supplie les Galates de tenir ferme comme lui dans la liberté que donne l’Évangile (Ga 4.12). Il supplie par un amour intense pour les autres, sauvés ou non. Il dit en parlant des Juifs incrédules : « Je dis la vérité en Christ, je ne mens point, ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit ; j’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair » (Ro 9.1-3).


Les chrétiens ne devraient pas s’offusquer de ce qu’un pasteur les exhorte dans la foi, comme Paul le fait avec ceux envers lesquels il exerce un ministère. Un pasteur qui peut faire son ministère avec détachement ou indifférence n’est pas digne de sa fonction. Cela coûte quelque chose que d’avoir de la sollicitude pour le bien spirituel des autres, et sans la force que Dieu donne c’est frustrant et décevant.


Une enquête auprès des pasteurs faite durant la dernière décennie a révélé que le découragement et même la dépression — ce qu’un auteur a décrit comme la « psychose du combattant » (en anglais : battle fatigue) sont des choses courantes parmi eux. Un bon nombre de ceux qui ont été questionnés ont dit que la partie la plus déprimante de leur ministère était le sentiment de n’avoir jamais fini, d’avoir toujours encore quelque chose à faire, et de voir une bonne partie de ce qu’ils réussissent à accomplir n’être que superficiel et temporaire. Ils ont dit qu’ils ne semblaient jamais avoir assez de temps pour préparer leurs prédications aussi soigneusement qu’ils l’aimeraient, pour visiter et conseiller tous ceux qui ont besoin d’eux, pour aller à toutes les réunions de comités, ou pour accomplir toutes ces autres choses qu’eux-mêmes et les membres de leur Église estiment qu’un pasteur doit faire. Leur travail n’est jamais fini, et plus ils prennent leur travail à cœur plus ils voient de choses à faire. Paul, qui fait lui-même le travail de pasteur, en plus d’être un apôtre et un évangéliste dit aux croyants de Galatie : « Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous » (Ga 4.19). Il souffre de perpétuelles dou leurs d’enfantement à cause de son grand désir de voir ceux dont il s’occupe grandir et atteindre la maturité spirituelle.


Non seulement les pasteurs, mais aussi chaque croyant, devraient avoir la sollicitude de conjurer, d’implorer, de supplier les autres d’obéir à l’Évangile. Tout comme Paul, ils devraient avoir la passion d’[exhorter] leurs frères et soeurs dans la foi à marcher d’une manière digne de la vocation qui [leur] a été adressée, à être tout ce que le Seigneur veut qu’ils soient.


Dans le Nouveau Testament, le verbe marcher désigne souvent la conduite de tous les jours, et c’est là le thème des trois derniers chapitres de l’épître aux Éphésiens. Dans les premiers 16 versets du chapitre 4, Paul met l’accent sur l’unité ; et dans le reste du chapitre, il le met sur la particularité de la marche chrétienne. Dans les chapitres 5 et 6, il met l’accent sur la pureté morale, la sagesse, le contrôle du Saint-Esprit, la conduite dans la famille, et le combat qu’est la marche chrétienne.

Le terme axios (digne) a comme racine l’idée de l’équilibre d’une balance — ce qu’il y a sur un des plateaux doit être équilibré par un poids égal sur l’autre. Par extension, le terme en est venu à être utilisé pour décrire tout ce qui devait correspondre à quelque chose d’autre. Quelqu’un qui est digne de son salaire est quelqu’un dont le travail de la journée correspond à la valeur de son salaire journalier. Le croyant qui marche d’une manière digne de la vocation qui [lui] a été adressée est quelqu’un dont la vie quotidienne correspond à la position élevée qui est celle d’un enfant de Dieu et d’un cohéritier de Christ. Sa vie pratique est à la hauteur de sa position spirituelle.


La vocation qui vous a été adressée est l’appel souverain de Dieu à la conversion (voir 1 Th 2.12). Jésus a dit : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6.44 ; voir aussi v. 65). À une autre occasion, il a dit : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12.32). Paul nous dit que ceux que Dieu « a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés » (Ro 8.30). Comme l’apôtre l’a dit au début de la présente lettre : « Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables devant lui » (Ép 1.4). Personne ne peut être sauvé sans recevoir Jésus-Christ comme son Sauveur. Mais personne ne peut choisir Christ s’il n’a pas déjà lui-même été choisi par le Père et le Fils. Jésus a expliqué à ses disciples : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn 15.16).


Paul mentionne souvent la vocation (klêsis) du croyant, qui, dans ce cas-ci, désigne l’appel souverain et efficace du Seigneur à la conversion (Ro 11.29 ; 1 Co 1.26 ; Ép 1.18 ; 4.1,4 ; Ph 3.14 ; 2 Th 1.11 ; 2 Ti 1.9 ; voir aussi Hé 3.1 ; 2 Pi 1.10).

Si Dieu ne nous avait pas appelés ni choisis, le fait que nous le choisissions serait sans valeur. Ou plutôt : si Dieu ne choisissait pas les hommes, aucun d’eux ne voudrait le choisir par lui-même, parce que l’homme naturel — qui qu’il puisse être — est ennemi de Dieu (Ro 8.7). La vérité merveilleuse de l’Évangile, c’est que Dieu a, non seulement, envoyé son Fils comme moyen de salut (Ro 5.8), mais qu’il l’a aussi envoyé chercher les perdus pour les sauver (Lu 19.10). Dieu ne s’est pas contenté de rendre le salut disponible, il a également appelé à lui ses élus.

C’est pour cela que notre vocation est une « vocation céleste » (Hé 3.1), « une sainte vocation » (2 Ti 1.9). Et c’est pour cela que le chrétien qui répond est déterminé à courir « vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste en Jésus-Christ » (Ph 3.14).


John MacArthur




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