LA PERSÉCUTION SILENCIEUSE
- PHILIPPE TARABON
- 26 janv.
- 4 min de lecture

Hier une sœur dans la foi, le visage durci par une conviction qu'elle croyait juste et une colère profonde, m'a interpellé au cœur d'une petite assemblée. En voici le dialogue…:
MARIE (se levant brusquement, la voix tremblante de conviction) : Tu n'as pas honte, Philippe ?
MOI (surpris, levant les yeux) : Pardon ?
MARIE : Il y a quelques jours, l’association Portes Ouvertes a publié son rapport annuel sur la persécution des chrétiens. Des frères et sœurs meurent pour leur foi. Et toi... toi, la seule chose qui t'intéresse, ce sont les petits bobos de nos églises en France !
MOI (un silence) : Je...
MARIE (coupant) : Non, laisse-moi finir. Pendant que tu écris tes articles sur des « pasteurs toxiques » et des « fausses doctrines », des chrétiens sont torturés en Corée du Nord. Des églises brûlent au Nigeria. Des fillettes sont enlevées au Pakistan. Et toi, qu'est-ce que tu fais ? Tu te plains de nos petits problèmes internes !
MOI (après un long moment) : Tu as raison, Marie.
MARIE (déstabilisée) : Quoi ?
MOI : Tu as raison. Nous devons prier pour nos frères et sœurs persécutés. Ce que je fais chaque matin, d'ailleurs. Mon inquiétude pour ce que tu appelles les « petits bobos » n'empêche pas ma souffrance pour le reste du monde.
MARIE : Alors pourquoi...
MOI (levant doucement la main) : Mais permets-moi quand même de te dire quelque chose. Partout dans le monde, les chrétiens sont persécutés. Et pourtant, partout dans le monde, la démographie chrétienne grimpe. En Chine, en Afrique, en Asie... l'Église croît sous la pression.
MARIE : Exactement ! C'est ce que j'essaie de...
MOI : Partout... sauf en Europe. Sauf en France, Marie. La France est devenue l'un des pays les plus athée au monde.
MARIE (hésitante) : Il y a des raisons sociologiques à...
MOI : Bien sûr. Des tas de raisons. Ce n'est pas le lieu d'en discuter. Mais regarde-nous : nous ressemblons à ce petit village gaulois d'Astérix. Un village d'irréductibles chrétiens, singulièrement évangéliques, qui résiste encore et toujours à la déchristianisation. Qui garde comme son bien le plus précieux la Parole de notre Seigneur.
MARIE (croisant les bras) : Et donc ?
MOI : Donc... si j'étais à la place de nos ennemis et de l'Ennemi… je n'attaquerais pas ce village de front.
MARIE : Qu'est-ce que tu veux dire ?
MOI : Je ne persécuterais pas ces chrétiens français. Nos lois ne le permettraient de toutes façons pas, au nom de la sacro-sainte laïcité. Non, je ferais quelque chose de bien plus subtil, de bien plus efficace.
MARIE (intriguée malgré elle) : Quoi ?
MOI : Je pervertirais ce qu'ils protègent. C'est-à-dire la Parole elle-même.
MARIE (secouant la tête) : Philippe, tu dramatises. Des désaccords théologiques, des styles de leadership différents, ce n'est pas...
MOI (l'interrompant gentiment) : Vois-tu, Marie, nous ne sommes pas en danger en apparence. Personne ne nous persécute. Mais le danger qui nous menace est bien plus pernicieux. Car une fois que la Parole sera pervertie par ces fausses doctrines et ces pasteurs toxiques... nous n'aurons plus rien à protéger. Notre petit village chrétien s'effacera de lui-même.
MARIE : Tu compares vraiment des divergences doctrinales avec la persécution ?
MOI : Je compare deux stratégies de l'ennemi. En réalité, la seule différence entre ces pasteurs toxiques qui infiltrent notre village et les persécuteurs du reste du monde, c'est que ces pasteurs ne persécutent pas au nom d'une autre religion ou d'une idéologie...
MARIE : Mais au nom de quoi alors ?
MOI : Au nom de leur seule soif de pouvoir. Par mercantilisme. Pour bâtir leurs petits empires.
MARIE (plus doucement) : Ce n'est quand même pas la même chose qu'être décapité pour sa foi, Philippe.
MOI : Non. Mais voici l'autre différence, Marie. Et elle est de taille. Là où la persécution réelle fortifie nos frères et sœurs et augmente le nombre de chrétiens… le sang des martyrs étant la semence de l'Église… ici, en France, cette infiltration risque réellement d'éteindre une fois pour toutes la voix de Dieu sur nos terres.
MARIE (s'asseyant lentement) : Tu penses vraiment que c'est si grave ?
MOI : Il restera un évangile frelaté, communautaire, qui ressemblera tellement au monde qu'il n'y aura plus aucune raison de résister. Un christianisme confortable qui ne dérange personne. Pas même le diable.
MARIE (après un long silence) : Je... je n'avais pas vu les choses sous cet angle.
MOI : Les deux combats méritent notre attention, Marie. Les deux ennemis… celui qui tue le corps et celui qui empoisonne l'âme… exigent notre vigilance.
MARIE (relevant les yeux) : Alors tu pries pour les persécutés ?
MOI : Chaque matin. Et je veille sur notre village. Peut-être que dans le royaume de Dieu, il n'y a pas de « petits bobos ». Seulement des blessures différentes qui nécessitent des remèdes différents.
MARIE (tendant la main) : Pardonne-moi. J'ai été injuste.
MOI (prenant sa main) : Tu as soulevé une question importante. C'est tout ce qui compte.
MARIE : Alors... on prie ensemble ? Pour tous nos frères et sœurs ? Ceux qui souffrent au loin et ceux qui s'égarent tout près ?
MOI (souriant) : Oui. Prions.
Philippe Tarabon


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