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LE BUT DE LA GLOSSOLALIE DANS LE NOUVEAU TESTAMENT



Quand Dieu accorde des dons à l'Eglise, il le fait dans un but précis. Si ces dons n'ont plus de raison d'être, il les supprime. Par exemple, il n'accorde plus le don de l'inspiration prophétique, car ce qu'il nous révèle dans la Bible par les prophètes et les apôtres est suffisant pour rendre les hommes sages à salut par la foi en Jésus-Christ (2 Timothée 3: 14-17).


A quoi devaient servir les charismes que le Christ ressuscité accorda aux apôtres et qu'énumère Marc 16: 15-18 ? On nous dit que les disciples "s'en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la parole par les miracles (littéralement: "les signes") qui l'accompagnaient" (Marc 16:20). Ces dons n'étaient donc pas une fin en soi, mais des signes chargés d'authentifier et de confirmer le message des apôtres. Ils attestaient qu'ils étaient dûment mandatés par Dieu, comme les prophètes, et que leur message était d'origine divine.


Voilà pour les charismes en général. Qu'en est-il de la glossolalie en particulier ?


Quand on lit attentivement le livre des Actes, on constate que chaque fois que le don du parler en langues était accordé, des Juifs étaient présents. C'est le cas pour Jérusalem, le jour de la Pentecôte (Actes 2), pour Césarée (Actes 10 et 11) et pour Ephèse (Actes 19). L'Evangile n'avait pas besoin de ce charisme pour se frayer un chemin dans l'empire romain, car on y parlait partout le grec. Mais Israël avait besoin d'un signe. Le peuple de Dieu qui rejeta son Rédempteur devait savoir que le salut serait offert aux païens. Les Juifs venus à Jérusalem pour célébrer la Pentecôte furent surpris d'entendre des Galiléens parler leurs langues. Ils posèrent la question que Dieu voulait leur faire poser : "Que veut dire ceci?" (Actes 2:12). Pierre le leur expliqua, leur montrant qu'une prophétie de Joël était en train de s'accomplir, puis leur annonça l'Evangile. Trois mille Juifs se convertirent le même jour. Le signe avait opéré et accompli le dessein de celui qui l'avait accordé aux apôtres. Il avait "signifié" quelque chose. Pierre conclut sa prédication en disant : "Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié" (Actes 2:36). Israël devait savoir que Dieu le bénissait, lui et toutes les nations, en Christ, que Jésus crucifié et ressuscité était le Messie promis aux Juifs. "La promesse est pour vous et pour vos enfants", dit Pierre aux Juifs qui l'écoutent (Actes 2:39).


Mais Luc nous raconte aussi dans le deuxième texte des Actes où il est question de glossolalie, que les Juifs croyants qui avaient accompagné Pierre à Césarée "furent étonnés de ce que le don du Saint-Esprit était aussi répandu sur les païens, car ils les entendaient parler en langues et glorifier Dieu" (Act 10:45.46). Le don des langues devait donc "signifier" à Israël que le salut apporté par le Christ était aussi destiné aux païens, qu'en lui toutes les nations de la terre seraient bénies, conformément à la promesse faite à Abraham (Genèse 12: 1-3). Pierre l'avait déjà annoncé à la Pentecôte : "La promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera" (Actes 2:39). Il n'était pas évident pour Israël que les païens devaient avoir part au salut par le Messie issu de David. Il y eut bien des réticences à ce sujet parmi les premiers Juifs convertis au christianisme. Un signe s'imposait à Césarée. Dieu le donna.


Quant à la glossolalie dans l'Eglise de Corinthe, Paul l'explique comme un signe du jugement divin. Il cite, en les paraphrasant, Deutéronome 28:49 et Esaïe 28:11.12 : "Il est écrit dans la loi : C'est par des hommes d'une autre langue et par des lèvres d'étrangers que je parlerai à ce peuple, et ils ne m'écouteront même pas ainsi, dit le Seigneur", et il conclut: "Par conséquent, les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les non-croyants" (1 Cor 14:21.22).


Dieu a souvent châtié son peuple rebelle en faisant envahir son pays par des nations étrangères, parlant une autre langue. Moise et Esaïe ont prédit ce type de punition, et leur prophétie s'est accomplie quand les Assyriens et les Babyloniens conquirent la Palestine. La glossolalie est elle aussi, à sa façon, un signe du châtiment dont Dieu frappe son peuple endurci qui rejette le Messie. Connaissant les prédictions de Deutéronome 28 et Esaïe 28, les Juifs incrédules pouvaient savoir ce que le parler en langues dans l'Eglise chrétienne de l'époque signifiait pour eux.


S'il en est ainsi, la glossolalie revêt un caractère temporaire. L'apôtre écrit en effet: "Les prophéties seront abolies, les langues cesseront, la connaissance sera abolie" (1 Cor 13:8). On notera l'emploi de deux verbes différents, "être aboli" et "cesser". Paul ne dit pas que les langues seront abolies, comme le seront les prophéties et la connaissance, mais qu'elles cesseront. De plus, le verbe grec utilisé est conjugué au moyen (ni l'actif, ni le passif) ; le sujet est donc à la fois l'objet de l'action. Ce qui donne en traduction littérale : "les langues cesseront d'elles-mêmes", quand elles n'auront plus de raison d'être, quand le signe qu'elles constituent ne sera plus nécessaire. "Quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel sera aboli" (1 Cor 13:10). L'Eglise chrétienne en était à l'époque apostolique au stade de l'enfance. Certains commentateurs pensent que le temps où "ce qui est parfait sera venu" désigne le salut éternel. Mais ne fait-il pas plutôt allusion à l'époque où l'Eglise n'aura plus besoin de révélation directe, parce qu'elle possédera toute la révélation que le Seigneur veut lui accorder par l'entremise des prophètes et des apôtres ? Si cette interprétation est correcte, le don des langues devait disparaître après l'époque apostolique. Et de fait, l'histoire de l'Eglise chrétienne nous enseigne que la glossolalie ne fut plus pratiquée après la mort des apôtres.


L'Eglise apostolique était l'Eglise chrétienne dans son enfance. C'est ce qui permet aussi à Paul d'affirmer que l'abus auquel la glossolalie donnait lieu à Corinthe était le signe, le symptôme d'un manque de maturité spirituelle. Les chrétiens de cette ville attachaient beaucoup d'importance (beaucoup de trop) aux charismes spectaculaires, à ce qui frappe l'oeil, négligeant l'unité de l'esprit, l'attachement à la vérité, la fraternité, la charité et tout ce qui est fondamental pour l'existence et la vie de l'Eglise chrétienne. 1 Corinthiens est à cet égard plein de reproches.


Aussi l'apôtre leur écrit-il, après avoir énuméré les charismes que Dieu accorde à son peuple : "Je vais encore vous montrer une voie par excellence" (1 Cor 12:31), et exalte-t-il le plus beau des dons, celui qui édifie le mieux l'Eglise chrétienne : la charité (1 Cor 13). Face aux abus engendrés par la glossolalie, il leur dit : "Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement; mais pour la méchanceté, soyez enfants, et, à l'égard du jugement, soyez des hommes faits", c'est-à- dire hommes mûrs, des adultes (1 Cor 14:20). Celui qui prophétise édifie l'Eglise, tandis que celui qui parle en langues est seul à s'édifier (1 Cor 14:3.4). Les Corinthiens avaient trop tendance à se comporter comme des enfants, à attirer l'attention sur eux, à se faire valoir en s'adonnant au parler en langues. Ils agissaient de façon égocentrique et vaniteuse, au lieu de songer au bien-être spirituel de leur communauté.


Quand le don des langues cessa-t-il ?

Rappelons qu'il était un signe que Dieu accorda à l'Eglise chrétienne naissante, un symptôme de son enfance, et plus particulièrement un signe du jugement dont il frappait Israël, attestant en même temps à son peuple apostat qu'il se tournait vers les païens et offrait le salut aux hommes de toutes les langues. On peut donc admettre que la glossolalie disparut quand elle eut cessé de remplir le rôle que Dieu lui avait assigné. Cette disparition ne fut sans doute pas brutale Toujours est-il qu'après la mort des apôtres nous n'avons pratiquement plus de témoignages quant à la pratique de la glossolalie. Irénée (ca. 115-202) raconte qu'à son époque des frères « avaient des dons prophétiques et parlaient par l'Esprit en toutes sortes de langues » (Adversus Haereses V,6). Il s'agit peut-être d'un phénomène isolé. Ce Père de l'Eglise n'affirme nulle part que ce charisme avait survécu dans l'Eglise depuis l'époque apostolique. Tertullien (ca. 150-230) en parle également (De Anima, c. 9). Mais on sait que ce Père de l'Eglise s'est tourné au cours de sa carrière vers le montanisme, une secte qui exaltait entre autres les dons extraordinaires de l'Esprit et que condamnait l'Eglise de l'époque. Dans son commentaire de 1 Corinthiens 14, Chrysostome (345-407) parle de la glossolalie comme d'une chose mystérieuse qui échappe à son entendement. Constantinople est le théâtre de scènes extatiques où on profère des sons inarticulés, pousse des cris, à grand renfort de gestes désordonnés et de convulsions. Chrysostome désapprouve fermement de telles manifestations (Homélie sur Esaïe 6:2). On retrouve la glossolalie de façon intermittente dans l'histoire de certains ordres mendiants du XIII siècle, chez des "prophètes" anglais du XVI siècle, les disciples de Georges Fox, les jansénistes en France et dans des mouvements de réveil du siècle dernier (Angleterre, Irlande, Suède, Amérique). Mentionnons aussi les "prophètes" chez les camisards, au début du XVIIII siècle. Les terribles souffrances que la révocation de l'édit de Nantes avait imposées aux Huguenots avaient exaspéré leurs sentiments et conféré à leur foi et leur espérance une exaltation qui donnait à leurs réunions clandestines une allure rappelant certains rassemblements de charismatiques d'aujourd'hui. La glossolalie allait de pair avec la prophétie. Mais les prédictions qu'on attribuait au Saint-Esprit ne se sont pas toujours réalisées. C'est ainsi que les camisards attendaient la résurrection de l'un d'entre eux en 1708, et cette résurrection n'eut pas lieu. Il en est de même des Irvingiens d'Ecosse au XIX siècle. Une grande réserve s'impose donc quant à l'origine et la nature des quelques cas de glossolalie attestés par l'histoire de l'Eglise chrétienne. Si le parler en langues est l'oeuvre du Saint-Esprit, pourquoi son attestation dans l'histoire du christianisme est-elle si inconsistante et intermittente? Si ce don est aussi important que l'affirment les charismatiques, pourquoi ne surgit-il qu'ici et là, dans des communautés qui recherchent et cultivent l'exaltation et en font un ingrédient indispensable de la piété chrétienne ? Il y a eu dans l'histoire de l'Eglise chrétienne beaucoup de belles figures de foi et de piété, solidement enracinées dans l'Ecriture Sainte et manifestement remplies du Saint-Esprit, qui ne pratiquaient pas ce charisme. Pourquoi ?

Dc Wilbert Kreiss

Le mouvement charismatique



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