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LE COMBAT SPIRITUEL ET L'ÉVANGILE



Ces dernières années, la question du combat spirituel a pris une grande ampleur… ce que reflète d’ailleurs cette série ! Dans son « Institution Chrétienne », le réformateur Jean Calvin évoque Satan, son pouvoir, ses limites et la lutte que le chrétien doit mener contre son influence, mais il n’en fait pas un chapitre à part. Le Nouveau Testament, de même, est très sobre ; les épîtres ne contiennent que quelques exhortations bien limitées par rapport à d’autres développements.


La victoire de Christ et la souveraineté de Dieu


Il est donc nécessaire de placer le combat spirituel dans le contexte de l’ensemble de la révélation. Depuis la chute (Genèse 3), toute la création est touchée par la corruption. L’être humain est ainsi vulnérable aux attaques du diable qui peut lui infliger des maladies, l’accuser, lui faire peur, l’inciter à désobéir à Dieu ou provoquer des catastrophes naturelles. La lutte contre le diable et les démons n’est pas terminée, les dégâts infligés peuvent encore être importants mais la victoire est déjà remportée par Jésus. La souveraineté de Dieu n’est en aucun cas limitée par le diable. Toute l’action de ce dernier reste soumise à la volonté et à la puissance divines.

En venant dans le monde, Jésus avait pour but de détruire les œuvres du diable (1 Jn 3,8) : il l’a vaincu à la croix et il garantit la vie éternelle, sans la présence, les conséquences ni l’attrait du mal à tout enfant de Dieu (Ap 21-22). Par ses nombreux miracles, Jésus est venu attester qu’il était bien le Messie attendu (Mt 11,3-5) et ses exorcismes annonçaient la venue du Royaume (Lc 11,20).

Le chrétien ne doit donc ni reproduire les miracles de Jésus, ni partir chasser des démons comme Jésus le faisait[1], ni chercher à expulser les démons des chrétiens qui seraient « démonisés »[2]. Sa lutte spirituelle se vit dans le cadre des conséquences de son union à Christ.


Les conséquences de la victoire de Christ sur la manière de mener le combat


Paul décrit son ministère d’évangéliste au roi Agrippa : il est envoyé pour que les païens passent de la puissance de Satan à celle de Dieu (Ac 26,18). C’est ainsi que Paul a « annoncé [aux Juifs et aux non-Juifs] qu’ils devaient se repentir et se tourner vers Dieu en adoptant une manière d’agir qui confirme leur changement d’attitude. »[3] Il prêche l’Évangile, exhorte ses auditeurs à la repentance, la foi et l’obéissance à Dieu.

De même, la lutte contre le diable s’appuie sur l’œuvre accomplie de Christ. Le chrétien résiste donc au diable par son choix de continuer à obéir aux commandements divins, de se repentir lorsqu’il pèche et de rechercher à refléter l’amour de Christ dans ses relations avec les autres personnes. Il manifeste ainsi son changement d’allégeance puisqu’il a reconnu Christ comme son roi, son maître. Il sait aussi qu’il doit prendre part au combat de toutes ses forces, faire tous ses efforts possibles (2 P 1,5-8)… parce qu’il a tout reçu de Christ (2 P 1,3-4), y compris la volonté de mettre en œuvre son salut (Ph 2,12-13).

La lutte spirituelle s’inscrit donc dans la durée. Il ne suffit pas de chasser le démon de la colère pour ne plus tomber dans ce piège. Paul conclut son enseignement sur le combat spirituel par un appel à la persévérance (Ep 6,18) ; les raccourcis, si tentants soient-ils, ne correspondent pas au message de l’Évangile. Parce que Christ lui en donne les forces et la volonté par son Esprit, le croyant cherche à faire mourir les mauvais désirs qui restent encore en lui en s’efforçant de se laisser transformer par Dieu (Rm 8,12-14).

L’action du diable peut être résumée par cinq verbes qui commencent tous par la même lettre (moyen mnémotechnique [4]) :


– Il cherche à faire douter de l’amour et des promesses de Dieu : « Dieu a-t-il vraiment dit… » (Gn 3,1). Nous résistons par la foi en Dieu et en ses promesses (Ep 6,16).

– Il distrait de Christ, par la séduction de ce monde (Ap 13,14 ; 2 Th 2,9-11). Nous sommes invités à regarder aux choses invisibles, éternelles (2 Co 4,18), sans nous laisser éblouir par ce monde (1 Jn 2,15-17).

– Il cherche à diviser les Églises (2 Co 2,10-11) alors que la Bible exhorte à conserver l’unité de l’Esprit (Ep 4,1-6).

– Il décourage les croyants par des afflictions et en leur rappelant leur péché (Jb 1-2 ; Za 3,1 ; Ap 12,10). Jésus nous encourage car il a jugé et vaincu le monde et jeté dehors l’usurpateur qui se fait appeler le prince de ce monde (Jn 12,31; 16,33).

– Il détruit (Jn 8,44 ; 1 P 5,8). Mais l’Ecriture rappelle la victoire de Christ (Col 2,15) dont bénéficient tous ceux qui lui abandonnent leur vie (Ap 12,11). Gardé par la puissance de Dieu, le croyant, malgré les épreuves et sa propre faiblesse, recevra, par grâce, un héritage éternel et incorruptible (1 P 1,3-6).


Olivier Charvin



[1] David POWLISON, « Combattre le bon combat », La Maison de La Bible, 2002, développe magistralement cette réalité importante.

[2] Olivier CHARVIN, « Le chrétien et l’influence démoniaque », La Revue réformée 267, 2013/4, Juillet 2013, donne des appuis bibliques plus détaillés. https://larevuereformee.net/articlerr/n267/le-chretien-et-linfluence-demoniaque

[3] Actes 26,20, Segond 21.

[4] Je suis redevable à Olivier REBER pour l’idée.

[5] 1 Thessaloniciens 1,9-10, Segond 21.

[6] 2 Thessaloniciens 3,3, Segond 21. La Bible Semeur 2015 traduit « mal » par « diable ».

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