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LE FILS APPELÉ PÈRE DANS ESAÏE 9, POURQUOI ?

esaïe 9

Il y a des versets qu'on lit vite, et des versets devant lesquels il faut s'arrêter. Ésaïe 9 fait partie de la seconde catégorie. « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, et la domination reposera sur son épaule ; on l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. » (Ésaïe 9:6)


Le prophète annonce la naissance d'un enfant qui portera cinq titres, et parmi eux, un titre qui semble, à première lecture, ébranler ce que nous confessons de la Trinité. Nous croyons en un seul Dieu en trois personnes distinctes, le Père, le Fils et le Saint Esprit, et nous savons que le Fils n'est pas le Père. Alors pourquoi cette prophétie messianique appelle t-elle l'enfant à naître Père éternel ? Ce verset ne contredit rien de notre foi. Il l'approfondit, et il mérite d'être compris pour ce qu'il dit réellement, non pour ce qu'il semble dire à une lecture rapide.


Un titre hébraïque, pas une identité de personne


En hébreu, l'expression rendue par Père éternel signifie littéralement Père de l'éternité. Cette construction, père de quelque chose, est un tour familier des Écritures pour désigner l'origine, la source ou le caractère durable d'une réalité, et non une filiation biologique. Job demande si la pluie a un père (Job 38:28), sans imaginer une paternité littérale, mais pour interroger son origine. Jésus dit du diable qu'il est le père du mensonge (Jean 8:44), c'est à dire son auteur et sa source, non son géniteur au sens propre. C'est ce même usage qui éclaire Ésaïe 9. Appeler le Fils Père de l'éternité, c'est affirmer qu'il est l'auteur, le possesseur et le garant de l'éternité elle même. Ce n'est pas confondre les personnes de la Trinité, c'est proclamer la nature divine et incréée de celui qui va naître.


Il faut aussi comprendre ce titre dans son sens royal. Un roi de l'Orient ancien était souvent appelé père de son peuple, non parce qu'il les avait engendrés, mais parce qu'il devait les protéger, les nourrir et les gouverner comme un père veille sur sa maison. Ésaïe applique cette image au Messie, mais en la portant à une échelle que nul roi terrestre ne peut atteindre. Les rois humains meurent et quittent leur peuple après un règne limité. Celui dont parle Ésaïe régnera et bénira son peuple sans fin, avec une fidélité paternelle qui ne connaîtra jamais de terme.


Ce que ce titre révèle sur la personne du Christ


Ce que le prophète affirme ici est d'une portée immense. Le Fils reçoit, dans le même verset, le titre de Dieu puissant, le même que celui donné à l'Éternel lui même quelques versets plus loin (Ésaïe 10:21), et le titre de Père de l'éternité. Ces deux titres, placés côte à côte, ne laissent aucune place à un Messie qui serait seulement un grand homme ou un roi inspiré. Celui qui naîtra possède la nature divine dans sa plénitude. Or l'éternité n'est pas une propriété exclusive du Père dans la Trinité. Elle appartient également au Fils et à l'Esprit, puisque les trois personnes partagent une seule et même nature divine, indivisible et éternelle. Dire que le Fils est éternel n'efface donc pas sa distinction personnelle d'avec le Père, cela confirme simplement qu'il est pleinement Dieu. La distinction entre les personnes concerne leurs relations éternelles les unes envers les autres, non la possession de la divinité elle même, que chacune détient tout entière.


Jean Calvin, dans son commentaire sur ce passage, situe ce titre dans la même perspective. Il y voit l'affirmation que le bonheur apporté par le Christ ne sera pas temporaire, mais s'étend à toute la durée pendant laquelle l'Église est conduite jusqu'à son accomplissement final en lui. Ce n'est donc pas un accident de traduction ni une formule vague. C'est une déclaration précise sur la personne du Messie, cohérente avec tout le témoignage biblique sur sa divinité.


Un verset que deux erreurs doivent neutraliser


Il est révélateur de voir comment ce texte est manié par ceux qui rejettent la doctrine trinitaire, chacun à sa manière.


Les pentecôtistes unitariens, appelés parfois Oneness, en font l'un de leurs textes favoris pour nier toute distinction de personnes en Dieu. Ils lisent Père éternel au sens le plus littéral possible et concluent que Jésus est le Père incarné, une seule personne portant plusieurs rôles selon les moments, plutôt que le Fils éternellement distinct du Père. Leur raisonnement tient en une phrase : il n'y a qu'un seul Père selon l'Écriture, ce verset appelle le Fils Père, donc le Fils serait le Père. C'est oublier que l'hébreu utilise cette construction pour désigner une fonction ou une source, non une identité de personne, comme on l'a vu plus haut avec le père du mensonge ou le père de la pluie. Si ce raisonnement était valable, il faudrait aussi conclure, à partir d'autres noms hébraïques construits sur le même modèle, que n'importe qui portant un tel nom devient littéralement ce dont son nom parle. Ce n'est pas ainsi que fonctionne la langue biblique.


Les témoins de Jéhovah, à l'inverse, ne contestent pas vraiment le mot Père. Ce qui les gêne dans ce même verset, c'est Dieu puissant, parce que ce titre appliqué à l'enfant à naître va directement contre leur théologie qui fait de Jésus un être créé et inférieur au Père. Ils sont donc contraints de minimiser ce titre, en avançant qu'il désignerait une divinité de rang inférieur à Dieu tout puissant. Cet argument s'effondre pourtant très vite, puisque ce même titre, Dieu puissant, est appliqué à l'Éternel lui même un chapitre plus loin, en Ésaïe 10:21. Le texte ne connaît pas deux catégories de divinité, une grande et une petite. Il applique au Fils exactement ce qu'il applique au Père.


Ainsi, ce même verset doit être neutralisé par deux erreurs opposées, l'une qui nie la distinction des personnes, l'autre qui nie la pleine divinité du Fils. Un texte que deux erreurs contraires doivent chacune désamorcer à leur façon est en réalité un texte qui tient solidement debout entre les deux, et qui confirme la doctrine que l'Église a toujours confessée.



Ce texte n'est pas seulement une affirmation doctrinale à comprendre. Il touche la manière dont vous pouvez vous reposer sur le Christ aujourd'hui, et la manière dont vous pouvez discerner l'erreur quand elle se présente.


D'abord, cela signifie que le règne de Christ sur votre vie n'a pas de date d'expiration. Ce que les rois humains ne peuvent offrir, une fidélité qui ne faiblit jamais, le Christ le donne parce qu'il est lui même l'auteur de l'éternité.


Ensuite, cela vous rappelle que la fidélité du Christ envers vous ne connaît ni pause ni fatigue. Il n'est pas un second Père qui se substituerait à celui vers qui il vous conduit lui même, mais dans son rôle de Berger et de Roi éternel, il exerce envers les siens une sollicitude constante, à l'image d'un père fidèle, une sollicitude qui ne s'épuise jamais, parce qu'il est l'auteur de l'éternité.


Enfin, ce texte vous donne un exemple concret de vigilance doctrinale. Une erreur naît souvent d'un mot isolé de son contexte et poussé au delà de ce qu'il signifie réellement. Savoir lire un titre biblique dans son sens et son usage, plutôt que dans sa première impression, vous protège vous même et protège ceux à qui vous transmettez la Parole.


Conclusion


Ésaïe 9 ne mélange pas les personnes de la Trinité. Il révèle la nature du Fils, éternel, souverain, pleinement Dieu, et pourtant distinct du Père dans sa personne. Ce que le prophète annonçait dans l'attente, l'Évangile le confirme dans l'accomplissement. Le Fils qui nous est donné porte en lui l'éternité elle même, et c'est en cela que repose, aujourd'hui encore, l'espérance de ceux qui se confient en lui.


L. Gilman


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