POURQUOI L'HOMME EST COUPABLE S'IL NE PEUT VENIR À DIEU PAR LUI-MÊME ?

Une objection surgit chaque fois que l’on affirme que nul ne peut venir à Christ si le Père ne l’attire : si l’homme ne peut pas, de quel droit Dieu le tiendrait pour coupable ? Beaucoup de réponses consistent à retirer quelque chose à l’une des deux vérités, soit en diminuant l’incapacité de l’homme, soit en diminuant la souveraineté de Dieu. L’Écriture, elle, garde les deux, et elle montre avec précision où repose la responsabilité : non pas sur la capacité de l’homme, mais sur sa volonté. Jérémie 13:23, Jean 3:19 et Jean 5:40 nous en donnent la clé.
Un homme qui choisit librement ce qu’il aime
L’homme non régénéré n’est contraint par personne. Il choisit, et il choisit librement, mais il choisit selon ce qu’il est, et ce qu’il est, c’est un pécheur dont le cœur incline vers le mal. Dès le lendemain du déluge, Dieu constate que « les pensées du cœur de l’homme sont mauvaises dès sa jeunesse » (Genèse 8:21). Le péché ne lui est pas imposé comme une violence venue de l’extérieur, il y est conduit de toutes parts par ses propres désirs, et il y prend plaisir. Paul décrit des hommes qui ne se contentent pas de pratiquer le mal, mais qui approuvent ceux qui le pratiquent (Romains 1:32), et il rappelle aux Éphésiens qu’ils vivaient autrefois selon les convoitises de leur chair, accomplissant ce que la chair et leurs pensées voulaient (Éphésiens 2:3).
Jésus dit la même chose sans détour : « Quiconque se livre au péché est esclave du péché » (Jean 8:34). Et à ceux qui le rejetaient, il déclare : « Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père » (Jean 8:44). Remarquez le verbe : vous voulez. L’esclavage dont il parle est un esclavage consenti, aimé, entretenu.
C’est le sens de l’image de Jérémie 13:23. Un Éthiopien ne change pas sa peau, un léopard ne retire pas ses taches, et l’impossibilité est réelle. Mais regardez à qui elle s’applique : à ceux qui sont « accoutumés à faire le mal ». Le texte ne décrit pas des hommes empêchés de bien faire par une main étrangère, il décrit des hommes dont l’habitude du mal est devenue la nature. Et le prophète ne les plaint pas, il les accuse, puisqu’il poursuit en leur reprochant leurs abominations (Jérémie 13:27). L’impossibilité et la culpabilité se tiennent côte à côte dans le même passage.
Il ne vient pas parce qu’il ne veut pas
Quand Jésus parle de ceux qui refusent de venir à lui, il ne dit jamais qu’ils en sont empêchés malgré eux : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! » (Jean 5:40). Devant Jérusalem, il pleure : « Combien de fois ai je voulu rassembler tes enfants… et vous ne l’avez pas voulu ! » (Matthieu 23:37). Le jugement lui même est présenté comme un choix du cœur : « les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3:19). On ne préfère que ce que l’on aime, et l’on ne fuit la lumière que lorsqu’on veut garder ce qu’elle dévoile (Jean 3:20).
Le passage le plus saisissant est sans doute Romains 8:7 et 8, car Paul y place dans une même phrase le refus et l’impuissance : « l’affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas ». Elle ne se soumet pas, et elle ne le peut même pas. Il n’y a pas là deux explications concurrentes, mais une seule réalité vue sous deux angles : l’homme ne peut pas parce qu’il est tout entier tourné contre Dieu, et il est tourné contre Dieu parce qu’il aime son péché. Son incapacité est d’ordre moral, non physique, et c’est pourquoi elle ne l’excuse en rien. Calvin enseignait que l’homme pèche nécessairement, mais volontairement, et c’est exactement ce que l’Écriture nous montre. Paul dit encore que l’homme naturel ne peut pas connaître les choses de l’Esprit de Dieu, parce qu’elles sont une folie à ses yeux (1 Corinthiens 2:14). Ce qui lui paraît folie, il ne le désire pas, et ce qu’il ne désire pas, il ne le choisit pas.
Pourquoi il faut que Dieu change le cœur
Si le problème est un cœur qui aime le péché, alors la seule solution est un autre cœur. C’est précisément ce que Dieu promet : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair » (Ézéchiel 36:26). Et Jésus confirme : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jean 6:44).
Remarquez que Dieu ne traîne personne de force vers lui. Il fait quelque chose de plus profond : il change ce que l’homme aime, et l’homme vient alors de plein gré, avec joie, sans avoir le sentiment d’être contraint. Ceux qui croient sont nés, dit Jean, non de la volonté de l’homme, mais de Dieu (Jean 1:13). Paul associe les deux vérités dans un même souffle, en exhortant les Philippiens à opérer leur salut avec crainte et tremblement, parce que c’est Dieu qui produit en eux le vouloir et le faire (Philippiens 2:12 et 13).
Cela ferme la bouche à deux objections à la fois. L’homme ne peut pas dire : « Je ne pouvais pas », puisqu’il n’a jamais voulu. Et le croyant ne peut pas dire : « Je me suis converti par mes propres forces », puisque c’est Dieu qui a changé son cœur. Il ne reste alors que ce que Paul décrit en Romains 3:19 : « afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu ».
On demandera peut être : si Dieu seul peut changer le cœur, pourquoi ne le fait il pas pour tous ? Cette question suppose que Dieu devrait cette grâce à chacun, alors qu’une grâce due n’est plus une grâce. Si tous méritent le jugement, Dieu ne fait de tort à personne en laissant des pécheurs à ce qu’ils aiment, et il ne fait de tort à personne non plus en faisant miséricorde à d’autres. Paul pose lui même l’objection, et sa réponse n’est pas une explication mais un rappel : Dieu fait miséricorde à qui il fait miséricorde (Romains 9:14 à 16). L’Écriture ne nous donne pas d’autre raison que son bon plaisir (Matthieu 11:26), et elle nous donne un but : faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde (Romains 9:23). Entre temps, la porte reste ouverte à quiconque vient, car celui qui vient à Christ n’est jamais mis dehors (Jean 6:37).
Il reste, je le reconnais, un mystère que notre logique ne dissipera pas. Mais l’Écriture ne nous demande pas de le résoudre, elle nous demande de nous incliner devant celui qui a tout fait avec sagesse (Romains 9:20 ; 11:33).
Reste à voir ce que cette vérité change pour nous, et elle change au moins quatre choses. D’abord, elle nous interdit de nous cacher derrière notre nature : si nous péchons, c’est parce que nous le voulons, et la repentance commence par cet aveu. Ensuite, elle nous invite à examiner nos désirs plus que nos actes, car le cœur est tortueux par dessus tout (Jérémie 17:9), et c’est lui que Dieu veut renouveler. Elle nous pousse aussi à prier pour ceux qui ne veulent pas de Christ, non pour excuser leur refus, mais pour demander à Dieu de faire ce que nous ne pouvons pas faire, tout en continuant d’annoncer à tous qu’ils ont à se repentir (Actes 17:30). Enfin, elle nous enseigne la reconnaissance : si nous aimons Dieu aujourd’hui, ce n’est pas parce que nous valions mieux que d’autres, mais parce que nous avons été visités.
L’homme n’est pas coupable parce qu’il ne peut pas, il est coupable parce qu’il ne veut pas, et il ne peut pas précisément parce qu’il ne veut pas. Son cœur le porte vers le péché et il y prend plaisir, jusqu’à ce que Dieu, dans sa miséricorde, lui donne un cœur nouveau. Alors celui qui fuyait la lumière se met à la désirer, et il découvre que même ce désir était un don.
« Nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19).
L. Gilman



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