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SE DIRE PÉCHEUR NE SUFFIT PAS

il y a 1 jour
5 min de lecture
PÉCHEUR

Beaucoup de personnes qui se disent chrétiennes reconnaîtront, si on le leur demande, qu'elles sont pécheresses. Mais peu d'entre elles ont vu leur cœur comme Dieu le voit. Elles pensent, au fond, être globalement de bonnes personnes. Elles se comparent à plus mauvais qu'elles, et elles supposent que Dieu, voyant leur sincérité et leurs efforts, ne pourra que les accueillir dans son royaume, comme s'il ne pouvait en être autrement. Ce n'est pas de la foi, c'est du mérite déguisé en humilité. La véritable repentance ne s'arrête jamais à un aveu de façade. Elle conduit l'âme jusqu'à l'état pitoyable de son propre cœur, et c'est précisément ce que Jésus enseigne dans une parabole restée célèbre, en Luc 18.


La tristesse qui ne change rien

Paul distingue, en 2 Corinthiens 7:10, deux tristesses qui n'ont rien en commun. « En effet, la tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort. » La tristesse du monde, c'est le regret d'avoir été pris, la peur du jugement des autres, la gêne d'être vu tel que l'on est. Elle porte sur les conséquences du péché, jamais sur le péché lui-même devant Dieu. Elle peut même produire des larmes, de vraies larmes, sans jamais produire de changement durable.

La tristesse selon Dieu est d'une autre nature. Paul dit qu'elle a produit chez les Corinthiens de l'empressement, de l'indignation, de la crainte, un désir ardent de purification (2 Corinthiens 7:11). Elle n'est pas seulement un sentiment, elle est un mouvement de tout l'être vers Dieu, et ce mouvement, l'Écriture ne le présente jamais comme le fruit d'un effort de volonté. C'est Dieu lui-même qui l'accorde, comme le rappelle Paul à Timothée, dans l'espérance que Dieu donnera à ses adversaires la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité (2 Timothée 2:25). Voilà pourquoi tant de personnes s'arrêtent à un aveu général de péché sans jamais aller plus loin. Elles ont ressenti quelque chose, parfois sincèrement, mais ce n'est pas la tristesse selon Dieu qui les a saisies. C'est un malaise passager, vite recouvert par l'estime qu'elles ont d'elles-mêmes.


Le pharisien qui se compare, le publicain qui s'effondre

Jésus a raconté cette parabole, précise Luc, en vue de certaines personnes qui se persuadaient d'être justes et qui ne faisaient aucun cas des autres (Luc 18:9). Deux hommes montent au temple pour prier. Le pharisien remercie Dieu de ne pas être comme le reste des hommes, ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain qu'il aperçoit au loin. Il énumère ses mérites, son jeûne, sa dîme. Sa prière n'en est pas vraiment une, c'est un bilan flatteur qu'il dresse devant Dieu en se servant des autres comme point de comparaison.

Le publicain, lui, ne compare à personne. Il se tient à distance, il n'ose même pas lever les yeux au ciel, il se frappe la poitrine, un geste d'angoisse réelle, et il ne dit qu'une chose : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur » (Luc 18:13). Jésus conclut que cet homme redescendit chez lui justifié, et non l'autre (Luc 18:14).

La différence entre les deux hommes n'est pas que l'un ignore le péché et l'autre non. Le pharisien sait très bien que le vol, l'injustice et l'adultère existent, il les nomme même. Sa différence, c'est son point de comparaison. Il se mesure aux autres hommes, et à cette échelle, il se trouve très bien. Le publicain se mesure à Dieu, et à cette échelle, il n'a plus rien à dire pour sa défense. C'est exactement ce qui se joue aujourd'hui chez tant de gens qui se disent chrétiens. Ils admettent une imperfection générale, mais leur référence reste horizontale : je ne suis pas pire que la moyenne, je fais plus de bien que de mal, je suis quelqu'un de correct. Tant que le regard reste posé sur les autres hommes plutôt que sur la sainteté de Dieu, il n'y a pas de repentance, il y a une religion tranquille avec soi-même.


Pourquoi tant de cœurs restent aveugles

Il y a une raison à cet aveuglement, et elle est double. La première tient à la nature même du cœur humain. Jérémie l'a écrit sans nuance : « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : qui peut le connaître ? » (Jérémie 17:9). Le cœur ne se contente pas de cacher le péché aux autres, il se ment d'abord à lui-même. C'est ce que Calvin rappelait déjà au tout début de son enseignement, en montrant que l'homme ne peut véritablement se connaître lui-même qu'en se plaçant devant la sainteté de Dieu, car c'est ce contraste seul qui révèle sa misère réelle. Sans ce vis-à-vis, l'homme se juge toujours d'après lui-même, et il s'en sort toujours bien. Même nos actes de justice, dit Ésaïe, ressemblent à un vêtement souillé une fois placés devant Dieu (Ésaïe 64:6). Ce n'est donc pas seulement le péché ouvert qui est en cause, c'est jusqu'à notre prétendue vertu.

La seconde raison, c'est que voir cela exige plus qu'un enseignement, cela exige un cœur nouveau, et ce cœur nouveau, l'homme ne peut se le donner lui-même. Dieu le promet en ces termes à son peuple : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair » (Ézéchiel 36:26). Beaucoup de personnes n'ont jamais vu la noirceur réelle de leur cœur, non seulement parce qu'on ne le leur a jamais clairement enseigné, un enseignement solide sur la sainteté de Dieu et la gravité du péché étant devenu rare, mais aussi et surtout parce que la grâce ne les a pas touchées. Paul Washer le répète depuis des années à des auditoires entiers qui se croyaient sauvés sans jamais avoir été régénérés, ce sont les faux convertis, ceux qui ont adhéré à un message allégé, sans jamais rencontrer le Dieu saint devant lequel le publicain n'osait même pas lever les yeux. Le cœur de pierre ne se change pas de l'intérieur. Il faut que Dieu agisse, comme lui seul en a le pouvoir et la volonté.

Reconnaître que l'on est pécheur en général ne coûte rien à personne. Voir précisément ce que l'on est, sans les autres pour se comparer, sans l'excuse de la moyenne, sans la consolation du mérite, voilà ce que seule l'œuvre de l'Esprit produit dans un cœur.

Cela ne reste pas une affaire de sentiment. Examinez votre propre repentance : est-elle née d'une gêne devant les hommes ou d'une horreur devant Dieu ? Cessez de mesurer votre état spirituel à celui de votre entourage, et mesurez-le à la sainteté de Dieu telle que l'Écriture la révèle. Demandez à Dieu, comme David, de sonder lui-même votre cœur, car vous ne pouvez pas vous y fier seul : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! Éprouve-moi, et connais mes pensées ! » (Psaume 139:23). Enfin, ne vous satisfaites pas d'un aveu isolé, prononcé un jour et jamais revisité. La vraie repentance porte du fruit qui dure, et c'est ce fruit, plus que la formule employée un soir, qui révèle si le cœur a réellement été touché.



La différence entre le pharisien et le publicain n'était pas la quantité de péché, mais la vérité du regard porté sur soi devant Dieu. L'un s'est jugé bon en se comparant aux hommes, l'autre s'est reconnu perdu en se tenant devant Dieu, et c'est celui là que Dieu a justifié. Que le Seigneur, qui seul donne un cœur nouveau, vous accorde de ne jamais vous arrêter à une repentance de façade, mais de descendre, par sa grâce, jusqu'à la vérité de votre propre cœur.


L. Gilman

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