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LE SECRET DE LA VICTOIRE


EN LUI, LE VAINQUEUR


Le tentateur a peur de Jésus


La crainte est le commencement de la défaite. Je ne veux pas parler de cette crainte qu'inspire le respect, mais de celle qui a peur.

« Défaite » est un mot appartenant au vocabulaire du combattant. Il implique que l'ennemi a été reconnu comme ennemi et qu'on lui a résisté.

Il est des gens qui ne savent pas ce que c'est que la peur parce qu'ils n'ont pas reconnu leur ennemi et ne se sont pas mesurés avec lui. Ils se bornent à se tenir aux limites de la plus faible résistance sans en considérer les conséquences morales. L'absence d'un sentiment de crainte, dans ce cas, est une preuve de lâcheté ou d'enfantillage. Mais là où se livre un combat, où s'échangent des coups, la crainte est un élément démoralisant. Elle reconnaît que quelqu'un de plus fort et de plus grand est dans l'autre camp, déployant toutes ses capacités. Cela fait trembler et reculer. La fausse crainte pense que l'ennemi est plus fort. La vraie crainte le sait. La peur sape toute énergie, tout élan, tout courage et tout entrain dans l'action. Elle est le précurseur de la défaite.


Or, le Tentateur connaît cette crainte. C'est un fait très réconfortant pour nous. Et la crainte qu'il connaît n'est pas une fausse crainte. Elle est fondée sur des expériences et des faits. Il a été aux prises avec Celui qui est plus fort et plus grand que lui. La lutte dans laquelle les deux adversaires se sont mesurés a été sévère et longue. En passant par l'amertume de la défaite, il a appris ce qu'était la crainte. Il a peur de son Vainqueur. Il sait ce qu'il en coûte d'être refoulé pas à pas et mis en déroute, forcé de quitter le terrain du combat. Il n'y a eu sur la terre qu'un seul homme dont Satan ait eu peur, un seul sur lequel il n'ait jamais eu aucune prise et auquel il n'ait pu résister, cet homme, ce fut Jésus-Christ.


Quelque chose de nouveau, d'étrange, se trouvait en cet homme qui le paralysait, le terrifiait, lui, le Tentateur : l'obéissance soutenue, inébranlable à la volonté, au plan qu'un Autre avait fait de Sa vie.



Le Tentateur ne put ébranler Jésus


Le Tentateur n'a pu faire chanceler Jésus. Il ne réussit qu'à ébrécher, émousser et tordre son épée contre le roc de l'obéissance du Fils de Dieu. Le précipice de Nazareth (Luc 4 : 29), les pierres de Jérusalem (Jean 10 : 31), la tempête sur les eaux bleues du lac de Galilée, dont la violence effraya même ces vieux loups de mer qu'étaient les apôtres, toutes ces attaques accumulées ne purent faire broncher le Maître. Il était impossible de pénétrer en Lui. Et toutes les attaques extérieures échouèrent jusqu'au moment où Jésus, dans un but élevé et selon la volonté et la prescience de Dieu, (Actes 2 : 23) livra Sa personne et Sa vie.


Mais notre Seigneur ne se contenta pas de se maintenir sur la défensive, Il fut agressif. Il attaqua Satan. Sa présence ici-bas fut un défi en même temps qu'une offensive. Tout démon chassé, toute maladie guérie, toute marche en avant sur la route tracée, tout instant consacré à son ministère public, toute entrevue personnelle avec un Nicodème cultivé ou un lépreux de Sychem, étaient une offensive contre la place forte de l'Ennemi. Chaque acte d'obéissance à son Père, chaque geste de tendresse envers l'homme, lorsque, mû par une douce et chaude sympathie, Il s'approchait de l'humanité souffrante, chaque humble oubli de Lui-même pour servir autrui, furent des coups portés à « l'homme fort » qu'Il était venu chasser hors du territoire usurpé.

Et le Tentateur fut incapable de résister à ces attaques. Il essuya défaite sur défaite.


Mais il ne suffit pas de proclamer la victoire de Jésus et la crainte que le Maître inspire à Satan. Il nous faut aller plus profond. Qu'y a-t-il derrière cette crainte ? Quelles sont ses causes véritables ?



Sans péché


C'est en Jésus qu'est la réponse à cette question. Du moins le Maître nous donne cinq réponses.


En premier lieu :

Il était sans péché.

Lorsque Satan essaya de pénétrer en Lui, il le scruta minutieusement dans l'espoir de découvrir quelque crevasse ou quelque fissure imperceptible, par laquelle il pourrait se glisser et trouver accès au profond de son âme. En vain : Jésus-Christ était sans péché. Il avait pu défier ses ennemis de Le convaincre de péché (Jean 8 : 46). Terrible défi. Seules la pureté et la vérité absolues pouvaient justifier semblable audace ! Auraient-ils trouvé quelque faute en Lui qu'impitoyables ces hommes eussent immédiate ment crié bien haut leur découverte. De l'avis unanime de tous ceux qui furent mêlés à ses dernière heures, à celles de Son Jugement et de Sa mort, aucune erreur ne put lui être reprochée. Ce commun accord sur Sa Sainteté de la part des douteurs, des sceptiques et des critiques est des plus concluants.

Laissant de côté, pour l'instant, toute discussion sur la nature de la personne de Jésus et sur les théories concernant sa possibilité de pécher, j'affirmerai seulement cette vérité : Jésus n'a pas péché. Il l'a ainsi voulu. Il refusa de pécher. Il résista avec fermeté, force et prière à toute possibilité de pécher.

Le péché est un acte de volonté. Notre Seigneur résolut de ne pas se laisser atteindre par lui. Il avait l'immense avantage de ne pas être handicapé par la lourde hérédité du mal. Aussi, devant les assauts les plus perfides, Il tint bon. Cela exigeait un effort de sa part, une lutte constante. A chaque fois, il Lui fallait prendre une décision. Tout en Lui l'y contraignait et son innocence consista pratiquement à ne pas vouloir pécher.


Une expérience nouvelle pour le Tentateur.

C'était là quelque chose de nouveau pour le Tentateur. Ce fut pour lui une cause de perplexité. Dans toute sa longue carrière de Tentateur, il n'avait jamais encore été mis en présence d'un cas semblable. Une fois seulement, il avait rencontré un couple sur qui ne pesait pas l'héritage du péché et, facilement, ce couple s'était laissé prendre au piège de l'une de ses ruses. Il y avait de cela fort longtemps. Mais cet homme, avec son désir constant de plaire au Père, ce Jésus, était pour lui déconcertant. En sa présence, il restait sans pouvoir.

Etre « sans péché » dans la volonté comme dans l'action, dans le désir comme dans la vie, a été la base de la victoire de notre Seigneur. Et ce fut aussi la base de la défaite de Satan. C'est ce qui donna et donne encore une telle valeur à la mort de Jésus qui s'y livra pour nous. Ce fut une vie " sans péché " qui s'immola au Calvaire. C'est cela même qui donna à Sa mort un caractère unique. Pour Lui-même, Jésus ne l'aurait jamais acceptée. Car la mort est la conséquence logique du péché. Là où il n'y a point de péché, ni d'intention, ni de fait, il ne saurait y avoir de mort. Et pourtant, il fallait qu'elle fût soufferte pour les autres. Tel est le sens de la défaite écrasante que notre Seigneur fit subir au Tentateur.

La perfection de cet homme qui se sacrifia satisfit la justice de Dieu. Satan, n'ayant aucun droit sur Jésus, la croix lui enleva irrémédiablement et à jamais tout droit sur nous, les pécheurs. Ainsi se manifesta l'amour merveilleux qui triompha de l'obstination du coeur humain et le courba, pénitent, dans la douceur de la repentance.

Le péché est la porte d'entrée par laquelle Satan pénètre dans la vie humaine. Où le péché subsiste, la porte est grande ouverte à Satan qui la franchit. Où le péché est exclu, tout accès lui est impossible. Le péché est sa place forte. Il offre à l'Ennemi un abri et une atmosphère excellente. L'absence de péché, au contraire, réduit Satan à l'impuissance. Elle lui coupe l'herbe sous les pieds. Ainsi, par son refus inébranlable de se laisser même effleurer par le péché, Jésus neutralisa la puissance de Satan.


Aucun intérêt personnel

En second lieu : Jésus, en se rendant vainqueur de Satan, ne rechercha aucune gloire personnelle, aucun intérêt propre. Or, comme le péché est, dans son essence, la recherche de ses désirs particuliers, en d'autres termes : la préférence de ses propres inclinations à la volonté de Dieu, nous redisons que Jésus était sans péché. Fixez votre pensée sur ce point pendant quelques instants. Cette attitude n'était chez lui ni négligence, ni insouciance pour sa vie physique. Ce n'est pas être égoïste, en effet, que de veiller sur sa santé ou de pourvoir à l'entretien de ses forces en se procurant l'air, la nourriture, le sommeil, l'exercice et le vêtement nécessaires. Il peut y avoir, sans doute, une exagération dans ces soucis. Mais c'est également une tentation de vouloir trop négliger tous ces devoirs.

Et si vous y réfléchissez bien, une négligence à leur égard est un danger d'égoïsme aussi grand que dans l'autre excès, bien que ce soit un genre d'égoïsme inconscient, irréfléchi et involontaire. C'est pourtant de l'égoïsme parce qu'infailliblement, un jour ou l'autre, celui qui ne se préoccupe pas de ses besoins matériels sera à charge à quelqu'un ou un sujet de préoccupation pour quelqu'autre. Cela l'empêchera ainsi d'être l'appui, l'aide de ceux qui auraient eu besoin de lui. Tout ce qui nuit à soi-même, de quelque manière que ce soit, et qui aurait pu être évité par des soins ou par la réflexion, est encore de l'égoïsme. Jésus, dans sa vie terrestre, ne donna pas lieu à ces critiques. Il laissa un exemple que beaucoup de gens sincères et pieux feraient bien de considérer et d'imiter.

Le renoncement à sa volonté propre ne l'a pas empêché d'avoir conscience de sa personnalité, ni de la grande oeuvre qu'Il devait accomplir. Encore et toujours, Il révéla qui Il était et pourquoi Il était venu : Son Père l'avait envoyé pour accomplir une importante mission parmi les hommes.


Le contraire de l'égoïsme

L'égoïsme, c'est l'amour de soi. Le don de soi révèle un grand amour pour Dieu, ce qui implique aussi un grand amour pour les autres et leurs besoins. Naturellement, la vie tend à nous sortir de nous-mêmes. Mais là où Satan a réussi à faire triompher son influence, tout dévie et converge vers l'intérieur. Et quand ces fleuves d'amour ont suivi cette pente de l'égoïsme, ils se déversent dans une Mer Morte. La vie de bien des hommes, comme de bien des soi-disant chrétiens, est comparable à une Mer Morte. Il nous serait bon d'étudier plus à fond la direction du courant qui nous emporte...

Jamais Jésus ne se laissa entraîner par ce courant, même lorsque sa mère elle-même voulut l'influencer pour qu'Il accomplît un geste qui devançait son heure. Jésus résista toujours à toute sollicitation extérieure (Jean 2 : 4).

Ce sont là deux éléments (négatifs) qui jouent un rôle considérable dans le caractère humain de Jésus et qui sont à la base de sa grande victoire.


Obéissance

Ensuite, trois éléments (positifs) sont encore la cause de la défaite de Satan et de la victoire de notre Seigneur. Jésus fut obéissant. J'ai déjà attiré votre attention sur ce fait. Mais on ne saurait ni trop en parler, ni trop souvent. C'est une vérité en partie perdue par Église : l'obéissance est la loi primordiale de la vraie vie. L'Église a beaucoup servi, mais peu obéi.

Le service peut impliquer beaucoup d'initiatives personnelles, beaucoup d'orgueil, beaucoup d'énergie humaine. Du moins, tout cela s'y trouve. L'obéissance n'est qu'humilité et dépouillement.

Jésus obéit parfaitement. C'était là tout l'effort de ses facultés. Il fallait qu'Il s'exerçât à écouter la volonté de Son Père par l'étude des Écritures et par la prière. Cela demandait un esprit judicieux, un jugement simple et sain. Il vint à la connaissance de la volonté de Son Père par des moyens qui nous sont accessibles à nous aussi. Les anciens rouleaux hébreux lui étaient familiers. Non seulement Il devint très compétent à en expliquer les enseignements, mais Il en connut les termes mêmes. Il parla, à vrai dire, le langage de la Bible. Il est remarquable de constater jusqu'à quel point Ses paroles peuvent se retrouver dans l'Ancien Testament. Il le savait par Coeur.

Et pourtant, souvenez-vous qu'Il n'est parvenu à cette connaissance que par des moyens à la portée de tout homme : par l'examen constant et l'étude approfondie, les mains jointes. Son atelier de charpentier était aussi pour Lui un atelier de labeur spirituel et de prière.

Par la prière, il acquit l'intelligente compréhension de la Parole de Dieu. Il obtint la grâce qui Lui permit d'obéir.

Pour obéir, Il lui fallut prendre d'abord la résolution d'obéir. Ce n'était pas simplement un désir vague, indéterminé. Mais après avoir compris le plan de son Père et après s'en être pénétré, Il décidait d'obéir, pas à pas. Au fur et à mesure que s'approchaient Gethsémané et le Calvaire, Il saisissait tout le terrible poids du fardeau de douleur et de honte qu'entraînait son obéissance, mais Il résolut d'obéir. Au reste, il ne Lui semblait pas plus grand de nourrir les cinq mille affamés, de ressusciter la fille de Jaïrus, de faire sortir Lazare du tombeau, que d'accomplir les petits devoirs de la vie routinière de Nazareth. Tout cela était, pour Lui, le même chemin d'obéissance, dont le principe fondamental était : Ta volonté soit faite.

L'obéissance de Jésus fut, dans sa vie, comme une douce musique : mélodie cadencée de la volonté humaine qui veut s'harmoniser avec celle de Dieu.


Intrépidité

Et maintenant, de ce que nous venons de décrire du caractère de Jésus, découle un autre trait qui fut d'un poids considérable dans la victoire qu'Il remporta sur le Malin : l'intrépidité. Il est vrai de dire que Jésus ne sut jamais ce qu'était la crainte. En rompant avec le péché, Il se libéra de tout sentiment de peur et marcha hardiment de l'avant sans se soucier des circonstances, ni des conséquences. Dès qu'Il entrevoyait le chemin tracé par l'obéissance, rien ne pouvait l'en détourner. Il le suivait en dépit des difficultés.


L'Amour est conquérant

Le cinquième trait du caractère de Jésus découle encore des précédents. Notre Seigneur fut agressif. Il s'avança progressivement, en conquérant, sur la route qui Lui avait été tracée. La peur est lâche. La foi est conquérante. Elle découvre sa voie, puis elle avance, sans broncher, sans que rien ne puisse l'arrêter. La pureté est conquérante. La généreuse passion pour les autres, que Dieu inspire, pousse à toutes les hardiesses. L'amour est conquérant. La bonté est conquérante.

La hardiesse de Jésus fut incomparable. Sa seule présence ici-bas l'indique. Il vint là où régnaient le péché, la misère, la souffrance et la mort. Revêtu d'un esprit de pureté et d'obéissance, Il descendit jusqu'au centre même de la sphère d'action de Satan. C'est de Sa propre volonté qu'Il est venu dans cette humanité corrompue, esclave du démon. Il prit rang dans un monde livré au mal, à la superstition, à toutes les horreurs que peut engendrer le péché, et Sa seule présence y fut un blâme pour Satan et son oeuvre.

Chaque heure, qui s'ajoutait à cette vie faite de pureté, devenait une agression contre le Malin. Chaque battement de Son coeur, plein d'amour et de compassion pour la multitude dispersée comme un troupeau égaré, ouvrait une trouée dans le domaine du Tentateur.

Où est désormais la hardiesse du péché ? Elle ne saurait assurément être comparée à la hardiesse enthousiaste et conquérante de la bonté et de l'amour. Le Tentateur n'est plus l'incarnation de la puissance conquérante. C'est Jésus qui l'est.


Et maintenant, fouillez à fond toute l'ampleur de ces mots : sans péché, sans égoïsme, obéissant, hardi et conquérant, et vous trouverez aisément tous les éléments nécessaires pour comprendre ce que peut représenter l'amour divin. Dieu est amour. Jésus révéla son origine divine par sa vie d'amour. En la vivant, Il donna une nouvelle signification, ou plutôt, Il révéla toute la grandeur et l'étendue de l'amour de Dieu. L'amour est pur. L'amour, c'est le désintéressement le plus complet. L'amour est obéissant. « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime. » (Jean 14 : 21). L'amour ne craint pas. « L'amour parfait bannit la crainte. » (1 Jean 4 : 18). L'amour est conquérant. « Car la charité de Christ nous presse. » (2 Cor. 5 : 14). C'est une force irrésistible, contraignante, qui nous oblige toujours à aller de l'avant pour satisfaire aux appels et aux besoins des hommes.

Ce fut cet amour qui triompha du Prince de la haine. Il est le secret de la victoire.



POUR LES VAINQUEURS

Un appel à la gloire


Notre Maître a parlé encore une fois, depuis le jour où II laissa, sur le sommet du Mont des Oliviers, ce groupe d'hommes dont les yeux étaient restés attachés au ciel. Du milieu de la gloire qui l'entourait, Sa voix se fit encore clairement entendre dans la Révélation de saint Jean. Ce livre, si succinct, qui termine la Bible, débute par le septuple message adressé à son Église Chaque partie de ce message commence par une description de Lui-même. Puis, Il apporte nettement, ouvertement, son jugement sur Église Jugement qui scrute et pénètre. A chaque fois, retentit cet appel final : « A celui qui vaincra » De Son trône de gloire, Il nous conjure de continuer la lutte qu'Il a commencée, et de la terminer, en nous revêtant de la puissance de Sa victoire. Cet « à celui qui vaincra », par sept fois répété, indique bien que le conflit dure toujours, que chacun doit lutter pour lui-même et que tout homme doit vaincre ou être vaincu. La victoire est à nous, si nous le voulons, mais nous ne l'obtiendrons que par la lutte, et une lutte acharnée.


Notre Seigneur remporta la victoire ; Il n'y réussie qu'en combattant. Son plus grand désir est que nous la remportions, nous aussi, et nous n'y réussirons qu'en nous revêtant de Sa propre victoire. Mais il nous faudra lutter. Nul autre moyen d'y parvenir. Même en mettant à profit ce qu'Il nous a mérité, il nous faudra lutter. La victoire est à ce prix.

Dans la chambre haute, le soir de Sa résurrection, Il dit : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie de même. » Nous devons être semblables à Lui, vivre Sa vie, sur la même terre, ayant un même service au coeur, un même Ennemi à repousser et par Sa grâce, la même victoire à remporter.

Il faut que nous soyons comme Lui, des hommes dont Satan a peur ; des hommes qu'il ne saurait ébranler et devant la ferme attitude desquels il s'enfuira.


« Suis-moi »


La question pratique qui se pose est celle-ci :

Comment, vous et moi, pouvons-nous devenir cet homme-là ? Eh ! bien, le Maître nous a appris le secret de la victoire. Il nous faut devenir comme Lui. Contemplons la route qu'Il a nivelée afin que notre pied ne chancelle pas. Souvenons-nous que cinq bornes indicatrices l'échelonnent.


Tout d'abord, le péché doit être banni de nous, si nous voulons être des vainqueurs.

Car le péché permet à Satan de s'agripper à nous. « Mais, vous écriez‑vous, voilà une question tout de suite réglée, car nous avons tous péché. » La réponse est simple. Nous n'avons qu'à déposer notre péché aux pieds de notre Sauveur. Il n'y avait aucun péché en Lui ; mais le péché, notre péché, est retombé sur Lui. Le péché est en nous et sur nous ; or nous avons la possibilité de nous en décharger sur Jésus qui porta le péché du monde. Il est notre Sauveur. Il n'existe pas de verset plus consolant que celui contenu dans les écrits de saint Jean (1 Jean 1 : 7) : « Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout péché. »


Du sein de ce conflit sans pareil, entre l'Armée céleste conduite par Michel et les forces du mal menées par Satan, qui se termina par la victoire de Michel, retentit ce cri : « Ils ont vaincu par le sang de l'Agneau. » (Apoc. 12 : 11). Nous pouvons vaincre tous les jours en nous confiant au sang de l'Agneau. Le Tentateur déteste ce nom et dépose les armes devant Lui. Quand la tentation s'approchera de vous, invoquez la puissance du sang et tous deux, tentation et Tentateur, disparaîtront.

J'ouvrirai ici une parenthèse. C'est une possibilité, pour chacun de nous, d'avoir le désir de ne point pécher. On peut garder en soi la volonté de ne plus pécher (1). Et en tenant ferme cette décision, nous nous libérerons de plus en plus de l'esclavage du péché dans la vie présente. Et cette volonté doit être quotidienne. Elle doit inspirer chacune de nos actions. Elle doit avoir la ténacité qui contrebalancera celle de la tentation.

(1) Cette volonté ne peut empêcher que nous soyions et restions pécheurs. Il ne s'agit pas ici de sanctification parfaite. (N. du traducteur).


La route étroite


Voici la seconde borne : plus d'esprit charnel.

L'esprit charnel, voilà l'esprit de Satan. Par cet esprit charnel, nous ouvrons la porte à toutes les erreurs sataniques. Il s'agit donc de soumettre notre vie de chaque jour à l'action du Saint-Esprit.

Le Saint-Esprit consumera l'ancien esprit charnel. C'est une question de discipline. Je ne voudrais pas que vous tombiez dans une exagération morbide, mais que vous preniez la résolution saine et virile d'élaguer de votre vie tout ce qui pourrait être charnel. Une communion intime avec le Maître vous donnera l'intelligence de ce qui est bon ou mauvais, de ce qu'il faut rejeter ou prendre. Tout ce qui subsistera, tout ce que vous tolérerez en vous d'esprit charnel, diminuera d'autant l'ampleur de la victoire de votre vie.


Voici la troisième borne : obéissance simple et parfaite à la volonté du Père.

L'obéissance est l'unique sentier de la puissance. Nous devrions moins servir et obéir davantage, ou plutôt nous ne devrions jamais nous lancer dans une entreprise sans en avoir entendu l'ordre. Quand Église apprendra-t-elle à mettre l'obéissance avant le service ? C'est à partir de ce moment-là qu'elle connaîtra une nouvelle puissance et de nouveaux triomphes.

Pourtant, pour être intelligente et sage, il faut à l'obéissance, la clairvoyance. Quand Moïse tua l'Égyptien, il fit preuve de zèle mais non de clairvoyance. Paul, en persécutant Église, était plein de zèle, mais non de clairvoyance. Élisée découragé, sous le genêt, Pierre refusant de manger avec les Gentils, chrétiens d'Antioche, étaient convaincus, sincères, mais il leur manquait la clairvoyance. Le secret de la victoire réside en cette clairvoyance des desseins de Dieu et une fidèle, continuelle et inébranlable obéissance. Le Tentateur ne peut rien contre l'homme qui en a ainsi résolu. Il ne peut s'en servir. C'est la route sûre vers la victoire.

Allant hardiment de l'avant


La quatrième borne, c'est la hardiesse.

Rien ne décourage tant le Tentateur, quand il nous assaille, que de se heurter à notre esprit décidé et résolu. Si Satan ne peut travailler dans une atmosphère de confiance, qui l'étonne, Dieu ne peut opérer dans une atmosphère de crainte, qui Le gêne. L'une des phrases le plus souvent répétée dans la Bible est celle-ci : « Ne crains point. » Elle réapparaît comme le refrain d'une douce musique à travers ses pages. Et si nous Lui permettons d'agir en nous, elle deviendra aussi la musique qui accompagnera nos vies. « Ne crains point », voilà le doux murmure qu'Il nous fera entendre à vous et à moi.

Peu importe l'extrémité dans laquelle nous nous trouvons, l'escarpement de la route, les difficultés qui nous assaillent et les grognements du Tentateur. Dieu nous dit : « Ne crains point. » Et pourquoi craindre ? Notre Seigneur a vaincu. A Lui toute la puissance. Et cette puissance, Il la met à notre disposition. Continuons à prier et bannissons à jamais tout sentiment de crainte.

Ce cri de victoire qui retentit dans l'Apocalypse contient deux motifs :


« Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau... »

2° Et par la parole à laquelle ils rendaient témoignage (Apoc. 12 : 11).


Leur voix s'est élevée claire et hardie. L'humain s'est allié au divin. Le témoignage a rendu effective cette puissance de victoire. Une sage audace, la hardiesse de la parole, sapent la puissance du Tentateur.


Aussi n'attribuerons-nous jamais trop d'importance à la cinquième borne : il faut qu'en luttant, nous gagnions du terrain. J

Je ne veux pas dire faire grand bruit et soulever des nuages de poussière, mais imiter la marche en avant, progressive et continue du soleil qui suit sa course. Il faut conquérir avec amour.

Il existe, parmi les chrétiens, un esprit de soumission mièvre qui est à la fois lâche et entâchée de péché. Ils acceptent tout comme venant de Dieu. Ils oublient que la majeure partie de ce qui se présente sur notre route n'est pas la volonté de Dieu, mais le résultat de machinations inventées par le Malin.

Nous devrions avoir l'ambition de pouvoir dire, comme le vieux saint Paul, à la fin d'une noble carrière faite de labeur et de lutte : « J'ai combattu le bon combat. » (2 Timothée 4 : 7). Il est grand besoin, de nos jours, de ces lutteurs sages, posés, sains, résolus à combattre le Malin jusqu'à leur dernier souffle, au nom du Sauveur.


Repousse loin de toi l'erreur

De te croire à jamais vainqueur.

Ton oeuvre sera terminée,

Quand la couronne

Que Dieu nous donne

Sur ton front sera déposée.


Le cri de victoire poussé par les armées de Michel dit encore : « Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole à laquelle ils rendaient témoignage ; et ils n'ont point aimé leur vie, mais ils l'ont exposée à la mort. » Ils ont poussé l'esprit de conquête jusqu'au sacrifice. Il n'est rien qui produise plus d'effet dans la lutte contre Satan que l'esprit de sacrifice ; c'est l'amour qui va jusqu'à donner sa vie pour la cause de la victoire.


L'armure de celui qui vaincra

Paul fait un tableau des plus saisissants de l'homme qui vaincra. Au dernier chapitre de son épître aux Éphésiens, après avoir décrit l'Ennemi que nous avons à combattre, il dépeint le soldat de la milice de Dieu.

Celui qui vaincra doit être un lutteur, revêtu des armes de Dieu,

" ayant la vérité pour ceinture ".. C'est de cette seule manière qu'il faut se saisir de la vérité de Dieu dans Sa Parole. Il faut s'en emparer avec une telle force que les reins en soient ceints, que la vie en soit imprégnée.

« Etant revêtus de la cuirasse de la justice. » Cette cuirasse, c'est une vie propre et pure. « Ayant pour chaussures les dispositions que donne Évangile de paix » : ayant sous les pieds pendant la durée de la lutte le solide appui de Évangile Savoir par une claire intelligence de Évangile que le salut ne peut s'obtenir que par le sang de l'Agneau ; dans la lutte, il n'existe pas de meilleur appui. Tout autre que celui-là vous lâchera au fort de la mêlée, aveuglés par la fumée de la mitraille.

« Prenant, par-dessus tout, le bouclier de la foi. » La foi simple et forte, une foi d'enfant, voilà l'arme défensive la plus sûre contre les attaques de l'ennemi.

« Le casque du salut », c'est l'assurance ferme, inébranlable de son propre salut.

« L'épée de l'esprit », qu'il faut étreindre énergiquement, autant pour lutter contre Satan quand il essaie sa tactique du Désert, que pour travailler parmi les hommes.

Enfin cette description se termine en mettant l'accent sur la nécessité de la prière.

Réunissant les diverses parties de l'armure décrite par saint Paul, résumons simplement ces sept images en une seule : se reposer sur Jésus-Christ tout entier ; c'est là tout Évangile de paix. Se réclamer en toute occasion de la puissance de Sa mort et de Sa Résurrection, puis, une obéissance fondée sur une intelligente compréhension de la Parole, un esprit de hardiesse dans l'attaque comme dans la défense, enfin un esprit de prière confiante qui le soutiendra, l'enveloppera, et sera son souffle inspirateur, telles sont les conditions du vrai lutteur armé pour le combat et pour la victoire.



Tactique de guerre : celle du Tentateur et la nôtre


Démasquer, c'est gagner à moitié la bataille

L'ennemi qui réussit à s'approcher sans être reconnu a déjà remporté la moitié de la bataille. Si nous le démasquons, ce sera un premier avantage gagné. Apprenons à reconnaître les armes dont Satan se sert ; cela nous aidera à le démasquer, à lui résister et à le mettre en déroute.


Permettez-moi de dénoncer, parmi ses tactiques, celle qu'il emploie le plus volontiers contre le corps constitué que nous formons, nous, chrétiens. C'est en effet le corps de Église qui est le centre de ses attaques. Il met toute son ardeur à le diviser. Lui, un acharné de la division, sous quelque déguisement, porte tous ses efforts à séparer les croyants les uns des autres. Il connaît la puissance de l'unité. Pour s'y être heurté personnellement, il sait si bien l'irrésistible force de l'union dans la prière, dans l'action, dans l'inspiration des enfants de Dieu, qu'il fait tout son possible pour détruire l'unité des chrétiens.

Loin de moi l'intention de dénigrer le terme en disant que Satan est un « théologien » fort habile. Tout ce qui peut, d'une manière quelconque, diviser Église ou démembrer quelques groupements de disciples du Christ lui est bon. Je n'ai nullement la pensée de plaider l'unité universelle de Église, car unité, fréquemment, veut dire déloyauté. La fidélité, la loyauté envers l'essentiel de ce qui constitue Évangile de notre Seigneur, comme envers sa Personne seront toujours un empêchement à la réalisation de cette unité qui est le rêve de certains.


Deux tactiques


Mais notre principal sujet aujourd'hui sera l'étude de la tactique de Satan, quand il s'attaque à l'homme. Il s'y prend de deux manières : il le tente et il l'attaque. La tentation est une tentative pour l'induire au mal et le faire dévier insensiblement (ou tout à coup) du droit chemin. L'attaque essaie de le faire tomber sans qu'il s'en doute. Il tenta Adam et Eve, il attaqua Job. Pour le Seigneur, il s'y prit des deux manières. Contre Lui, il mit en action toutes ses armes. Au Désert et quand les Grecs vinrent à Lui, Jésus fut tenté. Mais Il eut à subir les attaques de Satan dans les tempêtes sur le lac que nous racontent les synoptiques, à Gethsémané et sur le Calvaire.

La tentation est pour tous ; l'attaque, pour ceux qui lui résistent. Quand elle échoue, Satan essaie l'attaque.


Que Satan ait attaqué Job, nous prouve la fermeté de sa foi, inébranlable devant les tentations. Il était devenu habile à les dépister sur sa route et leur avait résisté. Le Tentateur, s'étant rendu compte de l'inutilité de ses efforts, changea adroitement de tactique.

Dans la tentation, l'Ennemi cherche à obtenir notre consentement â ses propositions. Dans ses attaques, il agit sans notre collaboration et va aussi loin que les limites assignées par Dieu le lui permettent. L'attaque elle-même devient donc une tentation plus subtile : c'est généralement celle de douter de Dieu, ou de s'éloigner du chemin de l'obéissance par la recherche de soi. L'attaque est donc une épreuve redoutable là où la tentation a échoué.

Dans ses tentations comme dans ses attaques, le Malin déploie la subtilité du serpent. Ou bien, il rampe, insoupçonné, sous les hautes herbes, et mord cruellement au moment où l'on s'y attend le moins, ou bien, il se jette sur sa victime avec la violence d'une tempête soudaine qui descend impétueusement dans la vallée.


Points stratégiques à fortifier


J'attirerai maintenant votre attention sur ses procédés dans les tentations et les attaques.


L'Ennemi s'acharne toujours sur notre partie faible, c'est-à-dire sur le point où il a le plus de chance de succès. S'il réussit, son but est atteint. S'il échoue, il se tourne vers un autre point qu'il juge vulnérable, et ainsi de suite. Au jardin d'Eden, il eut le succès facile. Il est humiliant de constater que notre ancêtre le plus reculé succomba dès la première tentative. Au Désert, il lui fallut porter ses coups en de multiples endroits sans jamais réussir, jusqu'à ce que, découragé, il dut abandonner la place. Mais, d'avoir échoué sur un certain point, ne l'empêche pas de revenir sous un autre déguisement, ne l'oubliez pas.

C'est pour nous une sage tactique que de fortifier tout spécialement notre point faible ou tout autre, susceptible de le devenir. Et comme le point fort d'un homme peut toujours devenir son point faible par un excès de confiance, surveillons tous nos points stratégiques et le plus faible, en particulier.


Puis, rappelons-nous que la méthode favorite du Tentateur est d'agir par l'intermédiaire du corps. Il nous tente par nos appétits et nos désirs. Notre Seigneur fut tout d'abord tenté par la faim. Ce fut une tentation charnelle.