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  • S.D.GORDON

LE SECRET DE LA VICTOIRE


EN LUI, LE VAINQUEUR


Le tentateur a peur de Jésus


La crainte est le commencement de la défaite. Je ne veux pas parler de cette crainte qu'inspire le respect, mais de celle qui a peur.

« Défaite » est un mot appartenant au vocabulaire du combattant. Il implique que l'ennemi a été reconnu comme ennemi et qu'on lui a résisté.

Il est des gens qui ne savent pas ce que c'est que la peur parce qu'ils n'ont pas reconnu leur ennemi et ne se sont pas mesurés avec lui. Ils se bornent à se tenir aux limites de la plus faible résistance sans en considérer les conséquences morales. L'absence d'un sentiment de crainte, dans ce cas, est une preuve de lâcheté ou d'enfantillage. Mais là où se livre un combat, où s'échangent des coups, la crainte est un élément démoralisant. Elle reconnaît que quelqu'un de plus fort et de plus grand est dans l'autre camp, déployant toutes ses capacités. Cela fait trembler et reculer. La fausse crainte pense que l'ennemi est plus fort. La vraie crainte le sait. La peur sape toute énergie, tout élan, tout courage et tout entrain dans l'action. Elle est le précurseur de la défaite.


Or, le Tentateur connaît cette crainte. C'est un fait très réconfortant pour nous. Et la crainte qu'il connaît n'est pas une fausse crainte. Elle est fondée sur des expériences et des faits. Il a été aux prises avec Celui qui est plus fort et plus grand que lui. La lutte dans laquelle les deux adversaires se sont mesurés a été sévère et longue. En passant par l'amertume de la défaite, il a appris ce qu'était la crainte. Il a peur de son Vainqueur. Il sait ce qu'il en coûte d'être refoulé pas à pas et mis en déroute, forcé de quitter le terrain du combat. Il n'y a eu sur la terre qu'un seul homme dont Satan ait eu peur, un seul sur lequel il n'ait jamais eu aucune prise et auquel il n'ait pu résister, cet homme, ce fut Jésus-Christ.


Quelque chose de nouveau, d'étrange, se trouvait en cet homme qui le paralysait, le terrifiait, lui, le Tentateur : l'obéissance soutenue, inébranlable à la volonté, au plan qu'un Autre avait fait de Sa vie.



Le Tentateur ne put ébranler Jésus


Le Tentateur n'a pu faire chanceler Jésus. Il ne réussit qu'à ébrécher, émousser et tordre son épée contre le roc de l'obéissance du Fils de Dieu. Le précipice de Nazareth (Luc 4 : 29), les pierres de Jérusalem (Jean 10 : 31), la tempête sur les eaux bleues du lac de Galilée, dont la violence effraya même ces vieux loups de mer qu'étaient les apôtres, toutes ces attaques accumulées ne purent faire broncher le Maître. Il était impossible de pénétrer en Lui. Et toutes les attaques extérieures échouèrent jusqu'au moment où Jésus, dans un but élevé et selon la volonté et la prescience de Dieu, (Actes 2 : 23) livra Sa personne et Sa vie.


Mais notre Seigneur ne se contenta pas de se maintenir sur la défensive, Il fut agressif. Il attaqua Satan. Sa présence ici-bas fut un défi en même temps qu'une offensive. Tout démon chassé, toute maladie guérie, toute marche en avant sur la route tracée, tout instant consacré à son ministère public, toute entrevue personnelle avec un Nicodème cultivé ou un lépreux de Sychem, étaient une offensive contre la place forte de l'Ennemi. Chaque acte d'obéissance à son Père, chaque geste de tendresse envers l'homme, lorsque, mû par une douce et chaude sympathie, Il s'approchait de l'humanité souffrante, chaque humble oubli de Lui-même pour servir autrui, furent des coups portés à « l'homme fort » qu'Il était venu chasser hors du territoire usurpé.

Et le Tentateur fut incapable de résister à ces attaques. Il essuya défaite sur défaite.


Mais il ne suffit pas de proclamer la victoire de Jésus et la crainte que le Maître inspire à Satan. Il nous faut aller plus profond. Qu'y a-t-il derrière cette crainte ? Quelles sont ses causes véritables ?



Sans péché


C'est en Jésus qu'est la réponse à cette question. Du moins le Maître nous donne cinq réponses.


En premier lieu :

Il était sans péché.

Lorsque Satan essaya de pénétrer en Lui, il le scruta minutieusement dans l'espoir de découvrir quelque crevasse ou quelque fissure imperceptible, par laquelle il pourrait se glisser et trouver accès au profond de son âme. En vain : Jésus-Christ était sans péché. Il avait pu défier ses ennemis de Le convaincre de péché (Jean 8 : 46). Terrible défi. Seules la pureté et la vérité absolues pouvaient justifier semblable audace ! Auraient-ils trouvé quelque faute en Lui qu'impitoyables ces hommes eussent immédiate ment crié bien haut leur découverte. De l'avis unanime de tous ceux qui furent mêlés à ses dernière heures, à celles de Son Jugement et de Sa mort, aucune erreur ne put lui être reprochée. Ce commun accord sur Sa Sainteté de la part des douteurs, des sceptiques et des critiques est des plus concluants.

Laissant de côté, pour l'instant, toute discussion sur la nature de la personne de Jésus et sur les théories concernant sa possibilité de pécher, j'affirmerai seulement cette vérité : Jésus n'a pas péché. Il l'a ainsi voulu. Il refusa de pécher. Il résista avec fermeté, force et prière à toute possibilité de pécher.

Le péché est un acte de volonté. Notre Seigneur résolut de ne pas se laisser atteindre par lui. Il avait l'immense avantage de ne pas être handicapé par la lourde hérédité du mal. Aussi, devant les assauts les plus perfides, Il tint bon. Cela exigeait un effort de sa part, une lutte constante. A chaque fois, il Lui fallait prendre une décision. Tout en Lui l'y contraignait et son innocence consista pratiquement à ne pas vouloir pécher.


Une expérience nouvelle pour le Tentateur.

C'était là quelque chose de nouveau pour le Tentateur. Ce fut pour lui une cause de perplexité. Dans toute sa longue carrière de Tentateur, il n'avait jamais encore été mis en présence d'un cas semblable. Une fois seulement, il avait rencontré un couple sur qui ne pesait pas l'héritage du péché et, facilement, ce couple s'était laissé prendre au piège de l'une de ses ruses. Il y avait de cela fort longtemps. Mais cet homme, avec son désir constant de plaire au Père, ce Jésus, était pour lui déconcertant. En sa présence, il restait sans pouvoir.

Etre « sans péché » dans la volonté comme dans l'action, dans le désir comme dans la vie, a été la base de la victoire de notre Seigneur. Et ce fut aussi la base de la défaite de Satan. C'est ce qui donna et donne encore une telle valeur à la mort de Jésus qui s'y livra pour nous. Ce fut une vie " sans péché " qui s'immola au Calvaire. C'est cela même qui donna à Sa mort un caractère unique. Pour Lui-même, Jésus ne l'aurait jamais acceptée. Car la mort est la conséquence logique du péché. Là où il n'y a point de péché, ni d'intention, ni de fait, il ne saurait y avoir de mort. Et pourtant, il fallait qu'elle fût soufferte pour les autres. Tel est le sens de la défaite écrasante que notre Seigneur fit subir au Tentateur.

La perfection de cet homme qui se sacrifia satisfit la justice de Dieu. Satan, n'ayant aucun droit sur Jésus, la croix lui enleva irrémédiablement et à jamais tout droit sur nous, les pécheurs. Ainsi se manifesta l'amour merveilleux qui triompha de l'obstination du coeur humain et le courba, pénitent, dans la douceur de la repentance.

Le péché est la porte d'entrée par laquelle Satan pénètre dans la vie humaine. Où le péché subsiste, la porte est grande ouverte à Satan qui la franchit. Où le péché est exclu, tout accès lui est impossible. Le péché est sa place forte. Il offre à l'Ennemi un abri et une atmosphère excellente. L'absence de péché, au contraire, réduit Satan à l'impuissance. Elle lui coupe l'herbe sous les pieds. Ainsi, par son refus inébranlable de se laisser même effleurer par le péché, Jésus neutralisa la puissance de Satan.


Aucun intérêt personnel

En second lieu : Jésus, en se rendant vainqueur de Satan, ne rechercha aucune gloire personnelle, aucun intérêt propre. Or, comme le péché est, dans son essence, la recherche de ses désirs particuliers, en d'autres termes : la préférence de ses propres inclinations à la volonté de Dieu, nous redisons que Jésus était sans péché. Fixez votre pensée sur ce point pendant quelques instants. Cette attitude n'était chez lui ni négligence, ni insouciance pour sa vie physique. Ce n'est pas être égoïste, en effet, que de veiller sur sa santé ou de pourvoir à l'entretien de ses forces en se procurant l'air, la nourriture, le sommeil, l'exercice et le vêtement nécessaires. Il peut y avoir, sans doute, une exagération dans ces soucis. Mais c'est également une tentation de vouloir trop négliger tous ces devoirs.

Et si vous y réfléchissez bien, une négligence à leur égard est un danger d'égoïsme aussi grand que dans l'autre excès, bien que ce soit un genre d'égoïsme inconscient, irréfléchi et involontaire. C'est pourtant de l'égoïsme parce qu'infailliblement, un jour ou l'autre, celui qui ne se préoccupe pas de ses besoins matériels sera à charge à quelqu'un ou un sujet de préoccupation pour quelqu'autre. Cela l'empêchera ainsi d'être l'appui, l'aide de ceux qui auraient eu besoin de lui. Tout ce qui nuit à soi-même, de quelque manière que ce soit, et qui aurait pu être évité par des soins ou par la réflexion, est encore de l'égoïsme. Jésus, dans sa vie terrestre, ne donna pas lieu à ces critiques. Il laissa un exemple que beaucoup de gens sincères et pieux feraient bien de considérer et d'imiter.

Le renoncement à sa volonté propre ne l'a pas empêché d'avoir conscience de sa personnalité, ni de la grande oeuvre qu'Il devait accomplir. Encore et toujours, Il révéla qui Il était et pourquoi Il était venu : Son Père l'avait envoyé pour accomplir une importante mission parmi les hommes.


Le contraire de l'égoïsme

L'égoïsme, c'est l'amour de soi. Le don de soi révèle un grand amour pour Dieu, ce qui implique aussi un grand amour pour les autres et leurs besoins. Naturellement, la vie tend à nous sortir de nous-mêmes. Mais là où Satan a réussi à faire triompher son influence, tout dévie et converge vers l'intérieur. Et quand ces fleuves d'amour ont suivi cette pente de l'égoïsme, ils se déversent dans une Mer Morte. La vie de bien des hommes, comme de bien des soi-disant chrétiens, est comparable à une Mer Morte. Il nous serait bon d'étudier plus à fond la direction du courant qui nous emporte...

Jamais Jésus ne se laissa entraîner par ce courant, même lorsque sa mère elle-même voulut l'influencer pour qu'Il accomplît un geste qui devançait son heure. Jésus résista toujours à toute sollicitation extérieure (Jean 2 : 4).

Ce sont là deux éléments (négatifs) qui jouent un rôle considérable dans le caractère humain de Jésus et qui sont à la base de sa grande victoire.


Obéissance

Ensuite, trois éléments (positifs) sont encore la cause de la défaite de Satan et de la victoire de notre Seigneur. Jésus fut obéissant. J'ai déjà attiré votre attention sur ce fait. Mais on ne saurait ni trop en parler, ni trop souvent. C'est une vérité en partie perdue par Église : l'obéissance est la loi primordiale de la vraie vie. L'Église a beaucoup servi, mais peu obéi.

Le service peut impliquer beaucoup d'initiatives personnelles, beaucoup d'orgueil, beaucoup d'énergie humaine. Du moins, tout cela s'y trouve. L'obéissance n'est qu'humilité et dépouillement.

Jésus obéit parfaitement. C'était là tout l'effort de ses facultés. Il fallait qu'Il s'exerçât à écouter la volonté de Son Père par l'étude des Écritures et par la prière. Cela demandait un esprit judicieux, un jugement simple et sain. Il vint à la connaissance de la volonté de Son Père par des moyens qui nous sont accessibles à nous aussi. Les anciens rouleaux hébreux lui étaient familiers. Non seulement Il devint très compétent à en expliquer les enseignements, mais Il en connut les termes mêmes. Il parla, à vrai dire, le langage de la Bible. Il est remarquable de constater jusqu'à quel point Ses paroles peuvent se retrouver dans l'Ancien Testament. Il le savait par Coeur.

Et pourtant, souvenez-vous qu'Il n'est parvenu à cette connaissance que par des moyens à la portée de tout homme : par l'examen constant et l'étude approfondie, les mains jointes. Son atelier de charpentier était aussi pour Lui un atelier de labeur spirituel et de prière.

Par la prière, il acquit l'intelligente compréhension de la Parole de Dieu. Il obtint la grâce qui Lui permit d'obéir.

Pour obéir, Il lui fallut prendre d'abord la résolution d'obéir. Ce n'était pas simplement un désir vague, indéterminé. Mais après avoir compris le plan de son Père et après s'en être pénétré, Il décidait d'obéir, pas à pas. Au fur et à mesure que s'approchaient Gethsémané et le Calvaire, Il saisissait tout le terrible poids du fardeau de douleur et de honte qu'entraînait son obéissance, mais Il résolut d'obéir. Au reste, il ne Lui semblait pas plus grand de nourrir les cinq mille affamés, de ressusciter la fille de Jaïrus, de faire sortir Lazare du tombeau, que d'accomplir les petits devoirs de la vie routinière de Nazareth. Tout cela était, pour Lui, le même chemin d'obéissance, dont le principe fondamental était : Ta volonté soit faite.

L'obéissance de Jésus fut, dans sa vie, comme une douce musique : mélodie cadencée de la volonté humaine qui veut s'harmoniser avec celle de Dieu.


Intrépidité

Et maintenant, de ce que nous venons de décrire du caractère de Jésus, découle un autre trait qui fut d'un poids considérable dans la victoire qu'Il remporta sur le Malin : l'intrépidité. Il est vrai de dire que Jésus ne sut jamais ce qu'était la crainte. En rompant avec le péché, Il se libéra de tout sentiment de peur et marcha hardiment de l'avant sans se soucier des circonstances, ni des conséquences. Dès qu'Il entrevoyait le chemin tracé par l'obéissance, rien ne pouvait l'en détourner. Il le suivait en dépit des difficultés.


L'Amour est conquérant

Le cinquième trait du caractère de Jésus découle encore des précédents. Notre Seigneur fut agressif. Il s'avança progressivement, en conquérant, sur la route qui Lui avait été tracée. La peur est lâche. La foi est conquérante. Elle découvre sa voie, puis elle avance, sans broncher, sans que rien ne puisse l'arrêter. La pureté est conquérante. La généreuse passion pour les autres, que Dieu inspire, pousse à toutes les hardiesses. L'amour est conquérant. La bonté est conquérante.

La hardiesse de Jésus fut incomparable. Sa seule présence ici-bas l'indique. Il vint là où régnaient le péché, la misère, la souffrance et la mort. Revêtu d'un esprit de pureté et d'obéissance, Il descendit jusqu'au centre même de la sphère d'action de Satan. C'est de Sa propre volonté qu'Il est venu dans cette humanité corrompue, esclave du démon. Il prit rang dans un monde livré au mal, à la superstition, à toutes les horreurs que peut engendrer le péché, et Sa seule présence y fut un blâme pour Satan et son oeuvre.

Chaque heure, qui s'ajoutait à cette vie faite de pureté, devenait une agression contre le Malin. Chaque battement de Son coeur, plein d'amour et de compassion pour la multitude dispersée comme un troupeau égaré, ouvrait une trouée dans le domaine du Tentateur.

Où est désormais la hardiesse du péché ? Elle ne saurait assurément être comparée à la hardiesse enthousiaste et conquérante de la bonté et de l'amour. Le Tentateur n'est plus l'incarnation de la puissance conquérante. C'est Jésus qui l'est.


Et maintenant, fouillez à fond toute l'ampleur de ces mots : sans péché, sans égoïsme, obéissant, hardi et conquérant, et vous trouverez aisément tous les éléments nécessaires pour comprendre ce que peut représenter l'amour divin. Dieu est amour. Jésus révéla son origine divine par sa vie d'amour. En la vivant, Il donna une nouvelle signification, ou plutôt, Il révéla toute la grandeur et l'étendue de l'amour de Dieu. L'amour est pur. L'amour, c'est le désintéressement le plus complet. L'amour est obéissant. « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime. » (Jean 14 : 21). L'amour ne craint pas. « L'amour parfait bannit la crainte. » (1 Jean 4 : 18). L'amour est conquérant. « Car la charité de Christ nous presse. » (2 Cor. 5 : 14). C'est une force irrésistible, contraignante, qui nous oblige toujours à aller de l'avant pour satisfaire aux appels et aux besoins des hommes.

Ce fut cet amour qui triompha du Prince de la haine. Il est le secret de la victoire.



POUR LES VAINQUEURS

Un appel à la gloire


Notre Maître a parlé encore une fois, depuis le jour où II laissa, sur le sommet du Mont des Oliviers, ce groupe d'hommes dont les yeux étaient restés attachés au ciel. Du milieu de la gloire qui l'entourait, Sa voix se fit encore clairement entendre dans la Révélation de saint Jean. Ce livre, si succinct, qui termine la Bible, débute par le septuple message adressé à son Église Chaque partie de ce message commence par une description de Lui-même. Puis, Il apporte nettement, ouvertement, son jugement sur Église Jugement qui scrute et pénètre. A chaque fois, retentit cet appel final : « A celui qui vaincra » De Son trône de gloire, Il nous conjure de continuer la lutte qu'Il a commencée, et de la terminer, en nous revêtant de la puissance de Sa victoire. Cet « à celui qui vaincra », par sept fois répété, indique bien que le conflit dure toujours, que chacun doit lutter pour lui-même et que tout homme doit vaincre ou être vaincu. La victoire est à nous, si nous le voulons, mais nous ne l'obtiendrons que par la lutte, et une lutte acharnée.


Notre Seigneur remporta la victoire ; Il n'y réussie qu'en combattant. Son plus grand désir est que nous la remportions, nous aussi, et nous n'y réussirons qu'en nous revêtant de Sa propre victoire. Mais il nous faudra lutter. Nul autre moyen d'y parvenir. Même en mettant à profit ce qu'Il nous a mérité, il nous faudra lutter. La victoire est à ce prix.

Dans la chambre haute, le soir de Sa résurrection, Il dit : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie de même. » Nous devons être semblables à Lui, vivre Sa vie, sur la même terre, ayant un même service au coeur, un même Ennemi à repousser et par Sa grâce, la même victoire à remporter.

Il faut que nous soyons comme Lui, des hommes dont Satan a peur ; des hommes qu'il ne saurait ébranler et devant la ferme attitude desquels il s'enfuira.


« Suis-moi »


La question pratique qui se pose est celle-ci :

Comment, vous et moi, pouvons-nous devenir cet homme-là ? Eh ! bien, le Maître nous a appris le secret de la victoire. Il nous faut devenir comme Lui. Contemplons la route qu'Il a nivelée afin que notre pied ne chancelle pas. Souvenons-nous que cinq bornes indicatrices l'échelonnent.


Tout d'abord, le péché doit être banni de nous, si nous voulons être des vainqueurs.

Car le péché permet à Satan de s'agripper à nous. « Mais, vous écriez‑vous, voilà une question tout de suite réglée, car nous avons tous péché. » La réponse est simple. Nous n'avons qu'à déposer notre péché aux pieds de notre Sauveur. Il n'y avait aucun péché en Lui ; mais le péché, notre péché, est retombé sur Lui. Le péché est en nous et sur nous ; or nous avons la possibilité de nous en décharger sur Jésus qui porta le péché du monde. Il est notre Sauveur. Il n'existe pas de verset plus consolant que celui contenu dans les écrits de saint Jean (1 Jean 1 : 7) : « Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout péché. »


Du sein de ce conflit sans pareil, entre l'Armée céleste conduite par Michel et les forces du mal menées par Satan, qui se termina par la victoire de Michel, retentit ce cri : « Ils ont vaincu par le sang de l'Agneau. » (Apoc. 12 : 11). Nous pouvons vaincre tous les jours en nous confiant au sang de l'Agneau. Le Tentateur déteste ce nom et dépose les armes devant Lui. Quand la tentation s'approchera de vous, invoquez la puissance du sang et tous deux, tentation et Tentateur, disparaîtront.

J'ouvrirai ici une parenthèse. C'est une possibilité, pour chacun de nous, d'avoir le désir de ne point pécher. On peut garder en soi la volonté de ne plus pécher (1). Et en tenant ferme cette décision, nous nous libérerons de plus en plus de l'esclavage du péché dans la vie présente. Et cette volonté doit être quotidienne. Elle doit inspirer chacune de nos actions. Elle doit avoir la ténacité qui contrebalancera celle de la tentation.

(1) Cette volonté ne peut empêcher que nous soyions et restions pécheurs. Il ne s'agit pas ici de sanctification parfaite. (N. du traducteur).


La route étroite


Voici la seconde borne : plus d'esprit charnel.

L'esprit charnel, voilà l'esprit de Satan. Par cet esprit charnel, nous ouvrons la porte à toutes les erreurs sataniques. Il s'agit donc de soumettre notre vie de chaque jour à l'action du Saint-Esprit.

Le Saint-Esprit consumera l'ancien esprit charnel. C'est une question de discipline. Je ne voudrais pas que vous tombiez dans une exagération morbide, mais que vous preniez la résolution saine et virile d'élaguer de votre vie tout ce qui pourrait être charnel. Une communion intime avec le Maître vous donnera l'intelligence de ce qui est bon ou mauvais, de ce qu'il faut rejeter ou prendre. Tout ce qui subsistera, tout ce que vous tolérerez en vous d'esprit charnel, diminuera d'autant l'ampleur de la victoire de votre vie.


Voici la troisième borne : obéissance simple et parfaite à la volonté du Père.

L'obéissance est l'unique sentier de la puissance. Nous devrions moins servir et obéir davantage, ou plutôt nous ne devrions jamais nous lancer dans une entreprise sans en avoir entendu l'ordre. Quand Église apprendra-t-elle à mettre l'obéissance avant le service ? C'est à partir de ce moment-là qu'elle connaîtra une nouvelle puissance et de nouveaux triomphes.

Pourtant, pour être intelligente et sage, il faut à l'obéissance, la clairvoyance. Quand Moïse tua l'Égyptien, il fit preuve de zèle mais non de clairvoyance. Paul, en persécutant Église, était plein de zèle, mais non de clairvoyance. Élisée découragé, sous le genêt, Pierre refusant de manger avec les Gentils, chrétiens d'Antioche, étaient convaincus, sincères, mais il leur manquait la clairvoyance. Le secret de la victoire réside en cette clairvoyance des desseins de Dieu et une fidèle, continuelle et inébranlable obéissance. Le Tentateur ne peut rien contre l'homme qui en a ainsi résolu. Il ne peut s'en servir. C'est la route sûre vers la victoire.

Allant hardiment de l'avant


La quatrième borne, c'est la hardiesse.

Rien ne décourage tant le Tentateur, quand il nous assaille, que de se heurter à notre esprit décidé et résolu. Si Satan ne peut travailler dans une atmosphère de confiance, qui l'étonne, Dieu ne peut opérer dans une atmosphère de crainte, qui Le gêne. L'une des phrases le plus souvent répétée dans la Bible est celle-ci : « Ne crains point. » Elle réapparaît comme le refrain d'une douce musique à travers ses pages. Et si nous Lui permettons d'agir en nous, elle deviendra aussi la musique qui accompagnera nos vies. « Ne crains point », voilà le doux murmure qu'Il nous fera entendre à vous et à moi.

Peu importe l'extrémité dans laquelle nous nous trouvons, l'escarpement de la route, les difficultés qui nous assaillent et les grognements du Tentateur. Dieu nous dit : « Ne crains point. » Et pourquoi craindre ? Notre Seigneur a vaincu. A Lui toute la puissance. Et cette puissance, Il la met à notre disposition. Continuons à prier et bannissons à jamais tout sentiment de crainte.

Ce cri de victoire qui retentit dans l'Apocalypse contient deux motifs :


« Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau... »

2° Et par la parole à laquelle ils rendaient témoignage (Apoc. 12 : 11).


Leur voix s'est élevée claire et hardie. L'humain s'est allié au divin. Le témoignage a rendu effective cette puissance de victoire. Une sage audace, la hardiesse de la parole, sapent la puissance du Tentateur.


Aussi n'attribuerons-nous jamais trop d'importance à la cinquième borne : il faut qu'en luttant, nous gagnions du terrain. J

Je ne veux pas dire faire grand bruit et soulever des nuages de poussière, mais imiter la marche en avant, progressive et continue du soleil qui suit sa course. Il faut conquérir avec amour.

Il existe, parmi les chrétiens, un esprit de soumission mièvre qui est à la fois lâche et entâchée de péché. Ils acceptent tout comme venant de Dieu. Ils oublient que la majeure partie de ce qui se présente sur notre route n'est pas la volonté de Dieu, mais le résultat de machinations inventées par le Malin.

Nous devrions avoir l'ambition de pouvoir dire, comme le vieux saint Paul, à la fin d'une noble carrière faite de labeur et de lutte : « J'ai combattu le bon combat. » (2 Timothée 4 : 7). Il est grand besoin, de nos jours, de ces lutteurs sages, posés, sains, résolus à combattre le Malin jusqu'à leur dernier souffle, au nom du Sauveur.


Repousse loin de toi l'erreur

De te croire à jamais vainqueur.

Ton oeuvre sera terminée,

Quand la couronne

Que Dieu nous donne

Sur ton front sera déposée.


Le cri de victoire poussé par les armées de Michel dit encore : « Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole à laquelle ils rendaient témoignage ; et ils n'ont point aimé leur vie, mais ils l'ont exposée à la mort. » Ils ont poussé l'esprit de conquête jusqu'au sacrifice. Il n'est rien qui produise plus d'effet dans la lutte contre Satan que l'esprit de sacrifice ; c'est l'amour qui va jusqu'à donner sa vie pour la cause de la victoire.


L'armure de celui qui vaincra

Paul fait un tableau des plus saisissants de l'homme qui vaincra. Au dernier chapitre de son épître aux Éphésiens, après avoir décrit l'Ennemi que nous avons à combattre, il dépeint le soldat de la milice de Dieu.

Celui qui vaincra doit être un lutteur, revêtu des armes de Dieu,

" ayant la vérité pour ceinture ".. C'est de cette seule manière qu'il faut se saisir de la vérité de Dieu dans Sa Parole. Il faut s'en emparer avec une telle force que les reins en soient ceints, que la vie en soit imprégnée.

« Etant revêtus de la cuirasse de la justice. » Cette cuirasse, c'est une vie propre et pure. « Ayant pour chaussures les dispositions que donne Évangile de paix » : ayant sous les pieds pendant la durée de la lutte le solide appui de Évangile Savoir par une claire intelligence de Évangile que le salut ne peut s'obtenir que par le sang de l'Agneau ; dans la lutte, il n'existe pas de meilleur appui. Tout autre que celui-là vous lâchera au fort de la mêlée, aveuglés par la fumée de la mitraille.

« Prenant, par-dessus tout, le bouclier de la foi. » La foi simple et forte, une foi d'enfant, voilà l'arme défensive la plus sûre contre les attaques de l'ennemi.

« Le casque du salut », c'est l'assurance ferme, inébranlable de son propre salut.

« L'épée de l'esprit », qu'il faut étreindre énergiquement, autant pour lutter contre Satan quand il essaie sa tactique du Désert, que pour travailler parmi les hommes.

Enfin cette description se termine en mettant l'accent sur la nécessité de la prière.

Réunissant les diverses parties de l'armure décrite par saint Paul, résumons simplement ces sept images en une seule : se reposer sur Jésus-Christ tout entier ; c'est là tout Évangile de paix. Se réclamer en toute occasion de la puissance de Sa mort et de Sa Résurrection, puis, une obéissance fondée sur une intelligente compréhension de la Parole, un esprit de hardiesse dans l'attaque comme dans la défense, enfin un esprit de prière confiante qui le soutiendra, l'enveloppera, et sera son souffle inspirateur, telles sont les conditions du vrai lutteur armé pour le combat et pour la victoire.



Tactique de guerre : celle du Tentateur et la nôtre


Démasquer, c'est gagner à moitié la bataille

L'ennemi qui réussit à s'approcher sans être reconnu a déjà remporté la moitié de la bataille. Si nous le démasquons, ce sera un premier avantage gagné. Apprenons à reconnaître les armes dont Satan se sert ; cela nous aidera à le démasquer, à lui résister et à le mettre en déroute.


Permettez-moi de dénoncer, parmi ses tactiques, celle qu'il emploie le plus volontiers contre le corps constitué que nous formons, nous, chrétiens. C'est en effet le corps de Église qui est le centre de ses attaques. Il met toute son ardeur à le diviser. Lui, un acharné de la division, sous quelque déguisement, porte tous ses efforts à séparer les croyants les uns des autres. Il connaît la puissance de l'unité. Pour s'y être heurté personnellement, il sait si bien l'irrésistible force de l'union dans la prière, dans l'action, dans l'inspiration des enfants de Dieu, qu'il fait tout son possible pour détruire l'unité des chrétiens.

Loin de moi l'intention de dénigrer le terme en disant que Satan est un « théologien » fort habile. Tout ce qui peut, d'une manière quelconque, diviser Église ou démembrer quelques groupements de disciples du Christ lui est bon. Je n'ai nullement la pensée de plaider l'unité universelle de Église, car unité, fréquemment, veut dire déloyauté. La fidélité, la loyauté envers l'essentiel de ce qui constitue Évangile de notre Seigneur, comme envers sa Personne seront toujours un empêchement à la réalisation de cette unité qui est le rêve de certains.


Deux tactiques


Mais notre principal sujet aujourd'hui sera l'étude de la tactique de Satan, quand il s'attaque à l'homme. Il s'y prend de deux manières : il le tente et il l'attaque. La tentation est une tentative pour l'induire au mal et le faire dévier insensiblement (ou tout à coup) du droit chemin. L'attaque essaie de le faire tomber sans qu'il s'en doute. Il tenta Adam et Eve, il attaqua Job. Pour le Seigneur, il s'y prit des deux manières. Contre Lui, il mit en action toutes ses armes. Au Désert et quand les Grecs vinrent à Lui, Jésus fut tenté. Mais Il eut à subir les attaques de Satan dans les tempêtes sur le lac que nous racontent les synoptiques, à Gethsémané et sur le Calvaire.

La tentation est pour tous ; l'attaque, pour ceux qui lui résistent. Quand elle échoue, Satan essaie l'attaque.


Que Satan ait attaqué Job, nous prouve la fermeté de sa foi, inébranlable devant les tentations. Il était devenu habile à les dépister sur sa route et leur avait résisté. Le Tentateur, s'étant rendu compte de l'inutilité de ses efforts, changea adroitement de tactique.

Dans la tentation, l'Ennemi cherche à obtenir notre consentement â ses propositions. Dans ses attaques, il agit sans notre collaboration et va aussi loin que les limites assignées par Dieu le lui permettent. L'attaque elle-même devient donc une tentation plus subtile : c'est généralement celle de douter de Dieu, ou de s'éloigner du chemin de l'obéissance par la recherche de soi. L'attaque est donc une épreuve redoutable là où la tentation a échoué.

Dans ses tentations comme dans ses attaques, le Malin déploie la subtilité du serpent. Ou bien, il rampe, insoupçonné, sous les hautes herbes, et mord cruellement au moment où l'on s'y attend le moins, ou bien, il se jette sur sa victime avec la violence d'une tempête soudaine qui descend impétueusement dans la vallée.


Points stratégiques à fortifier


J'attirerai maintenant votre attention sur ses procédés dans les tentations et les attaques.


L'Ennemi s'acharne toujours sur notre partie faible, c'est-à-dire sur le point où il a le plus de chance de succès. S'il réussit, son but est atteint. S'il échoue, il se tourne vers un autre point qu'il juge vulnérable, et ainsi de suite. Au jardin d'Eden, il eut le succès facile. Il est humiliant de constater que notre ancêtre le plus reculé succomba dès la première tentative. Au Désert, il lui fallut porter ses coups en de multiples endroits sans jamais réussir, jusqu'à ce que, découragé, il dut abandonner la place. Mais, d'avoir échoué sur un certain point, ne l'empêche pas de revenir sous un autre déguisement, ne l'oubliez pas.

C'est pour nous une sage tactique que de fortifier tout spécialement notre point faible ou tout autre, susceptible de le devenir. Et comme le point fort d'un homme peut toujours devenir son point faible par un excès de confiance, surveillons tous nos points stratégiques et le plus faible, en particulier.


Puis, rappelons-nous que la méthode favorite du Tentateur est d'agir par l'intermédiaire du corps. Il nous tente par nos appétits et nos désirs. Notre Seigneur fut tout d'abord tenté par la faim. Ce fut une tentation charnelle.

Un fait digne de retenir notre attention, c'est la résistance de Job tant que Satan ne toucha pas à son corps. Aussi longtemps qu'il fut question de désastres occasionnés par la guerre ou la tempête, de la perte de ses enfants et de ses biens, Job ne broncha pas. Mais, dès que son corps fut atteint, sa force de résistance fléchit. Bien des hommes se croient forts devant le péché charnel, qui se laissent aller cependant à se surmener au service de Dieu. Ils s'alimentent avec négligence, se nourrissent mal ou insuffisamment, ne pensant pas qu'ainsi ils cèdent à une tentation. Il en résulte tôt ou tard, en effet, un amoindrissement des forces nécessaires à l'accomplissement de leur travail, si même ils ne sont pas éliminés. Et ce sera, pour le moins, une victoire partielle du Tentateur. Quand nous garderons la conviction que tout ce qui affaiblit notre corps, de quelque manière que ce soit, est une tentation à laquelle il faut résister, nous aurons contribué, dans une large mesure à la défaite du Malin sur l'un des points les plus sûrs de sa tactique.


Attaque de la citadelle

Il nous atteint aussi par l'esprit. Il le fait indirectement, quand le corps est affaibli. Je sais fort bien qu'il est convenu d'admettre que la sainteté accompagne souvent la faiblesse du corps. A l'appui, on cite le nom de plus d'un saint homme, faible de constitution.

A mon avis, leur sainteté n'est pas due à la faiblesse de leur corps, mais ils ont su l'acquérir en dépit de cette faiblesse. La volonté de Dieu pour sa créature se réalise par une vie sainte dans un corps sain.

Mais Satan s'attaque aussi directement à l'esprit, en lui inspirant cet orgueil, cette satisfaction de soi qui ouvre la voie à tant de désordres. L'habitude de ramener tout à soi est un travers fort répandu. Se tenir en haute estime, surfaire sa valeur personnelle est un chemin qui conduit à l'abîme. C'est l'image de l'esprit de Satan. Entre une légitime appréciation de soi-même et l'orgueil, la ligne de démarcation est difficile à préciser.

Seul, un regard constamment fixé sur le Maître, auteur de toute grâce, nous le permettra. Seule, la contemplation de Sa Face, gardera nos pieds de toute chute, notre tête de vertige, alors que nous gravirons les hauteurs de la vie spirituelle et que les yeux seront fixés sur nous.


Mais là ne se limitent pas les attaques dont Satan peut atteindre notre esprit. Il en est d'autres dont je voudrais parler plus au long, d'abord, parce qu'elles sont fréquentes et ensuite, parce qu'on ne se rend pas compte de leur véritable auteur.


L'une des manières d'agir favorite de l'Ennemi quand il s'attaque à de vrais chrétiens, sincères et fidèles, c'est de les déprimer moralement. Cette dépression provient généralement et en partie d'un mauvais état de santé, mais derrière la cause extérieure se cache le Malin.

Cette dépression peut atteindre différents degrés d'intensité, depuis le moindre, qui consiste à céder à un sentiment d'abandon de la part de Dieu, jusqu'à la mélancolie excessive qui mène à la neurasthénie, à la folie et au suicide. Les premiers symptômes peuvent consister dans le sentiment d'avoir perdu sa paix, de ne plus réaliser la présence de Dieu en soi comme s'Il s'était retiré de nous. Le moment béni du tête à tête avec Dieu n'a plus aucun attrait et la prière devient automatique ; le coeur se glace. Toutes ces impressions font s'enraciner et s'aggraver la dépression. Sans doute, est-ce là souvent la conséquence d'un mauvais état de santé, mais c'est aussi l'oeuvre — il faut en convenir — d'un esprit malin insoupçonné, cherchant à dérober notre certitude et notre puissance.

Dans ce cas, la moitié déjà du remède est de mettre le doigt sur la plaie ; c'est-à-dire d'admettre là une oeuvre satanique. Immédiatement, l'on réagit, l'on résiste au nom de Jésus et le soulagement complet arrive définitivement.

Je me rappelle une conversation que me tenait, il y a quelque temps, une grande chrétienne venue d'Europe. C'était une dame de haute naissance, l'esprit fort cultivé. Dieu avait abondamment béni son travail. Elle souffrait alors d'une dépression générale aiguë, fort pénible. Quand elle se rendit compte qu'il s'agissait de l'oeuvre d'un esprit malin qui travaillait en elle, elle se ressaisit, résista au nom du Vainqueur ; promptement, l'horizon s'éclaircit pour elle et le grand soleil de Dieu brilla de nouveau sur sa vie.


Obsession

D'autres fois, l'attaque se manifeste sous la forme d'une indolence intellectuelle qui frise la stupidité quand il s'agit de comprendre la Bible, de prier ou de se livrer à tout autre occupation spirituelle. Tel fut le cas d'une chrétienne sincère, à l'intelligence vive, bien au-dessus de la moyenne, qui souffrit longtemps de cet état. Lorsqu'elle lisait d'autres livres que la Bible, ses facultés étaient aussi libres que toujours, mais dès que le Livre de Dieu se trouvait entre ses mains, une sorte d'hébètement la saisissait qui la rendait incapable de tirer un profit quelconque de sa lecture. Voulait-elle se mettre à prier, le soir, qu’immédiatement un immense besoin de dormir paralysait son cerveau ; et, lorsque, se relevant, elle se mettait au lit, le sommeil fuyait ses paupières. Cela dura ainsi jusqu'à ce que la lumière se fit en elle. Elle comprit que c'étaient là menées du Malin ou d'un esprit malin. Aussitôt, au nom de Jésus, elle se mit sur la défensive, résista, et la délivrance s'ensuivit, rapide et définitive.


Je connais un autre chrétien, intègre et droit, dont la consécration était complète et la vie abondamment bénie. Il fut assailli par un sentiment anormal de lassitude qui l'empêchait d'accomplir son travail habituel et qui l'entravait dans tout ce qu'il entreprenait. Ni repos, ni sommeil supplémentaire ne lui apportèrent de soulagement. Mais dès qu'il fut amené à comprendre qu'il était l'objet de l'attaque de forces malignes, il résista énergiquement. Il s'arma et se tourna contre son Agresseur au nom de Jésus et bientôt une nouvelle vie recommença pour lui, vie de paix et d'amour, de vigueur spirituelle et d'activité féconde.


Il me semble bon d'ajouter un mot sur ce qu'on est convenu d'appeler l'obsession. Le terme « possession démoniaque » nous est plus familier que cet autre qui lui ressemble beaucoup, « obsession démoniaque ». Etre possédé du démon signifie qu'un démon ou esprit malin est entré dans un corps et a pris possession de la personnalité. Le cas était fort commun au temps des Évangiles, et, de nos jours, il se rencontre avec fréquence dans les pays non évangélisés, et, plus souvent qu'on ne le suppose, en terre chrétienne. L'obsession démoniaque est aussi fort répandue. Lorsque des esprits malins ont entrepris un homme, ils s'acharnent après lui, le taquinent, l'ennuient et n'ont de cesse qu'ils ne l'aient laissé désemparé, anéanti. La possession de son être par le démon a été généralement consentie par celui qui en souffre, tandis que l'obsession est, dans une certaine mesure, un mal qui vous atteint sans qu'on y soit pour quelque chose, car c'est une attaque qui vient de l'extérieur.

Il est curieux de constater que ce sont les gens pieux ou même les plus grands saints qui ont eu à subir cette obsession des démons et que, rarement, ils en ont connu l'origine. A vrai dire, il semblerait même que ce soient les plus consacrés, les plus fidèles parmi les saints qui sont en butte à ce genre d'attaques. Quels que soient les ennuis, les troubles qui proviennent de ces assauts d'esprits malins, tous peuvent être groupés sous cette dénomination générale : l'obsession. D'elle proviennent la dépression mentale, la mélancolie, l'hébètement, la lassitude dont je viens de parler.


Quelques faits vécus

J'apporte ici le témoignage d'un homme d'âge mûr, au jugement rassis. Il avait été amené à prendre telle décision hardie qui marquait un pas en avant dans sa vie chrétienne et lui imposait de lourds sacrifices. Son ardeur et son zèle en furent renouvelés et atteignirent même un degré extraordinaire. Une nuit, cet homme fut réveillé par le sentiment d'une présence malsaine dans sa chambre, ou plutôt, il eut l'impression que sa chambre était envahie par des esprits malins. Un malaise particulier s'empara de tout son être, en même temps qu'un étrange effroi. L'atmosphère de la pièce lui parut irrespirable. Il comprit bien vite qu'il était l'objet d'une attaque de forces démoniaques. Il sortit de son lit et voulut entonner une strophe de cantique où apparaissait le nom de Jésus. Au premier abord, il lui sembla impossible de remuer les lèvres et d'en faire sortir le moindre son. Il persista dans son effort et bientôt sa voix limpide et claire vibra. Aussitôt, l'atmosphère se purifia. Le coeur plein de reconnaissance, il se recoucha et tomba dans un sommeil doux et profond qui dura jusqu'au matin. Nous sommes en présence du témoignage digne de foi d'un homme pondéré, dont l'esprit critique le porte à ne rien accepter qui n'ait été passé au crible du contrôle le plus sévère. Son témoignage n'est donc pas sujet à caution.

Un ami me racontait récemment une expérience personnelle du même genre. C'est un homme de Dieu, un croyant sincère, d'une grande maturité d'esprit, au jugement sain, bien supérieur à la moyenne. Il venait de se retirer dans ses appartements pour se coucher et avant que le sommeil vînt, une étrange sensation l'envahit. Il lui sembla qu'il était subitement plongé dans des ténèbres épaisses et réalisa fort bien, grâce à une faculté spéciale qui accompagne souvent de tels phénomènes, que son esprit était sous l'empire d'une puissance étrangère et qu'il n'en était plus le maître. Il ne pouvait plus se rappeler qui il était. Même son nom lui échappait. Une profonde obscurité le hantait, comme si de lourdes ténèbres pesaient sur son cerveau. Il n'avait conscience, disait-il, que d'une chose, du nom de Jésus. Il s'accrocha à ce nom, le répétant encore et encore. C'était comme si toute possibilité de penser, de parler, s'était éteinte en lui et qu'il en fût réduit à ne plus pouvoir autre chose que prononcer le nom de Jésus. Le soulagement survint et avec un sentiment de reconnaissance inexprimable, ajouta-t-il, il pria et s'endormit.

D'autres faits semblables m'ont été rapportés que je pourrais citer encore. Mais ces expériences suffisent à faire comprendre ce qu'il faut entendre par obsession. Des esprits malins ont attaqué ainsi, en d'autres circonstances et sous d'autres formes, des hommes et des femmes parmi les meilleurs. Et toutes les fois qu'ils n'ont pas su reconnaître la nature et la provenance de l'attaque, il en est résulté des conséquences fort regrettables.

Je pense, en particulier, â ce prédicateur de l'Évangile, de grand renom, remarquable au point de vue de l'intelligence, de la piété, et dont la personnalité avait un charme extraordinaire. Un jour, de ses propres mains, il mit fin à sa vie. Le docteur diagnostiqua : neurasthénie aiguë. En étudiant le cas de plus près, on fut obligé de reconnaître que c'était là plutôt de l'obsession démoniaque mal connue.


Je vous ai apporté des exemples de la tactique du Tentateur. Je les ai mis devant vos yeux afin qu'ils vous servent d'avertissement. Qu'ils vous aident à mieux reconnaître Satan ou l'un des siens. Avertis, vous lui résisterez sans hésitation au nom de Jésus, son Vainqueur.


« Par le sang de l'Agneau »


Et maintenant, parlons de notre attitude à nous, de notre tactique à nous, dans la lutte. Quelle est celle que notre Ennemi craint le plus et à laquelle il ne saurait résister ? Pour répondre à cette question, je suis obligé de revenir sur ce que j'ai déjà dit. Mais pour faire une impression vive et durable, il faut souvent se répéter.


En première ligne, je citerai cette puissante affirmation qui est la conclusion de la lutte victorieuse de l'Armée de Michel, l'archange : « Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau. » (Apoc. 12 : 11). Il ne faut pas chercher plus de complication que cela. L'Ennemi est le même, la lutte est identique et les moyens de remporter la victoire n'ont pas changé. Notre Seigneur Lui-même ne vainquit l'Ennemi qu'en répandant son propre sang. Ce n'est aussi que par ce sang précieux que nous pouvons obtenir la victoire.

Quel étrange combat ! Ni lance, ni épée, ni fusil, ni mitraille — un nom, le nom de Jésus. Un fait, celui du sang qu'Il répandit pour nous. Ils vainquirent au nom du sang de l'Agneau. Qui nous en empêchera ? Par ce sang seul, nous vaincrons. Il nous suffit de faire chaque jour appel à l'efficace du sang de l'Agneau et de nous réclamer de sa puissance rédemptrice pour mettre en fuite toutes les forces de l'Ennemi. Au fort de la lutte la plus acharnée, si nous tenons ferme et haut cette bannière, notre Ennemi s'enfuira, en déroute.


En second lieu, notre tactique doit être une soumission constante, habituelle, à la domination de notre Seigneur Jésus. Dans cette attitude seule, on peut s'attendre à gagner la bataille. Et cette soumission doit être complète, saine et consciente. Il faut qu'elle soit aussi naturelle que la respiration même. Nos habitudes, notre vie intellectuelle ou sociale, nos amitiés, nos méthodes, nos relations commerciales et même... l'argent, doivent être revêtus de cet esprit de soumission.


Puis, il y a la prière quotidienne que notre Vainqueur nous a Lui-même enseignée : "Délivre-nous du Malin". Il faut la répéter journellement. La pensée du Maître a été aussi interprétée par : « Délivre-nous du mal », mais il semble qu'elle se traduit plus exactement en personnifiant le mal et en l'appelant "le Malin". Et le terme « délivre » a toute la force du mot « secourir, venir au secours ». Notre Maître nous enseigne à nous prosterner chaque jour et à prier :"Viens à notre secours et délivre-nous du Malin".

Ce sens est le vrai, croyons-nous.


L'épée de l'Esprit

Notre force est dans la connaissance de la Parole de Dieu. Arrangez votre vie de manière à ce qu'il y soit ménagé un temps de tête à tête avec le Livre, afin que vous arriviez à une parfaite connaissance de son contenu. Et quand vous y serez parvenu, travaillez à le connaître mieux encore. Que cette lecture ait la première place dans vos moments de recueillement. Aucun livre, si bon soit-il, aucun recueil de vers, même des plus beaux, ne devraient le supplanter. Lisez-le page après page ou lisez-le par longs traits ; lisez-le jour après jour, lisez-le tout le long de l'année ; lisez-en toujours plus, mais jamais moins. Lisez-le avec le recueillement d'un coeur ouvert aux directives de l'Esprit de Dieu. C'est ainsi que cette Parole vous deviendra familière et que vous acquerrez la clairvoyance spirituelle qui est essentielle. C'est en suivant cette méthode que notre Seigneur se prépara à la rencontre avec le Tentateur au Désert.

Ceci nous amène à parler d'un cinquième élément. Elément dont on ne saurait trop souligner l'importance : acquérir un jugement sain et un esprit équilibré. Nous devrions prier journellement pour que Dieu nous fasse la grâce d'un esprit sain, qui ne se jette pas dans toutes les exagérations. Il n'est rien de tel pour nous garder de l'erreur que la lecture de la Parole de Dieu, interprétée par le Saint-Esprit. Évitons les exagérations. Ne soyons ni prudents à l'excès, ni outranciers.

La rue de la foi est au sommet d’une colline. Elle est voisine de deux autres rues qui descendent de chacune de ses extrémités vers la plaine. L'une se dénomme « Rue des Excentricités », l'autre « Rue de l'Hésitation ». Les deux sont à éviter. Vivons au sommet de la colline dans une invariable quiétude d'esprit, avec un jugement sain. Ce seront là nos armes les plus précieuses et les plus puissantes dans le combat. Satan n'aime pas l'équilibre, il préfère l'agitation du pendule.

Il existe un sixième point auquel nous avons constamment fait allusion et que l'on ne saurait passer sous silence dans cette énumération. Je veux parler de l'habileté que nous devons déployer à dépister l'Ennemi ; soit qu'il s'approche lui-même de nous ou qu'il se serve de l'un de ses nombreux serviteurs. Affinez vos oreilles afin de reconnaître sa voix et ses pas. Que vos yeux démasquent sa main, même lorsqu'elle s'est prudemment gantée. Que votre esprit soit en éveil et prompt à réaliser sa présence, son attouchement. Il nous faudra consacrer quelques lignes, un peu plus loin, à étudier les différents déguisements empruntés par le Tentateur, pour que nous sachions comment le dévoiler. Il est évident que l'habileté et la promptitude avec lesquelles notre Seigneur dépista Satan à la tentation du Désert lui furent d'un grand secours pour remporter la victoire. Nous pouvons acquérir les mêmes dons par les mêmes moyens.

Le nom merveilleux

Encore un mot qui pourra vous être utile dans une heure de détresse. Quand la tentation survient brusquement et nous accable, souvenons-nous que la victoire a été remportée. Faisons-la nôtre, cette victoire. Marchons avec la force que nous a value le Maître. Étendons la main et saisissons ce qui nous appartient, ce qui nous a été donné.

Cette victoire se trouve comme enchâssée dans un nom : le Nom de Jésus. Il nous est impossible de concevoir la puissance de ce Nom et de réaliser tous les bienfaits que nous pouvons en tirer. Ils sont certainement bien plus grands que nous n'avons osé le croire. Le nom de Jésus est le plus précieux des biens dans le trésor de la vie chrétienne.

Je me souviens du cas d'un jeune homme qui s'approcha de moi à l'issue d'un service que j'avais présidé à Londres. Il me raconta avec quelle violence le doute l'avait assailli et laissé abattu et consterné en présence du peu de progrès qu'il faisait dans la vie chrétienne. Un jour il eut l'idée de mettre pratiquement le nom de Jésus à l'épreuve, ce nom qui est au-dessus de tout autre nom. Immédiatement, il s'en servit avec respect, dans un esprit de prière, avec zèle, et un soulagement immédiat en résulta, suivi de la victoire. Et son regard, comme l'expression de son visage, affirmaient la réalité de cette victoire et de cette paix dont il était désormais possesseur.

Une dame, missionnaire, au sud de l'Afrique, me raconta un jour une histoire tirée de son expérience, qui montre une fois de plus, avec une simplicité convaincante, ce qu'il nous serait possible d'obtenir si nous nous servions de ce Nom sublime. Elle voyageait au Lessouto, dans le Bechuana et avait été arrêtée dans sa marche par une rivière que des pluies diluviennes avaient grossie et rendue impraticable. Elle fut obligée de séjourner là et de camper sur ses bords. Les ennuis occasionnés par cette pluie battante, par ces chemins transformés en fondrières, par la mauvaise nourriture ; le bourdonnement incessant et la piqûre continuelle d'insectes rendaient l'attente fort pénible. Mais plus douloureuse encore était la souffrance morale que lui occasionnait le spectacle d'une cantine à portée de sa vue, installée au bord de la route, où venaient boire sans discontinuer des centaines de pauvres noirs. Ce lieu lui devenait insupportable. Dans la profondeur de sa souffrance, elle fut amenée à crier sa détresse à Dieu. Bientôt apaisée et fortifiée, elle s'avança résolument vers la cantine.

Elle appréhenda un pauvre nègre âgé et vêtu de quelques haillons répugnants. Son visage bouffi, ses yeux chassieux, ses plaies hideuses, témoignaient de l'abus qu'il faisait des boissons falsifiées vendues à bas prix dans cet estaminet. Il se dirigeait justement vers la cantine, lorsqu'elle l'appela. Il s'arrêta. Elle lui demanda pourquoi il buvait tant, alors qu'il portait sur son corps même la trace du mal que lui faisait ce poison.

« Pourquoi ! répéta-t-il, avec un rire sauvage, tout bonnement parce que je ne peux pas m'en empêcher. Je suis l'esclave de cette abominable boisson que me verse l'homme blanc. Volontiers, j'y renoncerais, mais je ne peux pas ! » Elle lui expliqua alors qu'il y avait une possibilité de se débarrasser de cet esclavage et de devenir un homme libre. Il suffisait d'invoquer un Nom. « Un nom », fit-il, visiblement terrifié. « Oui, un nom », répéta-t-elle. Voudrait-elle le lui indiquer ?

Après s'être recueillie pour demander à Dieu de l'inspirer, elle lui raconta, aussi simplement que possible, l'histoire de Jésus et la puissance qui émanait de son Nom. Et cette pauvre loque humaine le prononça, ce nom, Jésus. Puis, ils s'agenouillèrent là, en plein champ, et se séparèrent.

Notre missionnaire continua son voyage interrompu et quitta l'endroit. Mais à plusieurs semaines de là, à son retour, elle rencontra la femme du vieux noir et apprit qu'il était mort. L'ayant interrogée, elle sut l'heureux résultat de ses efforts. Toutes les fois que la fièvre de la boisson le reprenait, il avait prononcé de tout son coeur le nom de Jésus et l'avait répété sans trêve jusqu'à ce que cette soif l'eût quitté. Et dans la simplicité de son langage, il expliquait que la fièvre s'en allait et le besoin impérieux de boire disparaissait faisant place à un sentiment de bien-être comme celui qu'il éprouvait avant d'avoir goûté à la maudite boisson. Il racontait que sa bouche devenait aussi pure que celle d'un petit enfant et que son corps reprenait vigueur.

Un jour, l'un de ses anciens compagnons réussit à l'entraîner dans la direction du bar. Tout en s'en approchant, la fièvre de boire le reprenait. Il la sentait monter dans ses artères. Il essaya de quitter son ami, mais le vieil esclavage le dominait à nouveau et le tenait enserré dans ses chaînes. Il se souvint alors, et avec toute l'ardeur dont son âme était capable, il invoqua le nom de Jésus. Et il ajoutait : « Une douce fraîcheur envahit mon cerveau et mon corps. J'étais de nouveau libre. Je pus m'en détourner et immédiatement je fis volte-face. »

Vu le peu de connaissance des vérités évangéliques de cet homme, cette histoire peut paraître étonnante. Mais il est certain que la sincérité de son désir et la simplicité de sa foi compensèrent largement l'étendue de son ignorance de païen et créèrent le lien qui devait l'unir simplement au Seigneur Jésus. Et de ce lien surgit cette puissance qui agissait aux heures de détresse.

S'il était possible de voir les esprits, sans aucun doute, quiconque se serait tenu près de ce vieux noir, aurait pu les distinguer, alors qu'ils s'acharnaient sur lui, le taquinant, l'excitant, jusqu'à lui donner cet insatiable désir de boire. Mais au seul nom du Vainqueur, le même spectateur les aurait vu fuir, terrifiés, tandis que le vieillard le répétait encore et encore dans toute l'ardeur de sa sincérité.

Bon courage

Le nom qui apporta un si prompt soulagement aux appétits charnels du vieux païen, peut avoir la même action en toutes circonstances et pour tous nos besoins. C'est la forteresse dans laquelle nous pouvons chercher un refuge et trouver la sécurité. Satan hait ce nom. Il le craint. Et maintenant, c'est à nous d'en faire notre profit. Le maître nous a légué le droit de nous en servir avec la jouissance pleine et entière de la victoire qu'Il a remportée par sa mort.

Un dernier mot de notre Maître, qui sera comme la frange d'argent de tout ce qui a été dit et de tout ce qui peut être dit encore. Ce mot donnera un nouvel élan, une nouvelle vigueur à nos vies. C'est un mot recueilli sur les lèvres mêmes du Maître, un mot prononcé au moment le plus sombre de la nuit la plus ténébreuse qu'Il connut. De cette voix si douce, si aimante qui lui est propre, Il nous dit : « Prenez courage, j'ai vaincu. » C'est un rayon lumineux dans l'obscurité de cette nuit où Il fut trahi. La laideur du geste de Judas, défi à la confiance qui scellait leur amitié sacrée, en est illuminée comme l'est un noir nuage d'orage par un rayon du grand soleil de Dieu.

« Prenez bon courage ! » Que ces paroles sont douces à nos oreilles ! Comme elles sont entraînantes ! La mélodie qui s'en dégage embrase nos coeurs et, jusqu'à la fin, nos vies en seront imprégnées de joie ! « Prenez courage. » Soyez joyeux ! Chantez en combattant. Ne vous laissez pas abattre ; mais, pleins d'enthousiasme, allez de l'avant. L'ennemi existe ; oui, mais il est vaincu. Il peut encore se redresser et reprendre le combat ; oui, mais chaque fois qu'il reprend les armes, nous savons qu'une nouvelle défaite l'attend. Nous vivons sur l'emplacement même du champ de bataille ; oui, mais c'est un lieu de victoire, grâce à notre Chef. Le tentateur est rusé, inlassable ; oui, mais c'est un ennemi démoralisé. Il est plus fort que nous ; oui, certes, mais notre Seigneur s'est mesuré avec lui et c'est Lui, Jésus, qui a remporté la victoire. Haut les coeurs ! Hissez le pavillon jusqu'au faîte du mât ! Clouez-le, rivez les clous, coupez les cordages ! Le pavillon, le drapeau du Vainqueur flottera là-haut pour toujours !

Réjouissez-vous, « prenez courage, j'ai vaincu ». A ce cri joyeux, évoquez Celui à qui nous devons de pouvoir le lancer. « Prenez courage, J'ai vaincu. » C'est grâce à Lui que nous pouvons nous réjouir. C'est en Lui que notre courage se fonde. Que ce soit là notre cri de guerre : « Prenez courage, Il a vaincu.

Les déguisements du Tentateur et comment les démasquer

Il travaille dans l'ombre

Tout déguisement est un mensonge. Son but est de tromper. Le mal se cache. Il n'aurait aucun succès s'il se montrait sous son jour véritable. Immédiatement, on lui fermerait toutes les portes. Et s'il insistait pour se faire admettre à l'intérieur, on aurait tôt fait de le bouter dehors. Pour arriver à ses fins, il emprunte donc les apparences du bien. Il prétend être aussi bon que le meilleur. Que s'ouvre la porte sur les instances du bien, et le mal s'introduit sournoisement pour mettre ses desseins à exécution.

Un déguisement est une contrefaçon. Il a pour but de donner aux choses un aspect autre que le leur véritable, un aspect plus attrayant. Ce sont là les moyens qu'exploitent ceux qui ont un rôle à jouer au théâtre pour faire croire ce qui n'est pas.

Le but du déguisement est donc de tromper. Or, la feinte est une des caractéristiques les plus frappantes du Tentateur. C'est le contraire de la manière de Dieu, qui, Lui, est toujours en pleine lumière. S'il lui arrive de nous voiler sa gloire, ce n'est pas pour nous enlever quelque chose, mais, au contraire, pour nous faire mieux saisir ce qui nous a été révélé de Lui. Trop de lumière aveugle ; ébloui, l'on ne peut rien distinguer. Sagement ménagée, la lumière permet de voir plus et mieux, et ce que l'on voit, fait pressentir tout ce qui reste encore à voir. Mais Dieu lui-même est sans cesse au grand jour. Jésus, notre Seigneur, a dit à ses accusateurs : « Voici, je vous ai parlé ouvertement. » Il soulignait le contraste entre sa manière d'agir et leurs machinations tramées dans l'obscurité : son arrestation opérée de nuit, son jugement qui eut lieu avant le matin.

Satan travaille dans l'ombre. C'est l'indice qui met en relief son caractère et ses desseins. Au jardin d'Eden, c'est sous l'apparence du plus intelligent et du plus fin des animaux de la création inférieure qu'il se montre. Son nom figure rarement dans l'Ancien Testament. Sa personnalité échappe, mais ses déguisements peuvent se retrouver tout au long du Livre, aussi bien que dans le cours de notre vie. Partout on peut relever ses pas.

Job, par exemple, accuse Dieu de lui avoir envoyé tous les fléaux qui se sont abattus sur lui. S'il est vrai que Dieu les a permis dans un but de Lui connu, ce n'est pourtant pas Lui qui les a envoyés. Satan, l'instigateur de tous ces maux, a amené Job, par ses manoeuvres, à croire que Dieu en était l'auteur.

Le Tentateur est méchant ; il est plein de malice. Tout en lui est mauvais. Il n'a pas de bons mouvements, pas une lueur de bonté et, qui plus est, il a toutes les hardiesses. Audacieux autant que méchant, il se cache derrière Dieu. Le pire se cache derrière le meilleur. Satan, n'inventant jamais rien, mais effrayant d'astuce, emprunte les voies de Dieu.

Aussi, est-il passé maître dans l'art du maquillage. Même les élus de Dieu peuvent tomber dans ses pièges. Une de ses tromperies vient-elle à être démasquée, il n'est pas embarrassé pour en forger une autre.


Satan se cache derrière les désirs naturels

Le Tentateur se cache derrière les appétits et les désirs naturels. Il existe, nous l'avons dit, des fonctions, des appétits et des désirs qui dépendent du corps, de l'esprit et de la société qui nous ont été donnés par Dieu. Nous connaissons, par exemple, l'appétit qui incite à boire et à manger ; le sens du goût, qui apprécie et savoure ; la joie de vivre en société et même celle de s'attacher à un compagnon personnel ; le désir de jouer un rôle dans la vie et de s'y faire une place ; le goût pour tout ce qui est beau, la jouissance que procure la vue d'un paysage ou d'une oeuvre artistique. Ce sont là des goûts, des besoins, des désirs parfaitement légitimes.

Le Tentateur s'est empressé de s'emparer de toutes ces choses. Ce sont ses sentiers préférés, qui lui facilitent la tâche. Il s'efforce de nous pousser à quelque excès. Pour Eve, il fit appel à l'amour du beau, au goût, à la curiosité. S'il lui avait dit ouvertement la raison qui l'amenait et ce qui résulterait de son acquiescement, elle se serait certainement détournée de lui sans hésiter. Mais, trompée par ses propos, elle tomba dans le piège.

Pour Job, le Tentateur s'arma de malice. Voulant l'amener à douter de la bonté de Dieu, il s'attaqua à l'amour que cet homme de Dieu portait à son foyer, à ses enfants et à son désir de paix et de prospérité. Amour et désir parfaitement légitimes et que Dieu Lui-même lui avait mis au coeur. Job eut d'abord le sentiment que Dieu lui demandait le sacrifice de ses enfants, détruisait son foyer et lui enlevait paix et prospérité. Du point de vue de Satan, le coup devait infailliblement ébranler la confiance que le grand croyant avait en son Dieu.

De même, au Désert, ce fut d'abord par le moyen d'un besoin charnel qu'il s'approcha de Jésus. Par le besoin bien naturel de s'alimenter, Satan essaya d'induire notre Seigneur à faire ce qu'Il ne devait pas.


En second lieu, il employa un moyen de degré supérieur. Jésus voulait laisser à Son Père le soin de pourvoir à ses besoins. En lui faisant sa seconde proposition, Satan, pour le faire trébucher, se servit de la confiance qu'avait le Maître en la tendresse de Son Père.

Et en troisième lieu, Satan se dissimula derrière un devoir. Régner sur l'Univers était pour Jésus un désir doublement légitime. En tant qu'homme, il avait droit à cette domination dont Adam s'était rendu indigne. En tant que nouveau Chef de lignée, « toutes choses lui avaient été données . (Matth. 11 :27). Mais Il ne voulait prendre possession de cette domination sur l'Univers que de la manière dont Son Père en avait décidé et au temps arrêté par Lui. (Eph. 1 : 2021). Satan se servait donc de ce qui était normal chez Jésus : la recherche de la toute puissance sur le monde entier.

Ainsi agit encore de nos jours le Tentateur. C'est de cette même manière qu'il s'attaque à nous. Sur la voie du bien, il chemine avec nous et, à la première occasion, nous pousse dans quelque exagération et cherche à nous faire dévier du chemin étroit de l'obéissance à la volonté du Père. Nous ne serons en sécurité que lorsque nos désirs, même les mieux fondés, seront pour la gloire de Dieu et qu'Il les aura Lui-même dictés.


Il se cache derrière les hommes

Remarquons ensuite, que le Tentateur s'approche de nous en se dissimulant derrière les hommes. Il ne s'agit pas nécessairement d'hommes mauvais. Tout homme, même parmi les meilleurs, peut devenir inconsciemment l'instrument dont Satan a besoin. Quatre cas de ce genre se sont présentés dans la vie de Jésus.


I. L'intervention de la mère et des frères de Jésus cherchant à avoir une entrevue avec Lui alors qu'Il enseignait la foule. L'incident est curieux. II se produisit au moment même où les chefs de Jérusalem se faisaient de plus en plus agressifs. Ils l'avaient suivi jusqu'en Galilée comme des chiens sur une piste, voulant, par tous les moyens, lui dresser des embûches, pour faire obstacle à son oeuvre. Leur opposition, à son point culminant, devenait un réel danger pour Jésus. Pour la seconde fois, il est dit qu'Il « se retira » de ce lieu-là, c'est-à-dire de leurs attaques. Cette expression « se retira » est significative. Elle fait comprendre le sérieux du danger qui le menaçait. Ils avaient porté contre Lui la terrible accusation d'être un lieutenant de Satan. C'est dans ces circonstances, tandis que le Maître parlait à cette grande multitude, qu'Il fut interrompu. On vint lui dire, fait étrange, que sa mère et ses frères étaient là, non loin de la foule et qu'ils désiraient le voir (Matth. 12 : 46-50 ; Marc 3 : 31-35 ; Luc 8 : 19-21). Il est plus que probable, — les Écritures nous permettent de le penser, — qu'ils avaient toute liberté de s'entretenir avec Lui lorsqu'ils se trouvaient près de Lui. Pourquoi cette soudaine intervention tandis qu'Il est en plein travail ? N'y eut-il pas là complot des chefs juifs, qui, usant de ruse, réussirent à faire pression sur Marie ? Persuadés qu'un homme au coeur si grand n'hésiterait pas à se rendre aux supplications de sa mère, ils cherchèrent à exploiter son influence maternelle pour entraver l'oeuvre de son Fils. C'était là faire appel à un amour naturel et toucher aux liens terrestres les plus sacrés et les plus tendres.

On peut discerner ici une tentative de Satan se servant de l'amour de Jésus pour sa mère, qui, sans se douter de rien, intervint inconsciemment auprès de Lui. C'est la seule explication plausible de la réponse de Jésus : « Qui est ma mère ? » Pour Lui, cette interruption avait une signification ignorée de tous. Sa réponse revient en effet à celle-ci : « Ma mission ne peut être entravée par aucun lien humain, même pas par celui qui m'attache à ma mère. La seule passion, le seul but de ma vie, c'est de faire l'oeuvre que mon Père m'a confiée. » L'accomplissement de la volonté de Dieu surpasse toute autre considération, toute amitié humaine, tout lien de parenté. Ce n'est ici ni le premier ni le dernier effort de Satan pour mettre au service de ses ambitions les plus légitimes sentiments de tendresse humaine.


II. L'enthousiasme de la multitude envers cet Homme qui avait pu lui procurer assez de nourriture pour assouvir sa faim (Jean 6 : 1-15 ; Matth. 14 : 13-22 ; Marc 6 : 30-45). La mort violente de son Précurseur Jean-Baptiste avait fait éprouver à Jésus le besoin de se retirer dans un lieu écarté et solitaire pour prier. La foule l'y ayant suivi, Il l'enseigna avec patience. Puis, Il la nourrit de cinq pains et de deux poissons. Tous, rassasiés, furent transportés d'enthousiasme devant tant de bonté et de puissance. Il semble qu'alors, entre les chefs et les disciples, une entente se soit établie pour faire Jésus roi, car le Maître dut obliger les Douze « à entrer dans la barque et à passer avant Lui de l'autre côté » (Matth. 14 : 22).

Amener le peuple à proclamer Jésus roi, tel était leur dessein. Projet prématuré sans doute ; et pourtant, si Jésus avait accepté d'en profiter, quelles proportions extraordinaires ce mouvement n'aurait-il pas pu prendre ?

Il y a ici, sans contredit, un renouvellement de la tentation qui avait échoué au Désert : celle d'acquérir la domination sur l'univers sans passer par la souffrance et la mort, tentation dans laquelle bien des conducteurs chrétiens se sont laissés entraîner...

Dissimulé derrière tous ces affamés, que les besoins de leurs coeurs pressaient autour du Maître, Satan renouvelait à leur insu l'ancienne tentation sous un nouveau masque.

La plus subtile encore de toutes ses tentatives


III. Nouveau déguisement de Satan, lorsque Jésus annonce, au cercle intime de ses apôtres, les souffrances qui l'attendent et auxquelles Il veut consentir (Matt. 16 : 21-27). Alarmé, Pierre s'y oppose avec énergie. Il a la hardiesse, ou plutôt la témérité, de « reprendre » le Seigneur. Dans un langage impétueux qui fait frémir, il laisse échapper ces paroles inconsidérées : « A Dieu ne plaise ! Cela ne t'arrivera pas. » Son intervention énergique pose de nouveau la question d'un royaume acquis sans sacrifice et sans souffrance. La route n'en sera que plus pénible à parcourir. Les sombres lendemains que le Maître prévoit et qu'Il lui faudra vivre apparaissent plus douloureux encore. Pour Jésus, il est dur de sentir la désapprobation de l'un des membres du cercle restreint des amis qu'Il s'est choisis ! L'incompréhension, il est vrai, vient de la part de Pierre, l'impulsif ! Il lui est néanmoins bien cher et le Seigneur souffre de le voir se mettre en travers de la route que Dieu a tracée. La rudesse de sa réponse, dont la signification ne laisse aucun doute : « Retire-toi de moi, Satan ! » marque la lutte qui se livre en son âme et la décision inflexible qu'Il prend d'aller de l'avant. II est évident que le Tentateur s'était faufilé derrière le coeur ardent et spontané de Pierre sans que celui-ci en ait eu la moindre conscience. Satan s'était juré d'accumuler tous les obstacles et toutes les difficultés possibles sur le chemin du Sauveur à la Croix. Il n'y a donc là rien qui puisse nous étonner.


IV. Le dernier exemple que je vais citer est peut-être le plus subtil et le plus concluant de tous. C'est pendant la dernière semaine. Des Grecs viennent présenter une requête : « Nous voudrions voir Jésus. » Que ce soient des Grecs d'origine, des gens d'une autre nationalité parlant le grec ou simplement des représentants d'un 'peuple non juif, peu importe. Ce sont des gens qui viennent de l'extérieur et qui mettent un empressement touchant à connaître le Seigneur (Jean 12 : 21).

Pour Jésus, peu s'en faut que la porte juive ne Lui soit irrémédiablement fermée. Et voici qu'une porte s'ouvre d'un autre côté, vers les vastes horizons du monde extérieur. Et c'est pour le monde que le Seigneur est venu. Son oeuvre ne doit pas être enserrée dans les simples limites de la Palestine, qui ne représente que la porte d'accès. Ces hommes à la recherche de la vérité lui ouvrent l'issue vers d'autres peuples. Jésus pourrait aller à Athènes et à Corinthe. Quel chaud accueil peut-être ces villes Lui réserveraient ! Mais Il sait bien que seule la route ensanglantée vers le tombeau du Jardin d'Arimathée peut préparer le chemin vers les Grecs, vers le monde entier, puisque Dieu en a ainsi décidé.

Les paroles qu'Il prononce en cette occasion font toucher du doigt l'intensité, le pathétique de la lutte qui se livre dans l'âme de cet Homme, à quelques jours de la Croix. Écoutez plutôt : « Maintenant, mon âme est troublée ; et que dirais-je ? » Dirai-je : « Père, délivre-moi de cette heure ? Non, je ne saurais. « Car c'est pour cette heure que je suis venu. » Voilà ce que je dirai : « Père, glorifie ton Nom », même si cela implique une Croix pour moi.

L'heure est poignante, la tentation bien grande. Dire « non » à ces Grecs avides de le connaître. C'est là un des devoirs les plus pénibles de Sa vie. Ce sera peut-être aussi le plus pénible à accepter pour ceux qui se disent ses disciples.

Ce fut donc un des assauts les plus subtils, les plus puissants que Satan lança encore contre Jésus en se dissimulant derrière la démarche de ces hommes à la recherche de la lumière. Mais comment auraient-ils pu soupçonner qu'ils étaient un instrument entre ses mains ?

Nous avons pu saisir clairement, par ces quatre exemples, toute la subtilité, toute la hardiesse du Tentateur dans les déguisements qu'il emprunte pour se dissimuler. Il se sert de la tendresse d'une mère, de l'affection d'un ami, de l'enthousiaste admiration d'une foule en délire, de la soif de vérité de chercheurs sincères. Qu'il est difficile de rester maître de son coeur dans de tels moments !

Notre Seigneur, Lui, décela la présence du Tentateur dans chaque cas. Malgré sa tendresse pour sa mère, son amour pour le disciple qui lui était cher, sa compassion envers les multitudes, son empressement à répondre à tous les coeurs assoiffés de lumière, Il sut pourtant suivre, sans dévier, l'étroit sentier où Le conduisait le Père.


Déguisé en « Ange de Lumière »

Le Tentateur a en réserve une autre manière de dissimuler sa présence. Elle est si invraisemblablement osée que le seul fait de la divulguer semble presque un blasphème. Il se cache derrière Dieu l C'est-à-dire qu'il cherche à se faire passer pour le messager de Dieu. Paul exprime la même pensée en disant « qu'il se déguise en ange de lumière ». La hardiesse et la ruse de cet acte montrent l'acharnement désespéré du Tentateur. Elles révèlent aussi la réalité et la fureur du combat qui se livre. C'est une vraie lutte ! Ça n'en est pas une contrefaçon !

Le Tentateur s'approchera de nous, comme s'il venait de la part de Dieu ou se fera passer pour Dieu Lui-même. Il citera, par exemple, quelque texte tiré de la Parole de Dieu, cherchant à nous faire croire que c'est Dieu qui parle. Il est vrai qu'il s'efforcera de nous en voiler le sens, ou qu'il se gardera de donner ce texte dans son contexte, afin qu'on puisse se méprendre sur sa réelle et véritable signification. Mais il faut ajouter que ceux qui acceptent ainsi une fausse interprétation de la Parole de Dieu, sont ceux qui, pour la plupart, ne croient pas à la personnalité de Satan.

Une autre des méthodes sataniques est de revêtir ses suggestions de phraséologie religieuse. Dans sa présentation des choses, il pratique un tel mélange de ce qui est vrai et bien avec ce qui est mauvais et mensonger, qu'on ne sait plus où est l'exacte vérité et qu'on accepte globalement le tout. Il cherche à donner l'impression que c'est Dieu qui parle et, en conséquence, il nous convainc qu'en agissant selon son instigation, nous faisons ce que Dieu veut.

Ceci peut s'appeler vraiment une tentation religieuse. C'est sa manière favorite d'agir pour faire tomber les enfants de Dieu, ceux dont la sincérité et la sainteté l'offensent.

Il est intéressant de remarquer qu'il usa de ce stratagème pour Jésus. Au Désert, il prêcha Évangile de la confiance en Dieu. Il lui dit : « Jette-toi en bas. Aie confiance en ton Père ! Car il est écrit : « Il ordonnera à Ses anges d'avoir soin de Toi, de peur que ton pied ne heurte contre quelque pierre. » Peut-on concevoir prédication en apparence plus sincère ? Est-il possible de faire dévier un texte de sa réelle signification avec plus de savoir-faire ?

Et pourtant, il n'est point difficile de le démasquer. Ici encore, le Tentateur va trop loin. Sa méthode consiste, en réalité, à mettre à l'épreuve les promesses de la Parole, mais en leur donnant un sens exagéré. C'est là la pierre de touche qui nous aidera à discerner la tentation.

L'Écriture nous enseigne à nous confier en Dieu, à accepter, avec une joyeuse soumission, la volonté d'En-Haut en tout ce qui concerne notre vie. On a beaucoup prêché, en ces dernières années, sur cette vérité bénie. Mais le Tentateur est venu la déformer. Il en a perverti la signification. Il fait croire que tout ce qui arrive vient de Dieu, que telle est Sa volonté. Et dans cette pensée, nous sommes amenés à accepter souvent comme des dispensations de Dieu ce qui en fait vient de l'Ennemi. Le véritable esprit de soumission est un esprit de discernement. Il nous faut avoir la vision claire de ce que Dieu veut pour nous. Alors, et alors seulement, nous devons obéir.

C'est ainsi qu'on accepte bien des misères, bien des maladies, bien des dépressions mentales. Tandis qu'avec le discernement obtenu par la prière, l'origine de nombre de maux serait mieux définie. A la source, on découvrirait Satan. On résisterait au nom de Jésus et la délivrance surviendrait promptement. Si l'on comprenait avec plus d'intelligence et plus de fidélité l'injonction de notre Seigneur: « veillez et priez », elle serait pour nous d'un grand secours. Elle nous délivrerait de bien des misères qui sont acceptées à faux comme venant de Dieu.

Bien faire est une chose et faire la volonté de Dieu en est une autre

Une seconde erreur du même genre et qui provient de la même source concerne le service chrétien. Très souvent, ce service a tout simplement pour mobile de faire ce qui est bien. Mais il ne s'agit pas de faire le bien ! C'est la volonté de Dieu que nous devons accomplir. Faire la volonté de Dieu, voilà ce qui est toujours bien. Mais faire quelque chose de bien n'est pas toujours faire ce que Dieu avait l'intention que nous fassions. Ce n'est pas nous qui devons prendre l'initiative et commencer par ce que nous jugeons une bonne action à faire. Il nous faut d'abord travailler à comprendre le plan du Seigneur et nous y adapter ensuite. Bien des déboires seraient évités, bien des forces mieux employées, si ce faux principe « bien faire » pouvait être détruit. On pourrait soutenir cette thèse que Jésus aurait pu faire du bien, s'Il s'était rendu aux instances des Grecs et s'Il les avait accompagnés jusque dans leur pays pour leur enseigner le vrai Dieu, guérir leurs malades..... Mais nous savons parfaitement que ce n'était pas la volonté de Dieu à son égard.

On raconte que Spurgeon fut. un jour, appelé à prêcher dans une certaine Église Pour rendre l'invitation plus pressante, on fit valoir à ses yeux l'occasion qui lui serait donnée de parler à plusieurs milliers de personnes parmi lesquelles se trouveraient des personnages influents. En déclinant l'invitation, il répondit sagement qu'il ne recherchait nullement les grands auditoires, mais que la plus grande de ses ambitions était de faire la volonté de Dieu.

Dieu guide l'homme de prière et l'aide à discerner ce qu'Il veut de lui. Faire simplement le bien sans chercher à comprendre, à discerner si ce bien entre dans le plan que Dieu a formé pour nous, voilà la pierre d'achoppement que Satan a posée sur le chemin de bien des chrétiens. C'est là un de ses pièges favoris pour les faire trébucher. Nous devrions toujours avoir présents à la mémoire les vers suivants :


Que mon seul désir

Soit, non de te servir,

Mais de faire ta volonté.


Satan se déguise encore en « Ange de lumière » en ce qui regarde l'argent, ce thermomètre sensible déjà nommé ! On demandait aux Juifs de verser le dixième de ce qu'ils possédaient dans le trésor de Dieu. Et la dîme a été souvent acceptée par les chrétiens comme base de leurs dons. Beaucoup de ceux qui ont décidé de consacrer à Dieu cette proportion de leurs biens en ont sans doute reçu de grandes bénédictions. Par ce moyen, sans doute, l'oeuvre de Dieu a progressé. Si tous les membres de nos Églises pouvaient être amenés à faire de la dîme un devoir, l'oeuvre de Dieu connaîtrait un élan irrésistible. Ce serait une bénédiction pour Église.


Tout ceci est très vrai. Mais il y a un autre point de vue qui, lui aussi, est vrai et qui ouvre de nouveaux horizons. En donnant la dîme, nous croyons avoir satisfait à une obligation imposée par notre amour, qui se trouve ainsi enserré dans la prison d'un dixième / Pour les Juifs, cette dîme était quasiment un impôt. Le don n'était pas volontaire, il était obligatoire. Le chrétien, lui, n'est sous aucune loi de ce genre. Il est libre d'agir selon l'impulsion de son coeur. Mais aussi le chrétien possède bien plus de lumières et jouit de bien plus grands privilèges et de plus nombreuses bénédictions que le juif.


Soyons animés de la passion de Jésus

La dîme est une conception de l'Ancien Testament. Mais nous, nous vivons dans les torrents de lumière du Nouveau Testament. Et, d'après celui-ci, tout ce que nous faisons, y compris la gérance de nos biens, doit être influencé par un seul désir, un seul mobile : annoncer au monde la Bonne Nouvelle du Salut. Cette passion qui anima le coeur de notre Seigneur doit aussi guider toutes nos actions, si nous voulons vraiment Le suivre. A la lumière de cette vérité, retenons l'argent qu'il nous semble bon de garder pour nos besoins personnels, mais pour l'emploi de tout le reste, laissons-nous dominer par la passion qui fut celle de notre Maître !

Ce que je vais ajouter choquera peut-être : j'ai la conviction que le voeu de Satan d'accumuler des millions dans les ténèbres a été exaucé par ce genre de chrétiens qui croient avoir fait tout ce que le Seigneur exigeait d'eux, en donnant leur dîme. Je considère que c'est là une de ses ruses où, dans nos temps modernes, il montre le plus de perspicacité pour entraver l'extension de Évangile

Ces quelques indications peuvent donner un aperçu du sens caché dans cette expression, « un ange de lumière ».


Que faire ?

Apprenons maintenant comment on démasque l'Ennemi rapidement et sans hésitation. Ce qui nous console, c'est de savoir que, malgré son habileté à se déguiser, il est facilement reconnaissable. Il n'est pas nécessaire de posséder une grande sagesse ni une grande intelligence. C'est une science qui s'acquiert aisément, en s'inspirant de la Parole pour guider notre jugement et en soumettant notre intelligence à l'action du Saint-Esprit.


Nous y parviendrons de deux manières dont l'une dépend de nous et dont l'autre a trait à Satan. La première consiste à éduquer nos yeux, nos oreilles et notre sensibilité. La deuxième consiste à nous familiariser avec les agissements de Satan.


D'abord, l'éducation de nos sens. Nous avons besoin d'acquérir une extrême sensibilité pour découvrir sa présence et déceler le moindre contact avec lui. Pour cela, gardons le bon sens et l'équilibre. Nous nous refuserons à quitter la « Rue de la Foi », au sommet de la colline, pour descendre la pente de la « Rue des Excentricités » ou celle des « Hésitations ».

La grande chose est de discerner la voix du Maître de celle du Tentateur. Le Seigneur a dit : « Mes brebis entendent ma voix. » Ici « entendre » a le sens de reconnaître. Le contact entre les brebis et leur Maître est si parfait qu'elles ont appris à reconnaître sa voix et à dépister celle de celui qui veut les dérober. Nous aussi exerçons-nous à reconnaître la voix de notre Maître et à dépister celle qui l'imite pour nous tromper.

Flairer le Malin ? Mais comment ? Trois points sont essentiels. D'abord, faire acte de soumission à l'autorité du Maître. On arrive à ce résultat en prenant l'habitude de livrer sa vie entre Ses mains. Se soumettre, c'est mettre dehors les derniers restes déchiquetés du Malin. Alors seulement les yeux et les oreilles acquerront la sensibilité nécessaire pour reconnaître son approche. Tout ce qui, en nous, résiste encore et n'est pas à Lui, sera une entrave à une obéissance parfaite et notre entendement en sera comme embrumé.


Le second point est essentiel : mettre à part un moment, seul à seul avec le Maître, penché sur Sa Parole. Mais il faut qu'il soit quotidien et qu'il y soit fait une large place à la méditation de sa Parole. Il faut qu'il soit calme, que ni hâte, ni autres préoccupations ne viennent le troubler. Il faut que nous nous mettions à l'écart, que notre porte soit bien fermée, que les choses extérieures soient bannies de notre esprit et que nous nous enfermions avec le Maître. L'esprit alors s'enrichit. Le jugement s'éclaire et se forme. L'être tout entier s'imprègne de la vérité divine. Et par ce moyen s'acquiert cet équilibre parfait et sain dont nous parlons.


Le troisième point est une obéissance constante à la voix de l'Esprit lorsqu'elle se fait entendre à notre âme par la lecture de la Bible. L'obéissance a une influence directe sur les yeux et les oreilles, ainsi que sur l'esprit. Par l'obéissance, les facultés de l'esprit se développent et s'aiguisent. Un refus d'obéir, une désobéissance entraînent immédiatement l'affaiblissement des sens qui, peu à peu, s'atrophient et perdent de leur finesse.


Comment le dépister ?

Encore quelques remarques sur les agissements du Tentateur : Il mène précipitamment son action. Parfois, il a recours à de lents procédés quand cela entre dans ses vues. Mais son vrai caractère se traduit par des emportements soudains qui, souvent, font chanceler. « En un moment », il fit voir tous les royaumes du monde à Jésus (Luc 4 : 5). On conviendra que ce fut là une merveilleuse, une vertigineuse vitesse ! C'est un de ses stratagèmes favoris que ces changements subits, ces visions rapides. Faites la différence avec la manière d'agir de Dieu qui, Lui, ne travaille jamais dans l'agitation. Il peut intervenir promptement, mais non pas précipitamment. Il ne fait rien avec une hâte fébrile. Quand c'est Lui le Guide, on s'achemine paisiblement, progressivement, vers le but.

Dans le même ordre d'idées, donnons cette autre indication. Les suggestions de Satan remplissent d'une fiévreuse excitation. Dès qu'une ardeur inconsidérée, une agitation excessive se manifestent, il est plus que certain que c'est une influence satanique qui est à l'oeuvre. L'influence de Dieu est totalement différente ; elle contraste étrangement avec celle de Satan. Le contact de Dieu rend calme et paisible, lucide et pondéré. La main de notre Maître n'a pas diminué de puissance. Elle possède encore la même vertu que celle qui guérissait la fièvre de la belle-mère de Pierre. Il la toucha et la fièvre tomba.

Le Tentateur cherche toujours à flatter. C'était bien dans l'intention de flatter qu'il proposa à Jésus de changer les pierres du Désert en pain. Certes, le Sauveur aurait pu faire du pain de ces pierres, s'Il l'avait voulu. Satan voulait donc flatter le sentiment que le Maître avait de sa puissance.

Le Saint-Esprit, Lui, ne flatte jamais. Il peut sans doute faire valoir â nos yeux les forces que nous avons et les dons qui nous ont été confiés. Mais I1 s'empresse de nous faire comprendre aussi que tout vient de Dieu, que c'est un bien qui n'est pas nôtre et dont nous aurons à rendre compte.

Le Tentateur possède aussi le don d'inspirer la crainte. Nous n'osons pas et nous restons en arrière. Cette peur qui coupe les ailes est un sûr indice de la présence du Tentateur ou de l'un des siens. Au contraire, la voix ou le contact de Dieu crée une atmosphère de confiance et ne terrorise jamais. Sa présence impose un respect qui n'est pas de la peur. A sa voix, nous sommes prêts à être téméraires, à renverser des montagnes, à tout endurer avec une confiance inébranlable dans le succès final.

Signalons une autre trace de la présence du Tentateur : c'est la dépression mentale ou spirituelle. Cette dépression peut provenir d'un surmenage du système nerveux. Dans ce cas, une nourriture simple et saine, l'air pur, une vie où le repos et le sommeil alternent avec une activité mesurée rétabliront l'équilibre. Mais la dépression sans cause précise est un signe certain d'une attaque de Satan, surtout chez les chrétiens et parmi les plus sincères et les meilleurs. Dès que la présence de Dieu a nettoyé la place, aussitôt reviennent la paix et la joie, caractéristiques de la présence de Dieu. « Le fruit de l'esprit, c'est l'amour, la joie, la paix. » (Galates 5 : 22-23).

Citons enfin un symptôme qui devra arrêter tout spécialement notre attention. Le Tentateur aime les extravagances. Il cherche à détacher les vérités de l'exact rapport qu'elles ont entre elles et, par là, à les faire dévier de leur sens vrai. Une vérité qui est certaine lorsqu'elle fait partie d'un tout, peut être fausse, détachée de ce tout. Satan, qui aime l'oscillation du pendule, fait tomber tantôt dans une exagération, tantôt dans une autre. Considérons toujours la vérité dans un ensemble de vérités qui ont un rapport entre elles. Les grandes controverses qui ont partagé si douloureusement Église sont dues, en majeure partie, à l'importance exagérée donnée à un tronçon de vérité arraché d'un ensemble dont il était inséparable. De là, les hérésies, les sectes, les disputes..., ce dont l'histoire de Église fait foi.

La précieuse Croix de Jésus, par laquelle nous sommes sauvés, a pu dégénérer jusqu'à devenir un fétiche, objet de superstition. Le retour de notre Seigneur, dont les Écritures nous parlent, a pu faire tomber certains chrétiens dans une exagération telle qu'ils ont établi un calendrier et en ont fixé la date précise. Vêtus de robes blanches, ils attendaient Sa venue pendant toute une nuit, sur le sommet d'une colline quelconque. Et par cette erreur, ils ont fait tourner en dérision une vérité chère aux enfants de Dieu. L'erreur aime l'apparat, le clinquant, le désordre. La vérité est sobre. Le Saint-Esprit oppose le plus violent contraste par sa sobriété à la mise en scène fastueuse de Satan. Ne l'oublions pas : il n'est pas sur la terre d'homme mieux équilibré, plus sain d'esprit et de jugement que celui chez lequel l'Esprit de Dieu habite.

Tels sont donc les signes grâce auxquels nous pouvons mettre à nu les suggestions de Satan. Toutefois, ne tombons pas dans l'exagération qui pourrait nous conduire à suspecter tout ce que nous rencontrerons sur le chemin de notre vie. Cheminons tranquillement le long du sentier tracé par le Maître, vers le but qu'Il nous désigne, les regards tournés vers Lui, nos coeurs en communion intime avec le sien et les mains tendues vers nos frères qui ont faim et soif de vérité et de vie spirituelle. Le Maître alors nous guidera à travers les pièges du Malin. Nous marcherons à ses côtés sur le chemin qu'Il a suivi.

Autorité qui nous confère le droit de nous prévaloir de la victoire du Fils de Dieu sur l'Ennemi


Un nouveau sens

La défaite de l'Ennemi donne à la prière une nouvelle force. La victoire de Jésus lui donne un nouveau sens. Cette nouveauté de force et de sens se traduit par une nouvelle signification du mot « demander ». « Demander » c'est l'un des mots qui, dans les Écritures, occupe une place de première importance.

Six fois de suite, dans la nuit où Il fut si lâchement trahi, notre Seigneur employa le mot « demandez » en parlant au petit cercle de ses intimes.

"Quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai."

" Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. "

"Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez."

« Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit et que votre fruit soit permanent ; afin aussi que tout ce que vous demanderez à Mon Père en mon nom, Il vous le donne. »

« En vérité, en vérité, je vous dis que tout ce que vous demanderez au Père en mon Nom, Il vous le donnera. » (Jean 14 : 13-14 ; 15 : 7-16 ; 16 : 23-26).

Ce « demandez » prend donc un sens nouveau, plus étendu, une force nouvelle. Une force qui nous a été transmise par le Seigneur Jésus et qui ne réside pas dans un mot, mais qui est la conséquence d'un fait : sa victoire sur le Tentateur. Il est d'une grande importance que nos coeurs et nos esprits en réalisent la portée. Car, si nous la comprenons pleinement, notre manière de prier en sera complètement transformée. Nous serons victorieux dans la prière. « Demander » a dorénavant le sens de « prendre ». C'est le Maître lui-même qui lui donne cette extension. C'est le sens que lui ont acquis sa vie, sa mort sur le Calvaire et sa Résurrection.


Toute l'efficacité de la prière est donc transformée par cette éclatante et nouvelle lumière projetée sur elle par la victoire de Jésus. Auparavant, elle revêtait la forme d'une demande. Désirons-nous une faveur, nous la « demandons ». Il se peut qu'on nous l'accorde. Nous en gardons du moins l'espoir. Mais notre requête une fois faite, à tort ou à raison, nous nous imaginons qu'il faudra implorer, la présenter à nouveau sous de nouvelles formes en y mettant de l'insistance et en l'accompagnant de nos désirs les plus ardents. L'incertitude dans laquelle nous sommes quant à son exaucement nous trouble tellement que nous cherchons à nous libérer de cette hantise sans tou jours y parvenir.

"Prendre" suggère plutôt l'idée d'une prise de possession. Nous nous emparons de ce qui nous appartient de droit. Nous tendons seulement la main pour saisir.

« Prendre » éveille dans l'esprit le geste qui consiste, par exemple, à présenter au guichet d'une banque où sont déposés nos capitaux, le chèque dont nous désirons réaliser la valeur. Nous venons chercher ce qui est à nous. Si vraiment nos prières peuvent s'élever à cette hauteur, quelle différence dans notre attitude ! Quelle transformation dans la confiance en leur exaucement ! Sachons « prendre » ce qu'autrefois nous « demandions ».


Cinq faits probants

Cinq faits, très simples, nous amèneront, il me semble, à être tout à fait au clair sur cette question. Et lorsque nous aurons bien compris et que nous réaliserons parfaitement la possibilité de nous approprier cette vérité, nous n'hésiterons plus à faire le pas décisif.


Voici le premier chaînon de cette succession : quand Dieu eut créé l'homme à son image, Il lui donna la domination sur toute la terre (Genèse 1 : 2628 ; Ps. 8 : 4-8). Il lui avait donné, en d'autres termes, la sous-intendance de toute la création, l'empire sur toutes les forces de la nature. L'homme était né prince. Il avait été créé pour régner. C'est là le merveilleux plan d'amour que Dieu avait conçu pour sa créature humaine.


Le second chaînon, c'est la désobéissance de l'homme qui causa la perte de son autorité. La loi primordiale qui régit le monde de Dieu, c'est l'obéissance.

Dieu ne maintient ce qu'Il donne qu'à ceux qui Lui obéissent. La désobéissance entraîne la destitution. C'est une loi absolue : nous ne conservons notre titre que par l'obéissance ; la conséquence immédiate de la désobéissance, c'est la dégradation. Amené par une ruse de Satan à désobéir, l'homme perdit la place que Dieu lui avait confiée. Tout droit à exercer la domination lui fut enlevé. Au lieu d'être le maître de la terre, il en devint en quelque sorte l'esclave.


Puis, troisième chaînon, par la faute de l'homme, cet empire fut transféré à celui à qui il avait obéi, au Malin. Lui ayant obéi, l'homme devint son vassal, son esclave. « Vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez. » (Romains 6 : 16). Notre Seigneur parle du « Prince de ce monde ». Il est bon que nous nous souvenions de ce que cela signifie. Il est le Prince, mais non pas le Prince légitime. Lui-même, infidèle à Dieu, a perdu le titre qui lui avait été donné. Prince-usurpateur, il entraîne l'homme dans la même chute que la sienne. Mais, quoique usurpateur, il est quand même Prince de ce monde. L'obéissance de l'homme lui a valu la domination sur lui, sur la terre, et sur tout ce qui a vie.


Le quatrième chaînon jette sur toutes ses tristesses un rayon brillant de lumière. Le Seigneur Jésus vint. Revêtu par le Père, comme Adam à l'origine, de toute autorité sur les choses d'ici-bas, Il a pu dire : « Toutes choses m'ont été données par mon Père. » (Matth. 11 : 27). Cette affirmation se trouve trois fois répétée dans Évangile de Jean (Jean 3 : 35 ; 13 : 3 ; 17 : 2). Nouveau Maître de toutes choses, Il ne pouvait garder cette autorité que par l'obéissance. Détenteur du titre, Il ne pouvait faire exception à la règle.

Toujours fidèle à la volonté de Dieu, Il garda toute son autorité grâce à sa parfaite obéissance.

Puis, lorsqu'Il réintégra sa demeure, le titre lui fut maintenu. Il s'assit à la droite de Dieu, dans les lieux célestes, au-dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute dignité, de toute domination, de tout nom qui se peut nommer, non seulement dans ce siècle, mais dans celui qui est à venir. (Eph. 1 : 20-22 ; Philip. 2 : 8-11 ; Colossiens 2 : 10 ; 1 Pierre 3 : 22). L'empire sur toutes choses Lui fut donné par le Père. Son obéissance parfaite le Lui mérita.


Enfin le cinquième chaînon : Jésus fit tout cela pour nous. C'est parce que nous avons échoué qu'Il vint. Il fit ce que nous nous sommes montrés incapables de faire. Et en le faisant, Il agissait à notre place. Il nous est doux de nommer le Seigneur, notre Substitut.


Autorité

Il est triplement notre Substitut : par sa vie, par son obéissance parfaite, par sa Résurrection.

A nous d'accepter ce qui a été fait pour nous. A nous de faire le pas décisif pour nous emparer de ce qui nous appartenait à l'origine et nous a été regagné par Lui. Notre Maître nous dit pratiquement : « Prenez possession de ce que J'ai reconquis pour vous, de ce que Je vous ai restitué. »


Vous souvenez-vous de ce merveilleux passage qui nous est rapporté au 10° chapitre de Luc, versets 18-19 ? Nous devrions le souligner en traits or, dans nos Bibles, pour qu'il attire nos regards. Écoutons-en le contenu dans un esprit de prière, afin que l'ampleur de sa signification nous frappe et que nous en soyons confondus. « Voici, je vous donne le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions et sur toutes les forces de l'ennemi, et rien ne pourra vous nuire. » Et tandis que nous nous livrons à la joie que ces paroles font naître en nous, Il ajoute que nous devons nous réjouir surtout de ce que « nos noms sont écrits dans les cieux ».

Pourquoi ne mettrions-nous pas à profit cette autorité qui nous est donnée ? Usons-en au nom de notre Grand Vainqueur. Usons-en selon l'inspiration du Saint-Esprit. Usons-en pour les besoins de la vie et contre tout ce qui met des entraves à notre activité. Nous avons toute autorité pour reprendre à l'Ennemi ce qu'il détient encore. C'est par la prière que nous nous en saisirons le mieux et par toute action à laquelle la prière nous conduira. Un cri de triomphe devrait s'élever aujourd'hui : « Prenons, au nom et par les mérites de Jésus. »

Au nom de mon Maître, je répéterais volontiers ce beau message à tout disciple de Christ dans les difficultés ou dans le besoin. Je le crie à ceux qui luttent dans les champs de mission lointaine, sur ce mince front si étendu où l'ennemi fait rage, au sein de la sauvagerie africaine, ou de l'opposition et de l'apathie chinoises, devant les besoins criants des Indes, comme à ceux qui travaillent dans les bas-fonds et dans les rues de Londres ; au milieu de l'agitation du « strife for life » (la lutte pour la vie) de New-York ; à tous ceux et à chacun de ceux qui se débattent dans le péché et dans les difficultés. Oui, c'est pour vous que je délivre ce message aujourd'hui. Écoutez bien : « Moi, Jésus, je vous donne autorité sur toutes les forces de l'Ennemi. C'est moi qui détiens l'autorité. Je l'ai gagnée par mon sang que j'ai répandu. Je l'ai méritée pour vous. Je vous la donne. Servez-vous-en en mon Nom. Vous ferez de plus grandes choses que moi parce que je suis avec le Père, dans mes fonctions d'autorité, et vous, vous agirez à ma place, ainsi que moi, j'ai agi à votre place. »


Saisissez, prenez possession

C'est un appel qui devrait plus souvent se faire entendre aujourd'hui et dans le monde entier. Usez de l'autorité que le Maître vous a donnée ! Prenez tout ce qu'il vous faut pour l'accomplissement de son saint service. « Tout lieu que foulera la plante de votre pied, je vous le donne. » (Josué 1 : 3). Prenez ce que le Maître nous a rendu. Demander, c'est prendre. Il n'est plus question de plaider avec Dieu comme pour le persuader. Il le veut encore plus que nous. Il s'agit simplement de réclamer tout ce dont nous avons besoin comme étant à nous, en propre. Il s'agit de saisir par la foi la conquête de notre grand Capitaine.

Le dernier message qui sortit des lèvres du Maître dans le jardin des Oliviers, trouve ici sa place toute marquée et prend un sens spécial. Écoutez plutôt « Toute puissance m'est donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc. » (Matth. 28 : 18-19). C'est par cette puissance qu'Il nous invite à « aller de l'avant ». Nous obéissons, forts de l'autorité qu'Il nous donne. Nous agissons en plénipotentiaires. Cet ordre « allez » est à la base de tout service chrétien et il l'étaye. Dans l'action, nous aurons besoin, non seulement de puissance, mais aussi d'autorité, car chaque pas de notre marche en avant sera contesté. Il nous faut donc aller de l'avant, forts de cette autorité, nous saisissant de ce qui est notre bien légal, au nom de notre Substitut, le Vainqueur.

Lorsque, pour le service du Maître, nous envahirons un territoire appartenant aux puissances du Malin, souvenons-nous que ce terrain est à l'homme et qu'il doit le conquérir pour Dieu. Il a été perdu par la faute de l'homme, par sa désobéissance. Mais il a été reconquis par le Vainqueur. Nous avons donc le droit de nous élancer en disant : « Je prends, au nom du Seigneur Jésus, je reprends ce morceau de terrain pour le Lui rendre ; je prends la vie de cet homme, de cette femme pour qui mon maître donna Son sang. »

Mais... mais il faut prendre, dans l'action comme dans la prière, avec une conviction aussi profonde que la foi même ; il faut une ardeur aussi intense que celle de l'opposition. Satan est un fier lutteur ; il ne lâche que ce qu'il ne lui est plus possible de conserver. Il faut donc prendre avec détermination et c'est avec détermination aussi que nous devons prier. Satan ne cède que lorsqu'il y est obligé ; il est tenace. Que notre prière aussi soit tenace, persévérante. La prise de possession doit être aussi résolue que l'acharnement de l'ennemi, et même le surpasser. C'est en cela que consiste la lutte. Cet homme que vous essayez d'arracher des mains de Satan pour le gagner à Dieu peut être à Londres, en Afrique du Nord ou en Afrique du Sud, ou même à vos côtés, où qu'il soit, cet homme que vous voudriez amener à Christ, Lui appartient par sa Victoire. Vous le redemandez, vous le prenez au nom du Vainqueur, de Jésus-Christ. Insistez sur cette prise de possession et Dieu en jugera.


Au nom de Jésus-Christ.

Ceci confirme le droit que notre Seigneur nous a conféré de nous servir de Son nom. Que pouvait-Il nous donner de plus ? Employer son Nom, c'est en effet agir comme Lui, en son lieu et place, revêtus de sa puissance. Mais quelle responsabilité que de se servir de ce Nom ! Tous n'y sont pas autorisés. Ceux-là seuls en sont dignes qui ont accepté son invitation à faire partie du cercle étroit de ses amis. Le 19° chapitre des Actes parle de ces hommes d'Ephèse qui voulurent se servir de ce Nom pour leurs desseins égoïstes. Mais l'esprit malin se jeta sur eux et, les ayant maîtrisés, il les maltraita, les laissant nus et blessés. Le monde des démons connaît fort bien ce Nom et l'immense puissance qui en découle. Là, Il est craint. Et ils connaissent aussi ceux qui ont le droit de s'en servir.


Consultez le dernier et long entretien (Jean, ch. 14 à 16) dans lequel le Maître nous donna le droit de nous servir de Son Nom, vous y trouverez certains mots qui reviennent sans cesse. Ce sont les mots « amour », « obéissance », et « demeurez ». Voilà les conditions de l'emploi de Son Nom. L'amour obéit, il se complait dans l'obéissance. L'amour demeure. La seule manière de manifester son amour, c'est d'obéir, mais d'obéir aussi complètement et joyeusement qu'un enfant obéissant. L'obéissance, l'obéissance de l'amour, donne droit à se servir de ce Nom. Que votre vie soit donc ouverte à l'action du Maître et qu'elle soit animée de Son Esprit. Alors, vous pourrez demander ce que vous voudrez. Vous pourrez demander ce qui vous plaira. L'Usurpateur desserrera ses liens lentement, avec colère peut-être, mais il y sera contraint. Et vous obtiendrez la réelle possession de ce que vous avez « pris » par la foi.

La foi qui discerne


Reparlons enfin de la foi. Nous touchons ainsi du doigt ses effets pratiques. La foi sait que notre Seigneur Jésus est Vainqueur. La foi n'est pas un calcul. La foi se confie en Lui. La foi ne se demande pas ce qu'Il fera, mais s'appuie sur ce qu'Il a fait. Elle s'appuie sur le Christ vainqueur, ou mieux encore, sur Lui. Elle ne fait pas pression sur mes sentiments jusqu'à me dire « tu dois croire » ; loin de là. Elle dirige et fixe simplement ma pensée sur Lui, le Vainqueur. Elle Le voit sur le trône. Ce Sauveur couvert de cicatrices, couronné, et dans la gloire éternelle, je crois en Lui, aucun doute ne s'élève en moi. C'est cela la foi — regarder à Lui, s'appuyer sur ce qu'Il est et sur ce qu'il a fait.

Encore un mot. La foi qui « saisit » est une foi qui « discerne ». Ces mots « obéissez » et « demeurez » marquent quel doit être le contact avec le Maître qui nous amènera à connaître Ses plans.


Puissance de ce nom

J'ai récemment rencontré, en Suède, une dame missionnaire du Nord de l'Afrique, résidant à Tunis. Elle me raconta l'histoire suivante qu'elle tenait elle-même d'une amie missionnaire, habitant Alger. Une femme arabe, musulmane, avait été gagnée à Christ par l'intermédiaire de cette soeur. Cette femme avait jusqu'alors pratiqué sa religion avec tout le fanatisme, l'ignorance et la superstition que celle-ci peut produire. Quand elle accepta le christianisme, sa famille fit tout ce qu'elle put pour la détourner de sa nouvelle foi. Elle usa de persuasion, de supplications, d'arguments, de menaces et chercha par tous les moyens à lui rendre la vie insupportable. La nouvelle convertie montra la fermeté de sa foi en résistant à toutes ces attaques. Sa foi était fondée sur le Roc ; rien ne put l'ébranler.

Les parents firent alors une chose fort en usage chez les gens de ce peuple. Ils préparèrent un poison si violent que c'était la mort à bref délai pour celle qui devait l'absorber. Ce poison fut mélangé à sa nourriture. Quand la jeune femme, ne se doutant de rien, eut mangé une partie de ce repas empoisonné, elle se rendit bientôt compte de l'attentat dont elle était victime. Elle reconnut tout de suite les effets terribles du poison, car les moeurs de sa race lui étaient familières. Aussi, dès les premiers symptômes, elle n'eut pas le moindre doute que sa dernière heure fût venue. L'on peut facilement concevoir son état d'âme tandis que le poison accomplissait sournoisement son oeuvre. Elle connut cette sourde irritation, cet abattement de l'esprit qui saisissent l'homme aux prises avec la mort. Puis, cet engourdissement qui se propage d'un membre à l'autre jusqu'à l'immobilité glaciale. Dans sa détresse, elle ne savait à qui recourir. Assise à sa place, devant la table, sans se rendre compte, je crois bien, de ce qu'elle faisait, elle se mit à prononcer le Nom, le grand Nom. Elle n'osait le faire à haute voix, de crainte qu'on ne l'entendît et que les persécutions ne redoublassent. Ce fut donc en elle-même et avec l'énergie de celui qui se sent talonné par la mort qu'elle répéta ce Nom qui est au-dessus de tout autre : « Jésus ! Jésus ! Jésus ! » Pendant deux ou trois jours (mon amie ne put préciser), la lutte se livra et le poison s'élimina peu à peu du sang et du corps de la jeune femme, tandis que la famille assistait à ce spectacle, ébahie. C'était là pour elle un fait étrange, inconnu jusqu'alors. Jamais un tel moyen n'avait échoué. Et pourtant, le fait était là : le poison n'avait pas accompli son effet mortel.

En racontant elle-même l'histoire à la missionnaire, la jeune rescapée ajoutait : « C'était comme si une vague de vie rentrait en moi chaque fois que je prononçais ce Nom. Et entre temps, c'était comme si les griffes de la mort se ressaisissaient de mon être. » Le conflit entre la mort et la vie continua pendant ces deux ou trois jours, mais la vie prit de plus en plus le pas sur la mort, jusqu'au moment où elle triompha complètement à la grande stupéfaction de tous.


C'était la victoire dans la chair même, victoire possible quand le Saint-Esprit nous y conduit. Si nous sommes obéissants, nous avons le droit de nous servir de ce Nom. Et en l'employant, sous l'inspiration du Saint-Esprit, marchant pas à pas, guidés par Lui, des mains de Satan, nous pourrons arracher tel homme, telle femme, tels biens, tel argent, et tout ce dont nous avons besoin, car le Seigneur Jésus a dit : « Toute puissance m'a été donnée sur la terre. » Avançons donc la main pour saisir, au Nom de Jésus, ce qui nous appartient de droit par les mérites de Sa Mort et de sa Résurrection.


S. D. GORDON


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