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L'ÉLECTION : AFIN QUE NULLE CHAIR NE SE GLORIFIE

il y a 25 minutes
8 min de lecture
ÉLECTION

AFIN QUE NULLE CHAIR NE SE GLORIFIE


Pourquoi Dieu choisit-il lui même ceux qui seront sauvés ? L'Écriture répond sans détour : afin que personne ne se glorifie (Éphésiens 2:9). Paul le dit aussi aux Corinthiens, en leur rappelant qu'ils n'étaient pas nombreux à être sages, puissants ou nobles, et que Dieu a choisi ce qui est faible et méprisé, afin que nulle chair ne se glorifie devant lui (1 Corinthiens 1:26 à 29). Le but de l'élection est donc de ne laisser à l'homme aucune part dont il puisse se vanter.


Cela s'explique par ce qu'est notre cœur, tortueux plus que tout (Jérémie 17:9), au point qu'il n'y a pas un seul juste, pas même un seul qui cherche Dieu (Romains 3:10). Un cœur pareil ne se tourne pas vers Dieu de lui même. Jésus l'affirme : nul ne peut venir à lui si le Père ne l'attire (Jean 6:44). Les enfants de Dieu sont nés non de la volonté de l'homme mais de Dieu (Jean 1:13), et Paul conclut que cela ne dépend ni de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Romains 9:16).


J'ai moi même cru pendant longtemps que Dieu m'avait appelée et que j'avais répondu, sans me rendre compte de ce que cette phrase contenait. Elle laisse à l'homme un petit mérite, celui de ne pas s'être endurci, d'avoir ouvert son cœur, d'avoir dit oui. Je ne parle pas ici d'une fierté consciente, car personne ne se lève en disant « j'ai fait mieux que mon voisin ». Je parle de la logique cachée derrière la phrase : si deux personnes entendent le même appel et que l'une répond pendant que l'autre refuse, qu'est ce qui fait la différence ? Si c'est elle, alors une part du salut lui appartient. Paul pose exactement cette question : qui est ce qui te distingue ? Qu'as tu que tu n'aies pas reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies tu comme si tu ne l'avais pas reçu (1 Corinthiens 4:7) ?


Cette question a traversé l'histoire de l'Église. Le 24 décembre 1740, depuis la Géorgie, George Whitefield écrivit à John Wesley pour répondre à son sermon « Free Grace ». Il le fit à contrecœur, avec une grande tristesse, et en lui redisant son affection. Il ne mettait pas en doute la sincérité de Wesley ni son désir de glorifier Dieu. Mais il lui reprochait de faire dépendre le salut de la volonté libre de l'homme au lieu de la grâce libre de Dieu. Pour Whitefield, la grâce n'est pas libre parce qu'elle serait offerte à tous de la même manière, elle est libre parce que Dieu la donne à qui il veut, quand il veut. Il précisait aussi que la prescience de Romains 8:29 ne signifie pas que Dieu a vu d'avance nos bonnes dispositions, mais qu'il a connu et aimé d'avance, comme l'Écriture emploie souvent ce mot.


Voilà pourquoi la chaîne de Romains 8:29 et 30 est si précieuse. Ceux que Dieu a connus d'avance, il les a aussi prédestinés, appelés, justifiés et glorifiés, et personne ne se perd en chemin. L'appel dont parle Paul est efficace : quand Lydie écoutait, c'est le Seigneur qui lui ouvrit le cœur (Actes 16:14), et à Antioche, tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent (Actes 13:48). Même la foi nous est accordée, comme Paul l'écrit aux Philippiens : il nous a été fait la grâce de croire en Christ (Philippiens 1:29).


La Bible entière raconte cette même histoire. Dieu dit à Abram de quitter son pays (Genèse 12:1), alors que sa famille servait d'autres dieux (Josué 24:2 et 3), et il n'a pas choisi Israël parce qu'il était plus nombreux que les autres peuples, mais parce qu'il l'a aimé (Deutéronome 7:7 et 8). À l'intérieur de ce peuple, tous ne sont pas Israël (Romains 9:6), et aujourd'hui son peuple est composé de personnes choisies dans toutes les nations (1 Pierre 2:9).


« Mais alors Dieu est injuste, l'homme est libre et responsable »


Dès qu'on parle d'élection, les mêmes objections reviennent : Dieu serait méchant, il serait injuste, l'homme aurait son libre arbitre et serait responsable de ses choix. Il faut y répondre, et l'Écriture elle même le fait. Paul pose lui même l'objection : « Y a-t-il en Dieu de l'injustice ? » Et il répond : « Loin de là ! » (Romains 9:14). Ce détail est précieux, car il prouve que la doctrine de Paul provoquait déjà cette réaction. Une doctrine du salut qui ne susciterait jamais ce reproche ne serait pas celle qu'il enseignait.


Sur l'injustice, la question est de savoir à qui Dieu aurait fait tort. Dieu n'a pas pris des innocents pour en condamner certains. Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu (Romains 3:23), nous étions morts par nos offenses et par nature des enfants de colère (Éphésiens 2:1 à 3), et le salaire du péché, c'est la mort (Romains 6:23). La vraie justice aurait donc condamné tout le monde. Ce que Dieu fait, c'est de sauver des coupables par pure miséricorde, et la grâce, par définition, n'est due à personne. Celui qui reçoit ce qu'il mérite n'est pas lésé, et celui qui reçoit ce qu'il ne mérite pas n'a pas de quoi se glorifier. Jésus l'a enseigné dans la parabole des ouvriers de la vigne : le maître répond à celui qui murmure qu'il ne lui fait aucun tort, et qu'il lui est permis de faire de ses biens ce qu'il veut, en lui demandant s'il voit d'un mauvais œil que lui soit bon (Matthieu 20:13 à 15). Whitefield raisonnait de la même manière : si Dieu pouvait justement imputer à tous le péché d'Adam et laisser tous les hommes dans leur état, il peut justement en laisser quelques uns et en sauver d'autres. Celui qui est le juge de toute la terre fait toujours ce qui est juste (Genèse 18:25). Dieu n'est donc pas méchant : il est le seul à pouvoir sauver, et il ne doit le salut à personne.


Sur le libre arbitre, la Bible ne dit pas que l'homme ne choisit pas, elle dit que sa volonté est esclave. Chacun fait toujours ce qu'il veut, et le drame est justement ce que nous voulons. La pensée de la chair est inimitié contre Dieu, elle ne se soumet pas à sa loi et elle ne le peut même pas (Romains 8:7). Quiconque commet le péché est esclave du péché (Jean 8:34), et un Éthiopien ne changera pas plus sa peau que nous ne changerons notre pente (Jérémie 13:23). Jésus ne dit pas à ceux qui le refusent « vous ne pouvez pas être sauvés par erreur », il leur dit « vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5:40), et il explique que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière (Jean 3:19). Personne n'est donc jamais traîné de force vers l'enfer ni vers le ciel. Le pécheur refuse Christ parce qu'il ne veut pas de lui, et le croyant vient à Christ parce que Dieu a changé sa volonté. C'est ce que Dieu promet : ôter le cœur de pierre et donner un cœur de chair (Ézéchiel 36:26), car c'est Dieu qui produit en nous le vouloir et le faire (Philippiens 2:13). L'appel est irrésistible, non parce qu'on est contraint, mais parce que celui qui a été touché ne peut plus refuser ce qu'il désire désormais.


Reste la responsabilité. Paul a anticipé cette objection : « Pourquoi blâme-t-il encore ? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté ? » (Romains 9:19). Sa réponse ne consiste pas à nier la responsabilité de l'homme, elle consiste à rappeler qui est Dieu : « Ô homme, qui es-tu, toi qui contestes avec Dieu ? » (Romains 9:20). L'Écriture tient ensemble ces deux vérités sans jamais en sacrifier une. Jésus a été livré selon le dessein arrêté et la prescience de Dieu, et ceux qui l'ont crucifié l'ont fait par la main des impies, ce qui les rend coupables (Actes 2:23 ; 4:27 et 28). Les frères de Joseph avaient médité le mal, et Dieu l'avait changé en bien (Genèse 50:20). Dieu annonce qu'il endurcira le cœur de Pharaon (Exode 4:21 ; Romains 9:17), et Pharaon n'en reste pas moins responsable de son endurcissement. Dieu ne tente personne (Jacques 1:13), il ne fait jamais le mal, et le mal est toujours le fait de celui qui le commet. C'est pourquoi Dieu ordonne à tous les hommes, en tous lieux, de se repentir (Actes 17:30), et pourquoi les hommes sont inexcusables (Romains 1:20). Je prêche donc la responsabilité de l'homme avec toute la force de l'Écriture, et l'élection aux enfants de Dieu avec la même conviction, parce que la Bible fait les deux.


« Mais la Bible dit que Dieu veut sauver tous les hommes »


Trois versets reviennent sans cesse pour s'opposer à l'élection : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1 Timothée 2:4), il ne veut pas qu'aucun périsse mais que tous arrivent à la repentance (2 Pierre 3:9), et il ne prend pas plaisir à la mort du méchant (Ézéchiel 33:11). Ces textes sont vrais, et je ne les écarte pas. Je constate seulement qu'on les lit rarement avec ce qui les entoure.


Dans 1 Timothée 2, Paul commence par demander de prier pour tous les hommes, puis il précise tout de suite : pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité (versets 1 et 2). Ces rois persécutaient l'Église, et Paul dit qu'il faut prier pour eux, parce que Dieu veut sauver des hommes de toute condition, y compris des puissants. « Tous » désigne ici toutes sortes d'hommes, comme dans l'Apocalypse, où Christ a racheté pour Dieu des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation (Apocalypse 5:9).


Dans 2 Pierre 3, l'apôtre écrit à des bien aimés (versets 1, 8, 14 et 17), et c'est à eux qu'il dit que le Seigneur use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse. Ceux qui ne doivent pas périr sont donc ceux dont il parle, les siens, que Dieu amènera tous à la repentance. Si le verset signifiait chaque homme sans exception, il contredirait le verset 7, qui parle du jour du jugement et de la perdition des hommes impies, et il faudrait conclure que personne ne sera jamais perdu, puisque ce que Dieu veut de cette façon arrive toujours. Whitefield le soulignait dans sa lettre à Wesley : pris dans leur sens le plus strict, ces textes ne laisseraient aucun damné.


Dans Ézéchiel 33:11, Dieu dit qu'il ne prend pas plaisir à la mort du méchant, et c'est vrai, car il n'aime pas la mort pour elle même. Cela n'empêche pas qu'il la prononce, comme le juge qui n'aime pas condamner mais qui ne peut pas laisser la loi sans réponse, ce que Whitefield illustrait par cette même image. Le même Dieu a voulu montrer sa colère et faire connaître sa puissance envers des vases de colère formés pour la perdition (Romains 9:22), et son appel à se détourner de son mal est sincère pour chacun de ceux à qui il est adressé.


Les théologiens réformés expriment cela en distinguant deux volontés en Dieu. Il y a ce qu'il ordonne et aime, que tous se repentent et vivent, et il y a ce qu'il a décidé d'accomplir, qu'il donne la repentance à ceux qu'il a choisis. L'Écriture montre les deux côte à côte. Jésus pleure sur Jérusalem : combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, et vous ne l'avez pas voulu (Matthieu 23:37). Et dans le même Évangile, il remercie son Père d'avoir caché ces choses aux sages et de les avoir révélées aux enfants, en ajoutant : oui, Père, parce que tel a été ton bon plaisir (Matthieu 11:25 et 26). Celui qui lit un de ces textes sans l'autre ne lit pas toute la Bible.


Il reste bien sûr des choses que nous ne comprenons pas. Les choses cachées appartiennent à l'Éternel, notre Dieu, et les choses révélées sont à nous (Deutéronome 29:29), et devant la profondeur de ses jugements, Paul ne cherche pas à tout expliquer, il adore (Romains 11:33). Celui qui refuse d'accepter ce que Dieu dit tant qu'il ne le comprend pas pleinement ne se laisse plus juger par Dieu, c'est lui qui le juge.


Conclusion

Comprendre cela est libérateur. Quand on sait que Dieu a tout fait, du choix avant la fondation du monde jusqu'à l'appel qui n'a pu être refusé, il ne reste plus rien à s'attribuer, et c'est là que naît une reconnaissance sans mélange. Je n'ai jamais été aussi reconnaissante envers Dieu que depuis le jour où j'ai compris qu'il avait tout fait.


L. Gilman



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