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LE CONTENANT QUI CHANGE TOUT

il y a 2 heures
5 min de lecture
contenant

Beaucoup de croyants portent une question qu'ils n'osent pas toujours formuler à voix haute. Si mon cœur a vraiment été changé par Dieu, pourquoi est-ce que je retrouve encore en moi, parfois, des pensées, des réactions, des penchants qui appartenaient à ma vie d'avant ? Cette question ne trouve pas sa réponse dans la morale ni dans la volonté humaine. Elle trouve sa réponse dans la nature même du cœur que Dieu donne à celui qu'il régénère. Car ce que Dieu change, quand il sauve un homme, ce n'est pas d'abord son comportement. C'est son contenant.


Un contenant pourri ne peut rien produire de sain


Avant la nouvelle naissance, le cœur de l'homme n'est pas comparable à un récipient vide et neutre, attendant qu'on y verse du bon ou du mauvais. Il est lui même la source du mal. Le prophète Jérémie décrit cette nature avec une précision qui ne laisse aucune échappatoire : « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : qui peut le connaître ? » (Jérémie 17.9). Jésus confirme ce diagnostic et le précise davantage. Ce n'est pas ce qui entre dans l'homme qui le souille, c'est ce qui sort de son cœur. « Car c'est du dedans, c'est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres, les vols, les cupidités, les méchancetés, la fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans, et souillent l'homme » (Marc 7.21 à 23).


Remarquez que ce diagnostic ne laisse aucune place à l'objection qui vient naturellement à l'esprit, celle qui consisterait à dire qu'il suffirait de surveiller son cœur, de le garder avec attention, pour empêcher qu'il n'en sorte du mal. Jérémie a déjà répondu à cette objection avant même qu'elle ne soit formulée, en précisant que ce cœur trompeur est aussi un cœur que l'homme lui même ne peut connaître. Aucune vigilance, aussi sincère soit elle, ne peut sécuriser un cœur dont la profondeur échappe à celui qui le porte.


Prenez cette image au sérieux. Un contenant pourri, rongé par la moisissure, ne peut rendre saine aucune chose qu'on y dépose. Même si l'on y verse quelque chose de bon, le contenant lui même corrompt tout ce qu'il touche. C'est exactement ce qu'était le cœur de pierre. Il ne s'agissait pas d'un cœur simplement dur ou fermé. Il s'agissait d'une nature qui gangrenait tout ce qu'elle contenait, incapable par elle même de produire quoi que ce soit qui glorifie Dieu. Voilà pourquoi aucune réforme morale, aucune bonne résolution, aucun effort de volonté ne pouvait suffire. Tant que le contenant restait le même, l'homme restait le même.


Dieu ne nettoie pas le vase, il en donne un autre


C'est là que la promesse d'Ézéchiel prend toute sa force. Dieu n'annonce pas qu'il va laver ou réparer le cœur de pierre. Il annonce qu'il va l'ôter et le remplacer. « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair » (Ézéchiel 36.26). Le verset suivant précise ce qui rend ce nouveau contenant radicalement différent de l'ancien. Ce n'est pas seulement sa matière qui change, c'est ce qu'il reçoit désormais en lui même. « Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois » (Ézéchiel 36.27).


Voilà la différence fondamentale entre les deux contenants. Le cœur de pierre était vide de Dieu, livré à lui même, et c'est précisément ce vide qui le rendait producteur de mort. Le cœur nouveau, lui, reçoit ce que l'ancien n'avait jamais eu, la présence même du Saint Esprit. Paul le rappelle aux Corinthiens en des termes saisissants : « Ne savez vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous mêmes » (1 Corinthiens 6.19). Ce n'est donc plus un simple récipient purifié qui accueille le croyant régénéré. C'est un contenant devenu temple, habité par une présence qui n'y logeait pas auparavant.


Or un temple n'est jamais un lieu neutre. Il est le lieu où Dieu agit. C'est ici que se trouve la clé de la question posée au départ. Ce n'est pas le croyant, par ses propres efforts, qui doit gratter patiemment ce qui reste en lui de son ancienne vie. C'est le contenant lui même, désormais habité par l'Esprit, qui se met à l'œuvre. Le cœur nouveau n'est pas un vase passif qu'il faudrait encore nettoyer de l'extérieur, il est devenu l'agent actif de sa propre purification. L'Écriture décrit cette œuvre avec l'image du feu qui affine les métaux précieux. Le prophète Malachie annonce que le Seigneur, quand il viendra purifier son peuple, agira « comme le feu du fondeur », celui qui « s'assiéra, fondra et purifiera l'argent », qui « épurera comme on épure l'or et l'argent » (Malachie 3.2 et 3). Ce feu ne détruit pas le métal, il le débarrasse de ses scories jusqu'à ce qu'il ne reste que le métal pur. C'est ainsi qu'agit le cœur nouveau. Il ne coexiste pas paisiblement avec les résidus de l'ancienne nature, il les brûle, un par un, jusqu'à leur disparition complète.


Voilà pourquoi le changement du cœur est, en un sens, immédiat, et pourquoi ses effets, en un autre sens, se déploient dans la durée. Le contenant a changé d'un seul coup, le jour où Dieu a régénéré le pécheur. Rien de l'ancien vase pourri n'a survécu, il a été ôté tout entier. Mais ce que ce nouveau contenant a produit et laissé s'accumuler en lui pendant des années de vie ancienne, avant même sa transformation, ne disparaît pas dans l'instant. C'est désormais le contenant lui même, dans sa nature nouvelle, animé par le feu de l'Esprit qui l'habite, qui entreprend de consumer ce qui reste. Ce n'est donc jamais un échec de la grâce que de constater qu'il reste encore, dans la vie du croyant, des choses qui ne glorifient pas Dieu. C'est au contraire la preuve que le feu est à l'œuvre.


Que faire, concrètement, de cette vérité ? D'abord, cessez de mesurer l'authenticité de votre nouvelle naissance à l'absence totale de lutte intérieure. Un vase pourri ne se débat jamais contre lui même, il n'a aucune raison de le faire. Si vous sentez ce combat, c'est que le feu est présent. Ensuite, ne traitez jamais ce qui reste en vous comme une fatalité à laquelle il faudrait se résigner. Nommez ce qui doit encore être consumé et présentez-le, précisément, sans le cacher ni l'excuser, à l'Esprit qui habite en vous. Enfin, refusez de croire que ce travail dépend d'abord de vos efforts. Le feu qui purifie n'est pas allumé par le croyant, il est déjà là, parce que Dieu lui même a placé son Esprit dans ce contenant nouveau. Votre part est de vous y soumettre, pas de vous substituer à lui.


Le cœur nouveau n'est donc pas un vase qu'il faudrait encore récurer. Il est un vase transformé dans sa nature même, désormais habité par le feu de Dieu, et ce feu ne s'éteindra pas avant d'avoir tout consumé de ce qui ne glorifie pas celui qui l'a allumé.


L. Gilman



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