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ÊTRE COMME UN ENFANT

enfant

« Laissez les petits enfants, ne ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. »— Matthieu 19:14


Dans l’Évangile de Matthieu, une scène surprenante s’offre à nous : des disciples tentent d’écarter des enfants qui s’approchent de Jésus, et celui-ci les reprend fermement. Bien plus, il pose ces enfants en exemple et déclare que le Royaume des cieux appartient à « ceux qui leur ressemblent ». Une telle parole mérite qu’on s’y attarde. Qu’est-ce que Jésus voulait-il nous enseigner ? Que signifie concrètement « être comme un enfant » dans notre vie spirituelle ?


1. L’humilité : renoncer à toute prétention

Dans le monde antique comme dans le nôtre, l’enfant n’a ni statut, ni pouvoir, ni prestige. Il ne peut rien revendiquer par lui-même. Cette absence de prétention est précisément ce que Jésus semble valoriser. Être comme un enfant, c’est accepter de ne pas être «arrivé», de ne pas tout savoir, de ne pas tout maîtriser. C’est l’opposé de l’orgueil spirituel qui nous pousse à croire que nous méritons la grâce de Dieu.

Cette humilité n’est pas une dévalorisation de soi ; c’est simplement une vision juste de notre place devant Dieu. Elle ouvre le cœur à la grâce, car celui qui se croit suffisant ne reçoit rien.


2. La confiance : s’abandonner sans calcul

Un jeune enfant n’analyse pas la fiabilité de ses parents avant de leur tendre les bras. Il s’abandonne naturellement, sans clause ni condition. Cette confiance totale est le cœur de la foi biblique. Elle n’est pas une croyance naïve qui ignore les épreuves, mais une relation de fond qui tient même quand la vie devient difficile.

Combien de fois notre relation avec Dieu est-elle alourdie par le calcul ? Nous posons des conditions, nous négocions, nous attendons des garanties. L’enfant, lui, ne négocie pas. Il reçoit. C’est cette qualité de confiance que Jésus invite à retrouver.


3. La réceptivité : un cœur ouvert et disponible

L’enfant n’est pas encore encrouté dans ses certitudes. Il s’émerveille, il questionne, il absorbe. Sa vision du monde est ouverte au changement. Être comme un enfant, c’est conserver cette ouverture face à la Parole de Dieu, ne pas enfermer le divin dans nos catégories toutes faites. C’est accepter d’être encore surpris, encore formé, encore transformé.

Avec les années, il est facile de se rigidifier : on sait déjà ce que la Bible «doit» dire, on a déjà classé Dieu. L’invitation de Jésus est un appel à redevenir périssables en quelque sorte : permissifs à la nouveauté de l’Esprit.


4. La dépendance assumée : savoir qu’on a besoin

Notre époque valorise l’autonomie et l’autosuffisance. Avoir besoin des autres est souvent vécu comme une faiblesse. Or l’enfant, lui, assume pleinement sa dépendance : il sait qu’il ne peut pas tout seul, et il ne s’en cache pas. C’est là une posture spirituelle profondément saine.

Reconnaître notre dépendance à Dieu, ce n’est pas s’avilir ; c’est honorer la réalité de notre condition de créature. C’est aussi ce qui rend la prière vivante : on ne prie pas pour la forme, mais parce qu’on a véritablement besoin.


5. La simplicité du cœur : sans masque ni duplicité

Un enfant ne joue pas de rôle. Il pleure quand il a mal, rit quand il est heureux, dit ce qu’il pense. Il n’a pas encore appris à se dissimuler derrière une image sociale. Être comme un enfant dans notre rapport à Dieu, c’est être authentique, transparent, sans chercher à paraître meilleur qu’on ne l’est.

La foi simplifiée n’est pas une foi appauvrie : c’est une foi débarrassée du formalisme, de l’hypocrisie et des performances religieuses. Elle rejoint Dieu là où il nous attend vraiment : dans la vérité de notre intériorité.


Conclusion

Être comme un enfant devant Dieu n’est pas une invitation à la naïveté ou à l’immaturité intellectuelle. C’est bien au contraire un idéal spirituel exigeant : celui d’une âme humble, confiante, ouverte, dépendante et simple. Ces qualités, souvent érodées par le temps, le statut et l’ego, sont précisément celles que Dieu cherche dans un cœur.

Paradoxalement, c’est en redevenant « petit » que l’on grandit spirituellement. Jésus n’a pas dit « devenez comme des sages », mais « devenez comme des enfants ». Cette parole reste, deux millénaires plus tard, une invitation aussi radicale que bouleversante.


L. Gilman

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