LA NOUVELLE NAISSANCE



Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu (Jean 3:3).

Dans la vie ordinaire, l’homme se préoccupe naturellement le plus des choses qui sont les plus nécessaires à son existence. C’est ainsi que dans un temps de grande disette, personne ne trouve mauvais que le prix du pain fasse le sujet de toutes les conversations ; chacun sent que c’est là une question d’un intérêt vital pour les masses ; aussi ne songe-t-on pas à se plaindre, bien qu’on doive écouter de continuelles déclamations et lire dans les journaux d’interminables articles sur la matière. J’ai une excuse de la même nature à vous présenter, mes chers auditeurs, pour venir vous entretenir aujourd’hui du sujet si souvent traité de la nouvelle naissance. C’est là, en effet, un sujet d’une importance sans égale ; c’est la clef de voûte de l’Évangile ; c’est un point sur lequel s’accordent tous les chrétiens vrais et sincères sans exception. Dans un sens, on peut dire que la régénération ou la nouvelle naissance (ce qui désigne une seule et même chose) est le fondement même du salut ; sur elle reposent nos espérances pour le ciel ; et de même qu’un architecte ne saurait veiller avec trop de soin à ce que l’édifice qu’il construit soit solidement assis sur sa base, de même nous devons tous examiner diligemment si nous sommes réellement nés de nouveau et si, par conséquent, nous sommes en sûreté pour l’éternité. Beaucoup d’âmes se flattent d’être régénérées, et qui, en réalité, ne le sont point. Il convient donc à chacun de s’examiner fréquemment sous ce rapport, et il est du devoir de tout ministre de l’Évangile de revenir souvent sur un sujet, si propre à porter les enfants des hommes à s’éprouver sérieusement eux-mêmes, si propre à leur faire sonder leurs cœurs et leurs voies. J’entre de suite en matière. Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Avant tout, je donnerai QUELQUES EXPLICATIONS SUR LA NOUVELLE NAISSANCE ; en second lieu, je dirai ce QU’IL FAUT ENTENDRE PAR LE ROYAUME DE DIEU ; j’examinerai ensuite avec vous POURQUOI UN HOMME QUI N’EST POINT NÉ DE NOUVEAU NE SAURAIT ENTRER DANS LE ROYAUME DE DIEU ; enfin avant de terminer, et en ma qualité d’ambassadeur de Christ, JE PLAIDERAI CONTRE VOUS-MÊMES LA CAUSE DE VOS ÂMES IMMORTELLES. I. En premier lieu, je voudrais vous faire bien comprendre, mes chers amis, ce qu’est LA NOUVELLE NAISSANCE. Observez la figure qui est employée dans mon texte ; il est dit qu’un homme doit naître de nouveau. Évidemment, il est ici question de toute autre chose que de ces réformes extérieures et incomplètes dont la vie de presque tous les hommes nous offre des exemples. Pour mieux faire ressortir la différence essentielle qui existe entre un changement de cette espèce et le changement radical de la nouvelle naissance, permettez-moi d’avoir recours à une sorte de parabole : si vous la suivez avec soin, je crois que vous saisirez parfaitement ce que j’ai à cœur de vous démontrer. Supposons que dans une contrée de l’Europe, en Angleterre, par exemple, il existe une loi stipulant que nul ne pourra être admis à la cour, occuper les emplois publics ou jouir des privilèges appartenant à la nation, s’il n’a reçu le jour sur le sol anglais. Supposons que ce soit là une condition sine qua non, une condition que rien ne saurait remplacer, en sorte que si un homme n’est point né sur le territoire britannique, possédât-il d’ailleurs tous les avantages et toutes les qualités imaginables, il est par cela seul privé à tout jamais du titre et des droits de citoyen anglais. Supposons maintenant qu’un étranger, un indien rouge, si vous voulez, arrive en Angleterre et qu’il veuille à tout prix se faire naturaliser. Il connaît pourtant la loi du royaume ; il sait qu’elle est formelle, absolue, immuable ; n’importe, il cherche à l’éluder. Il dit : « Je suis prêt à faire toutes sortes de concessions. Et d’abord je changerai de nom. Dans ma tribu, je portais un nom sonore ; on m’appelait Fils du vent d’orient, ou quelque chose de semblable ; mais désormais je me ferai appeler comme l’un de vous, je porterai un nom chrétien, je veux être sujet anglais. » Cet homme réussira-t-il ainsi à échapper aux exigences de la loi ? Voyez-le s’approchant de la porte du palais et demandant d’être admis à la cour. — « Es-tu né sur le sol anglais ? » Telle est la première question qu’on lui adresse. « Non, répond-il, mais j’ai pris un nom anglais. » — « Que nous importe, lui réplique-t-on ; la loi est positive ; puisque tu n’es point né dans ce pays, quand même tu porterais le nom des princes du sang, tu ne seras jamais admis ici. » Mes chers auditeurs, ceci s’applique à chacun de vous. Tous ou presque tous du moins, vous faites profession de christianisme. Vivant dans une contrée soi-disant chrétienne, vous considéreriez comme un déshonneur de ne pas vous dire chrétiens. Vous n’êtes ni païens ni infidèles ; vous n’êtes ni juifs ni mahométans. Vous estimez que le nom de chrétien est un nom, recommandable ; en conséquence, vous le portez. Toutefois, ne vous y trompez point : on n’est pas chrétien par le simple fait qu’on s’intitule tel ; et le fait que vous vous rattachez, extérieurement à la religion de l’Évangile parce qu’elle est la religion dominante de votre pays, ne vous servira absolument de rien, si vous ne remplissez la condition sans laquelle nul, ne verra le royaume de Dieu, en d’autres termes, si par la nouvelle naissance vous n’avez été faits les sujets de Jésus-Christ. Mais, continue notre Indien rouge, je suis prêt à renoncer aussi au costume de ma race ; j’adopterai les vêtements européens ; je me soumettrai s’il le faut, aux exigences les plus capricieuses de la mode ; l’œil le plus exercé ne découvrira rien en moi qui trahisse mon origine. Voyez : ces plumes, je les jette au vent ; cette hache d’armes, je ne la brandirai plus ; ce mocassin, je l’abandonne pour toujours, Désormais, je suis anglais par mon costume aussi bien que par mon nom. Ainsi paré d’habits de cour et vêtu selon toutes les règles de l’étiquette, ne puis-je point me présenter devant Sa Majesté ? » En parlant ainsi, notre Indien frappe de nouveau à la porte du palais ; mais, vain espoir ! L’accès lui en est encore interdit ; car la loi exige que ceux qui y entrent soient anglais de naissance, et toute la recherche, toute l’élégance de son costume ne saurait racheter l’absence de cette condition. Ainsi en est-il d’un grand nombre de ceux qui m’écoutent. Vous ne portez pas simplement le nom de chrétiens : vous vous conformez aussi aux coutumes chrétiennes, Vous fréquentez assidûment la maison de Dieu ; vous allez le dimanche à vos églises ou à vos chapelles ; vous veillez à ce que certaines formes de la religion soient observées dans votre famille ; peut-être même vos enfants vous entendent-ils quelquefois prononcer le saint nom de Jésus. Jusque-là, c’est bien, c’est très bien, et à Dieu ne plaise que je vous blâme à ce sujet ; toutefois, souvenez-vous que ces choses, bonnes en elles-mêmes, deviennent mauvaises si vous n’allez pas plus loin. Souvenez-vous que malgré tous ces dehors de piété, vous serez exclus du royaume de Dieu, à moins que vous n’y ajoutiez la chose essentielle, la chose qui donne du prix à tout le reste, c’est-à-dire la nouvelle naissance. Oui, mon cher auditeur, drapez-vous tant qu’il vous plaira dans les robes magnifiques d’une dévotion extérieure ; ornez votre front des brillantes fleurs de l’appartenance et faites de l’intégrité la ceinture de vos reins ; mettez à vos pieds la chaussure de la persévérance et traversez la vie en homme loyal et droit. Mais sachez-le, sans la nouvelle naissance, tout cela aux yeux de Dieu est comme rien : ce qui est né de la chair est chair, et si vous êtes demeuré étranger à l’opération régénératrice du Saint-Esprit, en vérité, je vous le dis, les portes du ciel resteront à jamais fermées pour vous. « Mais, reprend notre indien, je ferai plus que changer de nom et d’habits, j’apprendrai votre langage. Je renonce au dialecte de mes pères. Les sons étranges dont je faisais naguère retentir la forêt vierge ou la sauvage prairie ne passeront plus mes lèvres. J’oublierai le ShuShuhgah et tous ces noms bizarres par lesquels je désignais mes oiseaux ou mon cerf. Je parlerai comme vous parlez, j’agirai comme vous agissez, Non seulement j’emprunterai votre costume, mais je m’appliquerai soigneusement à reproduire vos manières, votre ton, votre accent, votre voix. Je parlerai votre langue avec une correction, une pureté sans égales ; en un mot, je ressemblerai à s’y méprendre à un Anglais de naissance ; ne pourrai-je point alors me présenter à la cour ? » — « Jamais, répond le garde du palais, quoi que tu fasses, ton admission ici est impossible ; car si un homme n’est pas né dans ce pays, il ne peut franchir le seuil de cette porte. » Tel est le cas de plus d’un d’entre vous, mes chers auditeurs. Vous parlez absolument comme les chrétiens, vous avez à la vérité un peu trop de faconde religieuse ; vous, vous êtes étudiés à copier si minutieusement les gens pieux, que vous avez fini par exagérer votre modèle ; et vos moindres paroles sont tellement confites en dévotion qu’un œil clairvoyant ne tardera pas à y découvrir une contrefaçon. Toutefois, en général, on vous considère comme un chrétien de bon aloi. Vous avez lu des biographies de croyants distingués, et parfois vous empruntez à ces ouvrages de longues tirades sur les expériences de l’enfant de Dieu, que l’on pense être de vous. Vous avez vécu avec des chrétiens, et vous avez appris à parler comme eux ; il se peut même que vous ayez adopté certaines formules consacrées, certaine phraséologie puritaine auxquelles les âmes simples se laissent prendre. Par le fait, il semble que vous ne différiez en rien de la masse des croyants. Vous êtes membres de l’Église ; vous avez été baptisés ; vous participez à la cène du Seigneur ; peut-être êtes-vous anciens ou diacres. En somme, vous avez tout du vrai chrétien, tout, sauf le cœur. Ah ! Sépulcres blanchis, bien ornés au-dehors, mais pleins au-dedans de toute sorte de pourriture, prenez garde ! Prenez garde ! Il est surprenant de voir à quel point un peintre habile peut donner l’expression de la vie à une toile insensible et inanimée ; mais il est une chose plus surprenante encore : c’est qu’une âme irrégénérée puisse reproduire aussi fidèlement l’image du chrétien. Quoi qu’il en soit, la règle contenue dans mon texte demeure inflexible : si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ; et malgré ses grands airs de dévotion, malgré les vains oripeaux de sa prétendue piétée, malgré le pompeux étalage de ses soi-disant expériences personnelles, tout homme qui ne remplira point cette condition sera repoussé sans miséricorde des portes du ciel. Mais j’entends des voix qui me crient : « Prédicateur de l’Évangile, tu manques de charité ! » Peu m’importe, mes amis, ce que vous pensez à ce sujet ; je n’ai aucun désir d’être plus charitable que Christ. Je n’ai rien dit de mon chef ; Christ a parlé et je répète ses paroles. Si vous les trouvez dures, allez en demander raison à mon Maître ; quant à moi, je ne suis pas l’auteur de cette vérité ; j’en suis simplement l’interprète. Il est écrit en toutes lettres : si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Supposez que votre domestique ayant transmis mot pour mot un message dont vous l’aviez chargé, s’entende apostropher et accabler d’injures par la personne à qui ce message était adressé. Son premier mouvement ne serait-il pas de se récrier : « Mais, monsieur, ne m’insultez pas, je suis innocent ; je ne puis que vous rapporter ce que mon maître m’a dit ; s’il y a faute, elle est à lui et non à moi ». Il en est exactement de même du serviteur de Dieu qui vous parle. Si vous trouvez qu’il manque de charité, ce n’est pas lui que vous accusez : c’est Christ. Ce n’est pas au messager que vous devez vous en prendre : c’est au message. Encore une fois, il est écrit : si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu … Je n’ai ni le temps ni le désir de discuter avec vous ; je me bornerai à vous redire que cette déclaration vient de Dieu. Rejetez-la ou acceptez-la, à votre choix ! Mais souvenez-vous que si vous la rejetez c’est à vos risques et périls, car ce n’est point impunément qu’on refuse de croire à une parole sortie de la bouche du Très-Haut. Mais de quelle manière la nouvelle naissance peut-elle s’obtenir ? C’est là une question qu’il importe de résoudre. Je me flatte qu’il n’est dans cette assemblée personne d’assez ignorant ou d’assez aveugle pour croire à la vertu régénératrice du baptême. Je penserais en vérité faire injure à mes auditeurs en supposant qu’il pût y avoir parmi eux un seul homme assez peu éclairé pour ajouter foi à une semblable doctrine. Cependant, comme cette doctrine, aussi contraire au plus simple bon sens qu’aux enseignements de l’Écriture, n’est que trop répandue dans le monde, je ne puis me dispenser d’en dire quelques mots. Il y a des gens qui soutiennent fort gravement que les quelques gouttes d’eau répandues sur le front d’un enfant par un ministre du culte font de cet enfant un être nouveau, un être Régénéré … eh bien, je vous l’accorde. Mettons qu’il en soit ainsi ; mettons que par je ne sais quelle influence magique, la cérémonie du baptême produise nécessairement la nouvelle naissance. Mais, en retour de cette concession, permettez-moi de vous montrer vos soi-disant régénérés quelque vingt ans plus tard. Voyez-vous ce jeune homme qui dissipe les meilleures années de sa vie dans les plus coupables débordements ? … C’est un de vos régénérés, car il a reçu les eaux du baptême : or, si le baptême régénère, ce jeune homme est régénéré tout comme un autre. Tendez-lui donc une main sympathique et recevez-le comme un frère dans le Seigneur. — Entendez-vous cet impie qui jure et blasphème contre Dieu ? Son langage profane vous indigne et cependant qui le croirait ? Il est régénéré ; le ministre de la religion a versé sur son front les eaux sacramentelles : reconnaissez donc en lui un homme nouveau et un héritier du royaume de Dieu. Regardez cet ivrogne qui chancelle dans nos rues ; il est une plaie pour ses alentours ; il se querelle avec tous ses voisins ; il maltraite ; sa malheureuse compagne ; il est pire que la brute. Toutefois, ô prodige ! Cet homme, ce misérable auquel vous rougiriez d’adresser la parole, il est régénéré ! Oui, vous dis-je, il l’est tout autant que vous pouvez l’être, car il a été baptisé en bonnes formes. — Un dernier exemple. Voyez-vous cette foule qui se presse dans les rues ? La potence est dressée. Un grand coupable, un assassin, un empoisonneur, dont le nom restera dans les fastes du crime comme un type de la perversité la plus noire, va subir sa sentence (allusion au Dr Palmer, médecin anglais, qui fut exécuté à Londres en 1856 pour avoir empoisonné sa femme, en lui administrant pendant plusieurs mois de la strychnine en petites doses). Eh bien, voilà encore un de vos régénérés ! À moins d’être en désaccord avec vous-mêmes, vous ne pouvez lui refuser ce titre, car lui aussi a été baptisé dans son enfance. Il était régénéré quand il préparait la coupe empoisonnée ; régénéré, quand il l’administrait jour après jour à sa victime ; régénéré, quand il la voyait se débattre dans l’agonie et mourir dans les tortures ! … Régénéré, vraiment ! Mais, à ce compte, qui voudrait, je vous prie, de votre régénération ? Si telle était la régénération de l’Évangile, en vérité je serais le premier à dire que l’Évangile encourage le vice et la licence ! Si l’Écriture enseignait que des hommes qui vivent dans le péché, sont régénérés, et par conséquent en état de grâce, j’affirme qu’il serait du devoir de tous les honnêtes gens de réunir leurs efforts pour faire disparaître au plus tôt de ce monde un livre aussi pernicieux ; car il renverserait les principes les plus élémentaires de la morale publique, et prouverait par là qu’il vient, non de Dieu mais du diable. Et ce que je dis du baptême des enfants, je le dis également du baptême des adultes. Pas plus que le premier, le second ne peut, nous faire naître de nouveau. S’il est ici des personnes qui pensent autrement, je n’y puis rien : si elles veulent garder leur opinion, qu’elles la gardent. En tous cas il me semble que l’histoire de Simon le magicien doit déranger singulièrement leur système. En effet, Simon fut baptisé dans les circonstances les plus favorables ; il fut baptisé en pleine connaissance de cause, après avoir fait une profession publique de sa foi ; et pourtant, bien loin d’avoir été régénéré par son baptême, il s’attire presque aussitôt, de la part de l’apôtre Pierre, cette sévère censure : je vois que tu es dans un fiel très amer et dans les liens de l’iniquité (#Ac 8:23). Mais à quoi bon prendre la peine de réfuter une erreur aussi manifeste ? Il devrait suffire, semble-t-il, d’énoncer une pareille doctrine pour que tout homme intelligent la rejetât avec mépris ; toutefois, l’on comprend sans peine que les amateurs d’une religiosité élégante et frivole, qui veulent une piété toute de formes et d’apparat, et qui n’apprécient un culte qu’au point de vue de l’art et de la poésie, se fassent les défenseurs de cette doctrine. Car ils ont cultivé leur goût aux dépens de leur cerveau, et ils ont oublié que ce qui n’est pas en accord avec la saine raison d’un homme impartial et droit, ne peut être d’accord non plus avec la Parole de Dieu (ce paragraphe et le précédent s’appliquent surtout, dans la pensée de l’auteur, aux puseyistes d’Angleterre. Néanmoins nous avons cru utile de les reproduire, car sans parler d’une communion étrangère à la nôtre, où la doctrine de la régénération par le baptême est pour ainsi dire un article de foi, n’y a-t-il point, au sein même de nos Églises évangéliques, beaucoup de personnes qui, à, leur insu peut-être, partagent à quelque degré les vues et les tendances combattues ici par l’auteur ? — note du traducteur). L’homme ne saurait obtenir la nouvelle naissance par le baptême : voilà donc un premier point établi. Examinons maintenant s’il pourra l’obtenir par ses propres efforts. J’affirme que non. Sans doute, un homme peut réformer sa vie, et il est très bon qu’il le fasse : plût à Dieu que tous travaillassent dans ce sens ! C’est ainsi que l’on peut se corriger de certains vices, renoncer à certaines convoitises et triompher de certaines habitudes mauvaises qui vous maîtrisaient autrefois ; mais quant à se régénérer, c’est absolument impossible. On aurait beau lutter, combattre, s’efforcer : jamais on n’y parviendra, par la raison toute simple que c’est là une chose au-dessus du pouvoir de l’homme. Et en supposant même (ce qui est une absurdité) que quelqu’un pût réussir d’une manière ou d’une autre à se faire naître de nouveau, observez qu’il ne serait pas encore propre à entrer dans le ciel, car il y aurait toujours une condition qu’il ne saurait remplir, Si un homme ne naît DE L’ESPRIT, est-il dit expressément dans un des versets qui suivent mon texte, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Or, je le demande, tous les efforts de la chair ne sont-ils pas frappés d’impuissance en face de ce grand but à atteindre : la nouvelle naissance par le Saint-Esprit ? Comment donc un homme peut-il naître de nouveau ? Le voici, mes bien-aimés. Il faut que Dieu le Saint-Esprit, par une action surnaturelle, c’est-à-dire plus que naturelle — (car remarquez que je prends ce mot dans son acception à la fois la plus simple et la plus absolue) — il faut, dis-je, que le Saint Esprit opère sur le cœur des hommes, et par ce travail divin, les hommes sont régénérés. Mais si Dieu le Saint-Esprit, qui produit en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir, n’agit point ; s’il n’opère point sur notre volonté et sur notre conscience, la nouvelle naissance, je le dis hardiment, est une impossibilité, et par conséquent le salut l’est aussi. — « Comment, s’écrie quelqu’un, voudriez-vous réellement nous faire accroire qu’une intervention directe, de la Providence soit nécessaire pour qu’un homme naisse de nouveau ? » Oui, mon cher auditeur, je l’ai dit et je le maintiens. Pour qu’une âme soit sauvée, il ne faut rien moins qu’une manifestation de la puissance divine, qui vivifie le pécheur, dompte la volonté rebelle, attendrit la conscience endurcie, de telle sorte que celui qui naguères méprisait Dieu et repoussait Christ, est conduit à se jeter, contrit et humilié, aux pieds de Jésus. On dira peut être que cette doctrine est du fanatisme, du mysticisme, de l’illuminisme ; peu m’importe : c’est une doctrine scripturaire, et cela me suffit. Si un homme ne naît de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu, ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Si ces déclarations ne sont pas de votre goût, je vous l’ai déjà dit, prenez-vous en à mon Maître et non à moi. En affirmant que pour entrer dans le royaume de Dieu, il vous faut quelque chose que vous n’obtiendrez jamais par vous-mêmes, j’expose simplement une vérité révélée par le Seigneur. Je le répète, une opération divine est indispensable pour produire la nouvelle naissance : appelez cette opération miraculeuse, si vous voulez ; elle l’est en effet, dans un certain sens. Il faut que Dieu intervienne en votre faveur ; il faut qu’un travail divin s’accomplisse dans votre âme. Que vous soyez placé sous une divine influence, sans quoi, mon cher auditeur (faites d’ailleurs ce qui vous plaira), — vous périrez infailliblement. Si un homme ne naît de nouveau. Il ne peut voir le royaume de Dieu : c’est là une règle qui ne souffre point d’exception. Et notez bien que cette nouvelle naissance est une transformation radicale ; elle nous donne une nouvelle nature, nous fait aimer ce que nous haïssions et haïr ce que nous aimions ; elle ouvre devant nous un chemin nouveau, de nouvelles perspectives ; elle rend nos habitudes différentes, nos pensées différentes, nos paroles différentes. Elle nous rend différents en particulier, différents en public, en sorte que cette parole de l’Apôtre est accomplie en nous : si quelqu’un est en, Christ, il est une nouvelle créature, les choses anciennes sont passées, voici, toutes choses sont devenues nouvelles (#2Co 5:17). II. Passons au second point de notre sujet. J’espère avoir expliqué ce que l’on doit entendre par régénération ou nouvelle naissance, de manière à être compris par tout le monde. Demandons-nous maintenant ce que signifie cette expression : VOIR LE ROYAUME DE DIEU. Elle signifie deux choses, mes bien-aimés. Voir le royaume de Dieu sur la terre, c’est être membre de l’Église mystique de Jésus-Christ ; c’est jouir des privilèges et de la liberté des enfants de Dieu ; c’est pouvoir répandre avec confiance son âme dans la prière, vivre en communion avec Christ, recevoir les communications du Saint-Esprit et porter, à la gloire de Dieu, ces fruits excellents et bénis qui sont les effets de la nouvelle naissance. Voir le royaume de Dieu dans la vie à venir, c’est être admis dans le ciel ; c’est contempler le Seigneur face à face, c’est être fait participant de ces rassasiements de joie qui sont à la droite de Dieu pour jamais. Ainsi, lorsque Jésus-Christ déclare dans les paroles de mon texte, que si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu, il veut dire que cet homme ne peut ni goûter les dons célestes ici-bas, ni jouir des biens célestes dans l’éternité. III. Je crois qu’il n’est pas nécessaire que je m’étende davantage sur ce point. Je vais donc passer outre et rechercher avec vous POURQUOI UN HOMME QUI N’EST POINT NÉ DE NOUVEAU NE SAURAIT VOIR LE ROYAUME DE DIEU. Pour être plus bref, je restreindrai mes remarques au royaume de Dieu dans le monde à venir. Et d’abord, un homme irrégénéré ne saurait voir le royaume de Dieu, par la raison bien simple qu’il serait hors de sa place dans le ciel. Il y a dans sa nature une incompatibilité complète avec les joies du paradis. Vous pensez peut-être, mes chers amis, que le ciel consiste simplement en ces murailles de pierres précieuses, en ces portes de perles et en ces rues pavées d’or fin dont nous parle l’Apocalypse. Détrompez-vous. Toutes ces magnificences ne sont, pour ainsi dire, que l’enveloppe extérieure du ciel. Le ciel proprement dit est toute autre chose. C’est un état d’âme qui doit commencer ici-bas, que l’Esprit de Dieu peut seul produire en nous, et à moins que cet Esprit n’ait entièrement renouvelé notre être moral en nous faisant naître de nouveau, il est impossible que nous jouissions des choses du ciel. Qui de nous ne voudrait jamais croire qu’un pourceau pût faire un cours d’astronomie ou qu’un limaçon pût bâtir une ville ? Évidemment, il y a dans ces deux cas impossibilité physique, impossibilité absolue : or, j’affirme qu’il y a impossibilité tout aussi g